LA RUPTURE AN GLO- ALLEMANDE. — LA BULGARIE ET LA TURQUIE
Mercredi 5 août 1914.
Hier soir, à onze heures, le gouvernement allemand a remis ses passeports à Sir Edward Goschen, ambassadeur de la Grande-Bretagne à Berlin. C'est la réponse à la sommation britannique à l'Allemagne d'avoir à respecter la neutralité de la Belgique. Aujourd'hui, la Grande- Bretagne et l'Allemagne sont en état de guerre. Les troupes allemandes essaient de forcer le passage à travers la Belgique ; elles portent leur principal effort sur Liège. De la Baltique à Gibraltar, des mers arctiques à la Méditerranée, c'est donc la guerre.
Beaucoup de puissances se sont hâtées de proclamer leur neutralité et l'observeront sans doute jusqu'à la fin. Il est peu probable, contrairement à certaines informations, issues probablement de l'interprétation inexacte d'incidents locaux sans véritable importance, que la neutralité suisse soit violée. Mais l'attitude de certains États est ambiguë. Nous ne faisons pas ici allusion à l'Italie, qui ne se départira pas, nous y comptons, de l'attitude très correcte dont le gouvernement français l'a justement remerciée. En effet, plus les événement? se développent, plus le peuple italien reconnaît, comme cela ne pouvait manquer, que le droit, les intérêts de la civilisation et les sympathies générales sont du côté de la France, et que la force ne tardera pas à l'être également. Les mesures militaires de nos voisins, restreintes
d'ailleurs, du côté des Alpes françaises, sont de simples précautions qui sont prises aussi du côté des Alpes autrichiennes. En conséquence, tout permet de croire, surtout après l'intervention de l'Angleterre dans le conflit avec toutes ses forces, que notre frontière du sudest ne court aucun péril. Des .précautions élémentaires suffiront aux confins de la Savoie et du Dauphiné. Seulement, répétons-le encore, évitons à tout prix un incident quelconque entre les deux pays. La France et l'Italie amies peuvent être récompensées par de grands résultats et fonder dans la Méditerranée un état de choses nouveau qui, sans porter le plus léger ombrage aux autres puissances, grandes ou petites, supprime entre elles deux tout prétexte de rivalité.
La conduite de la Bulgarie justifie tous les soupçons. Nous avons la certitude morale que le roi Ferdinand s'est concerté avec le Cabinet de Vienne. Il est aux aguets pour regagner la Macédoine perdue et son prestige effondré. Il s'efforce de déterminer la Turquie à le suivre dans une nouvelle aventure. La Bulgarie peut être matée par la Roumanie et la Grèce coalisées dans un intérêt supérieur commun. Quant à la Turquie, si, sous des inspirations faciles à deviner, elle commettait la folie de lier partie avec la Bulgarie contre la Serbie et la Grèce, ce serait son suicide. Elle ne mériterait plus de vivre. Nous avons ici lutté avec une persévérance quotidienne pour le maintien et la prospérité de l'empire ottoman. Mais si la Turquie, à cette heure décisive dans l'histoire du monde, osait prendre parti contre les puissances occidentales qui ont autrefois risqué leur existence pour sauver la sienne, c'en serait fait d'elle à jamais. Constantinoplç, le Bosphore et toutes les côtes de la mer Noire sont à la merci de la flotte russe de Sébastopol. Si la Su-
blime Porte ruse ou tergiverse, elle s'expose à voir
prendre contre elle des mesures foudroyantes.
Le Reichstag s'est réuni hier et s'est ajourné au mois
de novembre après avoir voté cinq milliards de crédits.
Quard le Reichsteg se rouvrira, il y aura une autre Allemagne.