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LA RÉSISTANCE DE LA BELGIQUE. — LE RÔLE DE L'AUTRICHE

Jeudi 6 août 1914.

La mécanique militaire du grar d état-major de Berlin commence à se détraquer. Nul ne peut prévoir encore les résultats définitifs de la conflagration générale où l'Europe est engagée. Mais, sans préjuger le dénouement, on pevt constater dès aujourd'hui que l'offensive foudroyante sur Paris est manquée comme l'attaque brusquée diplôme tique des 24 et 25 juillet. La Belgique se défend avec toutes ses forces contre la violation de son territoire. Elle est secourue par l'Angleterre qui lui fournit, à elle et à nous, un concours illimité. La place de Liège tient bon et celle de Namur est maintenant impossible à enlever par surprise. La concentration des masses allemandes sur la frontière franco-belge est donc retardée, sinon arrêtée. Notre mobilisation s'effectue en ordre parfait et il en sera certainement de même de notre concentration. Notre couverture n'a pas été bousculée. Pour pénétrer en Champagne, les armées allemandes devraient forcer le passage à travers la Belgique et gagner ensuite au moins deux grandes batailles. Ce n'est pas

du tout ce qu'avait prévu le grand état-major de Guillaume II. Actuellemer.t, autant qu'on puisse deviner ce qui se passe chez nos agresseurs, l 'état-major modifie son plan primitif et se prépare à faire face à la fois aux diverses opérations militaires qu'il avait espéré pouvoir exécuter l'une après l'autre. Mais chacun se prépare de son côté. Coupée de ses communications avec la mer du Nord, l'Atlantique et presque toute la Méditerranée, l'Allemagne court le risque d'être affamée. Même au cas, qui n'est nullement une probabilité, où elle réussirait à remporter prochainement un grand succès sur terre, cela n'avancerait pas beaucoup ses affaires. Elle trouverait des troupes fraîches derrière celles qu'elle aurait battues. Pour venir à bout de la France et de la Russie alliées, appuyées par la flotte britannique, il lui faudrait soutenir victorieusement, à l'Est et à l'Ouest, un effort très prolongé qui, militairement, matériellement, financièrement et moralement, dépasse ses forces. La ruée germanique se brisera tôt ou tard contre le bloc des nations civilisées.

On se demande toujours quel rôle joue l'Autriche- Hongrie dans ce grand drame. Trop de personnes conservent quelques illusions à son sujet. On allègue qu'elle est entraînée, embarrassée, qu'elle songe peut-être à se dégager. En réalité, sa conduite en toute cette affaire est peut-être encore plus basse que celle de l'Allemagne. Comme la chancellerie- allemande, la chancellerie austrohongroise ment depuis des mois. Toutes deux ont laborieusement échafaudé leur monstrueux complot. L'Allemagne, comm.e à l'ordinaire, a été fausse et brutale. Mais l' Autriche-Hongrie a usé de raffinements de duplicité inconnus jusqu'à ce jour. A l'heure actuelle ses agents poursuivent leur besogne cynique avec une maestria

dans l'impudeur qui confondrait d'admiration Machiavel. Perdant que les ambassadeurs de Sa Majesté Apostolique continuent de converser sur un ton enjoué avec les ministres des affaires étrangères des pays en guerre avec l'Allemagne, les régiments slaves de la monarchie dualiste sont envoyés en Alsace, et les régiments bavarois dirigés sur la frontière austro-russe. Le souverain que sert le comte Szecsen ne se borne pas à s'associer à une entreprise contre la France et l'Angleterre ; il veut aussi que ses bons soldats tchèques et slovaques se heurtent aux nôtres aux pieds des Vosges. Cela n'est point une improvisation. Depuis plusieurs mois, les officiers des régiments slovaques ont reçu des cartes de toute la région des Vosges. Depuis des mois, le transport de régiments austro-hongrois à la frontière franco-allemande et de régiments allemands à la frontière austro-russe est prévu dans ses moindres détails. Quand on connaîtra tous les détails de cette combinaison, le cœur se soulèvera. Tout cela ne profitera point aux deux Majestés impériales et royales. En Bohême et dans toute la Slavie austro-hongroise, aucun Slave ne pardonnera sa félonie à François-Joseph Ier. Le jour de la justice viendra.

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