‹ L'Europe au jour le jour (volume 5)Chapitre 20 sur 161 · LA GUERRE AUSTRO-RUSSE. — DECLARATIONS DE M. ASQUITH AUX COMMUNES · texte numérisé non relu

LA GUERRE AUSTRO-RUSSE. — DECLARATIONS DE M. ASQUITH AUX COMMUNES

Vendredi 7 août 1914.

Hier, enfin, le gouvernement^austro-hongrois a déclaré la guerre à la Russie. La note que l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Pétersbourg a été chargé de remettre à

M. Sazonof est digne de l'ultimatum adressé à la Serbie et de l'appel de François-Joseph Ier à ses peuples. Le comte Berchtold ose invoquer « l'attitude menaçante prise par la Russie » et le fait que « la Russie, d'après une communication du Cabinet de Berlin, a cru devoir ouvrir les hostilités contre l'Allemagne ». Les mensonges continuent. Ils dureront jusqu'à h catastrophe finale. Quel réveil dins les deux parties de la monarchie quand la vérité y sera connue !

Avec la France l'Autriche- Hongrie n'a toujours pas rompu. Elle persistait encore ce matin à espérer que nous lui déclarerions la guerre — comme nous en aurions cent fois le droit après les actes hostiles qu'elle prépare sans relâche contre nous depuis ce printemps - — et que l'Italie serait tenue de marcher avec elle et l'Allemagne. Elle comptait probablement aussi que des incidents naîtraient infailliblement entre l'Italie et h France à la suite de mesures de notre part contre la contrebande de guerre ou contre les bateaux de guerre autrichiens et allemands réfugiés dans les ports italiens. En outre, elle avait préparé sur Salonique un coup dont le succès dépendait de la neutralité de la France et de l'Angleterre. Voyant qu'aucun de ses espoirs ne se réalisait, François-Joseph Ier a écrit à Victor-Emmanuel III une lettre très pressante pour l'inviter à se joindre à lui dans la conflagration générale. Nous ne connaissons pas la réponse du roi d'Italie. Mais nous avons la conviction qu'elle sera une fin de non-recevoir. Dans les conditions politiques actuelles, dans l'état de préparation militaire des belligérants d'aujourd'hui, la coopération de l'Italie à l'attaque austro-allemande serait, à l'intérieur et à l'extérieur, un désastre. A l'intérieur, un mouvement irrésistible enlèverait le gouvernement. Au dehors de la pénin- Gauvain. — T. VII. 7

suie, la Libye serait perdue à tout jamais, et h flotte commerciale, sinon la flotte de guerre, rainée. A l'heure où nous sommes, il n'y a plus de tripliciens militants en Italie que quelques hommes politiques et quelques journalistes. Leur influence ne prévaudra pas contre celle de tout le reste de h nation. A défaut de sentiments d'amitié pour la France, la crainte de l'Angleterre retiendrait le gouvernement de Rome.

Au besoin, le discours prononcé hier aux Communes par M. Asquith achèverait de convaincre les tripliciens de l'autre côté des Alpes. Le Premier anglais a demandé et obtenu un crédit de deux milliards et demi et 500.000 hommes afin de pousser à fond la guerre gigantesque où la Grande-Bretagne a été jetée malgré ses efforts passionnés pour maintenir la paix. Nul ne peut plus ignorer à Rome, à La Haye, à Bucarest, à Sofia, à Constmtinople et ailleurs, que l'Angleterre, une fois mise en branle, : e s'arrêtera plus jusqu'à ce que les trouble-paix soient réduits à merci. Il y a là de quoi faire réfléchir tous les pays qui ont une flotte, des côtes et un commerce maritime.

M. Asquith a dit hier les paroles peut-être les plus fortes qui aient été prononcées devant le Parlement brit tnnîque depuis Waterloo. Il a qualifié à'infamoiis proposai, de proposition infâme, le marché que M. de Bethmann-Hollweg — ce chancelier dont les badauds européens louaient la droiture et le pacifisme! — eut le front de proposer à Sir E. Goschen le 29 juillet dernier. A cette date, c'est-à-dire à un moment où ni h Russie ni la France n'avaient pris position, où notre attitude à l'égard de l'Allemagne était irréprochablement correcte, le chancelier i d demandait à L'ambassadeur d'An-

gleterre un engagement de neutralité en cas de guerre

avec la France et d'invasion de la Belgique par les troupes de Guillaume II, en échange de la promesse de ne pas annexer de territoire continental français et de rétablir l'intégrité du royaume de Belgique après la guerre. Si nous avions accepté, s'est écrié M. Asquith aux applaudissements des Communes, . notre pays aurait été à jamais déshonoré. Ces paroles retentiront comme un soufflet sur l'Allemagne tout autour du globe.

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