‹ L'Europe au jour le jour (volume 5)Chapitre 26 sur 161 · L OFFENSIVE RUSSE. — LA VICTOIRE DE GUMBINNEN · texte numérisé non relu

L OFFENSIVE RUSSE. — LA VICTOIRE DE GUMBINNEN

23 août 1914.

L'offensive russe commence à produire de sérieux résultats. Après une bataille acharnée, qui a duré quatre jours, l'armée de l'empereur Nicolas, chargée d'envahir

la Prusse orientale, a mis en déroute, en leur infligeant des pertes énormes, trois corps d'armée allemands dans la région de Gumbinnen. Elle a occupé la ville d'Insterburg. Elle s'est ainsi ouvert la route de Kœnigsberg et se trouve maîtresse de la voie ferrée de Kovno à la vieille capitale où vont se faire couronner les rois de Prusse. Elle s'est emparée d'un important matériel de transport qui lui facilitera sensiblement son ravitaillement en territoire ennemi où, comme on sait, le matériel ^des chemins de fer russes est inutilisable en raison de la différence d'écartement des voies en Allemagne et en Russie.

Voilà un brillant début qui sera certainement suivi d'actions non moins brillantes et utiles. Il confirme la confiance que la France mettait justement dans l'alliance russe. La victoire de Gumbinnen arrive en effet à un moment où nous pouvions à peine espérer que la concentration serait achevée. Le grand état-major allemand avait établi ses plans d'invasion en France en comptant que nous devions être réduits à merci dans Paris quatre ou cinq semaines après la déclaration de guerre, de façon qu'il pût retourner ensuite son effort principal contre les Russes, avant qu'ils fussent en état de prendre l'offensive. Or voilà trois semaines que la guerre est déclarée; les Allemands n'ont pas encore franchi la frontière franco-belge et les Russes les ont battus dans les Etats héréditaires du roi de Prusse. C'est la meilleure démonstration possible de la solidité des plans concertés entre notre état-major et celui de Pétersbourg. Jusqu'ici les opérations des deux États alliés ont été exécutées avec une logique rigoureuse. Il en sera de même à l'avenir.Pas plus en France qu'en Russie on ne subordonnera la conduite des armées aux; accès d'émotivité des gens nerveux.

Avec le temps, du sang-froid et de l'esprit de suite, nous triompherons dans les conditions prévues.

D'ailleurs, si Ton veut apprécier maintenant l'étendue de l'effort que doit fournir la Russie, il faut étudier des cartes où les théâtres occidental et oriental de la guerre figurent à la même échelle. On se rendra facilement compte de l'immensité des distances entre Moscou, par exemple, et Kœnigsberg, Posen et Breslau. On consta- s tera ensuite que l'invasion russe doit se heurter aux forteresses de Kœnigsberg, de Dantzig, de Thorn, de Posen, de Glogau et de Breslau. Il faudra enfin se rappeler qu'elle se combine avec une invasion en Autriche. Il faudra du temps pour détruire, tourner, ou masquer ces • obstacles. Par contre, heureusement, les forces russes s'accroîtront chaque jour des masses venues des différentes parties de l'empire, tandis que celles de l'Allemagne et de l' Autriche-Hongrie seront de plus en plus occupées sur les autres frontières. On ne saurait trop le répéter : quelles que soient les vicissitudes de la première partie de la campagne, le temps travaille pour nous. Les revers partiels qui peuvent nous atteindre ici et là sont escomptés d'avancé ; ils ne changeront rien au dénouement.

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