‹ L'Europe au jour le jour (volume 5)Chapitre 27 sur 161 · LA BARBARIE ALLEMANDE. ■ — LA NECESSITE DE TENIR · texte numérisé non relu

LA BARBARIE ALLEMANDE. ■ — LA NECESSITE DE TENIR

24 août 191 4.

Personne ne songe plus à taxer d'exagération les appréciations parues ici au début de la grande crise européenne, avant la déclaration de guerre. Nous sommes Gauvain. — T. VII. 9

bien en face de la plus colossale entreprise militaire conçue depuis des siècles contre l'indépendance d'États libres, et les auteurs de ce plan combiné à loisir pendant de longs mois l'exécutent en subordonnant tout, absolument tout, au succès de leurs armes. Allemands et Austro-Hongrois tiennent pour non-existants les traités les plus solennels signés par leurs souverains. Ils violent sans hésitation, par principe, les lois de la guerre terrestre et maritime que les plus réputés juristes de ce temps, assistés d'hommes politiques éminents, avaient laborieusement réussi à fixer. Les villes ouvertes sont bombardées, les civils inoffensifs sont fusillés, les caisses privées sont pillées, les blessés sont achevés, les femmes et les enfants des territoires envahis sont poussés devant les premiers rangs des envahisseurs qui cherchent à s'abriter derrière ce monstrueux bouclier, on arbore de faux pavillons, on revêt de faux uniformes, on saccage et l'on incendie. Toutes ces horreurs révèlent de la part de l'ennemi la résolution réfléchie de pousser à fond la lutte, sans aucun égard pour le droit, la justice et l'humanité. Depuis longtemps, ces procédés ont été codifiés en maximes par les théoriciens de l'hégémonie germanique. Leur application actuelle est une conséquence logique des enseignements de deux générations de professeurs et de militaires d'outre-Rhin. Il fallait toute l'ignorance et tout l'aveuglement des pacifistes occidentaux pour croire que le monde était entré avec le XXe siècle dms une ère de concorde universelle.

Aujourd'hui que les plus incrédules ont touché du ' doigt la sanglante réalité, il faut tendre toutes ses forces pour repousser le flot de barbarie qui menace de submerger l'Europe civilisée. Ce ne sera point l'effort de quelques semaines, ni même peut-être de quelques mois.

Il est invraisemblable que la plus formidable invasion connue puisse être refoulée en un espace de temps relativement aussi court. Quels que soient les résultats de la grande bataille engagée à la frontière belge, le sort de Li guerre ne sera décidé ni dans un sens, ni dans un autre. Si, comme il y a lieu de l'espérer, nous sommes vainqueurs, nous retrouverons un peu plus loin de nouvelles masses compactes qu'il faudra rompre à leur tour. Si malheureusement nos troupes devaient se replier, nous opposerions une nouvelle barrière à l'envahisseur. Et, après celle-là, il y en aurait d'autres. Au cas où — ce que rien ne permet de craindre — nous ne pourrions triompher avec éclat dans de grandes batailles, nous finirions par user à la longue un ennemi aux prises, sur' d'autres frontières, avec des armées recevant constamment des renforts. Nous avons le légitime espoir de remporter de glorieux succès. Mais, surtout, il nous faut tenir, persévérer, nous acharner dans la poursuite ou la résistance, conserver un sang-froid lucide jusqu'à ce que l'ensemble des armées civilisées ait pris décidément le dessus.

Aujourd'hui toute la pesée ennemie se porte sur nous. Les nations de proie reconnaissent qu'elles ne peuvent renverser l'équilibre européen et détruire la civilisation moderne, tant que la France sera debout. C'est un grand danger, mais c'est aussi un grand honneur pour nous. Le danger passera et l'honneur restera, rehaussé par cette nouvelle épreuve. Nos amis nous prêtent, dans l'intérêt commun, l'appui raisonné de toutes leurs forces. Mais, malgré les succès déjà acquis sur les mers, en Serbie et dans la Prusse orientale, ce concours ne prodaira tout son effet que dans un délai qui peut être long.

Il sera d'autant plus rapide et plas efficace que nous-

mêmes serons plus fermes et plus tenaces. Dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, n'oublions pas une minute que la tâche sera rude et longue et que la moindre défaillance nous est interdite.

Page 1