‹ L'Europe au jour le jour (volume 5)Chapitre 3 sur 161 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

flétrissure. Si les ménagements que f observai à son égard furent injustifiés, ils montrent du moins que je n'étais point possédé de la fureur anti- autrichienne que certains m'attribuaient et que je regrettais, autant que les diplomates les plus conservateurs, de voir la monarchie habsbourgeoise trahir définitivement la mission que lui assignaient l'histoire, son propre intérêt et la civilisation.

Les illusions de la Triple- Entente sur la Turquie furent encore plus fortes que sur V Autriche. Depuis le coup d'État consommé en janvier 191 3 par Enver Pacha et Talaat Bey, l'empire ottoman était aux mains de la clique germanique de Constantinople. Il était clair que, si cette bande à la solde du général Liman von Sanders restait au pouvoir, elle se ferait l'auxiliaire de l'Allemagne. Je demandai donc dès les premiers jours d'août que la Triple -Entente entreprît une action décisive à Constantinople pour obliger le gouvernement ottoman à remplir ses devoirs internationaux. Quelques jours plus tard, quand le Gœben et le Breslau pénétrèrent dans les Détroits, j'insistai pour qu'on exigeât leur désarmement immédiat et que les flottes russe, anglaise et française fussent chargées d'assurer l'exécution de l'opération. Alors les Détroits n'étaient point en état de défense, les navires de guerre anglais et français qui poursuivaient le Gœben et le Breslau pouvaient entrer à leur suite dans la Marmara, la flotte anglo-française pouvait rejoindre la flotte russe dans la Mer Noire. Les Turcs auraient salué notre arrivée avec enthousiasme et chassé les despotes de l'Union et Progrès. Maîtres des Détroits, nous aurions établi des communications régulières avec la Russie méridionale, tenu la Bulgarie en respect, déterminé la Roumanie à intervenir sans retard. La face de la guerre eût été changée.

Mais les diplomates et les hommes d'État de la Triple-

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