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LA SITUATION DIPLOMATIQUE. — AVERTISSEMENT DU « TIMES » A LA TURQUIE

Ier septembre 1914.

En dépit des fausses nouvelles répandues à profusion dans le monde par ses agences de tout acabit, l'Austro- Gauvain. — T. VII. 10

Allemagne n'a pas réussi jusqu'ici à gagner une seule puissance à sa cause. Plus les opérations militaires se développent et plus les sympathies mordiales — pour employer un adjectif cher aux Allemands — s'éloignent des conducteurs de la ruée germanique sur les nations civilisées. C'est que, de plus en plus, on reconnaît partout, en Amérique comme en Europe, que l'entreprise de Guillaume II et de François- Joseph Ier menace les États ir dépendants des deux grands continents. De plus en plus aussi on constate que les moyens d'exécution mis au service de cette agression déshonorent l'humanité. Si, dans certaines chancelleries, on était encore accessible aix tentations berlinoises, l'opinion publique ne permettrait pas que le gouvernement fît cause commune avec les destructeurs de Louvain, avec un État dont le premier ministre traite de « chiffons de papier » les traités les plus solennels. Ce sentiment va si loin que, dans plusieurs pays, on serait d'autant plus porté à prendre parti pour la France qu'elle serait plus éprouvée. En effet, la victoire de la France assurerait l'indépendance des pays en question, tandis que sa défaite les mettrait à la merci de l'Allemagne. Quelle garantie aurait la Roumanie, prr exemple, que l 'Autriche-Hongrie victorieuse ne lui posât pas, à propos des affaires transylvaines, les mêmes questions, c'est-à-dire les mêmes sommations, qu'à la Serbie à propos des affaires bosniaques ?

La solidarité de tous les États vivant sur le principe du respect des traités est si forte dans la crise actuelle qu'elle s'impose à tous les esprits. En Italie, tout le monde sent que le triomphe de l'Autriche-Hongrie serait infailliblement suivi de l'établissement de son hégémonie sur tous les Balkans de l'ouest, du Vardar à l'Adriatique, et que l'Italie serait pour ainsi dire reje.tée de l'Europe vers

l'Afrique, comme on veut à Berlin que la Russie le soit vers l'Asie. Si. la Belgique succombait avec le Luxembourg, la Hollande serait bientôt réduite, avec ses colonies, à l'état de dépendance germanique. Quant à l'Espagne et au Portugal, si éloignés qu'ils soient du théâtre de la guerre, leurs colonies seraient vouées à disparaître dans le Deutsçhtum dès le premier accès de gloutonnerie des insatiables annexeurs de la Wilhemstrasse. Le Danemark, la Suède et la Norvège ne pourraient pas davantage échapper à l'empire germanique. La Suisse elle-même conserverait bien difficilement ses libertés séculaires. Elle est tellement inondée d'Allemands, surtout dans les cantons du nord-ouest, que ceux-ci y voudraient bientôt agir en maîtres. A la moindre velléité de résistance des autorités fédérales ou cantonales, ou à la première précaution prise par la Confédération pour empêcher la prépondérance des éléments étrangers dans les cantons envahis par les colonies d'outre-Rhin, un conflit surgirait entre Berne et Berlin.

En Turquie enfin, l'opinion publique, si l'on peut dire qu'il y en ait une dans l'empire ottoman, est favorable aux puissances occidentales qui ont sauvé l'empire de la destruction et de la ruine. Malheureusement, dans ce pays habitué à supporter tous les despotismes, l'opinicn compte pour peu de chose. Elle n'exerce aucune influence sur le gouvernement. Elle a subi l'hamidianisme. Elle subit maintenant le comité Union et Progrès, et celui-ci est un simple instrument entre les mains de l'Allemagne qui, avec sa complicité, exploite scandaleusement l'empire sans se soucier le moins du monde de son avenir. Le Cabinet ottoman vient d'essayer de nouer une coalition balkanique .contre nous. Il met toutes ses ressources au service de la mission militaire allemande, souveraine

maîtresse de son armée. Néanmoins, il n'ose pas encore aller jusqu'au bout de ses mauvaises intentions. Il redoute, sinon une révolution à Constantin op le, la rébellion de plusieurs provinces, l'anéantissement de son commerce maritime et la dissolution totale de l'empire. L'autre jour le Times lui a donné un avertissement catégorique. Il lui a signifié que la Turquie disparaîtrait de la carte politique du monde si elle se déclarait en faveur des ennemis de l'Angleterre et de la France. Si infatué qu'on soit à la Sublime Porte, cet avis ne passera point inaperçu.

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