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LA MENACE SUR PARIS

2 septembre 1914.

La situation militaire s'impose tellement à l'attention publique à l'heure actuelle que les autres considérations passent à l'arrière-plan. Il faut seulement dire ceci : les opérations militaires franco-allemandes en sont arrivées • à la phase prévue depuis longtemps par le gouvernement français pour le cas où la guerre éclaterait entre la France et l'Allemagne. Tout en espérant pouvoir contenir et battre les masses énormes qu'il était dans les desseins connus du grand état-major de Berlin de jeter contre nous dès l'ouverture des hostilités, notre état-major avait dû envisager le cas où notre ennemi aurait une trop grande avance sur nous ou une trop forte supériorité numérique et où Paris serait menacé. A la vérité, on put espérer au commencement d'août que cette épreuve nous serait épargnée grâce à la résistance acharnée des Belges.

Mais, dès que le gouvernement allemand avait vu s'écrouler son espoir de voir l'Angleterre rester neutre et la Belgique subir passivement la violation de son territoire, il avait décrété la levée en masse. Se sentant en péril, il avait tout de suite, sans une heure d'hésitation, mis sur pied toutes ses troupes utilisables. Il put ainsi opposer à nos corps de Lorraine des armées capables de les tenir en échec sans diminuer les masses destinées à fouler la Belgique pour venir exercer sur nous une pression formidable. Cet effort fut immense. Jamais il n'y en eut de comparable. Ce n'est plus par centaines de mille, c'est par millions que se comptent les combattants.

Nous avons vainement essayé de refouler le flot d'invasion devant Charleroi. Il a continué de s'épandre en deçà de nos frontières. Mais il s'est affaibli en s'avançant et n'a pu rompre la digue que nous lui opposions de la Lorraine à Paris. Le voici maintenant proche de nous. Est-ce à dire qu'il doive emporter Paris? Non, certes. Le camp retranché de Paris présente une résistance plus forte que celle de toutes les places situées sur le chemin des Allemands depuis Liège. Il s'appuie sur une armée solide. A l'Est, nos autres armées sont intactes. Nous sommes donc en mesure de recevoir l'ennemi. L'émotion de la bataille qui va se livrer ne doit pas nous faire oublier nos chances de la gagner. La France compte sur l'endurance des Parisiens. L'Europe aussi a les yeux sur eux.' JLes Parisiens seront dignes de la confiance de la France et des autres nations civilisées.

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