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DECLARATION DE LA TRIPLE-ENTENTE SUR LES NÉGOCIATIONS DE PAIX

6 septembre 1914.

Au nom de leurs gouvernements, hier samedi, Sir Edward Grey, M. Paul Cambon et le comte Benckendorf ont signé, à Londres la déclaration suivante :

Les soussignés, dûment autorisés par leurs gouvernements respectifs, font la déclaration suivante :

« Les gouvernements de Grande-Bretagne, de France et de Russie s'engagent mutuellement à ne pas conclure de paix séparée au cours de la présente guerre.

« Les trois gouvernements conviennent que, lorsqu'il y» aura lieu de discuter les termes de la paix, aucune des puissances alliées ne pourra poser de conditions de paix sans accord préalable avec chacun des autres alliés. »

Ont signé :

Edward Grey, ministre des affaires étrangères ; Paul

Cambon, ambassadeur de France ; comte Benckendorf, ambassadeur de Russie.

Cette déclaration a une importance capitale. Elle n'annonce, il est vrai, rien de nouveau. Dès les premiers jours d'août, tout le morde avait compris dans les trois pays alliés que les trois gouvernements étaient indissoluble- .ment liés par quelque chose de plus fort que les protocoles les plus solennels : la nécessité absolue de triompher de l'impudente entreprise d'hégémonie germanique. Toutefois, pour des raisons extérieures et intérieures, il était bon que la solidarité complète des trois puissances alliées fût proclamée officiellement.

La convention du 5 septembre est le premier pacte qui scelle publiquement la Triple-Entente. Cette combinaison à trois, constituée par l'alliance franco-russe, l'entente cordiale franco-anglaise et le rapprochement anglo-russe, représentait une politique générale commune sans être formulée dans un accord précis. Nous en avons dit souvent la raison. Avant l'agression austroallemande, l'opinion publique anglaise n'était pas suffisamment préparée à quoi que ce fût ressemblant à une alliance militaire. Elle croyait encore aux intentions pacifiques de Guillaume II. Si l'on avait essayé de la brusquer pour obtenir une signature au bas d'un arrangement quelconque, elle se fût persuadée que nous méditions une attaque contre l'Allemagne. Mieux valait donc de beaucoup ne pas indisposer les Anglais et se contenter de préparer, avec les autorités britanniques compétentes, des plans d'action commune sur terre et sur mer en vue de certaines éventualités. Pratiquement, le résultat était le même. C'est ce qui fut fait entre la France et la Grande-Bretagne. Ce sont ces arrangements non signés

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dont nous voyons maintenant l'exécution élargie. Avec la Russie, la question était encore plus délicate. En effet, si la plupart des Anglais n'avaient aucune objection contre une campagne éventuelle anglo-française, beaucoup protestaient contre toute idée de coopération militaire avec la Russie. Peu habitués à réfléchir sur les conditions où devrait vraisemblablement s'ouvrir un grand conflit européen, ils craignaient d'être attirés dans quelque mauvaise affaire par le Cabinet de Pétersbourg. De vieilles préventions antirusses subsistaient dans certains milieux britanniques, dans le corps consulaire par exemple. De ce côté aussi, les événements seuls pouvaient ouvrir les yeux. Il importait seulement d'améliorer les relations entre les deux pays et de préparer un rapprochement de telle sorte qu'un accord de fait s'établit instantanément dès que les circonstances l'exigeraient. C'est à quoi pensèrent MM. Delcassé et Paul Cambon en concluant l'Entente cordiale. Ce fut aussi à quoi s'employa très activement M.Isvolsky pendant son ministère à Pétersbourg comme pendant son ambassade à Paris. Sir Edward Grey, qui unit une grande réserve à une ' grande clairvoyance et, tout en ne se pressant point, saijt agir au moment opportun avec toute l'énergie voulue, fut un très précieux et très discret collaborateur dans cette grande œuvre. Nous assistons aujourd'hui aux résultats. La coopération militaire franco-anglo-russe est aussi étroite que si des traités détaillés en avaient fixé minutieusement les conditions.

Mais, dans les circonstances actuelles, cela ne suffisait plus. En présence de l'agression germanique, les trois puissances attaquées devaient se présenter devant le monde comme un bloc diplomatique que rien ne parviendrait à dissocier. Il fallait qu'on sût à Berlin comme

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à Vienne qu'aucun malheur survenu à l'une d'elles ne la ferait céder, et que la Triple-Entente, devenue Triple- Alliance, formait un tout dor t aucune partie re se détacherait sous aucune pression. Cela ruine tous les projets de désagrégation diplomatique combinés à Berlin. Nul n'ignore, en effet, que le plan de la Wilhelmstrasse était d'arracher à Paris, à un gouvernement en décomposition, une paix déshonorante d'apparence modérée. On se flattait de nous mater tout en nous brouillant à jamais avec l'Angleterre et la Russie. On espérait trouver des complices parmi les politiciens français.

Nous arrivons ici à la politique intérieure. Ce sujet est triste, répugnant même. Il faut pourtant l'aborder. Au milieu du cataclysme qui secoue l'Europe et menace l'existence de la patrie, il est en France des politiciens qui pensent encore à leurs intérêts et à leurs rancunes. Quand les armées s'affrontent dans la mitraille, ils singent aux moyens de reconquérir le pouvoir et de placer leurs créatures. Ils ne souhaitent point la défaite. Mais ils envisagent la possibilité de traiter en vaincus et de sauver à la fois ce qui resterait de la France et leur influence politique. Depuis quinze jours leurs clients et amis propageaient la panique. Ils tenaient dans les couloirs de h Chambre des propos écœurants. Si, par hasard, ils envisageaient l'hypothèse de la victoire, c'était en vue du profit qu'ils en pourraient tirer. Ils étaient l'opprobre de ce pays dont la population vaut tellement mieux qu'eux. Ce n'est pas le moment de citer leurs noms. On les dira plus tard s'il est nécessaire.

La convention du 5 septembre est le gage de l'inébranlable fidélité du peuple français envers ses alliés. En la publiant, notre gouvernement proclame que le soft de la France dans cette lutte pour l'existence est lié à celui de Gauvain. — T. Vil. 11

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la Russie et de l'Angleterre et qu'aucune paix séparée ne sera signée sous aucun prétexte. Jusqu'au dernier souffle les trois puissances combattront ensemble. Elles ne déposeront les crmes qu'après avoir assuré l'indépendance de l'Europe. Elles n'accepteront aucune cote mal taillée, aucune transaction laissant la porte ouverte à de nouveaux conflits. La paix prochaine doit être une paix pour longtemps, très longtemps. Et nous sommes certains que les socialistes se joindront à nous pour exiger qu'il en soit ainsi. Après les sacrifices et les misères d'une guerre comme celle-ci, il faut établir un ordre de choses qui libère définitivement la France, l'Europe et le monde du militarisme germanique.

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