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LA PAIX DE ICI 5- — L'EFFORT BRITANNIQUE ET LE « TIMES

Bordeaux, 19 septembre 1914.

Depuis le commencement de cette guerre, nous nous, sommes efforcés de faire comprendre que, de toute façon, quels qu'en fussent les premiers résultats, elle serait longue, terrible, et ne pourrait se terminer que par l'écrasement d'un des deux groupes en présence. Cette idée choquait bien un peu les théoriciens qui avaient enseigné ces dernières années que la prochaine guerre serait forcément courte, qu'après une première grande bataille de plusieurs jours l'armée vaincue serait telle-

ment bousculée qu'elle ne pourrait plus se reformer en ordre nulle part, et que le vainqueur, augmentant ses avantages avec le temps, serait promptement en mesure d'imposer la paix;. Ssulement c'étaient là des théories, désavouées et combattues par d'éminents officiers, et les réalités politiques y tenaient trop peu de place. Ce qui eût été vrai dans l'hypothèse d'une guerre de magnificence était faux dans le cas d'une guerre de peuple à peuple. L'Austro-Allemagne a attaqué la Serbie et provoqué la Triple-Entente non pour s'arrondir ici ou là, mais pour dominer tout l'Orient, rejeter la Russie en Asie, mater à jamais la France et s'emparer de l'hégémonie sur les mers. Tâche colossale qu'elle espérait accomplir en plusieurs étapes, comme Bismarck fit en 1864, en 1866 et en 1870 pour la spoliation du Danemark, l'exclusion de l'Autriche de la Confédération germanique, et la mutilation de la France. Cette fois, les calculs des sous-Bismarck furent déjoués. Averties par l'expérience, toutes les puissances menacées firent immédiatement bloc. Il est évident qu'après avoir été brutalement attaquées à l'improviste par deux États totalement dénués de scrupules, aussi bien dans la préparation que dans la conduite de la guerre, il ne leur est permis de conclure qu'une paix qui rende désormais inoffensifs les étemels perturbateurs de l'Europe.

Nous avons soutenu cette idée lors de la déclaration de guerre, au lendemain de la défaite de Charleroi, après la signature de la convention de Londres du 5 septembre, après la victoire de la Marne, et hier encore. Nous la soutiendrons jusqu'au bout, quoi qu'il arrive. Nous avons confiance que, d'instinct, tout le pays la fera sienne. Les foules laborieuses comprennent mieux que es politiciens englués dans les coteries les grands intérêts nationaux. Et, parmi ceux-ci, le plus essentiel est Gauvain. — T VII. 13

sans aucun doute la nécessité d'en finir avec la course aux armements sous l'éperon des états-majors de Berlin et de Vienne. Il est réconfortant de penser, dans la dure épreuve d'aujourd'hui, que le peuple britannique est unanime, enthousiaste même, à cet égard. Aucun sacrifice ne lui coûte, ni sur terre, ni sur mer. Cette nation maritime a déjà mis sur pied plus de 500.000 hommes pour la guerre sur le continent, et elle va lever quatre nouvelles armées, munies d'un matériel complet, destinées à entrer en campagne cet hiver quand l'Allemagne, fatiguée, sera réduite à défendre son propre territoire. Car il y aura une campagne d'hiver. Il serait fou de supposer que la paix nécessaire, la seule qui puisse garantir le développement normal de la vie des États résolus à maintenir leur indépendance, soit acceptée par l'Allemagne après quelques nouveaux revers aux frontières de France ou de Belgique et en Prusse orientale ou en Posnanie. Comme le dit fort bien le Times, dans un article qu'on lira plus loin, « c'est seulement quand la cavalerie des armées alliées défilera Unter den Linden, à Berlin, que la nation allemande comprendra que ses rêves insensés de domination mondiale sont anéantis pour toujours. » De tous les journaux anglais, le Times a vu le plus juste au cours de la crise européenne actuelle. Il n'entretenait aucune illusion sur les desseins de la chancellerie et de l'état-major viennois. Il devinait les projets allemands et ne partageait point l'admiration béate de certains de ses confrères pour le germanisme. Aujourd'hui encore il est dans la stricte vérité lorsqu'il affirme que c'est toute la nation allemande, et non seulement son gouvernement, qui nous fait la guerre.

La vague de pangermanisme a recouvert toute l'Allemagne, toute l'Autriche allemande. De Kœnigsberg à

Constance, de Brème à Carlsbad et à Vienne, depuis les colonies germaniques de Pest jusqu'à celles des deux Amériques, tout le Deutschtum est imbu de la notion fondamentale de la suprématie de l'Allemagne. Les cerveaux de plusieurs générations d'écoliers et d'étudiants ont été farcis par des bataillons de Herren Professoren de l'idée de la supériorité de la race germanique, de sa prédestination à la domination du monde, de son droit d'opprimer et de détruire toutes les races inférieures. Comment une paix bâtarde, élaborée sous les auspices d'intermédiaires louches dans une ville non allemande, pourrait-elle rendre le sentiment des droits des autres à ces cohortes d'illuminés qui fondent leur science sur la barbarie ? Non, des articles de traités, des prohibitions et des restrictions écrites n'y suffiront pas. Tout cela, M. de Bethmann-Hollweg l'a déclaré, ce sont des chiffons de papier, et Ton sait le cas qu'on en fait à Berlin. Ce qu'il faut, ce sont des mesures matérielles, d'une exécution immédiate, qui frappent toute l'Allemagne et qui constituent des garanties pour l'avenir. C'est la destruction, sur le territoire germanique, des organisations et des instruments de guerre, des chantiers et des arsenaux, à la prospérité desquels tout est subordonné, et d'où se répand méthodiquement la corruption sur tout ce qui détient une parcelle d'influence en Allemagne. Pour cela, pour cette œuvre indispensable d'assainissement humanitaire, il faudra combattre longtemps et, dès aujourd'hui, il faut s'y préparer.

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