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LES EVENEMENTS DE BARCELONE ET L OPINION FRANÇAISE

4 août 1909.

Le gouvernement espagnol est redevenu maître de la situation à l'intérieur. L'insurrection de Barcelone est matée. Les mesures exceptionnelles prises avec décision et appliquées avec vigueur ont empêché le mouvement de prendre dans le reste de la Catalogne l'étendue que l'on redoutait et de gagner les autres provinces. L'ensemble de la population semble s'être ressaisi. Au Maroc, les opérations militaires autour de Melilla suivent un cours normal. Le général Marinas a reçu des renforts qui lui permettent non seulement de protéger la place contre toute agression, mais de songer à reprendre méthodiquement l'offensive avec de sérieuses chances de succès. On peut donc considérer la crise aiguë comme passée. Mais les commentaires qu'elle a provoqués en Europe, en France notamment, ont soulevé en Espagne une telle émotion qu'il importe de dissiper tout de suite tout malentendu.

D'après les nouvelles qui nous parviennent de divers côtés, nos voisins ont été profondément choqués de l'importance, exagérée suivant eux, que la presse française a donnée aux événements, aux troubles de Catalogne comme aux combats livrés autour de Melilla. Le Cabinet de Madrid hii-même semble avoir partagé dans une certaine mesure ces susceptibilités. Nous sommes taxés d'ignorance, de malveillance, de mauvaise foi. Nos voisins ont tort. La bourrasque qui s'est brusquement déchaînée sur leur pays a troublé momentanémcnl leur bon sens. Ils

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sont excusables d'avoir manqué de sang-froid dans les circonstances critiques 011 ils se sont trouvés placés. A la réflexion, toutefois, le calme revenu dans les esprits, ils devront reconnaître que l'émotion leur a fait commettre une erreur d'appréciation. Au point de vue des faits euxmêmes, les dépêches publiées de ce côté des Pyrénées contenaient peut-être des exagérations, et cela est regrettable. Mais cela est presque inévitable avec le système rapide d'information actuel. Il appartient, en pareil cas, aux intéressés de rétablir l'exacte vérité. Or, le gouvernement espagnol a cru devoir faire face aux événements en suspendant les garanties constitutionnelles, en établissant la loi martiale et en exerçant la censure la plus rigoureuse. Ces mesures sont parfaitement explicables et, probablement, elles étaient nécessaires. Mais il était naturel qu'elles accrussent l'inquiétude sur la gravité de ce qui s'était passé et de ce qui allait se passer. Comment nous faire un grief d'avoir manifesté à notre tour une certaine émotion ? Nous mériterions de justes reproches si nous avions renchéri avec complaisance sur les nouvelles de Barcelone et de Melilla pour noircir le tableau. Dans l'impossibilité de contrôler les renseignements venant de correspondants d'ordinaire bien informés, nous nous sommes contentés de les reproduire en les accompagnani de réserves. Nous devons aussi constater que, les premiers jours, les membres du gouvernement espagnol ont eux-mêmes avoué leurs anxiétés. Leurs actes d'ailleurs donnaient suffisamment à penser. Personne ne se réjouit plus que nous de voir l'ordre rétabli en Catalogne et les RitTains tenus en échec à Melilla. Mais il n'est malheureusement que trop certain que l'armée du général Marinas a subi de fortes pertes et que Barcelone a été pendant deux jours dévastée par des brutes.

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Quant aux appréciations de la presse française, il faut avoir eu l'esprit désemparé pour y trouver des traces de malveillance. Nous avons, au contraire, témoigné la plus sincère, la plus profonde sjTnpathie pour nos voisins. Nous avons flétri de toute notre indignation les abominations de Barcelone. L'idée ne nous est pas venue que le sac des églises, l'assaut des couvents et le meurtre des religieux étaient le fait d'un parti politique. Nous en avons immédiatement attribué toute la responsabilité à des anarchistes qui ne peuvent se réclamer d'aucun parti et d'aucun pays. Nous avons même exhorté tous les citoyens dignes de ce nom à s'unir aux forces du gouvernement pour infliger sans retard aux coupables un châtiment impitoyable. Quant aux reproches d'encouragement aux Riffains, ils sont trop absurdes pour être relevés. Il est difficilement explicable qu'ils aient pu trouver créance chez nos voisins. Nous déplorons une fois de plus que certains hommes politiques ne répugnent pas à propager des insinuations de ce genre. Elles sont plus propres à souiller leur réputation qu'à ternir la nôtre.

Maintenant que tout danger est conjuré, que la situation, à peu près exactement connue, peut être envisagée de sang-froid, nous comptons que tous les Espagnols reviendront à de plus équitables sentiments envers nous, qui sommes leurs amis naturels et leurs associés au Maroc. Ils ont mieux à faire qu'à s'en prendre de leurs maux à leurs voisins. Ils ont, à l'intérieur, un travail sérieux de réorganisation à entreprendre, les énergies morales à reconstituer. Le Cabinet Maura s'y emploie avec constance depuis son arrivée au pouvoir. Les événements d'hier vont sans doute l'engager à reprendre sa tâche avec une nouvelle ardeur. Nous souhaitons vivement que ses efforts soient couronnés de succès.

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