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LA REVOLUTION A BARCELONE. — PROPAGATION DU MOUVEMENT EN CATALOGNE

29 juillet 1909.

C'est bien un mouvement révolutionnaire qui a éclaté en Catalogne. Par suite de l'envoi de renforts à Melilla, la province s'est trouvée dégarnie de troupes pendant deux ou trois jours. Les quelques milliers d'hommes restés dans leurs garnisons auraient peut-être suffi en temps ordinaire pour prêter main-forte à la police ; ils étaient absolument hors d'état de s'opposer à un soulèvement populaire. Les anarchistes l'ont compris. Avec leur hardiesse ordinaire, ils ont saisi l'occasion. Ils ont mobilisé la populace qui leur obéit, excité les masses mécontentes du brusque rappel des réservistes sous les drapeaux, terrorisé les gens paisibles. Pendant plus d'un jour, ils ont été maîtres de Barcelone. Ils en ont profité pour se livrer à leur fureur de destruction.

Les renseignements qui nous étaient parvenus hier étaient au-dessous de la vérité. La métropole catalane a été isolée du reste du pays. Les routes, les ponts, les lignes télégraphiques et téléphoniques, les voies ferrées ont été coupés ; les signaux détruits, les bâtiments publics saccagés. Des tranchées ont été ouvertes aux abords de la ville, des barricades élevées dans les rues. Ainsi prémunis contre l'arrivée des troupes de l'intérieur, contre l'intervention des forces de police des villes voisines, les anarchistes ont exécuté leurs plans de bouleversement. Leur

rage s'est particulièrement tournée contre tout ce qui avait un caractère religieux, contre les églises qu'ils ont brûlées, contre les couvents qu'ils ont enlevés d'assaut, même contre les maisons des Petites Sœurs des pauvres. On ne connaît pas encore les détails de ces horreurs. Mais il est certain que nombre de moines et d'autres religieux ont été tués. Quant aux Sœurs de charité, on ignore leur sort. C'est la première fois, croyons-nous, que des émeutiers osent attaquer ces saintes femmes. On jugera par là de l'état d'esprit des forcenés qui, sous prétexte de rénovation sociale, donnent carrière à tous leurs instincts de bestialité. De Barcelone, le mouvement s'est rapidement propagé aux centres industriels de la Catalogne. Dans toute la province, il y a eu de sanglantes collisions entre les ouvriers et la police. La grève est générale. Beaucoup d'ouvriers sont armés de fusils. Dans ces circonstances, le gouvernement a dû prendre sans tarder des mesures décisives. Le roi a signé un décret suspendant les garanties constitutionnelles dans tout le pays. On dirige d'urgence toutes les troupes disponibles vers la Catalogne. Malheureusement, l'effort militaire risque d'être insuffisant pendant plusieurs jours. Depuis un certain nombre d'années, les effectifs de paix sont très réduits. On avait dû déjà recourir à une mobilisation partielle pour envoyer des renforts à Melilla. On ne peut songer à priver en ce moment de leurs garnisons les grandes villes où des éléments séditieux n'attendent peut-être qu'un moment favorable pour imiter les anarchistes catalans. On devra donc procéder à une mobilisation. Et le mécontentement populaire peut en être aggravé dans certains milieux. Il faudra une extrême énergie pour venir à bout de l'insurrection. Le gouvernement est en droit de compter sur l'appui de tous les bons citoyens, sans tlistinction de partis. Le patriotisme

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le plus élémentaire commande de faire abstraction de toute considération personnelle et de concourir énergiquement au rétablissement de l'ordre.

l'Échec espagnol dans le rie. — les insinuations contre la france.

30 juillet 1909.

Les appréhensions que nous exprimions ces jours derniers sur la situation des Espagnols dans le Rif étaient trop justifiées. Le combat livré le 27 juillet a-t-il été un désastre .'* Il y a lieu de le craindre, quoique des nouvelles ultérieures annoncent que la place de Melilla soit en sûreté. Un général, plusieurs officiers supérieurs, un grand nombre d'officiers subalternes et plus de mille soldats tués, des blessés en proportion, tel est le bilan des troupes espagnoles pour la seule journée du 27. D'après des informations privées dont il est difficile de contrôler l'authenticité, le combat aurait repris le lendemain avec le même acharnement. On ne sait si les postes du mont Atalayoun et du versant du mont Gourougou ont dû être évacués. Dans tous les cas, leur ravitaillement est extrêmement difficile. La place de Melilla risque d'être investie. On n'en est plus à se demander quelle envergure les opérations militaires sont appelées à prendre dans le Rif, mais si les Espagnols pourront tenir dans l'étroite bande de territoire qu'ils occupent entre la mer et la montagne. Le gouvernement français a dû se préoccuper du sort de ses nationaux ; il a réquisitionné un transport pour le mettre à la

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disposition de ceux d'entre eux qui voudraient quitter Mclilla.

Les mesures énergiques prises par le gouvernement espagnol permettent d'espérer qu'il re tardera pas à venir à bout de l'insurrection catalane. Il n'est pas possible que le patriotisme de nos voisins dans l'ensemble du pays ne leur impose pas des résolutions viriles, et ne triomphe pas des dificultés présentes. Nous souhaitons ardemment que l'Espagne soit bientôt en mesure de rétablir l'ordre au dedans et son prestige au dehors. Mais, dès maintenant, il importe d'arrêter des bruits malveillants sur le compte de la France mis en circulation par quelques journaux et certains personnages de la péninsule qui n'hésitent pas à saisir toutes les occasions de jeter le discrédit sur notre pays. Nous avons le profond regret de constater que ces bruits ont pris naissance dans la presse libérale ; grossis par les journaux plus avancés, interprétés avec mauvaise foi par des intrigants, ils se répandent dans la partie de la presse allemande que l'accord du 9 février 1909 n'a pas désarmée. Sous deux formes dilïérentes, ils tendent à faire croire aux Espagnols que c'est la France qui les a engagés dans le guêpier inarocain. D'une part, on prétend que c'est à l'instigation du Cabinet de Paris que celui de Madrid a décidé d'inaugurer dans le Rif une politique active qui devait mener à Séloucn les troupes du général Marinas. D'autre part, on affirme que M. Clemenceau s'est plaint à Madrid de ce que les intérêts des capitalistes français engagés dans l'affaire de la Compagnie « Norde- Africano » ne fussent pas suffisamment protégés et qu'il aurait menacé de faire le nécessaire avec les troupes françaises si le gouvernement espagnol ne voulait pas s'en charger.

Ce sont là de grossières conlre-Vsérités. 11 est absolument

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faux, nous l'assurons formellement, que le Cabinet de Paris, sous une forme directe ou indirecte, ait engagé l'Espagne à prendre de nouvelles initiatives dans le Rif ou à entreprendre une expédition militaire quelconque, petite ou grande. Il se rendait si bien compte, avec son expérience des choses marocaines, des difficultés auxquelles allaient se heurter les troupes espagnoles qu'il a, tout récemment, attiré l'attention de M. Allende-Salazar à leur sujet. Loin de pousser nos voisins en avant, nous les avons éclairés sur les dangers de l'entreprise, au risque d'éveiller leurs susceptibilités. Il est donc odieux et ridicule de vouloir rejeter sur nous la responsabilité des événements. D'ailleurs, la gravité de la lutte qui se déroule dans le Rif prouve bien que les Espagnols sont en présence d'une action concertée par les tribus et qu'ils se trouvent en état de légitime défense, non d'agression.

Quant à l'intervention de M. Clemenceau, alors président du Conseil, c'est une fable inventée par des gens véreux. Il nous répugne de voir qu'elle est sinon accréditée, du moins encouragée par les insinuations de personnages qui ont joué un rôle dans la politique espagnole et qui aspirent à revenir aux affaires. Dans la crise actuelle, où se jouent les destinées de leur pays, on regrette qu'ils ne se consacrent pas tout entiers à la défense d'intérêts vitaux au lieu de se laisser absorber par des intrigues mesquines. Le renom de l'Espagne n'y gagne rien. Ce n'est pas par une di\ersion pitoyable contre les étrangers que les Espagnols sortiront victorieux de la guerre civile et extérieure, c'est en concentrant leurs forces et en gagnant les sympathies.

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