SUCCES DES ESPAGNOLS DANS LE RIE
28 novembre 1909.
Les Espagnols viennent de remporter dans le Rif, presque sans coup férir, un succès décisif. Instruits par les fâcheuses expériences du commencement de la campagne, ils ont patiemment préparé et résolument exécuté une opération qui devait réduire à merci les tribus riffaines encore en armes de la région comprise entre le cap des Trois-Fourches et la plaine de Sélouan. Déjà maîtres de la partie septentrionale de la presqu'île, il leur restait à s'emparer du massif situé entre le Gourougou et l'Youksen, ou plutôt des positions dont la possession permet de dominer ce massif. Suivant l'avis général des militaires, la position capitale de la région était constituée par les dépressions séparant le mont Youksen du mont Tazoudja. C'est là, aux abords des cols d'Atlaten, que s'étaient massées les tribus riffaines décidées à résister à l'envahisseur étranger. L'occupation de Sélouan serait toujours demeurée précaire si les Riffains n'avaient pu être délogés des hauteurs du Nord. Installés dans cette forteresse naturelle, ils auraient harcelé et tenu en échec la garnison de la plaine, sans compter qu'ils auraient pu donner la main aux tribus mal soumises du Rif septentrional.
C'est ce qu'a parfaitement compris le général Marinas. Si, profitant de ses derniers succès, i\ avait consenti au rembarquement d'une partie de ses troupes pour donner une certaine satisfaction à l'opinion publique, il eût commis ime faute capitale. Il ne lui serait plus resté en-
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suite des eliectits sutiîsants pour venir à bout de l'ennemi. Il aurait usé ses troupes dans des combats peut-être glorieux, mais très probablement stériles. Il a donc formé une armée do 17.000 fantassins, 2.000 cavaliers et 60 canons et l'a chargée de s'emparer des cols d'Atlatcn. Les RifFains, concentrés dans cette position avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux, étaient tout d'abord déterminés à se défendre. Ils pensaient que, comme dans les affaires précédentes, on n'enverrait contre eux, dans ces parages tourmentés, que des colonnes légères incapables de se maintenir dans la région. En présence du déploiement de forces heureusement combiné par le général Marinas, ils ont reconnu leur impuissance. Après avoir tiré quelques coups de fusil, ils ont abandonné le terrain. On annonce aujourd'hui que toutes les tribus des Guelaya ont fait leur soumission sans conditions. Il n'est pas douteux que celles des Béni Bouifrour seront prochainement amenées à se soumettre également. Il leur sera impossible de tenir, toutes leurs communications devant être coupées. Mïûtres de la montagne, les Espagnols vont y construire des ouvrages permanents qui leur assureront la possession du territoire. Ils relieront l'Youksen aux forts de Melilla par une ligne de travaux militaires. Leur ravitaillement se fera désormais sans danger. Ils n'auront même plus besoin d'occuper fortement Sélouan qui sera suffisamment protégée par les positions fortifiées d'Atlatcn. Mais il est encore trop tôt pour parler de rembarquement de troupes comme le font déjà certaines dépêches. Le Conseil des ministres tenu hier à Madrid a décidé d'envoyer immédiatement des commissions techniques chargées de fixer les points où devront être élevées des fortifications provisoires. Celles-ci une fois mises en train, on procédera au rapatriement successif des troupes dans la mesure où le
commandant du corps d'occupation le jugera opportun. De toute façon, la partie active de l'expédition semble maintenant terminée. Après avoir pris connaissance des nouvelles de Melilla, M. Moret (') a déclaré que l'Espagne, ayant atteint le but qu'elle se proposait, ne devait ni ne pouvait pousser plus avant la campagne. Ce langage répond entièrement aux assurances fournies précédemment par le gouvernement espagnol et rappelées mardi dernier par M. Pichon à la tribune de la Chambre des députés. Il est de nature à dissiper toutes les inquiétudes des Français soupçonneux auxquels le moindre mouvement des Espagnols dans le Rif faisait perdre la tête. Personne n'est en droit de mettre en doute la loyauté du Cabinet de Madrid. S'il a rassemblé des effectifs imposants pour effectuer l'opération de police qu'il vient de clore brillamment, c'était pour économiser des vies humaines. S'il avait procédé avec cette prudence au début, il ne se serait pas exposé aux mécomptes qui ont eu de si redoutables conséquences — mécomptes auxquels nous nous exposerions nous-mêmes, si nous cédions aux suggestions des stratèges qui affirment imperturbablement qu'il suffirait de 10.000 hommes pour occuper Fez ou Taza.
(*) M. Moret était devenu président du Conseil à la fin d'octobre 1910, à la suite de la décision de l'opposition de ne plus avoir de relations avec le Cabinet Maura en raison de l'affaire Ferrer. M. Ferez Caballero, ancien délégué d'Espagne à la Conférence d'Algésiras, avait le portefeuille des affaires étrangères dans le Cabinet Moret.
4IO l'eueope au jour le jour
R.\TIFICATION DE l'aCCORD FRANCO-MAROCAIN.
23 février 1910.
El Mokri a notifié hier mardi à M. Pichon la ratification par le sultan des accords signés à Paris au mois de décembre dernier par lés ambassadeurs de Moulai Hafid. Cette décision était prévue. El Mokri, qui avait reçu lundi le courrier de Fez, en avait informé aussitôt à titre officieux notre ministre des affaires étrangères qui avait pu la communiquer au Conseil des ministres dès liier matin. Elle est aujourd'hui officielle et définitive. Elle ne met pas, elle ne pouvait pas mettre fin aux difficultés que comporte notre situation au Maroc. Mais elle règle à notre satisfaction les différends actuels et précis soulevés par l'avènement de Moulai Hafid, l'occupation de Casablanca et les événements qui ont suivi. C'est un résultat appréciable. Il fera moins de bruit que « l'expédition des 10.000 » rêvée par les partisans de l'action militaire. Il sera aussi efficace et moins coûteux. Nous ne donnons ainsi prise à personne contre nous, nous ne provoquons aucune méfiance, nous conservons les mains libres en Europe. Et les étrangers, y compris les Allemands, ne peuvent tirer de ce succès aucun grief contre nous, car les accords franco-marocains sauvegardent leurs intérêts comme les nôtres. D'ailleurs, M. Pichon avait pris soin d'aviser les autres Cabinets des mesures arrêtées à Paris en vue de venir à bout des résistances éventuelles de Moulaï-llafid, et tous avaient reconnu sans hésitation la légitimité de nos précautions
Aujourd'hui même, les partisans de la manière brusque