LES SALONICIENS DEVANT CONSTANTINOPLE. LA QUESTION DU SULTAN
20 dvr.I 1909.
Le dénouement du drame dont le premier acte s'est joué le 13 avril est imminent. Le Comité « L^nion et Progrès » est incontestablement redevenu le maître de la situation. Ses troupes cernent Constantinople. Elles y entreront quand elles voudront. Elles n'auront pas de combat à livrer. Nazim Pacha a donné l'ordre aux régiments du premier corps d'armée de ne pas engager la bataille, s'ils n'étaient pas eux-mêmes attaqués. Les mutins, victorieux pendant deux jours grâce au désarroi des autorités surprises et au fatalisme de la population, ne songent plus qu'à échapper au châtiment qui les menace. Ils renient leurs revendications du 13. Il n'est plus question du Chériat, au nom duquel ils s'étaient levés contre les Jeunes-Turcs, et que, d'ailleurs, personne n'attaquait. Ils n'invoquent plus le Dieu de la vengeance, mais le Dieu de la clémence. Il apparaît de plus en plus clairement qu'ils ont été soudoyés par des gens dont le nom est sur toutes les bouches et que leur sédition ne correspondait à aucun mouvement populaire, religieux ou politique. Des tentatives de corruption avaient été faites aussi sur certaines troupes de Macédoine, mais elles avaient été repoussées comme elles le méritaient. Il est caractéristique que ce fameux mouvement insurrectionnel, dans lequel trop de personnes ont vu trop vite la faillite de la Jeune-Turquie, ait été stricte-
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ment limité aux rares endroits où les anciens espions
pouvaient encore exercer leur vile besogne
La seule question qui reste à résoudre est celle du sultan. On ne peut plus douter que l'immense majorité des Jeunes-Turcs considère le maintien d'Abdul Hamid sur le trône comme incompatible avec la sûreté publique et le fonctionnement du nouveau régime. Ils le pensaient déjà au mois de juillet. Mais ils avaient cru plus habile, plus généreux, plus conforme aux idées constitutionnelles de ne pas toucher à la personne du souverain. Aujourd'hui, leurs illusions se sont dissipées. Ils n'admettent pas un instant qu'Abdul Hamid soit resté étranger aux événements des 13 et 14 avril. Ils sont persuadés qu'il en a été le complice, sinon l'auteur principal. Le soir même du i 3, Abdul Hamid s'est empressé d'amnistier les mutins. Le 14, de sa propre autorité, il a rappelé Chevket Pacha, l'ancien commandant de la garde impériale, et a ordonné de faire rentrer dans leurs anciens casernements les troupes autrefois en garnison à Yildiz, qui avaient été provisoirement installées dans la caserne d'Iplikhané, à Eyoub, en attendant qu'elles fussent envoyées dans les provinces. Le 15, il a fait remettre aux étudiants en théologie une somme de 10.000 livres turques. Il a fait exécuter séance tenante le commandant de VAssarï Tewjik, qui avait prescrit à ses hommes de mettre les pièces de ce bateau en batterie contre Yildiz. Il a refusé de recevoir Kiamil Pacha qui désirait l'entretenir de la situation. Dans cette crise désisive, toutes ses sympathies, ses encouragements,- ses récompenses, semblent être allés aux soldats révoltés contre leurs officiers, aux softas propagateurs de fanatisme, aux courtisans du despotisme. Dans ces conditions, on comprend que les plus modérés des partisans du régime constitutionnel hésitent à continuer avec Abdul Hamid une
collaboration inquiétante. D'après les derçières dépêches, il se peut même qu'il soit déposé aujourd'hui. Suivant la coutume observée en pareil cas, un fetva du Cheik ul Islam déclarerait le sultan impropre à régner. En ce cas, l'héritier du trône, dans l'ordre de succession des agnats en vigueur dans l'empire ottoman, serait le prince Mohamed- Réchad Effendi. Il serait proclamé sultan sous le nom de Mahomet V.