‹ L'Europe au jour le jourChapitre 121 sur 131 · L A F F A I R E MAROCAINE 47I · texte numérisé non relu

L A F F A I R E MAROCAINE 47I

Ces deux notes visent évidemment les informations parues dimanche dans plusieurs journaux de Paris. Sous une. forme sensationnelle, nos confrères publiaient des

dépêches de Fez de leurs correspondants de guerre sur l'arrivée des troupes du général Moinier à Fez, sur- les dispositions du sultan et sur les futures opérations militaires. Les correspondants de guerre ne se contentaient pas de relater ce qu'ils avaient vu et entendu. Tout chauds encore de l'enthousiasme du défilé de la colonne de secours sous les murs de la capitale chérifienne, ils proposaient des solutions de la question marocaine et des plans de campagne. Ils voyaient grand. Pendant la marche de Rabat à Fez, leurs qualités latentes d'hommes d'État et de stratèges s'étaient incroyablement développées. Le malheur est qu'on ne distinguait pas très bien dans leurs dépêches les produits de leur imagination des faits qu'ils avaient mission de raconter. D'après l'un, Moulaï-Hafid demandait formellement le protectorat de la France et la constitution d'une armée française de 50.000 hommes au Maroc. D'après l'autre aussi, le sultan estimait qu'il faudrait 50.000 soldats pour soumettre son empire ; des renforts considérables étaient nécessaires pour procéder aux opérations de police indispensables ; après avoir débloqué Méquinez et châtié les Béni M'tir et leurs alliés du Sud, il fallait châtier les tribus du Nord, venger les rekkas assassinés, soumettre les tribus de l'Est, ouvrir la route de Taza. C'était, nous disait-on, conforme au désir du sultan et à l'intérêt de la France. L'interprète autorisé de Moulaï-Hafid a cru devoir distinguer les désirs de son maître de ceux des correspondants de guerre : d'où la note d'hier soir.

Il est bien regrettable que, dans une affaire aussi grave sous tous les rapports que l'affaire marocaine, la confusion soit jetée par des informations précipitées dans l'esprit du

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public, déjà natiircllcn.cnt prompt à rémotion On se demande quelle impression doivent éprouver les étrangers à ces lectures. On voudrait les persuader de notre mauvaise foi qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Mais il n'y a pas que les étrangers, il y a aussi le public français, envers lequel le gouvernement a pris des |engagements. Le gouvernement a dégagé sa responsabilité par sa note de cette nuit, mais il ne peut se dispenser de [faire connaître-avec plus de détails ses intentions à bref délai. Dans une récente dépêche à VEcho de Paris, M. de Segonzac écrit : « L'affaire marocaine montre assez que les événements mènent les hommes souvent mieux et plus loin qu'ils ne pensaient. >^ Sur ce point du moins — à l'exception du « mieux» — nous sommes d'accord avec notre confrère. Il est temps que ce soient les hommes qui dirigent les événements au lieu d'être dirigés par eux ; d'autant plus qu'en dehors du gouvernement il y a des hommes qui viennent en aide aux événements

OCCUPATION DE LARACHE ET d'eL KSAR PAR LES TROUPES ESPAGNOLES. — l'aUTRICHE ET l'aLBANIE.

10 juin 19H.

Le 8 juin, le jour même où M Canaléjas déclarait aux Cortès que le Cabinet espagnol ne songeait à se lancer dans aucune aventure belliqueuse, les deux croiseurs espagnols mouillés depuis quelques {ours en rade de Larache débarquaient trois bataillons à Larache et, le lendemain matin, cinq cents hommes pris parmi les soldats débarqués allaient

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