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LE CABINET HAKKI PACHA. — LA QUESTION CRETOISE

13 janvier 1910.

Le ministère ottoman est définitivement constitué. Dans la matinée d'hier, Mahmoud Chefket Pacha a fir^i par céder aux sollicitations pressantes d'Hakki Bey. Il a accepté le ministère de la guerre à la condition de choisir lui-même son successeur à la tête des trois corps d'armée de Roumélie, s'il en est nommé un. D'autre part, le portefeuille des affaires étrangères que le nouveau grand vizir désirait détenir lui-même reste entre les mains de Rifaat Pacha. Les trois principaux représentants du Comité Union et Progrès dans le Cabinet Hilmi, Talaat Bey, ministre de l'intérieur ; Djavid Bey, ministre des finances ; Haladjian Eliendi, ministre des travaux publics, conservent également leur portefeuille. D'autres membres du Comité entrent dans le nouveau ministère, dont le caractère jeune-turc est ainsi accentué. Hakki Bey a été promu au grade de vizir et est devenu Hakki Pacha. Dans la journée d'hier, il a été proclamé sadrazam à la Sublime Porte suivant le rite consacré. Il a ensuite soumis la liste de ses collègues au sultan cjui lui a donné la sanction impériale. Les nouveaux ministres doivent prêter aujourd'hui serment à Mahomet V. Le programme ministériel doit être exposé lundi à la Chambre des députés....

A peine installé, Hakki Pacha va se trouver en présence du problème crétois. A la fin de décembre, la Chambre

LA QUESTION d'ORIENT 51

Cretoise s'est réunie. Après avoir réélu président M. Michélidakis, elle a nommé un Comité exécutif composé de trois membres qui sont les avocats Constantin Toumis et Georges Skouloudis et le médecin Pappachatzalis. Les chefs du nouveau gouvernement ont aussitôt prêté serment de fidélité au roi des Hellènes. Ils ont reçu de la Chambre pleins pouvoirs pour mettre en vigueur dans l'île toutes les lois du royaume de Grèce dont l'application leur paraîtrait appropriée à la situation. M. Michélidakis et l'ancien président du gouvernement provisoire, M. Venizélos, ont eu beau soutenir que la prestation de serment d'allégeance au roi de Grèce, conforme à l'usage établi depuis la proclamation de l'Union en octobre 1908, n'avait pas d'importance et ne devait pas être prise en mauvaise part à Constantinople. Il était impossible que la Turquie se plaçât à ce point de vue. La Porte a aussitôt envoyé aux quatre puissances protectrices une note contenant une protestation énergique contre la violation de ses droits souverains, qu'elle a qualifiée « d'acte de défi et d'insubordination, vis-à-vis non seulement du gouvernement impérial, mais aussi des puissances protectrices de l'île «. De son côté, le peuple ottoman a ressenti l'aflFront et a témoigné ses sentiments en organisant une souscription nationale en faveur de l'achat de bateaux de guerre. Le budget de la Turquie ne lui permet pas de s'oiTrir le luxe de « Dreadnought ». Toutefois, les Turcs ne veulent pas être tenus en échec sur mer par la Grèce. Ils prévoient l'éventualité d'un conflit où la Grèce aurait des alliés continentaux et ils veulent être en état de tenir tête à ceux-ci sans être obligés d'immobiliser sur la frontière grecque de gros effectifs. Ils sont donc disposés à consentir de gros sacrifices, hors budget, pour empêcher la flotte grecque de paraître en maîtresse devant Salonique et La Canéc.

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