LA SOLUTION DE LA CRISE MINISTERIELLE EN TURQUIE
12 mai 191 1.
La nouvelle phase dans laquelle la révolution turque est entrée suit son cours normal. L'affaiblissement très sensible du prestige du Comité L^nion et Progrès a abouti
LA Q l' E S T I O N O ' C> R I K N T QI
à l'éviction de son principal représentant dans le ministère, Djavid Bey, ministre des finances, et de son ami, Ismaïl Ilakki Babanzadé, qui avait quitté récemment la rédaction du Tanine pour prendre le portefeuille de l'instruction publique. Après quelques semaines de crise intérieure, la fraction conservatrice du parti a pris le dessus. Les efforts de la fraction radicale pour mater les dissidents, ses succès partiels, la nomination de plusieurs de ses membres à de hauts emplois n'ont fait que précipiter sa chute. Si complexes et enveloppées d'ombre que soient les choses ottomanes, il est impossible de contester le discrédit du fameux Comité, ou plutôt de ceux de ses membres qui s'étaient emparés de sa direction et qui avaient entrepris de transformer la vieille Turquie en un Etat, centralisé à l'occidentale sans tenir compte des traditions, des préjugés, des religions, ni des aspirations les plus légitimes des nationalités. Alais ce serait une grande erreur de croire que le mouvement de réaction actuel est dirigé contre la Jeune-Turquie, qu'il a pour but et qu'il aura pour effet le retour à l'ancien régime hamidien. Les hommes dont l'influence prévaut aujourd'hui ne sont pas moins attachés que ceux dont l'étoile pâlit à la révolution de juillet 1908. Seulement, ils comprennent autrement l'application du nouveau régime. En somme, on revient à l'état de choses antérieur au malencontreux coup d'Etat d'avril 1909 qui avait bouleversé l'organisation constitutionnelle en élaboration.
Naïl Bey, le nouveau ministre des finances, et Abdurrhaman Chéref Bey, le nouveau ministre de l'instruction publique, ont été déjà ministres après la révolution de. juillet. Ce sont des hommes d'expérience, cultivés, jouissant personnellement d'une autorité de bon aloi, et au courant des choses européennes. Avec des qualités difié.
rentes, ils feront autant d'honneur au nouveau régime que leurs prédécesseurs immédiats. iVIoins fougueux qu'eux,
ils ont chance de ne pas commettre les mêmes fautes
Il est permis d'espérer que les fortes secousses seront épargnées à l 'édifice du nouveau régime. En se séparant de Djavid Bey, Mahomet V a pris soin de le combler d'égards et de lui exprimer le vœu de le voir bientôt mettre de nouveau son talent au service de l'empire. D'autre part, s'il est question de dissoudre le Comité Union et Progrès, cette sorte de Comité de Salut public ottoman, le Comité lui-même n'en devra pas être très surpris, ni très indigné. En effet, dans sa dernière assemblée générale qui a abouti au remaniement de ses statuts, il a voté un article, l'article lo, qui stipule qu'il convient de u s'opposer aux tendances et aux mouvements des Associations constituées en vue de buts spéciaux secrets )>. S'il avait été logique, il se serait dissous lui-même après avoir voté cet article. Sa dissolution ne pourrait donc point être considérée comme un acte de violence.
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