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LA RÉBELLION DU LIEUTENANT TYPALDOS

30 octobre 1909.

LE gouvernement grec se trouve aux prises avec une nouvelle et très grave difficulté. Le mouvement réformiste qui avait pris, depuis la chute de AL Rhallys,. un caractère semi-révolutionnaire sous l'impulsion de la Ligue militaire, vient de tourner à la sédition. Quoique M. Mavromichalisjde concert avec le colonel Zorbas,chef de la Ligue, ait donné satisfaction à la plupart des réclamations de l'élément militaire, quoiqu'il ait consenti à la radiation des princes royaux du cadre de l'armée, quoique la Chambre ait voté docilement les projets de loi présentés par le ministère sur les sommations de la Ligue, un certain nombre d'officiers de marine ont trouvé que les réformes n'étaient ni assez rapides, ni assez complètes. Le plus ardent d'entre eux, le lieutenant de vaisseau Typaldos, commandant des défenses sous-marines de l'arsenal de Salamine, a prétendu imposer au gouvernement une série de mesures radicales destinées à rajeunir et à réorganiser

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sans délai les cadres de la marine. En outre, il a exigé la réintégration du sous-lieutenant Kocorris, condamné par un Conseil de guerre, après la guerre gréco-turque, à la mise en réforme d'office pour avoir adressé au ministre de la marine, au cours de la guerre, un télégramme accusant de trahison l'amiral et les officiers supérieurs de la flotte.

Xi le roi, ni le ministère ne pouvaient accéder à de pareilles prétentions ainsi exprimées. M. Mavromichalis était seulement disposé à présenter à la Chambre un projet de loi tendant à rajeunir les cadres en abaissant la limite d'âge et même à soumettre les officiers à une sorte d'examen de revision. C'était aussi l'avis du colonel Zorbas de limiter là la réforme. Mais le lieutenant Typaldos persista dans ses revendications.il réussit même à les faire adopter par un certain nombre de ses collègues de la Ligue réunis en séance spéciale. En présence du refus du ministère et du colonel Zorbas de se rendre à ses exigences, il proposa à la Ligue de l'imposer comme ministre de la marine au gouvernement, afin d'amener la prompte exécution des réformes et de lui permettre, en particulier, de procéder à des poursuites contre des officiers déterminés. Cette fois, la Ligue recula, le colonel Zorbas lui fit voir le péri} que faisait courir au pays l'ambition du lieutenant Typaldos, et celui-ci dut finalement se retirer après une discussion des plus violentes. Cela se passait dans la nuit du 28 au 29 octobre. Le colonel Zorbas courut aussitôt après la séance chez le président du Conseil pour lui signaler la gravité de la situation et l'assurer du dévouement du parti militaire qui ne se solidarisait en aucune manière avec les officiers de marine mécontents. Dans la matinée du 2t), les événements se précipitèrent. Tandis cjue M. Mavromichalis mettait ses colièguc au courant et que

la Ligue, réunie de nouveau, prononçait l'exclusion de Typaîdos, celui-ci se rendait au Pirée, s'embarquait pour Salamine, embauchait des camarades et des matelots et s'emparait de plusieurs torpilleurs. Il semble que Typaidos n'ait point réussi. A l'exception des petits bâtiments, dont il avait le commandement, la flotte est restée fidèle. L'arsenal de vSalamine serait au pouvoir du gouvernement. Un combat naval livré dans les eaux de l'île aurait mis hors de combat les bateaux rebelles.

On devine la surexcitation qui s'est emparée d'Athènes à la nouvelle de ces événements. Il faut souhaiter qu'elle se tourne tout entière contre les mutins dont les prétentions extravagantes mettent en danger l'existence nationale. II ne reste plus guère à la Grèce de faute à commettre

L ECHEC DE TYPALDOS,

31 octobre 1909.

Le lieutenant Typaîdos n'a pas cueilli dans la baie de Salamine les lauriers de Thémistocle. Coupé de ses communications avec ses complices de l'armée de terre, battu sur mer, abandonné par les troupes qu'il avait hâtivement rassemblées, il est en fuite. Qu'il soit pris ou non, il semble actuellement inoffensif. La mutinerie du 2() octobre a avorté. Le principal résultat obtenu par le réformateur de la marine aura été de mettre. hors de combat quelquesuns des rares bateaux de la flotte hellénique. C'est sa façon de servir son pays et de préparer son avenir.

Si le péril immédiat pour le gouvernement grec est conjuré, la situation générale n'en est pas moins critique. Typaldos représentait dans le mouvement réformiste le parti révolutionnaire décidé à renverser la dynastie et à instaurer une dictature. Ce parti vient d'être vaincu, ses chefs sont dispersés. Toutefois, cela ne suffit pas. Le gouvernement doit profiter, sans perdre un instant, de son succès militaire pour mater les énergumènes, les ambitieux et les brouillons qui prétendent tout bouleverser sous le prétexte de supprimer les abus. Les abus ne sont que trop réels, trop nombreux, trop graves, nous l'avons maintes fois constaté. Mais la dictature d'un Typaldos ne les ferait pas subitement disparaître. Elle leur substituerait simplement la violence et l'arbitraire. Elle aurait, en outre, l'inconvénient de mettre toute l'Europe en défiance, alors que la Grèce n'a jamais eu plus besoin des sympathies de l'Occident. Le colonel Zorbas, le véritable auteur du pronunciamento du mois d'août, semble s'inspirer d'idées relativement modérées. Il joue dans la Ligue militaire un rôle conciliateur. Il sert de tampon entre elle et le ministère. Il paraît comprendre la nécessité de maintenir un modus vivendi tolérable, sinon l'accord, entre les réformateurs et le gouvernement régulier

L,\ LIGUIi .MILIT.MRl- HT LE.^ PROJETS DE REVISION CONSTITUTIONNELLE.

28 janvier 1910.

La crise ministérielle qui s'est ouverte' hier à Athènes semble être le commencement d'une révolution, et cette

LA R É V O I. f T I O N GRECQUE 97

révolution risque de remettre en l)ranle t(nit l'r)rient à peine sorti de la crise provoquée par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. A vrai dire, depuis que la Ligue militaire gouvernait la Grèce sous le couvert du Cabinet Mavromichalis, la situation était révolutionnaire de fait. Mais il y avait une apparence de gouvernement constitutionnel. Avec autant d'abnégation que de prudence, le président du Conseil s'efforçait de faire fonctionner tous les rouages gouvernementaux conformément aux lois. La Chambre des députés votait sous la pression de la Ligue, mais elle votait. Aujourd'hui la Ligue a décidé de

supprimer le ministère et la Chambre

La Ligue veut dissoudre la Chambre des députés, procéder à la réunion d'une Assemblée nationale et faire reviser la Constitution par cette Assemblée. Cette opération ne peut s'effectuer légalement aujourd'hui. Aux termes de l'article 107 de la Constitution, la revision ne peut avoir lieu que si la Chambre la demande dans deux législatures consécutives par vote émis à la majorité des trois quarts de ses membres. En outre, elle ne peut porter que sur les dispositions « non fondamentales » et les articles à reviser sont limitativement désignés dans le vote des deux Chambres successives. Enfin, la revision une fois résolue, le soin de la réaliser est confié à une Chambre spéciale comprenant un nombre de membres double de celui des députés. La Ligue passe par dessus ces formalités et ces règles. Elle ne s'embarrasse point du vote de la Chambre actuelle et de la suivante, ni de la majorité des trois quarts. Elle ne pense point à convoquer une Chambre de revision conformément aux prescriptions constitutionnelles. Elle ne se laisse point arrêter par les dispositions fondamentales. Elle veut réunir une <( x\ssemblée nationale "

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