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CRISE MINISTERIELLE ET REVISION

30 janvier 1910.

Tout est encore en pleine confusion à Athènes. Le Cabinet Mavronyclialis est toujours démissionnaire, mais il n'est pas remplacé. Hier, samedi, le roi Georges a présidé un Conseil e^:traordinaire auquel assistaient les ministres démissionnaires et les principaux personnages politiques, le président de la Chambre, M. Théotokis, M. Rhallys, M. Dragoumis et ]\I. Zaimis, haut-commissaire des puissances en Crète. Le roi avait préalablement conféré avec le diadoque Constantin. Il a exprimé l'avis que la réunion d'une Assemblée nationale était contraire à la Constitution. M. Zaimis a été seul, paraît-il, à parler dans le même sens. M^L Théotokis, Rhallys, chefs des deux principaux groupes de la Chambre, et AL Dragoumis ont déclaré que le seul moyen de sortir des difficultés actuelles était de convoquer une Assemblée nationale. Le roi a réservé sa décision

VICTOIRE DE M. VENIZELOS. — ADOPTION DE LA POLITIQUE DE RÉVISION. — LE MINISTÈRE DRAGOUMIS.

icr février 1910.

Tout, en Grèce, a fini par se plier aux exigences de M. Venizélos. L'agitateur crétois n'est ni chef ni membre

du nouveau ministère. Mais il en a inspiré la fornmtion et dicté le programme. Malgré les. résistances du roi, malgré les scrupules constitutionnels de M. l'héotokis, chef de la majorité de la Chambre des députés, la convocation d'une Assemblée nationale a été décidée. Le roi, M.Théotokis,]\I. RhalJys, tous les hommes politiques se sont finalement ralliés à la eombinaison Venizélos. Quels arguments les ont convaincus? Nous ne savons. M. Théotokis a confié à un journaliste que, s'il avait cédé aux instances des révisionnistes, c'est qu'il s'était persuadé que le seul remède à l'anarchie actuelle consistait dans la réunion d'une Assemblée nationale. Quant à la violation de la Constitution, elle n'avait plus aucune importance. On viole la Constitution pour rentrer dans la légalité.

C'est M. Dragoumis qui assume la responsabilité du pouvoir, si l'on peut ainsi appeler la part d'influence que la Ligue militaire consent à laisser au gouvernement apparent. AL Dragoumis est un ancien lieutenant de feu Tricoupis dont il a été le ministre des affaires étrangères. Il- prend le ministère de l'intérieur avec la présidence du Conseil. I>e fan\eux chef de la Ligue, le général Zorbas, devient ministre de la guerre. Tous les autres ministres semblent être de simples comparses

» CONVOCATION d'uNE ASSEMBLÉE NATIONALE. — DISSOLUTION DE LA LIGUE MILITAIRE.

i" avril 19 10.

Le rideau vient de tomber sur un nouvel acte du drame hellénique. Le 27 mars, la Boulé a terminé ses travaux en

votant à la vapeur toute une série de projets de loi, y compris le budget. Le 30, le roi Georges a lu devant elle une proclamation déclarant close la session extraordinaire et annonçant la convocation d'une Assemblée nationale. Le même jour, conformément à l'accord préalable intertervenu entre le roi, le gouvernement et la Ligue militaire, celle-ci a prononcé sa dissolution. A s'en tenir, à ces faits, on pourrait croire que Tordre légal est rétabli en Grèce et que la machine politique va désormais reprendre son fonctionnement régulier. La situation ne comporte point un jugement aussi optimiste. Les points noirs restent nombreux à l'horizon.

En premier lieu, il convient de ne pas oublier que la situation générale conserve un caractère révolutionnaire. La convocation de l'Assemblée nationale a lieu en violation de l'article 107 de la Constitution qui exige l'assentiment de deux Chambres successives. Aucune date n'est 'fixée dans la proclamation royale. Bien plus, contrairement à la Constitution, les articles à reviser ne sont pas arrêtés d'avance. Un décret roval rendu sur la proposition des ministres les fixera. L'avant-projet voté le iS février v. s par la Boulé constituera une simple indication. Aucune donnée n'a encore été fournie sur le mode d'élection de l'Assemblée nationale, sur sa durée, sur l'étendue de ses pouvoirs. Aucune également sur la date de la réunion de la nouvelle Boulé appelée à succéder à celle qui vient d'arriver à l'extrême terme de son mandat. Pendant un nombre de mois indéterminé, la Grèce va donc se trouver dans un état extra-légal, extra-parlementaire. Nous voudrions croire que le roi et ses ministres seront effectivement les maîtres du gouvernement. Mais l'expérience des derniers temps nous invite au scepticisme.

La Ligue militaire, il est vrai, s'est dissoute. Ses

LA RI-VOL UTION GRECQUE lOI

membres, paraît-il, ont t'té relevés de leur serment. Mais, en cas de désaccord entre ses chefs et le ministère, qui nous assure qu'elle ne ressuscitera pas subitement? La dernière phrase de son manifeste d'adieu communiqué à la presse justifie toutes les appréhensions : " La Ligue, dit-elle, considère sa tâche terminée après le Messaç;e royal à la Boulé ; mais elle appelle l'attention du. peuple sur sa foi dans l'avenir et exprime la conviction que, la Ligue dissoute, l'armée continuera néanmoins d'être la gardienne de l'honneur et des idéals nationaux. ^> La Ligue est dissoute, mais l'armée veille. C'est-à-dire que les officiers ligueurs se réservent de recourir de nouveau à une pression efficace dans le cas où l'honneur et les idéals nationaux, tels qu'ils les comprennent, leur paraîtraient compromis. Cette perspective n'est point rassurante. Les exaltés n'ont point renoncé à leurs procédés coutumiers. Tout dernièrement encore, ils tentaient de soulever les paysans thessaliens. Des agitateurs, des Cléons, pour employer le langage des journaux d'Athènes, prêchaient la spoliation des propriétaires musulmans — dont les droits sont garantis par la convention de Constantinople du 24 mai 1881, — distribuaient des fusils aux paysans et les poussaient contre la troupe aux cris de : '< Vive la révolution! » On organisait, a dit M, Dragoumis à la Chambre, une révolte générale. Tous les moyens sont bons aux Cléons, et les Cléons ne manquent pas plus dans la Grèce moderne que dans l'ancienne. Une fois l'ordre légal aboli, ils ont beau jeu

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