LE TRIOMPHE DE M. VENIZELOS AUX ELECTIONS GÉNÉRALES
i6 décembre 1910.
Les élections générales du 1 1 décembre constituent pour M. Venizélos un succès signalé. Quoiqu'on ne connaisse pas encore les résultats détaillés, il est déjà certain que la nouvelle Chambre révisionniste sera composée en immense majorité de députés ministériels. Sont élus 277 candidats venizélistes proprement dits et 85 indépendants. Parmi ceux-ci une bonne partie est disposée à se rallier au président du Conseil ; six ou sept sont socialistes ; une quarantaine seulement serait du côté de l'opposition.
Les élections se sont faites dans des circonstances singulières. La dissolution de la Révisionniste — comme on appelle en Grèce l'Assemblée extraordinaire chargée de procéder à la revision de la Constitution — avait bouleversé les combinaisons des hégètes, les chefs des anciens partis. M. Mavromichalis et M. Rhallys avaient protesté contre cette mesure d'une légalité contestable, mais d'une opportunité certaine. Les élections à la première Révisionniste, effectuées avec les procédés traditionnels, avaient suffi à leur donner la mesure de la popularité de M. Venizélos et à leur inspirer une sainte terreur de toute nouvelle consultation électorale. Se sentant discrédités à
fond, prévoyant le triomphe de leur rival, ils publièrent l'un et l'autre un manifeste au peuple hellène, invitant les citoyens à s'abstenir de participer à l'élection d'une Chambre illégale, en manière de protestation contre le coup d'Etat de M. Venizélos. Juridiquement, la protestation était fondée. Mais ces défenseurs de la légalité oubliaient que depuis un an la Grèce vivait en état de révolution et qu'eux-mêmes avaient prêté la main à des violations non moins graves de la Constitution. Il était comique de les entendre reprocher à leur rival de dominer par l'avilissement du régime et des hommes politiques. Si quelqu'un était responsable de cet avilissement trop réel, c'étaient bien les chefs de clans qui s'étaient disputé le pouvoir sans aucun souci des intérêts généraux.
Pendant toute la campagne électorale, M. Venizélos au contraire n'a cessé de tenir un langage sage, modéré, impartial, rude même quelquefois à l'égard des gens dont il sollicitait les suffrages. Le jour même de son arrivée à Athènes, quelques jours après la réunion de la première Révisionniste, il avait eu le courage de dire de sévères vérités au peuple qui l'acclamait. A plusieurs reprises, du balcon de son hôtel, il avait protesté contre les cris de : « Vive la Constituante ! » par le cri de : « Vive la Révisionniste ! » Plus tard, devenu président du Conseil, il n'a point caché aux paysans de Thessalie qu'ils ne devaient pas compter sur lui pour obtenir la dépossession de leurs propriétaires à leur profit. .Aussi, c'est en Thessalie que viennent d'être élus la plupart des membres de l'opposition. Nous nous sommes trouvés souvent dans l'obligation de malmener M. Venizélos à propos des affaires Cretoises. Il n'est que juste de reconnaître que, depuis plusieurs mois, il a fait preuve de grandes qualités d'homme politique.
Malgré les manifestes des hégètes recommandant l'abstention, on a compté environ 921 candidats pour 362 sièges. En Attique-Béotie, 117 candidats briguaient les 44 mandats attribués à cette circonscription ; la liste Venizélos ne comprenait que 43 noms, afin de laisser place à M. Dragoumis porté sur une autre liste. Les 43 venizélistes ont été élus avec M. Dragoumis. Le succès a été le même dans presque toutes les provinces. Les seuls candidats non patronnés par M. Venizélos qui aient réussi sont des adhérents des vieux hégètes qui se sont présentés aux électeurs sous un masque venizéliste. En somme, le président du Conseil peut compter sur au moins quatre cinquièmes des membres de la seconde Révisionniste