‹ L'Europe au jour le jourChapitre 37 sur 131 · I.K PROCES I-RIEDJUNG · texte numérisé non relu

I.K PROCES I-RIEDJUNG

23 décembre 1909.

Après deux semaines d'audiences, le procès en diffamation intenté au D'" Friedjung et au rédacteur Ambros de la Reichspost par les députés du groupe serbo-croate à la Diète d'Agram et leur chef, M. Supilo, s'est terminé hier. Les publicistes viennois en sortent couverts de confusion. La Reichspost ne jouait là qu'un rôle secondaire à côté de l'auteur de l'article incriminé paru dans la Nouvelle Presse libre du 25 mars dernier. Mais cet organe des chrétiens sociaux, qui a des relations avec le Piiisverein, passe pour interpréter souvent la pensée de l'entourage de l 'archiduchéritier. D'autre part le bruit a circulé avec persistance que le D^ Friedjung avait reçu communication du Ballplatz des documents sur lesquels il s'appuyait pour accuser le parti serbo-croate de recevoir de Belgrade de l'argent destiné à mettre la presse croate au service du bureau de la presse du ministère serbe des affaires étrangères. Les deux principaux de ces documents étaient un rapport de ^L Spalaikovitch, secrétaire général du ministère des affaires étrangères de Serbie, à AL Pachitch, président du Conseil, et des instructions de M. Alilovanovitch, ministre des affaires étrangères au ministre de Serbie à Vienne. Il était difficile de croire que AL Friedjung eût pu se procurer par ses propres moyens des pièces de ce genre. Au moment où il crut devoir les divulguer en en affirmant l'authenticité, au plus fort de la crise austro-serbe, on put supposer à bon droit qu'il était le simple instru-

ment de plus hauts personnages. A ce moment, tous les moyens étaient bons au Ballplatz pour provoquer contre la Serbie un mouvement général d'opinion. Chaque jour la presse officieuse déversait dans le public une série de fausses nouvelles. Les documents utilisés par M]\I. Friedjung et Ambros viennent d'être reconnus faux comme le reste.

Le jour de l'ouverture du procès, IVL Friedjung avait rempli toute la première audience d'un discours plein d'assurance et de menaces. Il avait défié ]VL Spalaikovitch de venir déposer devant le tribunal ; il lui avait promis de le traiter sans pitié comme un ennemi public. M. Spalaikovitch est venu. Il a démontré avec une clarté qui a frappé tout l'auditoire que le prétendu rapport émanant de lui était apocryphe. Les faussaires n'avaient pas pensé à tout. Pour donner à la pièce un caractère d'authenticité, ils y avaient inscrit des numéros d'ordre. Or ces numéros étaient manifestement inexacts. D'autre^ détails, qu'il serait trop long de reproduire, étaient également imaginaires. Le même travail de contrôle pour les instructions de M. IMilovanovitch à IVI. Simitch aboutit au même résultat. Enfin, à la dernière audience, il a été constaté que la seconde série de documents, des procès- verbaux mettant en cause le professeur Markovitch, étaient également des faux. Devant l'évidence, le bouillant D^ Friedjung a dû déclarer qu'il retirait les documents visant le professeur Markovitch et renonçait à faire état des autres. Les demandeurs ayant ainsi reçu satisfaction se sont désistés de leur plainte et le président a prononcé l'acquittement des prévenus.

Si ce procès ne s'est pas terminé par une condamnation matérielle infligée par les jurés viennois, la flétrissure morale n'en est pas moins publique. 11 est avéré que, de lyjnne ou de mauvaise foi, de leur propre initiative ou

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