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mcnts de Budapest et l'assitance active du ban Rauch, a fait le plus pitoyable fiasco. Il a suffi d'en dévoiler les dessous malpropres pour soulever la réprobation générale. L'arrêt du 5 octobre 1909, rendu après sept mois d'audiences grotesques, avait été salué par le mépris universel. Malgré tous les efi^orts du ban Rauch, le procès avait tourné à la confusion de ses auteurs. L'arrêt de la Cour suprême ne réhabilitera pas la magistrature croate. Mais elle donne satisfaction à la justice.
Justice tardive et qui peut-être se serait fait attendre longtemps encore si les événements de Hongrie n'exigeaient point impérieusement une réconciliation, apparente du moins, entre le gouvernement et les Croates. En prenant le pouvoir à la suite d'une crise ministérielle de plus de neuf mois, le comte Khuen-Hédervar}' a assumé une tâche d'une difficulté exceptionnelle. Il a dissous le Parlement et il lui faut une majorité. Or, en appréciant ses chances avec optimisme, on ne peut pas espérer pour lui que ses partisans obtiennent la majorité absolue dans la nouvelle Chambre. Il lui faut absolument sô concilier ce qu'on appelle en Hongrie les nationalités, c'est-à-dire les non-magyars. Quoique les députés croates ne votent à Pest que dans les questions communes à la Croatie et au reste de la Transleithanie, l'appoint de leurs voix n'est pas négligeable. Le comte Khuen désire vivement l'acquérir. Il a remplacé le baron Rauch par M. de Tomasitch. Il va appeler dans son Cabinet, comme ministre pour la Croatie, le président de la Table des septemvirs,M.de Rakodczay, qui a été ban lui-même de juillet 1907 au commencement de janvier 1908, immédiatement avant le baron Rauch. Ce sera un nouveau gage de bonne volonté donné aux Croates. Ceux-ci, toutefois, feront sagement de prendre cette fois de solides précautions contre un re\ i- II 9
rement d'attitude. On a l'habitude de se servir d'eux dans les périodes critiques et de les abandonner ensuite à la rancune de leurs rivaux. C'est le moment pour eux d'exiger l'application sincère, intégrale, du pacte constitutionnel qui Icfi unit à la monarchie.
LIQUIDATION DU PROCES D AGRAM. — CRISE EN CROATIE. — ABOLITION DES POURSUITES. — SOLUTION DU CONFLIT DES LANGUES DANS LE SERVICE DES CHEMINS DE FER CROATES.
15 novembre 19 10.
Un rcscrit de François-Joseph l^^ vient de liquider définitivement le monstrueux procès d'Agram. Le 2 avril dernier, la Table des septemvirs d'Agram — c'est-à-dire la Cour suprême de Croatie — avait déjà cassé l'arrêt rendu le 5 octobre précédent contre vingt-deux des cinquante-trois Croato-Serbes englobés dans l'ajïaire de haute trahison machinée par M. d'/Ehrenthal, le ban Rauch et la légation d'Autriche-Hongrie à Belgrade afin de perdre les Serbes dans l'opinion européenne au moment où s'accomplissait l'annexion violente de la Bosnie et de l'Herzégovine. En conséquence, les frères Adam et Valérien Pribicévitch, les seuls condamnés restés en prison après la mise en liberté provisoire des vingt autres quelques semaines auparavant, avaient été mis également en liberté. Mais, en vertu de l'anél des septemvirs, une nouvelle instruction devait être ouverte aux fins de réunir d'autres preuves contre les accusés. Il était certain que ces preuves
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étaient introuvables, le ban Rauch, de complicité avec le chef de la section de justice du gouvernement croate, M. Aranitzky, ayant produit devant le tribunal, au cours du procès de sept mois dont ils donnèrent le sancadale au monde, tout ce que les détectives les plus retors et les moins scrupuleux avaient pu découvrir. Toutefois, l'instruction restait ouverte. C'était une menace suspendue sur la tête des accusés du premier procès, peut-être un moven de pression sur les partis. En tout cas, au point de vue juridique, le scandale subsistait de poursuites intentées pour des faits échappant de toute évidence à toute répression pénale.
La Diète, élue le 28 février 1908, comprenait une énorme majorité hostile à l'administration du ban Rauch. Une première satisfaction lui avait été donnée, après la liquidation de l'affaire bosniaque, par le remplacement du ban Rauch par M. de Tomasitch, qui passait pour l'ami de la coalition croato-serbe. Aumois de février dernier, M. de Tomasitch conclut avec la coalition un pacte aux termes duquel la majorité lui promettait son concours moyennant le remplacement des chefs de section collaborateurs et complices de Rauch, le rétablissement du régime constitutionnel, le remaniement de la loi électorale dans un sens démocratique et l'engagement de garantir pour l'avenir les droits de la Croatie dans ses rapports avec la Hongrie. L'exécution du pacte se heurta presque immédiatement au refus de M. Aranitzky de s'en aller et à celui du gouvernement de le sacrifier malgré lui. La majorité tenait essentiellement à l'holocauste de ce magistrat à tout faire, symbole de l'iniquité. Le pacte fut rompu. M. de Tomasitch offrit sa démission à l'empereur-roi qui la refusa et prononça la dissolution de la Diète. Les nouvelles élections, faites d'après la nouvelle loi votée dans
l'intervalle, réduisirent le nombre des membres de la coalition sans donner la majorité au gouvernement. Le ban pouvait compter tout au plus sur une vingtaine de députés dans une Assemblée de quatre-vingt-huit membres. Il lui fallait dissoudre de nouveau et recourir aux procédés du satrape Rauch, ou donner satisfaction aux Croates. Il négocia.
Les négociations suivaient leur cours quand M. Massaryk dévoila aux Délégations réunies à Vienne les abominations du dossier Friedjung. S'il ne réussit pas à préciser les circonstances de fait dans lesquelles avaient été élaborés les faux communiqués par le ministère des affaires étrangères au naïf D^ Friedjung pour qu'il fît éclater dans la NouTeUe Presse libre son indignation des machinations serbes, il prouva que ces documents, dont la fausseté sautait aux yeux de tout homme compétent, provenaient de la légation impériale et royale à Belgrade et que la chancellerie du Ballplatz en avait garanti l'authenticité au collaborateur de la Nouvelle Presse libre. Tout le monde le savait déjà. Mais, pour la première fois, cela était dit, en pleine Délégation, à la face du comte d'^^hrenthal, et celui-ci, après de vains échappatoires, était réduit au silence. Comment, dès lors, oser continuer de soutenir M. Aranitzky ? Comment se li\rcr de nouveau en Croatie à des opérations à la Rauch .'' Le comte Khuen, c'est-àdire, en l'espèce, le comte d'i'Ehrenthal, son inspirateur, dut céder. M. de Tomasitch vint à Vienne et prit avec l'empereur-roi des dispositions définitives, maintenant connues du public.
\\n \crtu de son droit ytvoprc, .'V)olitionsrecht,Vemperturroi prescrit l'abandon des poursuites contre les accusés du procèsd'Agram, Adam Pribicévitch et consorts. Le chef de section Anmit/ky est mis à la retraite « sur sa de-
mande » — dernière concession à la bureaucratie. En outre., dans le rescrit par lequel la Diète croate a été ouverte le 22 novembre, P>ançois- Joseph V^ recommande de dissiper les malentendus et les différends soulevés au sujet de l'application du compromis croate-hongrois et d'effectuer le plus tôt possible, dans le sens de l'autonomie, une réforme de la loi d'organisation des communes. Parmi les satisfactions qu'il promet aux Croates, il cite nommément VEisenbahnpragmatik c'est une pialencontreuse loi proposée par M. François Kossuth en 1907, à la suite d'une grève d'employés de chemins de fer, et qui provoqua dans toute la Croatie un véritable soulèvement. Dans cette loi destinée à fixer les rapports des employés des chemins de fer de l'État avec l'Etat, M. Kossuth commit la maladresse — préméditée, d'ailleurs, dans un esprit de magyarisation — d'insérer deux dispositions aux termes desquelles les employés en service sur les lignes croates devaient posséder la langue magyare, et la langue magyare être employée dans les bureaux de chemins de fer croates au même titre que la langue croate. C'était une violation de l'article du compromis d'après lequel les autorités communes sont tenues en Croatie de se servir de la langue croate dans les affaires de service. La Diète d'Agram refusa son approbation. Successivement les bans Péjatchévitch et Rakodczay durent se retirer. Seul le ban Rauch fit tête à l'orage, on sait comment. C'est ce conflit qui vient d'être réglé. Il est entendu que VEisenbahnpragmatik ne sera pas appliquée en attendant qu'un accord intervienne. Comme tous ces événements modifient profondément la situation, et que le travail de la Diète risquerait d'être improductif pendant la première phase du nouveau légime, la Diète a été ajournée le jour même de sa réunion. Elle sera convoquée de nouveau quand le ban, dont l'influence
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semble s'être exercée dans le sens de la conciliation, se sera concerté avec la majorité.
Il est donc permis aujourd'hui de prévoir une ère de prospérité et de justice u dans les royaumes de Croatie, Slavonie et Dalmatie ", suivant l'expression officielle. Ces malheureux pavs en ont grand besoin. Le comte d'.^hrenthal disait l'autre jour aux Délégations que la monarchie était « saturée » d'acquisitions territoriales. Saturation involontaire. Les conséquences de l'annexion de la Bosnie- Herzégovine pèsent d'un tel poids dans la vie de la monarchie qu'à la seule exception d'officiers désireux de se servir d'un instrument bien en main et de diplomates élevés dans l'idée que la péninsule balkanique est la colonie naturelle de FAutriche-Hongrie, toute' la population aspire désormais au repos. Nous souhaitons que ce désir universel soit exaucé. Mais, dans l'histoire, le procès d'Agram restera une flétrissure indélébile sur la politique ^Ehrenthal.
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