CHAPITRE V LA CRISE HONGROISE
LES PROJETS DE REFORME ELECTORALE. — DEMISSION DU CABINET WÉKERLÉ. — M. DE LUCAKS « HOMO REGI US ». — LA QUESTION DE LA BANQUE.
2 juillet 1909.
ENCORE une fois les efforts pour former un ministère hongrois ont échoué. Ils n'ont servi qu'à mettre mieux en évidence les dissentiments qui séparent les deux grandes fractions constituant le parti de l'indépendance et de 1848 : le groupe du président du club du parti, M. François Kossuth, fils du grand Kossuth, et le groupe dont M. de Justh, président de la Chambre des députés, est le chef. Le principal levain de discorde est la question de la réforme électorale. M. Kossuth penche vers le projet Andrassy qui comporte le vote plural, le scrutin public et le remaniement des circonscriptions. M. de Justh soutient le suffrage universel égal et secret.
Après de multiples tentatives pour reconstituer un ministère avec la coalition, c'est-à-dire avec le parti de l'indépendance et de 1848, de la Constitution ou de 1S67,
13^ L ' E U R O iM; AU JOUR LE JOUR
et le parti populiste Jont le comte Zichy est le membre le plus influent, M. Wékcrlé a donné sa démission définitive. L'empereur-roi s'est alors adressé au conseiller intime de Lukacs, ancien secrétaire d'Etat au ministère des finances dans le premier Cabinet Wékerlé en 1893, ministre des finances dans le Cabinet Banffy en 1895, puis dans les Cabinets successivement présidés par M. de Szell, le comte Khuen-Hédervary et le comte Etienne Tisza. Lors de la chute de ce dernier, en 1905, le souverain avait prié AL de Lukacs de former un nouveau Cabinet. Mais M. de Lukacs avait décliné cette mission. Il s'était tenu à l'écart de la politique active pendant la grande crise qui aboutit au remplacement du Cabinet de la Couronne, dirigé par M. de Féjervary, par le ministère Wékerlé à la suite du pacte de 1906. Il se rattache au parti de la Constitution. Dans les circonstances actuelles, François-Joseph P^ a eu recours à lui, non pour le charger de constituer précisément le nouveau gouverneitient, mais pour s'aboucher avec le parti de l'indépendance en qualité d'Homo regius, c'est-à-dire d'homme de confiance de la Couronne, suivant l'ancienne expression encore usitée dans ce pays où le latin est resté langue officielle jusque dans les temps modernes. Cette institution d'Homo regiiis en Hongrie date du temps où la difficulté des communications entre la résidence royale et le lieu où la mission du souverain devait être accomplie ne permettait pas un échange de vues régulier. L'homme de confiance du monarque était alors investi de pouvoirs très étendus, analogues à ceux des commissaires royaux dont l'existence a été abolie par la loi des garanties de 1907. Après la démission du baron Hanfl'y, M. de Szeli avait été chargé, en cjualité d'Homo regîus, de négocier avec la majorité de la Chambre, et, en fait, c'est lui qui était devenu le chef du nouNau Cabinet. On pensait ^qu'ii