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LA C R I S F H O N G R O J S K

en serait de même cette fois et que, si M. de Lukacs réussissait dans sa mission de conciliation, il prendrait aussi le pouvoir.

M. de Lukacs arriva à Budapest avec un mandat précis. Il devait, de la part du souverain, demander au parti de l'indépendance s'il consentait à constituer un ministère dans les conditions suivantes. Le président du Conseil, le ministre des finances et le ministre de l'intérieur seraient choisis, en dehors des partis, par le roi lui-même dont ils seraient les hommes de confiance. Les conditions du pacte de 1906 entre la Couronne et la coalition seraient maintenues. Le fonctionnement normal des principaux rouages de l'Etat serait assuré. La réforme électorale serait eftectuée d'accord avec la Couronne, sur la base du suffrage universel appliqué largement, sans restrictions vexatoires. Dans le cas où une entente définitive ne pourrait pas s'établir sur des questions dont la solution touché aux intérêts vitaux de l'État, des dispositions législatives provisoires devraient être mises en vigueur. Enfin, dans le cas où la majorité ne parviendrait pas à convaincre le roi de la nécessité de créer une banque nationale hongroise indépendante à partir du i"^'^ janvier 191 1, date de l'expiration des pouvoirs de la Banque nationale commune, le privilège de celle-ci serait prolongé de trois ans.

Tandis que M. de Lukacs conférait à Vienne avec le roi, le parti de l'indépendance s'agitait à Budapest. Le groupe dit de la Banque, soutenu par ]\L de Justh, était d'avis de saisir l'occasion de ruiner définitivement la coalition et de conclure un compromis avec la Couronne. Le groupe Kossuth, au contraire, sans revenir à la coalition, aurait accepté un certain nombre de ministres du parti de 1867, avec une réforme électorale fondée sur le projet Andrassy. Le groupe de la Banque résolut de brus-

quer la situation. Il fit circuler parmi les députés une note contenant les articles de son programme. La circulaire se couvrit rapidement de signatures. M. Kossuth vit dans cette manœuvre une atteinte portée à son autorité de chef du parti et protesta avec -véhémence. A la réunion du club de l'indépendance, on échangea des gros mots. En vain i\I. de Justh essaya-t-il de persuader son rival et ami de la nécessité de se rallier à une combinaison Lukacs ; I\I. Kossuth répondit que le peuple hongrois serait démoralisé et perdrait toute confiance dans le parti. M. de Justh, très excité, déclara qu'il tirerait l'épée s'il le fallait, à quoi M. Kossuth répliqua : « Tire-là, si tu veux. Le pays choisira entre toi et moi. »

Dans ces conditions, M. de Lukacs avait devant lui une tâche singulièrement ardue. Il conféra successivement avec les personnages les plus influents, sans résultat. Finalement, le Comité exécutif du parti de l'indépendance, puis l'assemblée générale du parti elle-même se réunit pour se prononcer sur l'acceptation ou le refus des propositions de VHorno regius. En séance plénière, le groupe de la Banque n'osa pas rester sur ses positions. En présence des dangers d'une scission violente au sein du parti, il se résigna à faire bloc avec l'autre groupe. A l'unanimité on vota une résolution repoussant la combinaison Lukacs et la déclarant impropre à servir de base pour de nouvelles négociations ; le parti n'accepterait qu'un ministère homogène, sans membres représentant plus particulièrement le souverain. Cette résolution fut communiquée par écrit à M. de Lukacs.

L'//o;/7o regius est donc reparti pour Vienne rendre compte de l'insuccès de sa mission. La situation est plus confuse, plus éner\antc que jamais. François-Joseph ne décidera rien encore ces jours-ci. Le 4 juillet, il partira pour Spittal

présider à Tinauguration du chemin de fer des Tauern. Il ne se rendra pas de là à Ischl, comme il en avait tout d'abord l'intention. Il reviendra à Vienne pour dénouer l'imbroglio hongrois. Beaucoup de personnes pensent qu'il ne lui reste plus qu'à constituer un ministère en dehors des partis, soit avec M. de Lukacs, soit avec le comte Khuen-Hédervary. En ce cas, on reviendrait à la situation critique de 1905- 1906.

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