LA C R I S K HONGROISE I
universel égal et secret. C'était la capitulation devant M. de Justh. Aussi les deux groupes se mirent-ils immédiatement en devoir de négocier leur fusion. Après une série de délibérations, les objections tombèrent une à une et, finalement, le principe de la fusion ou tout au moins d'une coopération cordiale fut approuvé à la presque unanimité. Une question d'amour-propre personnel seul empêche ou retarde la fusion formelle. Les Justhistes prétendent que ce sont les Kossuthistes qui ont quitté le parti de l'indépendance et que c'est à eux de rentrer au bercail ; les Kossuthistes disent que les portes de leur groupe sont ouvertes et quq les Justhistes n'ont qu'à entrer
LES ELECTIONS GENERALES EN HONGRIE. — LE PARTI NATIONAL DU TRAVAIL. — LA CAMPAGNE DU COMTE TISZA.
2 juin 1910.
Hier mercredi ont commencé les élections hongroises. Elles dureront du i^'" au lo juin. Moins sensationnelle que la bataille du budget anglais et la réforme de la Chambre des Lords, cette grande lutte électorale a, en réalité, une importance aussi grande, au point de vue intérieur comme au point de vue extérieur. Depuis des années, le régime parlementaire est pour ainsi dire suspendu en Hongrie. Depuis la chute du parti libéral, aucun gouvernement régulier n'a réussi à fonctionner. La coalition victorieuse de 1906 a piétiné sur place. Prise entre les nécessités gouvernementales et les promesses qui lui avaient conquis la majorité, elle n'a pu constituer un mi-
nistèrc viable. Le Cabinet Wékerlé n'a pu durer que parce qu'il ne faisait rien. Il est resté dix mois démissionnaire, chargé de l'expédition des affaires courantes. Depuis deux ans, les Délégations n'ont pu être réunies. Le budget de 1909 s'est soldé par un déficit de deux cent quaranteneuf millions de couronnes. A défaut du vote du budget de 1910, les impôts ne peuvent être perçus. Le Cabinet Khuen-Hedervar}- a dû contracter un premier emprunt de cent millions près d'un consortium de banquiers pour faire face aux dépenses urgentes. Le recrutement des contingents militaires n'a pas été approuvé. Depuis l'an dernier la Hongrie vit dans ce qu'elle appelle dans l'antique jargon officiel l'état ex lex.
Aussi l'excitation des esprits a-t-elle été poussée au paroxysme pendant la période électorale. Des hommes politiques considérables ont été accueillis par les électeurs à coups de trognons de choux, d'œufs pourris, de pierres même. Tous les jours, on mentionne des bagarres sanglantes. Les appréhensions sont si vives que, contrairement à tous les précédents et au risque de blesser les susceptibilités magyares, fort légitimes dans l'espèce, le ministre de la guerre commun a dirigé sur les frontières de Hongrie des troupes de Galicie et de Bukovine. En Transleithanie même, environ 70.000 hommes ont été mis sur
pied pour prévenir ou réprimer les troubles Par exemple,
à Okros, le candidat roumain a été arrêté et conduit à une prison voisine. A V'illagos, on a traité de même un autre candidat roumain. Les Roumains ont protesté. Une prompte intervention de la force publique, disent des dépêches, a arrêté le conflit. Il y a eu des morts et des blessés. D'après la version officielle, ce seront les Roumains qui auront commencé. Ln Hongrie, on pratique en grand, avec des moyens médiévaux, les simulacres de bagarres