LA CRISE H O N G H O 1 S E I
teric de Klagcnfurt pour Budapest. Le comte Khuen prétendra sans doute que l'armée n'était là que pour prévenir ou réprimer au besoin les désordres ff)mentés par les Indépendants, et non pour intimider l'opposition. Il ne pourra pas contester sérieusement que cette mobilisation anormale constituait un acte de pression au premier chef. Il est infiniment probable que les Indépendants décimés lui en demanderont compte ; s'ils veulent organiser l'obstruction, le prétexte est tout trouvé.
Le mode de vote facilite singulièrement la candidature officielle. Le scrutin a lieu au chef-lieu de la circonscription seulement ; quand les circonscriptions comprennent plus de 1.500 électeurs, on vote dans deux localités ; dans trois, s'il y a plus de 3.000 électeurs. Les électeurs arrivent au scrutin par communes. D'ordinaire, ils sont ensuite canalisés, par partis, entre des palissades de bois, chaque parti portant une marque distinctive extérieure et ayant un accès spécial dans la salle de vote. Les électeurs de chaque parti votent alternativement par petits groupes de dix à vingt personnes. Un cordon militaire empêche le contact entre les partisans des différents candidats. Le vote est public et oral. Ce système rudimentaire n'a rien de commun avec la liberté du vote. C'est plutôt la guerre électorale organisée : armée contre armée, drapeau contre drapeau. Quand des candidats ont pour eux la véritable armée, avec fusils chargés et baïonnettes au canon, la partie n'est pas précisément égale.
Il y a donc là un élément d'influence dont il faut tenir compte. Toutefois, dans les éleections actuelles, il convient de reconnaître que la principale cause de l'effondrement des Indépendants, kossuthistes et justhistes, est leur lamentable division. Quand la question de la Banque nationale a provoqué leur scission, nous avons dit que M. Fran-
.çois Kossuth, désavoué par la majorité des membres de son parti, serait forcément amené à faire campagne avec son rival M. de Justh. Cela nous paraissait, en effet, l'unique moyen pour tous deux de conjurer un désastre. Cela sautait aux yeux de tout homme non aveuglé par les préventions. Ce sont les préventions, les rancunes inexpiables, qui ont prévalu. M. Kossuth a mené contre M. de Justh une campagne furieuse ; M. de Justh a fait de même. Les deux anciens amis, chefs d'un même parti longtemps uni, se sont déchirés. Les amis du comte Khuen n'auraient jamais osé aller aussi loin contre eux dans le dénigrement. Le nom de Kossuth, jusque-là révéré dans la grande plaine hongroise comme celui d'un dieu, a été traîné dans la boue dans la personne de Kossuth le fils. François Kossuth, opportuniste et gouvernemental, a renié les traditions paternelles. Il est passé aux hommes de Vienne. Que pouvaient bien penser les électeurs? Pour quoi, pour qui se seraient-ils exposés à des représailles? Leur patriotisme ne savait plus en qui s'incarner, à qui se confier.
La déroute des Indépendants est donc due, avant tout, à leurs propres fautes. Mais le comte Khuen-Hédervary a mérité sa victoire, qu'il a préparée en homme d'Etat. Avec lui, le comte Etienne Tisza est le triomphateur du jour ; les élections de 1910 sont pour lui une revanche complète, inespérée, de celles de 1906.
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