‹ L'Europe au jour le jourChapitre 55 sur 131 · LA Q U K S T I O N DE F L F. S S I N C U E · texte numérisé non relu

LA Q U K S T I O N DE F L F. S S I N C U E

gouvernement hollandais se eroit assez fort de son droit striet, auquel les traités ne portent directement aucune atteinte, pour n'admettre aucune intervention formelle dans des projets de fortifications rentrant dans son système de défense nationale. Mais le droit et l'usage illimité du droit sont deux choses distinctes. Si les puissances garantes de la neutralité belge et de la liberté de la navigation de l'Escaut ne croient point pouvoir discuter le droit de la Hollande de procéder à la transformation des vieux ouvrages fortifiés de Flessingue ou à la construction de nouvelles fortifications aux embouchures de l'Escaut, il leur est permis de se demander si le plein exercice du droit d'autrui ne compromet point l'exercice du leur et s'il y a lieu pour elles de se prémunir contre des surprises dansie cas où l'État neutre se verrait obligé de faire appel à leur appui en invoquant les traités de 1839. C'est sans doute à cela qu'a voulu faire allusion M. Pichon en disant qu'il se prêterait volontiers à des conversations amicales. Personne, en France ni ailleurs, ne songe à limiter en quoi que ce soit la faculté de la Hollande d'établir sur son territoire le système de défense qu'elle juge le meilleur. Il s'agit seulement de savoir si ces défenses seraient éventuellement employées à un autre objet.

Ce qui rend la question particulièrement délicate, c'est que, dans cette circonstance, comme dans presque tous les cas analogues, le public se préoccupe plus des intentions que du fait. Le fait est que les fortifications projetées comportent seulement la création de fronts de mer, qu'elles visent exclusivement une attaque venue de la mer, que le territoire hollandais reste ouvert de la Meuse à Flessingue, que le gouvernement hollandais s'est constamment refusé à compléter la ligne de défense belge Liège-Namur par une ligne de défense néerlandaise

Maestricht-Rœrmond-Venloo. De là à conclure que le Cabinet de La Haye se préoccupe de défendre le territoire national contre une seule puissance, l'Angleterre, et d'entrer dans les vues supposées de l'Etat-major allemand en cas de conflit anglo-franco-allemand, le pas est facilement franchi. Il est scabreux de discuter en pleine paix de pareils sujets. Nous n'entrerons pas ici dans des considérations d'ordre militaire. Nous avons voulu seulement indiquer que le Cabinet de La Haye ne peut pas s'étonner de voir d'autres pays s'émouvoir de projets touchant de très près à la neutralité belge et à la liberté de la navigation de l'Escaut. Il a publié une note officieuse portant que le projet de défense des côtes n'a pas à être soumis à l'approbation officielle d'une puissance quelconque. Cela va de soi. L'ne note à ce sujet était superflue. D'après d'autres dépêches de la même source, il ne serait pas question, comme l'ont annoncé hier deux journaux anglais, de retirer ou de modifier le projet soumis au Parlement. C'est possible. Toutefois, sans éveiller la moindre susceptibilité chez une nation amie, il est permis de partager l'opinion publiquement exprimée par deux officiers néerlandais, le lieutenant-général Snyders et le lieutenant-colonel Pop, que les quarante millions de florins destinés aux fortifications de Flcssingue seraient mieux employés à la réorganisation et au renforcement de l'armée, « muraille vivante » supérieure à toute fortification et transportable sur tous les fronts menacés, de terre comme de mer.

LA QUESTION DE FLESSINfCUE 16:

POLEMIQUES SUR LA QUESTION DE L ESCAUT. — L HYPOTHESE DE LA VIOLATION DE LA NEUTRALITE BELGE PAR l'alLE- MAGNE.

24 janvier 191 1.

La question de l'Escaut a été réveillée par le projet de fortification de Flessingue soumis au Parlement néerlandais et par la note du 12 décembre dernier du général Cool, ministre de la guerre et de la marine. Ce n'est point la presse française qui a donné le branle. C'est elle pourtant qu'attaquent en ce moment les journaux allemands.

La Gazette de Cologne nous reproche de perdre notre sang-froid et de chercher par des insinuations à induire le public en erreur. Prenant texte de l'article paru ici le 19 janvier, elle nous accuse d'avoir insinué qu'il existe un arrangement secret entre les Etats-majors allemands et néerlandais et, qu'en cas de mobilisation, l'Allemagne ferait traverser le territoire hollandais par ses armées. Nous nous somm.es gardés d'avancer pareille hypothèse. Nous avons seulement constaté que, du projet du général Cool, le public a été porté à conclure « que le Cabinet de La Haye se préoccupe de défendre le territoire national contre une seule puissance et d'entrer dans les vues supposées de l'Ëtat-major allemand en cas de conflit anglofranco-allemand ». C'est là une simple constatation ; il suffit d'avoir lu les journaux belges pendant ces deux derniers mois pour s'en convaincre. C'est en Belgique et non en France que ces conclusions ont été tirées tout d'abord. Mais, en parlant des vues supposées de l'Etat-

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major allemand en cas de guerre, nous n'avons nullement entendu faire allusion à Thypothèse d'une occupation de la Hollande par les troupes allemandes effectuée d'accord avec le Cabinet de La Haye. Nous pensions à une autre combinaison qui est de notoriété publique, mais que nous jugions plus décent de passer sous silence. Dans les cercles militaires de l'Europe, en effet, on admet comme vraisemblable l'intention de l'Ëtat-major allemand, en cas de guerre avec la France, de faire passer une partie de ses troupes sur le territoire belge afin de tourner les défenses françaises de l'Est et de s'ouvrir plus facilement le chemin de Paris. En ce cas, la neutralité de la Belgique serait évidemment violée, et les puissances garantes, signataires des traités de 1839, devraient aviser aux moyens d'en assurer matériellement le respect. Les Belges incriminent précisément le projet de fortifications de Flessingue comme un moyen d'empêcher certaines puissances garantes de se porter éventuellement à leur secours. Ce serait là en quoi l'État-major néerlandais, consciemment ou non, se prêterait aux combinaisons de l'Etat-major allemand. C'est de l'occupation du territoire belge, non du territoire hollandais, qu'il s'agirait. S'il a pu être question dans la presse d'une coopération militaire germano-hollandaise, c'est au général Cool que la Gazette de Cologtie devrait s'en prendre. Car c'est dans le préambule de la note de ce ministre en date du 12 décembre 1910 que sont soulevées des hypothèses impliquant la participation de la Hollande aux opérations de guerre.

Le correspr>ndant de Berlin de la Gazette de Cologve ajoute :

Il ressort des articles de la presse française et anglaise que ces deux pays considèrent la Belgique comme devant être envahie par eux en cas de guerre. Déjà, en 1870, Mac-Mahon et Bazaine avaient l'intention de

LA QUESTION D K F L E S S I N G U E lÙJ

passer par la Belgique, et seule la marche en avant victorieuse des armées allemandes les a mis dans l'impossibilité de violer la neutralité belge. Les journaux français sont donc mal venus à essayer d'effrayer les Hollandais, en prêtant à l'Allemagne de pareilles idées d'invasion, alors qu'au contraire l'utilisation de la Belgique neutre comme territoire de pénétration par l'armée française rentre bien plutôt dans le domaine des possibilités et des vraisemblances.

Pour concevoir une idée juste des « possibilités ■> dont parle notre confrère, il suffit d'examiner d'un peu près le système des voies ferrées allemandes le long de la frontière belge. Mieux que personne, les Belges savent à quoi s'en tenir là-dessus. C'est pourquoi ils se sont émus. Nous nous sommes bornés à nous faire l'écho de leur émotion.

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