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LES DÉBUTS DU MINISTÈRE SONNINO

19 décembre 1909.

\l. Sonnino a lu hier devant la Chambre des députés la Déclaration ministérielle constituant le programme du nouveau ministère. Quoiqu'on connût déjà les principaux points de ce programme, on attendait avec curiosité les débuts du second Cabinet Sonnino. Le premier, formé dans des circonstances analogues, le 8 février 1906, n'avait duré que cent jours. Le second se présenterait-il avec des chances de plus longue vie ? Dans la nouvelle Chambre issue des élections du 7 mars de cette année, le groupe de l'opposition constitutionnelle dont M. Sonnino est le chef est revenu diminué d'une douzaine de membres. Il ne se compose que de 42 députés environ en face de 330 anciens giolittistes, de 44 radicaux, 42 socialistes, 23 républicains et un peu plus de 20 catholiques. Le refus des conditions mises par MM. Martini et Finocchiaro Aprile à leur entrée dans le Cabinet rejette toute l'extrême gauche dans l'opposition. Le Cabinet Sonnino ne peut donc vivre qu'avec l'appui de la plus grande partie des membres du Cabinet renversé. Cette condition n'est pas un brevet de longue existence. La séance d'hier a démontré clairement que si M. Giolitti n'était plus en mesure de gouverner luimême, les giolittistes tenaient le sort de son successeur entre leurs mains.

Comme en 1906, M. Sonnino a développé un long programme chargé de réformes et d'excellentes intentions.

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Mais les unes et les autres ne peuvent être jugées qu'à I épreuve. Il ne suffit pas de les énoncer....

On s'explique donc facilement la froideur avec laquelle ks députés ont accueilli la demande de M. Sonnino de renvoyer immédiatement, d'urgence, à la Commission du budget, le projet de loi portant création de deux nouveaux ministères. L'extrême gauche s'y est opposée avec vivacité. Si M. Lacava, le dernier ministre des finances de M. Giolitti, n'était pas venu au secours du président du Conseil, en appuvant sa proposition tout en réservant la question de confiance, le second Cabinet Sonnino eût vécu moins longtemps encore que le premier. Mais il eût été maladroit de la part de M. Giolitti de renverser si tôt son successeur. Sans lui profiter, la confusion qui en fût résultée eût été déplorable pour les intérêts de l'Etat.

Le passage du programme relatif à la politique extérieure ne pouvait contenir aucune surprise. Les idées du président du Conseil et du ministre des affaires étrangères sont suffisamment connues. En 1906, lors de son premier séjour à la Consulta, le comte Guiccîardini considérait la Triplice <» comme une institution d'utilité publique internationale pour le maintien de la paix '>. Il définissait l'amitié avec la France « un coefficient efficace pour assurer au mieux le même résultat et la prospérité des deux nations ». Ses idées politiques sont restées les mêmes. Ce sont celles que le président du Conseil a développées hier. M. Sonnino a affirmé de nouveau son intention de maintenir sans aucun changement la direction de la politique extérieure italienne. 11 a seulement relevé, comme dans le discours du trône, le nouveau facteur introduit dans la politique générale par le rapprochement italo-russc.

Au point de vue extérieur, rien n'est donc changé. Au point de vue intérieur, la situation du Cabinet est pré-

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cairc. Elle ne commencera de se consolider qu'après l'ajournement des Chambres, si les giolittistes votent pour la création des deux nouveaux ministères. Il y aurait alors deux nouveaux portefeuilles à donner, sans compter les autres places, et M. Sonnino disposerait de plus d'un mois pour s'assurer des concours. En tout pays parlementaire, en Italie aussi, c'est beaucoup.

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