‹ L'Europe au jour le jourChapitre 60 sur 131 · LE PROGRAMME SONNINO · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME SONNINO

12 février 1910.

M. Sonnino a développé hier vendredi, devant la Chambre des députés, le programme ministériel qu'il a <îlaboré pendant les vacances parlementaires. C'est un programme « de progrès civil et de pacification sociale ». Il ne comprend pas seulement les questions que le Cabinet Giolitti avait laissées en suspens et dont la solution était plus ou moins urgente. Il embrasse tous les problèmes gouvernementaux ; il comporte des réformes d'ordre financier, fiscal, commercial, judiciaire, administratif, maritime, douanier, scolaire, etc. M. Sonnino ne s'est point inquiété de la durée de son existence ministérielle, de l'instabilité de sa majorité, des difficultés parlementaires au milieu desquelles il est destiné à se mouvoir. Il a rédigé et présenté au Parlement un programme dont l'exécution suppose une quasi-immortalité. Il y a matière à discussion pour une série de législatures. Conscient peut-être de la fragilité de son pouxoir et de l'impossibilité des réalisations, M. Sonnino a voulu du moins montrer ce cju'il était capable de concevoir.

La question hn'ilantc, celle que M. Giolitti s'était senti impuissant à résoudre ou plutôt pour laquelle il n'avait pas réussi à trouxer de solution agréable aux intéressés, était celle des services maritimes subventionnés. L'amiral Bettolo, ennemi du système d'adjudication adopté par M. Giolitti, propose de répartir les trente millions de subventions dont l'État fait d'avance le sacrifice entre toutes les compagnies de navigation d'après une nouvelle méthode d'encouragement à la marine marchande. Il y aura des subventions fixes et d'autres variables, il y en aura qui correspondront à un service eflPectif rendu, et d'autres qui récompenseront un simple effort

Au point de vue militaire et naval, le ministère propose d'introduire le service de deux ans dans l'armée et de compléter, d'ici 1914, le programme de reconstitution de la flotte déjà voté par le Parlement. Au point de vue fiscal, il prétend entreprendre la réorganisation des taxes locales, avec l'attribution des droits d'octroi aux communes et de l'impôt de famille à l'État. La réforme des écoles primaires comporte une dépense supplémentaire de 240 millions, amortissable en cinquante ans, qui doit être couverte par le relèvement des droits sur les cigarettes et l'augmentation de la taxe sur la production intérieure du sucre. Un nouveau crédit de 36 millions sera consacré à favoriser la reconstruction des villes et villages détruits par les tremblements de terre.

Pour mener à bien l'exécution d'un programme aussi varié et aussi chargé, il serait nécessaire de tenir solidement en main une majorité dévouée. Or, \l. Sonnino n'a pas de majorité. Il ne vit que par la grâce de M. Giolitti. Il a dû renoncer à son projet primitif de clore la session et de la rouvrir par un discours du trône parce que la réouverture de la session impliquait la nomination d'un nouveau II 13

bureau et de nouvelles commissions et qu'il ne possédait point l'autorité suffisante pour faire nommer ses partisans. L'ancien président du Conseil consent bien à ne pas créer d'embarras h son successeur parce qu'il ne se trouve pas lui-même en mesure de reprendre utilement le pouvoir. Mais il ne veut pas laisser M. Sonnino établir ses partisans dans les commissions et les fonctions où l'on dispose des faveurs et de la monnaie électorale. Il tient à garder sa clientèle. Son plan semble consister à laisser les ministres déblayer le terrain parlementaire, accomplir au jour le jour la besogne gouvernementale jusqu'au moment où la Chambre reconnaîtra en lui l'homme indispensable. Alors, reposé physiquement, revêtu d'un nouveau prestige, il signifiera à M. Sonnino que l'intérim est terminé. Dans ces conditions, il est infiniment peu probable que la Chambre des députés accorde au ministère un vote de confiance comportant l'approbation de son vaste programme. Elle passera plutôt à l'examen successif des projets les plus urgents, tout d'abord de celui des services maritimes, la pierre d'achoppement du Cabinet Giolitti.

Page 1