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LA DEMISSION DU PRINCE DE BÙLOW

II juillet 1909.

Journée funèbre, hier, à Berlin. Le monde parlementaire, politique et administratif a célébré les funérailles du chancelier de l'empire démissionnaire. Au Reichstag, les députés des différents partis ont dit les dernières prières. L'héritier présumé a prononcé un éloge mêlé de regrets. Les avocats ont dressé l'inventaire de la succession. Le soir, à la maison mortuaire, un repas de famille a réuni les fonctionnaires de la chancellerie. On attend l'ouverture du testament. L'entrée en possession de l'héritage aura lien probablement mercredi ou jeudi.

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Comme il arrive entre gens qui suivent un convoi funèbre, beaucoup de vérités tenues jusque-là dans une ombre discrète ont été dévoilées hier. Des sentiments longtemps contenus se sont fait jour. Des nombreux discours prononcés au Reichstag il se dégage une conclusion très simple. Au lendemain des élections générales de 1907, au cours de la crise du mois de novembre 1908, pendant toute la durée de la discussion de la réforme financière, le prince de Bùlow avait déclaré qu'il gouvernerait avec les partis du bloc, c'est-à-dire avec les conservateurs et les libéraux, et qu'il n'accepterait pas une majorité constituée avec el 'autres éléments. Il avait annoncé à diverses reprises, à l'empereur, au Reichstag, à la presse, qu'il se retirerait si, à répreuve, le bloc se désagrégeait. La réforme financière a fait éclater le bloc. Sans doute le chancelier espérait-il que la menace de sa démission suffirait pour retenir les conservateurs dans leur résistance. Un instant, même» il a tiré de l'arsenal bismarckien le spectre de la dissolution. Mais ce spectre ne fait plus d'efïet ; tout le monde savait qu'il allait s'évanouir. Il s'agissait donc de savoir si les conservateurs mettraient leurs intérêts de parti au-dessus des intérêts de l'empire. Malgré des instances de toute sorte, ils n'ont pu se résigner à vaincre leurs préjugés de caste. La réforme financière n'a été que l'occasion de la rupture. Les conservateurs voyaient le chancelier s'engager peu à peu dans une politique libérale. L'impôt sur les successions en ligne directe les touchait dans leur fortune ; le projet de réforme électorale en Prusse les menaçait dans leur autorité séculaire. Ils redoutaient d'autres malheurs. Comme l'a dit M. de Fleydebrand, il fallait en finir. Le parti conservateur ne voulait plus être un instrument servant à faire de la politique libérale. Il ne voulait pas rester gouvernemental à tout prix. De son côté, le

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prince de Bûlow était engagé par ses déclarations antérieures. C'est pour s'y conformer qu'il se retire, non pour obéir à des règles parlementaires. L'acceptation de la nouvelle majorité eût ruiné son prestige. Elle l'aurait mis à la discrétion du Centre, contre lequel il avait fait les élections de 1907. « Se plier à un pareil joug, dit aujourd'hui l'officieuse Correspotidiiîice de VAUeinagne du Sud, était interdit au prince de Bùlow par ses convictions politiques et par son honneur politique. »

Avant donc que l'empereur ait fait connaître sa décision définitive, le prince de Bùlow se considère comme n'étant plus dépositaire du pouvoir. Hier soir, à sa table, il a pris congé de ses collaborateurs de la chancellerie. Fidèle à ses origines, à sa carrière, à toute sa vie politique, il a évoqué l'image du premier chancelier, son maître et son modèle ; il a exprimé la conviction que l'Office des aflFaires étrangères l'aurait toujours sous les yeux. Le ministre des affaires étrangères actuel est M. de Schoen. Comme tout bon Allemand, il doit professer une respectueuse admiration pour le chancelier de fer. Mais c'est un homme d'aujourd'hui. Il a conscience que les méthodes de jadis ne sont plus de mise, que la manière forte serait déplacée et maladroite. 11 regarde plus vers l'avenir que vers le passé. Nous avons le légitime espoir que sa politique, s'il est libre de la suivre, ne heurtera point la nôtre. Et il est probable que le départ du prince fie Bùlow augmentera son influence dans les affaires extérieures. Suivant toute vraisemblance, en effet, c'est M. de Bethmann-Hollweg le vice-chanceher actuel, qui doit être appelé par Guillaume II à succéder au prince. Or, le secrétaire d'Etat à l'Office de l'intérieur n'a jamais été diplomate, il ne s'est jamais occupé particulièrement de politiciiie extérieure. Sa compétence personnelle |iortc jihitôt sur les affaires sociales et

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économiques. En conséquence, il semble naturel que le secrétaire d'Etat à l'Office impérial des affaires étrangères doive avoir plus de latitude dans son département que du temps où les chanceliers étaient eux-mêmes des diplomates de carrière. Il est vrai que le général de Caprivi, le successeur de Bismarck, n'était pas non plus un diplomate. Mais alors l'empereur dirigeait lui-même la politique extérieure avec une grande activité. Quoiqu'il se réserve encore aujourd'hui cette haute direction et que rien ne puisse le contraindre à renoncer à cette prérogative souveraine, son action sera certainement moins sensible, moins absorbante qu'autrefois. Depuis les journées de novembre, son rôle a pris un certain caractère constitutionnel. D'ailleurs, M. de Bethmann-HoUweg, comme M. de Schoen, désire vivement que les relations internationales de l'empire se développent dans un sens pacifique. Tout dernièrement encore, à Bjoerkoe, "Guillaume II affirmait dans les termes les plus solennels sa volonté de maintenir la paix. Le changement de chancelier ne sera donc point une cause d'inquiétude pour l'Europe. Ce n'est plus à Berlin, c'est à Vienne maintenant que sévit la grande politique.

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