LES TOASTS DE CHERBOURG. — LA POLITIQUE FRANCO- RUSSE
i^'" août 1909.
Les toasts portés hier soir au dîner offert sur le Vérité par le président de la République au tsar Nicolas répondent entièrement à l'attente des deux pays. M. Fallières a remercié le souverain allié de sa fidèle sympathie et de son inaltérable amitié ; il a déclaré que rentre\Tie de Cherbourg « apportait à l'alliance qui unit nos deux gouvernements et nos deux nations, et qui est justement considérée comme une garantie de paix dans le monde, une consécration qui permet d'attendre d'elle dans l'avenir des effets non moins heureux que ceux qu'elle a produits dans le passé. >» Après avoir renouvelé l'expression de ses « chaleureuses sympathies " pour la France, Nicolas II a exprimé la conviction " que l'alliance entre nos deux pays constitue une précieuse garantie pour la paix générale, et que les liens étroits d'amitié entre la Russie et la France continueront à l'avenir, comme par le passé, à faire rcs-
sentir leurs bienfaisants effets ». 11 a terminé en insistant sur ses « sentiments de cordialité et de constance inaltérables partagés par la Russie entière ».
Ces toasts, on le voit, s'inspirent d'une absolue confiance réciproque. Ils ne pouvaient être plus nets ni plus empreints de cordialité. Ils signifient, sans doute possible, que la France et la Russie restent indissolublement attachées l'une à l'autre, qu'elles poursuivent une politique pacifique et qu'elles uniront constamment leurs efforts pour taire prévaloir cette politique. Il n'v a là aucune pointe contre qui que ce soit. Résolues à faire respecter tous leurs droits, les deux puissances alliées ne songent à porter atteinte aux droits de personne. Elles ne permettront pas que l'équilibre soit rompu à leur détriment ; elles n'ont pas l'intention de le rompre au détriment des autres. Dans l'état actuel de l'Europe, les deux grands groupements d'Etats semblent être arrivés à l'opinion que, dans un intérêt commun, le mieux est pour chacun d'eux d'entretenir des relations normales et de ne point chercher à débaucher ses voisins. Les récentes épreuves auxquelles le système a été soumis prouvent que, d'aucun côté, on n'est décidé à recourir aux movens extrêmes pour tenter de renverser l'équilibre. Le gouvernement allemand luimême, qui s'est longtemps laissé entraîner par d'autres idées, paraît vouloir entrer aujourd'hui dans une nouvelle voie. A diverses reprises, depuis ce printemps, il a affirmé qu'il avait pris son parti du système actuel d'alliances. Il y a même des raisons de croire qu'il commence à se rendre compte des dangers de la surenchère des armements militaires et maritimes et de l'opportunité de s'arrêter dans cette course à l'abîme du déficit. Il dépend de lui surtout de ralentir le mouvement. L'avance qu'il a prise ne nous permet pas de modérer notre allure. Mais c'est de l'Au-
288 L'EUROPE Al' JOUR LE JOUR
triche plutôt que viennent maintenant les inquiétudes. Si l'opération bosniaque était une fin, on pourrait ne pas concevoir d'apprélicnsions. Mais, dans l'esprit de beaucoup, ce n'est qu'un commencement. Du vivant de l'empereur François-Joseph, une nouvelle crise ne sera sans doute pas soulevée. Après lui, on ne sait pas. On prête à l'archiduc-héritier une vaste ambition. Nous souhaitons qu'il l'emploie seulement au développement de la prospérité intérieure Toutefois il convient de se tenir toujours sur ses gardes.
M. Pichon aura plusieurs entretiens avec M. Isvolsky pendant le séjour des souverains russes dans les eaux françaises. Les deux ministres en profiteront certainement pour régler leur action sur les divers points du monde où elle doit s'exercer, en Orient notamment. D'ailleurs, l'envoi simultané de M. Tcharykof et de M. Bompard à Constantinople a déjà fait apparaître de façon significative leur intention de suivre en Turquie une même ligne. Maintenant que leur politique est interprétée par des diplomates conscients de la gravité de la situation et de la nouvelle impulsion donnée au monde oriental par la révolution du 24 jullet 1908, ils n'auront pas de peine à convaincre le gouvernement constitutionnel ottoman de leur ardent désir de lui prêter un loyal appui dans l'affermissement du nouveau régime. Ce leur sera d'autant plus facile que le peuple français comme le peuple russe donne tous les jours de nouveaux témoignages de sa sympathie pour le peuple ottoman affranchi de l'hamidianisme.
M. Isvolsky va poursuivre à Cowes, avec Sir Edward Grey, la conversation tenue en rade de Cherbourg avec M. Pichon. Il n'est pas douteux qu'elle aura lieu dans le même esprit et cjue la Triple lùitente en sortira consolidée.
ENTREVUE DE NICOLAS II ET D EDOUARD VII A COVVES LE RAPPROCHEMENT ANGLO-RUSSE.
3 août 1909.
Hier, en quittant la rade de Cherbourg, lès souverains russes se sont rendus directement dans la baie de Cowes où les attendaient les souverains de Grande-Bretagne sur leur yacht Mctoria-atid- Albert. Après être allés à bord du Staiidart souhaiter la bienvenue à Nicolas II et à l'impératrice Alexandra, Edouard VII et la reine Alexandra sont revenus avec eux sur ^e Victoria-and- Albert et ont passé ensemble la revue de la flotte britannique massée en profondeur dans le Soient. Après ce spectacle grandiose, le mieux fait pour donner à leurs illustres hôtes une idée de la puissance de la vieille Angleterre, les souverains anglais leur ont offert à bord de leur yacht un banquet de gala. Edouard VII a porté à Nicolas II le toast suivant :
Sire, nous n'avons pas oublié l'amicale et cordiale réception que Vos Majestés ont faite à la reine et à moi l'an passé à Reval, et je suis fier de vous souhaiter à tous les deux la bienvenue dans les eaux britanniques.
Votre Majesté, ainsi que ma chère nièce, n'êtes pas des nouveaux venus en Angleterre et particulièrement dans l'île de Wight, et je suis heureux en pensant que votre mémoire vous reportera vers l'époque où l'hospitalité de ma mère bien-aimée vous était offerte.
Je suis heureux, Sire, que vous ayez eu l'occasion de voir la plus puissante, la plus grande flotte qui, peut-être, ait jamais été rassemblée, et je suis convaincu que Votre Majesté ne regardera jamais ces navires comme des symboles de guerre, mais, au contraire, comme une protection de nos côtes et de notre commerce, et surtout des intérêts de la paix.
J'ai eu l'occasion de recevoir cette année quelques représentants de
29© L'EUROPE Al' JOUR LE JOUR
la Douma. J'ai à peine besoin de dire quel plaisir ce fut pour moi et pour la reine de les voir. J'espère que leur séjour ici leur a été agréable. Ils ont eu toutes facilités pour voir beaucoup de gens et les institutions du pays ; j'espère que ce qu'ils ont \ai renforcera les bons sentiments existant entre les deux pays.
Je n'en dirai pas plus long pour remercier Vos Majestés de nous avoir fait cette visite, et pour vous assurer de l'extrême plaisir que la reine et moi avons éprouvé à vous recevoir.
Nicolas II a répondu par les paroles suivantes :
J'éprouve un grand plaisir à vous exprimer les plus cordiaux remerciements pour* les aimables paroles par lesquelles Votre Majesté a bien voulu accueillir l'impératrice et moi dans les eaux britanniques. La magnifique revue à laquelle j'ai assisté aujourd'hui témoigne hautement de la grandeur de l'Angleterre. La superbe vue de la « Home Fleet » de la flotte de l'Atlantique, m'a profondément impressionné.
Quinze ans se sont écoulés depuis ma première visite à Cowes et je me rappellerai toujours les heureuses journées passées avec votre bienaimée et vénérée mère la reine Victoria, ainsi que l'affection qu'elle me portait à moi, comme à l'impératrice, sa petite-fille.
Puisse l'accueil amical fait par Votre Majesté, par la reine et par votre peuple aux membres de la Douma et, l'hiver dernier, à mon escadre, être le gage de relations cordiales et croissantes, basées sur des intérêts communs et sur une estime mutuelle entre nos deux pays !
Fermement confiant en la réalisation de ces souhaits, je porte la santé de Votre Majesté, de Sa Majesté la reine, de la famille royale, et je bois à la prospérité de la nation britannique.
Ces toasts disent assez la profonde modification heureusement intervenue au cours de ces dernières années dans les relations anglo-russes. Combien leur ton diffère de ce'ui de la presse londonienne pendant la guerre japonaise! Quel changement avec l'époque, si récente encore pourtant, où l'affaire de Hull menaçait de mettre aux prises les deux pays! La guerre d'Extrême-Orient, où l'Angleterre, quoique neutre, était politiquement derrière le Japon, a précisément été l'occasion de la réconciliation. La Russie s'est convaincue que son ennemi n'était plus sur le Pacifique, (jue ses rêves asiatiques l'avaient détournée
LA P CJ 1, 1 '!• I Q U E G É N É K A I. E 29I
du centre de ses intérêts vitaux, que s:on rôle Irr.diticr.r.cl était dans le monde slave et non dans le monde jaune, et qu'avant d'étendre ses frontières aux extrêmes confins orientaux du continent, il lui fallait se préoccuper de défendre la banlieue même de sa capitale. L'Angleterre, qui n'avait d'autre gros grief contre sa rivaJe que la crainte de la voir empiéter sur sa sphère d'action, comprit de son côté que les deux grands empires avaient un intérêt capital à s'expliquer franchement sur leurs \'ues politiques dès lors qu'ils ne nourrissaient plus de mauvais desseins l'un contre l'autre. La persistance de leur rivalité traditionnelle n'eût ser\i qu'à faire le jeu de leurs concurrents. C'est de cet échange de vues que sortit l'accord du 31 août 1907. Sa négociation se heurta à de nombreux obstacles, notamment à la méfiance d'une partie de la presse anglaise indisposée par la dissolution de la Douma. EUe aboutit pourtant, grâce à la bonne volonté des deux souverains, à la bonne foi des deux gouvernements, grâce aussi, nous pouvons le dire, au concours du Cabinet de Paris qui sut aplanir bien des difficultés.
L'accord de 1907 a victorieusement résisté aux épreuves des événements. La crise orientale, loin de l'ébranler, l'a consolidé. En ce moment même, sur le terrain scabreux de la Perse, il montre toute son efficacité. Sans lui, il n'est pas douteux que la révolution persane eût provoqué un conflit d'une extrême gravité. Le moindre geste inquiétant de la Russie dans l'empire des chahs eût soulevé l'opinion anglaise. Grâce à l'accord, au contraire, Mohamed-Ali a pu être déposé et un nouveau régime inauguré sans que les relations se refroidissent entre Londres et Pétersboure. Le gouvernement russe s'est conduit avec une parfaite loyauté. Il n'est intervenu militairement qu'après accord avec Londres et dans la mesure nécessaire pour protéger
la vie des Européens. Encore maintenant, il se concerte avec Sir Edward Grey afin d'empêcher Zill es Sultan, l'ambitieux fils de Nasser-Eddine, de reprendre en Perse une position incompatible avec le fonctionnement régulier du nouveau régime.
Sur tous les points particuliers, la Russie et l'Angleterre ont donc été d'accord depuis Hjoy. On s'est demandé si elles n'iraient pas plus loin et si, à Cowes, elles ne prendraient pas des engagements généraux. Mais on sait que la conclusion de traités de ce genre répugne aux habitudes anglaises ; elle ne pourrait être à l'ordre du jour diplomatique que si les circonstances faisaient prévoir de prochaines complications. Or, en ce moment, toutes les grandes puissances ne parlent que de leur ferme désir de maintenir la paix. La signature d'un nouveau traité apparaîtrait comme une menace contre quelqu'un. Aussi Edouard VII et Nicolas II se sont-ils bieii gardés, dans leurs toasts, de faire la moindre allusion à une éventualité de ce genre. En montrant ses innombrables navires de guerre à son impérial neveu, Edouard VII l'a prié de voir en eux non un symbole de guerre, mais une protection du commerce et de la paix. De son côté, Nicolas II n'a parlé que*( de relations cordiales et croissantes, basées sur des intérêts communs et sur une estime mutuelle ». La cordialité des relations et la communauté des intérêts sont des liens aussi forts que le traité le plus solennel.
Ces liens seront encore renforcés par l'allusion des deux souverains au voyage des parlem'întaires russes à Londres. Sous cette forme détournée mais assez nette, c'est une manifestation dont la portée n'échappera à personne. La partie de l'opinion anglaise qui conservait quelque rancune à la Russie en raison de sa politique intérieure sera sans doute désarmée. Nicolas II n'aurait pas répondu pi
gracieusement à la phrase d'Ethniard Vil s'il avait contre son Parlement les mauvaises intentions que certains lui prêtent. Sa réponse confirme ce que nous avons entendu, d'autres bouches autorisées, pendant le séjour des parlementaires russes à Paris. Les entrevues de Cowes et de Cherbourg se complètent. La Triple-Entente en sort plus unie que jamais.
ENTREVUE DE NICOLAS II ET DE VICTOR-EMMANUEL III A RACCONIGI. — l'itinéraire DU TSAR ET l'aUTRICHE- HONGRIE.
23 octobre 1909.
L'empereur de Russie arrive aujourd'hui à Racconigi. 11 vient rendre au roi d'Italie la visite que Victor-Emmanuel III lui a faite à Saint-Pétersbourg après son avènement au trône. A diverses reprises déjà, il avait été question d'un voyage du tsar en Italie. Le Cabinet de Pétersbourg se préoccupait de reconnaître comme il convenait l'empressement mis par le successeur d'Humbert I^^ à renouer des relations confiantes et amicales avec la Russie. Diverses circonstances étaient venues s'opposer à la réalisation de ces intentions. En 1903, au moment où tout était déjà convenu, le voyage fut remis à une date indéterminée à la suite de l'attitude menaçante des socialistes italiens. Les ministres du tsar ne voulurent pas exposer leur souverain à des manifestations dont les conséquences auraient pu être déplorables. Plus tard, la guerre japonaise, puis la révolution firent forcément ajourner tout projet
2'f^ L EUROPE AU JOUR LE JOUR
de voyage. Aujourd'hui, la situation est changée. Le rétablissement de la paix et de la tranquillité en Russie permet au tsar de se déplacer à sa convenance. D'autre part, après une explosion d'injures, les] socialistes italiens [ont été ramenés à une modération relative. Ils avaient commencé à convier le prolétariat à manifester u contre le grand tyran sanguinaire et sanglant, contre l'empereur-pape toutpuissant mille fois plus funeste à la civilisation qu'Alphonse XIII )\Mais VAianti ne fut pas suivi dans cette campagne répugnante. Les organes les plus avancés de la gauche refusèrent nettement de prêter leur concours aux organisateurs de désordres. La campagne fît fiasco. Aujourd'hui, à l'exception de VAvatiti, la presse italienne est unanime à saluer l'arrivée du tsar avec une reconnaissance sympathie.
L'intérêt du voyage consistait en grande partie dans l'itinéraire suivi. On avait parlé tout d'abord d'un vaste périple avec des escales sur le Bosphore et dans la Méditerranée. Le tsar aurait certainement préféré la voie de mer à celle de terre. Les voyages à bord du Standurt offrent plus de facilité, de confort et de sécurité que les immenses trajets par terre. Dans les circonstances actuelles, la visite en Italie aurait pu très heureusement se combiner avec une entrevue avec Mahomet V. Pour des raisons diverses, encore mal connues, où l'étiquette et la politique ont toutes deux une part, on a cru devoir renoncer à la combinaison. Il a fallu passer par la voie de terre. Jusqu'au dernier moment, les détails dç l'itinéraire ont été tenus secrets. C'était d'abord dans un intérêt de sécurité, car il était au moins imprudent de faire connaître longtemps à l'avance le cliemin choisi à un moment où tous les anarchistes internationaux étaient en effervescence à propos des affaires espagnoles. C'était aussi un
LA l'OLITlQUE GÉNÉRALE 295
ménagement pour l'Italie qui se trouvait dans une situation délicate vis-à-vis de l'Autriche-Hongrie. En effet, le tsar avait décidé de ne pas passer par le territoire austro-hongrois. Malgré les efforts très pressants tentés de divers côtés pour assurer une réconciliation entre les cours de Vienne et de Pétersbourg, Nicolas II a persisté à témoigner au gouvernement de François-Joseph les sentiments que lui laissait la grande politique inaugurée l'an dernier. En vain le comte d'^^hrenthal a-t-il recouru à tous les intermédiaires pour se justifier à Pétersbourg et pour protester de ses bonnes intentions pour l'avenir, il n'a pas réussi. Le tsar a mieux aimé faire un immense détour par Varsovie, Munich, Belfort et Modane que de toucher l'Autriche-Hongrie où il lui eût été impossible de passer incognito. On peut dire que l'importance politique du voyage réside surtout dans cette prétention. Toutes les chancelleries savaient que l'objet principal de la diplo- *. matie du Ballhausplatz, depuis la liquidation de l'affaire bosniaque, était de rétablir des rapports normaux, sinon l'ancienne amitié, entre les deux empires voisins. L'échec est significatif.
Ce sera du moins une raison pour les partis avancés italiens de faire bon accueil au tsar. Le rapprochement de la Russie avec l'Angleterre en est une autre. Si imprégnés de préventions que puissent être les socialistes de la péninsule, ils ne sauraient méconnaître que l'Italie ne peut rester isolée, qu'elle est obligée de faire de la politique extérieure, que la Triple- Alliance ne donne point satisfaction aux aspirations nationales, que l'alliée et l'amie de la France et de l'Angleterre est une puissance avec laquelle l'intérêt de l'Italie doit l'engager à compter, et enfin que, malgré les déclamations des énergumènes, la Russie est désormais entrée dans une voie qui doit lui
296 l'euro:':- au jour le jour
gagner les sympall.ies des pays constitutionnels. La C. G. T. italienne elle-même semble l'avoir compris. Elle a déconseillé formellement toute grève générale ou partielle à l'occasion de l'arrivée de Nicolas II. Le député socialiste Bissolati et le député républicain Barzilai ont publié des articles recommandant à leurs amis de l'extrême-gauche de s'abstenir de toute manifestation hostile. Il est donc permis d'espérer que la visite du tsar ne sera troublée par aucun incident fâcheux et qu'elle contribuera à resserrer les liens entre nos alliés du Nord et nos voisins d'au delà des Alpes.
C'est le vœu de la France. 11 est dans l'intérêt de notre sécurité particulière et de la paix européenne que Rome soit d'accord avec Pétersbourg, sinon sur la politique générale, du moins sur la politique balkanique. Le plus grand danger auquel soit exposée la paix vient des ambitions qui visent les Balkans. Ces ambitions ne sont point épuisées. Le dénouement de la crise orientale ne les a point satisfaites. Il est, en Autriche-Hongrie, des diplomates impatients qui guettent l'occasion d'utiliser une armée bien en main. Il y a eu, dans le cours de ces derniers mois, entre différents Cabinets, des conversations relatives à des éventualités de modification du statu quo dans les Balkans. Il importe que ces Cabinets sachent que ce statu quo ne doit pas être modifié, que l'intégrité de la Turquie comme celle de la Serbie ne doit pas être mise en question, et que toutes les combinaisons ayant pour but de permettre aux agités de pêcher en eau trouble se heurteraient à des résistances invincibles. Nicolas II et Victor-Emmanuel III se le diront certainement. En allant saluer le tsar à notre frontière à son retour d'Italie, M. Pichon n'accomplira pas seulement un devoir de courtoisie. II donnera une nouvelle preuxe de fidélité à une p()Iiti(]ue iiuariable.