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COMMUNIQUE RUSSE SUR LA POLITIQUE AUSTRO-RUSSE DANS LES BALKANS

^ 21 mars 1910.

En commentant hier la nouvelle du rapprochement austro-russe, nous ne connaissions que le fait lui-même. Nous n'avions entre les mains aucun document précisant la nature et la portée de l'arrangement. Aujourd'hui, un communiqué du gouvernement russe en date du 20 mars, transmis par l'agence Havas, nous met au courant de la genèse et de la conclusion des négociations. Il ne modifie en rien nos appréciations d'hier. Tout au plus convient-il d'accentuer légèrement la note sceptique.

Le communiqué russe contient une série de documents qui forment un chapitre d'histoire. On y voit, en lisant entre les lignes, comment les Cabinets de Pétersbourg et de Vienne, brouillés depuis le mois d'octobre 1908, ont essayé de reprendre contact après Iç règlement de l'affaire bosniaque. Ils ont d'abord déversé dans le sein des journalistes et dans les colonnes de revues étrangères leurs confidences, leurs récriminations, leurs espoirs. Ces publications ont provoqué un échange d'explications verbales entre le comte Berchtold et !M. Isvolsky. Ces explications ont été transmises à Vienne, sont revenues à Pétersbourg revues et corrigées, puis se sont transformées en projets de note. Le 9 février, M. Isvolsky a remis au comte Berchtold un aide-mémoire dans lequel il formulait les principes essentiels de la politique européenne en Orient. Ce sont les

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trois points que nous avons déjà plusieurs fois énumérés et qu'une dépêche du Tinws fit presque aussitôt connaître au public. Le duel diplomatique s'est dès lors concentré sur ces trois points. Evidemment, le comte dVEhrenthal s'est obstiné à ne pas y donner son adhésion formelle. Pressé par M. Isvolskv, il s'est tout d'abord contenté de répondre — exquise ironie — que ses principes politiques n'ayant pas varié depuis 1897, c'est-à-dire depuis la convention de Mùrszteg, lui permettaient de reprendre en tout temps la conversation sur les affaires d'Orient. P2n même temps, il refusait de porter à la connaissance des autres puissances l'acceptation des trois points. C'est sans doute à ce moment qu'ont couru les bruits de rupture des négociations. Finalement, toutefois, M. Isvolsky n'a pas cru devoir insister sur la communication simultanée aux puissances d'une note commune et s'est contenté de l'assurance « que, sur le terrain des Balkans, il existe une entière conformité de principes politiques entre l'Autriclie- Hongrie et la Russie ». Chacun des deux gouvernements s'est ensuite réservé « d'éclairer l'opinion pubhque » sur la reprise du contact diplomatique. M. Isvolsky a aussitôt mis à profit cette faculté pour publier un communiqué. Le comte d'^Ehrenthal ne tardera certainement pas à l'imiter. Mais le langage des organes officieux viennois nous édifie déjà sur l'importance qu'on attribue à l'événement à la chancellerie du Hallplatz.

La SouzelU' Presse libre s'attache à faire ressortir que la monarchie austro-hongroise et la Russie n'ont engagé sous aucun rapport leur liberté d'action dans les BaJkans. Cela veut dire que, invité à fixer sous une forme concrète les règles de sa p<jlitique en Orient, le Cabinet de Vienne s'y est refusé pour s'en tenir à la simple affirmation d'une u conformité de principes ". 11 y a bien des façons de

comprendre, surtout d'appliquer les principes. La conformité inscrite dans les aide-mémoires pourra donc bien ne pas se retrouver dans les actes. L'Autriche n'a voulu s'engager à quoi que ce fût pouvant passer pour un engagement. C'était son droit. C'est aussi le nôtre d'apprécier différemment les intentions des deux Cabinets. jVL Isvolsky proposait de son côté une formule constatant loyalement que la Russie ne nourrissait en Orient aucune autre ambition que d'y consolider la paix et l'indépendance des Etats balkaniques. Le comte d'iîlhrenthal n'a pas élevé d'objection contre la formule ; mais il a refusé de l'adopter pour son compte. On pourrait, il est vrai, conclure à une adoption tacite de sa part du fait de sa déclaration de conformité de principes. Mais, comme il s'est aussi référé aux principes de 1897, c'est-à-dire du partage de l'Orient en sphères d'influences, le doute est permis. A moins que le communiqué attendu de Vienne ne nous fournisse d'autres assurances, nous nous croyons en droit de dire que la politique autrichienne dans les Balkans devra être suivie avec la même attention que par le passé.

Comme nous le disions hier, et comme le disent aujourd'hui les journaux viennois, ce rapprochement austrorusse dont on a tant parlé aboutit uniquement, pour l'instant du moins, à la reprise de relations diplomatiques normales entre les deux gouvernements. On ne causait plus depuis octobre 1908, on causera de nouveau. Ce n'est pas un grand résultat. Il était impossible que le mutisme s'éternisât entre deux gouvernements en état de paix. Une situation aussi fausse comportait certains risques ; nous nous félicitons de les voir disparaître. Quant au fond des choses, il reste le même.

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