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VISITE DE GUILLAUME II A VIENNE

22 septembre 1910.

Depuis mardi matin, Guillaume II est l'hôte de l'empereur François-Joseph à Schœnbrunn. Il venait du château de Bellve en Hongrie où il état allé chasser chez l'archiekic- François- Ferdinand. ]\Iais le but principal de son voyage était d'apporter à l'empereur-roi, son allié, l'hommage de ses félicitations à l'occasion de l'accomplissement de sa quatre-vingtième année. La presse officieuse de Vienne et de Berlin a déclaré qu'il ne fallait attacher à cette démarche aucune importance spéciale, qu'il ne se conclurait

OU se préparerait à Schœnbrunn aucun arrangement politique. Nous sommes d'accord avec elle sur ce point. Tout ce qui devait être conclu ou préparé l'est depuis longtemps. Les rencontres périodiques entre les deux empereurs consacrent chaque fois un état de choses solidement établi. Elles ne résers-ent aucune surprise. Elles offrent seulement aux souverains de nouvelles occasions de s'assurer réciproquement de leur volonté commune de marcher coude à coude dans toutes les parties du monde où les intérêts de l'un des deux pays sont en jeu. Que les ministres prennent ou non part aux conversations des souverains, le résultat est le même.

Guillaume II n'a plus à séduire son vénérable allié depuis longtemps gagné à sa politique. Mais il met toute sa coquetterie, tout son charme personnel à conquérir un peuple où se rencontrent parfois des résistances aux grandes et coûteuses combinaisons des chancelleries de la Wilhelmstrasse et du Ballplatz. A Vienne, du moins, il est payé de retour. Le Conseil municipal de la capitale danubienne a débaptisé en son honneur un des tronçons de ce Ring qui est sa gloire. Désormais, le Parkring s'appellera Kaiser-Wilhelm-Ring. Hier mercredi, Guillaume II s'est rendu à l'hôtel de ville pour remercier le bourgmestre et ses collègues du Conseil. Il a prononcé à cette occasion une allocution dont voici les principaux passages :

C'est là, a-t-il dit, un honneur tout à fait exceptionnel pour un monarque étranger, et je suis profondement ému en songeant que les représentants de la ville de Vienne me jugent digne de perpétuer mon nom sur les murs de leur belle ville. Si je comprends bien la signification de cet hommage extraordinaire, j'y vois non seulement l'expression de l'amitié et des profonds sentiments de sympathie qui régnent depuis si longtemps entre les habitants de la ville de Vienne et moi, et qui, quand je passe dans les rues, se manifestent partout par des saluts amicaux, et se reflètent dans les yeux brillants et amis des belles Viennoises. Ce sont là des choses qui émeuvent et entraînent un cœur

d'homme. Mais je crois aussi deviner les motifs de votre décision en y reconnaissant la preuve que la ville de Vienne s'est inspirée du fait qu'à un moment critique l'allié s'est rangé pour le défendre aux côtés de son auguste souverain. C'était là une attitude commandée par le devoir et l'amitié en même temps : car l'Alliance est entrée, pour le salut du monde, comme un impondérable dans la conviction et la vie des deux peuples. Je vous prie donc d'être près de vos concitoyens et concitoyennes les interprètes de mes remerciements cordiaux pour cet honneur extraordinaire.

La chaleur de ce langage ne nous surprend nullement. Elle est non seulement de circonstance. Elle est absolument dans la note du concert austro-allemand. Cela prouve une fois de plus la vanité fondamentale des hypothèses ou des espoirs des hommes de la Triple-Entente qui nourrissent l'illusion de détacher l'Autriche de l'Allemagne ou l'Allemagne de l'Autriche. Dans l'Europe actuelle, ces deux puissances sont et resteront intimement unies. Avec des nuances dans le doigté, elles jouent les mêmes morceaux sur le même clavier. Il serait également vain de croire que le concert sera troublé par la disparition de François- Joseph. L'archiduc héritier est aussi attaché que son oncle à l'accord allemand. Il y a même lieu de craindre qu'après un changement de règne, les grands artistes que sont le comte d'iïhrenthal et M. de Kiderlen-Waechter soient tentés de jouer fortissimo quand l'occasion se présentera. Le spectacle que présente l'Orient d'aujourd'hui justifie toutes les appréhensions et réclame toute la vigilance des hommes d'Etat soucieux du maintien de la paix.

L*ÉPILOGUE DE l'eMPRINT HONGROIS. — LA COMBINAISON ADOPTÉE A PEST. — LE DEVOIR DE LA FRANCE.

30 septembre 1910.

La presse austro-hongroise annonce la conclusion de l'emprunt hongrois. Un consortium de banques de Vienne, de Berlin et de Pest s'est engagé, paraît-il, à prendre un capital nominal de 500 millions de couronnes. On ne dit pas à quel cours. Quant au taux de l'intérêt, il serait de 4 1/2 0/0 pour une partie de l'emprunt, de 4 0/0 pour l'autre. Si peu claires que soient les conditions de cette opération financière, les officieux austro-hongrois entonnent im hymne de triomphe suivi de chants comminatoires à l'adresse de la France. Qu'on en juge par cet extrait de la Mittagszeitimg : ** La France a perdu une bataille. La Hongrie a conclu son emprunt juste le jour où, il y a ^ quarante ans, tomba Strasbourg. La domination de l'or de la France n'était qu'une chimère. » Tel est le ton des gefis qui, avant-hier encore, venaient la main ouverte protester de leur inaltérable amitié pour la France.

A ce concert se joint la flûte allemande. M. de Kiderlen- Waechter a fait au correspondant de la Nouvelle Presse Libre à Budapest les déclarations suivantes :

Nous voyons, par le cas présent, que l'influence du marché financier français n'est pas aussi absolument prédominante qu'on l'a cru en France, et que si la France n'accueille pas favorablement les propositions d'emprunts d'États dont la politique n'est pas en harmonie avec la sienne, ces Etats ne seront paa pour cela plongés dans de bien cruels embarras.

C'est plutôt l'Allemagne qui, unie à l'Autriche-Hongrie, possède non

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