LA I' O I, I T I Q U E GÉNÉRALE
seulement la bonne volonté, mais aussi les moyens nécessaires pour se porter là où on a besoin de son secours.
Cet enseignement ne doit pas être perdu. La conclusion de l'emprunt resserrera encore, si cela est possible, les liens qui unissent l'Allemagne à l'Autriche et marque précisément un succès des pays que le marché financier français voulait mettre dans l'embarras.
Examinons d'abord en elle-même l'opération qui provoque ces congratulations entre alliés. Nous apprécierons ensuite les commentaires.
t^n réalité, il s'agit moins d'un emprunt que d'une opération de trésorerie rendue urgente, d'une part, par l'état des finances hongroises à la suite de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine et des dernières élections générales ; d'autre part, par la reprise des travaux du Parlement hongrois. Les conditions en ont été indiquées déjà dans le courant de septembre par les journaux mag}'ars. Les banquiers de Vienne — le groupe Rothschild — qui avaient avancé au gouvernement transleithan 200 millions de couronnes en bons du trésor remboursables à la fin de igio, consentent à ajourner le remboursement à trois ans. Ils avancent, paraît-il, 50 nouveaux millions aux mêmes conditions. L'intérêt sera de 4 1/2 0/0, au lieu du 4 o 'o prévu -pour le projet d'emprunt en France. Les 250 autres millions sont pris par le consortium dont nous avons parlé ; l'intérêt stipulé est de 4 0/0 pavable en francs or ou en livres sterling. Cette dernière condition, rattachée au fait que le cours auquel les banquiers émetteurs prennent le stock n'est pas divulgué, donne à entendre que l'on compte placer tout ou partie de la somme en France et en Angleterre. D'après le langage tenu par les officieux hongrois dans le courant de septembre, le marché français serait trop heureux de participer à l'opération. Peut-être même espère-t-on obtenir plus tard l'admission à la cote de la Bourse de Paris.
V a-t-il de quoi chanter victoire ? Le public jugera. En premier lieu, le trésor hongrois payera 1/2 0/0 de plus d'intérêt pour la moitié au moins du montant du pseudoemprunt. Pour la seconde tranche, on ne pourra se prononcer que quand on connaîtra le cours d'émission. Il n'est pas douteux pour nous que de grands efforts seront tentés à Paris, par des voies plus ou moins détournées, pour placer tout ou partie des titres. En attendant le moment favorable, ceux-ci resteront dans les portefeuilles des banquiers. S'il devait en être autrement, on aurait annoncé une émission publique à un cours déterminé. A ce propos, il importe de formider une, observation essentielle. Le gouvernement français a refusé l'admission de l'emprunt hongrois de 560 millions à la cote de Paris. Suivant nous, il a ainsi rempli un devoir strict de sa fonction. Mais cette décision doit être définitive, irrévocable. Autrement, c'est-à-dire si, sous l'empire de certaines circonstances, sous certaines pressions politiques ou certaines sollicitations particulières, l'admission à la cote venait à être accordée plus tard, le mal serait plus grand que si elle avait été autorisée à l'origine. En effet, en ce cas, les banquiers émetteurs et les gros détenteurs étrangers bénéficieraient de toute la différence entre les cours de l'emprunt non coté et'^eux de l'emprunt coté. Il ne suffirait pas d'intéresser les banques françaises dans la combinaison pour la faire passer. L'intérêt national e^ l'intérêt des porteurs français exigent que notre gouvernement se maintienne inébranlablemcnt sur le terrain qu'i] a choisi.
En second lieu, la déception du m nché français est-elle si grande qu'on feint tle le croire dans la monarchie dualiste ? Nos confrères austro-allemands ont une manière à eux de manier l'ironie. Nous ne gâterons pas leur jo:e.
Nous applaudirons avec eux à cette grande victoire du marché de Pest sur celui de Paris. Et nous n'essayerons de tirer aucune vengeance de notre défaite. Nous renonçons volontiers, sans arrière-pensée et à tout jamais, à toute revanche sur le consortium de Pest. Nous nous permettons, toutefois, de signaler à nos heureux concurrents ce passage du Magyarorszag : « Quelle est la morale de l'histoire de cet emprunt } Simplement qu'on est mieux renseigné sur nous à Paris que nous le sommes nous-mêmes. On y a pesé le poids du bonhomme Khuen et l'on a dit : « Toi, mon petit, tu es en camelotte viennoise ou allemande, tu es un pantin fabriqué à Berlin et l'on t'a, mis une ficelle à Vienne : article refusé à la douane française ! -> C'est un journal de Pest, le principal organe du parti de l'indépendance, qui tient ce langage irrespectueux.
Dans les confidences de M. de Kiderlen-Waechter à la Nouvelle Presse Libre, il convient de reconnaître une idée très juste. Nous l'avions déjà fait ressortir à propos du voyage de Guillaume II à Vienne : l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie sont indissolublement liées ; elles se prêtent, sur tous les terrains, un appui mutuel. Pour notre part, nous n'avons jamais vu dans le fameux système de « pénétration des alliances » qu'un élément de décomposition intérieure et extérieure pour la France. L'histoire de l'emprunt hongrois met en pleine lumière ce qui restait jusqu'ici dans l'ombre. Il est bon de l'avoir constaté avant de nous être démunis en faveur, de nos rivaux de nos moyens de défense.
LE COMTE D .ÏHRENTHAL EN ITALIE. — SES ENTRETIENS A TURIN ET RACCONIGI.
2 octobre 1910.
Le comte d'/Ehrenthal est reparti hier soir pour Vienne, après avoir passé deux jours en Piémont. Il s'est entretenu à Turin avec le marquis de San Giuliano, qui lui a offert un dîner de gala dans un hôtel de la ville. Le 30 septembre, il est allé au château de Racconigi porter au roi d'Italie une lettre autographe de l'empereur François-Joseph, en réponse à celle que Victor-Emmanuel III avait adressée au monarque austro-hongrois à l'occasion de l'accomplissement de sa quatre-vingtième " année. Arrivé à midi, le comte d'/Ehrenthal est reparti du château royal à trois heures. Dans ce court intervalle il s'est acquitté de sa mission spéciale et a pris part à im déjeuner auquel assistaient les personnages de la Cour. Xi à Turin, ni à Racconigi, il n'a été porté de toast ou prononcé d'allocution. Le communiqué publié hier soir constitue la seule manifestation politique du voyage. On peut y ajouter, si l'on veut, la collation du collier de l'Annonciade au ministre des affaires étrangères d 'Autriche-Hongrie et le fait que Victor-Emmanuel III s'est porté au devant de son hôte jusque sur le grand perron du château.
Comme le dit fort justement le communiqué d'iiier, les négociations qui ont eu lieu à Turin entre les deux ministres des affaires étrangères sont la suite naturelle de celles de Salzburg et d'ischl. Nous ne doutons pas non
plus de la vérité de l'affirmation que les deux hommes d'Etat se sont mutuellement déclaré qu'ils continueraient « d'une façon inébranlable et sincère d'agir de concert avec le Cabinet de Ik^lin dans le sens des intentions pacifiques de la Triple-Alliance ». On ne dit pas qu'un télégramme ait été envoyé à M, de Kiderlen-Waechter. Mais le ministre des afi^aires étrangères d'Allemagne n'était pas à Berlin et, à son retour de Sinaia, où il est allé présenter SCS lettres de rappel au roi de Roumanie, il doit conférer à Vienne même avec son collègue austro-hongrois. L'omission du télégramme traditionnel s'expliquerait donc naturellement. Quels que soient les sujets abordés dans le cours des conversations de Turin et de Racconigi, il est infiniment peu probable que les vues échangées modifient en quoi que ce soit la situation internationale. Nous avons exposé trop de fois le caractère des relations entre Rome et Vienne pour y revenir encore.
Ces relations dépendent plus des événements que des hommes. L'accord parfait constaté régulièrement dans les communiqués risque de se rompre chaque fois que l'équilibre dans le bassin de l'Adriatique vient à être compromis. A chaque entre\Tie, on examine la plupart des éventualités susceptibles de devenir une source de complications et l'on s'ingénie à prévenir des dissentiments. Quand l'éventualité se produit, on s aperçoit quelquefois de la vanité des précautions élaborées dans les Cabinets. Cette fois, il a dû être question des Balkans, de la Turquie, de la Grèce, peut-être aussi de l'Entente turco-roumaine. Sur ce dernier point, le comte d'.^hrenhtal qui a longtemps représenté l 'Autriche-Hongrie à Bucarest aurait pu dire des choses particulièrement intéressantes. Mais il est permis de supposer qu'il a glissé sans insister sur ce sujet de conversation scabreux. Il en causera plus intime-
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ment avec M. de Kiderlen-Waechter. Tout ce qu'il convient de retenir dts entretiens de Turin et de Raccpnigi, c'est que les gouvernements italien et austro-hongrois viennent de se donner avec toutes les apparences de la plus grande cordialité un nouveau témoignage solennel de leur désir réciproque de poursuivre une politique commune.