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FFAIRES MILITAIRES AUSTRO-HONGROISES

icr février 1911.

Lundi, en terminant son exposé de la politique extérieure devant la Commission des afi"aires étrangères de la Délégation autrichienne, le comte d'/Ehrenthal a fait remarquer (jne si, à /yrrscnl, aucuiu- (|uesti()n ne mettait

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en danger la paix de l'Europe, l'opinion publique, dans tous les Etats, était malheureusement très facile à irriter et que le baromètre politique pouvait brusquement marquer « mauvais temps ». Il tirait de là cette conclusion que la monarchie devait disposer d'une armée et d'une flotte prêtes au combat. On connaît les projets du gouvernement austro-hongrois destinés à renforcer l'armée et la flotte : ils comportent une dépense annuelle supplémentaire de plus de cent millions de couronnes.

Il y a deux côtés à en\4sager dans ces projets : le côté militaire proprement dit et le côté financier. Tout en se touchant et en étant inséparables, ils doivent être considérés à part. Au point de vue de l'organisation militaire, le ministre commun de la guerre propose l'adoption du service de deux ans en principe et l'augmentation des contingents. En Cisleithanie, l'augmentation des contingents ne soulève guère d'opposition qu'en raison de sa répercussion financière. En Transleithanie, il en est tout autrement : c'est une question nationale. La grande masse des Hongrois, sans distinction de partis, est foncièrement hostile à toute augmentation des contingents qui n'aurait pas pour contre-partie l'octroi des satisfactions réclamées invariablement depuis des années au sujet de l'admission de la langue mag^^are comme langue de service autorisée dans les régiments, et de quelques autres questions relatives à la situation des Magyars dans l'armée. Sur ce chapitre, les Magyars sont intraitables. Ils subordonnent toute concession de leur part à l'obtention de ces satisfactions. C'est le refus péremptoire de l 'empereur-roi de s'incliner devant des exigences qu'il jugeait incompatibles avec la bonne organisation de l'armée qui a finalement fait échouer l'an dernier toutes les tentatives de reconstitution d'un Cabinet de la coalition. Si le comte Khucn-Hédervary a été

chargé de former un ministère, s'il a créé de toutes pièces un nouveau parti, s'il n'a reculé devant aucun moyen pour enlever une majorité aux élections générales, c'est avant tout afin de rendre possible au Parlement de Pest le vote des réformes militaires.

Il est fort douteux que, même avec une énorme majorité de députés élus sous ses auspices, le comte Khuen réussisse à arracher à la Chambre un vote favorable. L'opinion publique hongroise est très désagréablement affectée par les récentes déclarations de l'amiral Montecuccoli. Non seulement le commandant de la section de la marine demande 312 millions de couronnes de crédits supplémentaires pour la construction de quatre <( Dreadnoughts », non seulement il donne à entendre que ces crédits seront insuffisants et que le budget de la marine est appelé à grossir de plus en plus, il se met encore en contradiction avec lui-même et inquiète les amis les plus dévoués du gouvernement. En eff"et, devant les Délégations de 1906 et de 1907, l'amiral Montecuccoli avait formellement déclaré que les gros cuirassés étaient inutiles dans la marine austrohongroise, que la flotte de la monarchie devait être constituée autrement, et que les grosses unités pouvaient être avantageusement employées seulement par les grandes marines ayant à dominer des océans. On devine l'accueil fait aux projets présentés la semaine dernière. On est d'autant plus ému qu'il est constaté officiellement aujourd'hui que deux des « Dreadnoughts > en cjuestion sont en construction depuis le i^'*" mai 1910 dans un chantier privé sans aucune autorisation préalable du Parlement. C'est la .carte forcée.

La presse hongroise juge très sévèrement ces procédés. Naturellement les organes de l'opposition, le Ma^yarorszai^ en tête, fulminent contre le Cabinet. Mais le Budapest j

Hirhip et le Magyar Ilirhip sont presque aussi sévères. Le comte Andrassy-et le comte Apponyi se trouvent d'accord pour blâmer les ministres communs. Même le Pester Llovd ne dissimule point ses anxiétés au sujet des armements et des dépenses qu'ils entraînent. Certainement l'opinion hongroise est franchement défavorable à l'adoption des projets. Cela ne facilitera pas le vote de la prolongation du privilège de la Banque commune qui devrait être un fait accompli le 15 février, date à laquelle expire l'arrangement provisoire — illégal d'ailleurs — en vertu duquel la Banque continue de fonctionner. Si l'opposition veut recourir à l'obstruction, elle aura beau jeu. On ne voit donc pas comment le contingent militaire pourra être voté en temps utile. Les Conseils de revision devraient régulièrement se réunir en mars. Les douzièmes provisoires ne sont votés que jusqu'à la fin d'avril. Comme le dit le Magyar Hirlap, organe du comte Andrassy, la Hongrie va fatalement retomber dans l'état ex lex. En dépit de sa victoire électorale, le comte Khuen sera aux prises avec les mêmes difficultés que ses prédécesseurs.

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