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DE MELILLA

20 juillet 1909.

Les événements de Melilla justifient entièrement les précautions militaires prises par l'Espagne il y a quelques semaines. Ils dépassent même en gravité ce qu'on pouvait craindre. Le combat livré dimanche autour des positions récemment occupées par les troupes du général Marinas en avant de Melilla a pris les proportions d'une véritable bataille. On estime à plusieurs milliers, plus de cinq mille, dit-on, les RifFains qui sont entrés en ligne. Plusieurs officiers supérieurs espagnols ont été tués. Quoique les dépêches de Melilla et de Madrid donnent des renseignements incomplets, il y a lieu de supposer que l'action a été très chaude et que les pièces d'artillerie espagnoles ont été un instant en danger. D'autre part, on annonce que le mouvement d'agression des Rifiains s'accentue et se propage. La situation va donc obliger le Cabinet présidé par M. Maura à un nouvel effort. Le roi est parti pour Madrid, où il conférera demain avec le président du Conseil.

II n'est pas douteux que des renforts seront envoyés d'urgence au général Marinas. Le crédit de trois millions de francs accordé dernièrement par le Conseil d'Etat pour mettre les présides à même de tenir tête aux indigènes sera certainement insuffisant. Il faudra aussi l'augmenter.

L'ensemble de la garnison de Melilla se composait» au commencement de juillet, de quatre bataillons des régiments d'Afrique, du bataillon de disciplinaires, d'un escadron de chasseurs, de plusieurs compagnies d'artillerie de place, de batteries de montagne et de campagne, enfin de plusieurs compagnies du génie et du train, en tout 5. COQ hommes environ. Dès les premiers incidents de frontière, les ministres de la guerre et de la marifie avaient pris des mesures pour expédier à Melilla des troupes de diverses armes du III^ corps d'armée stationné en Catalogne. Elles doivent être arrivées en ce moment. Une brigade mixte de chasseurs à pied, chasseurs à cheval, artillerie et services auxiliaires, tirée du P^ corps d'armée stationné à Madrid, se tenait prête à partir. Elle va sans doute recevoir l'ordre de s'embarquer immédiatement. De plus, les préparatifs de mobilisation d'une autre brigade mixte, du corps d'Andalousie, étaient déjà commencés, avec Malaga comme point de concentration. Ils vont être poursuivis avec célérité. D'autres mesures seront-elles nécessaires ? On ne sait encore. Le gouvernement espagnol désire probablement ne faire connaître l'état exact de la situation et des sacrifices nécessaires qu'après le Conseil qui doit se tenir demain.

Toujours est-il que, bon gré mal gré, en dépit de l'hostilité d'une partie de l'opinion contre une politique plus active, l'Espagne se trouve de nouveau engagée dans une sérieuse expédition militaire. Il lui est impossible de laisser sans vengeance l'attaque des Riffains et la mort de ses

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soldats. Il ne peut plus s'agir d'une opération de police et de gendarmerie. Quelles que soient les diverses interprétations dont sont susceptibles les traités et arrangements pris entre l'Espagne et le Maroc, il est un fait incontestable : les Espagnols sont victimes d'actes hostiles de la part des Riffains, et le gouvernement marocain est dans l'impossibilité absolue de rétablir l'ordre. Moulai Hafid n'exerce en fait aucune autorité dans toute l'étendue du Riti". Sa souveraineté y est purement nominale, et restera telle indéfiniment. Il éprouve déjà trop de peine à se maintenir à Fez même pour essayer d'entamer une lutte contre les Riffains. Il ne dispose pour cela d'aucune ressource d'aucune sorte. Il ne peut donc ni s'opposer à l'inévitable action des Espagnols, ni même protester contre elle. Dans ces conditions, la mission qu'il a envoyée près d'Alphonse XIII et qui se trouve en ce moment à Madrid est condamnée à l'inaction. Ce serait une dérision de vouloir négocier en ce moment l'évacuation des postes occupés par les Espagnols au delà de leur frontière.

L'Espagne se trouve dans les présides dans une situation analogue à la nôtre dans le Sud-Oranais. L'état d'anarchie du Maroc la force à se prémunir contre les agressions des tribus rebelles à l'autorité du ^lakhzen. Il justifie les empiétements dont se plaint le sultan. Dès lors que celui-ci est incapable de remplir ses devoirs de souveraineté, il perd le droit de se plaindre. Il doit subir les conséquences de son incapacité. Avant de récriminer contre les prétendues atteintes portées à ses droits, il doit se mettre en état de faire reconnaître et respecter effectivement son autorité sur les territoires dont il revendique la posssssion. Aussi longtemps qu'il ne le pourra pas, l'Espagne, comme la France, devra assurer par ses propres moyens la sécurité de ses frontières.

l'affaire m a r o c a î n F 391

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