GRAVITÉ DES COMBATS DES 23 ET 24 JUILLET AUTOUR DE MELILLA
26 juillet 1909.
Les nouvelles de Melilla deviennent de plus en plus graves. Les positions occupées par les troupes espagnoles en avant de cette place sont sérieusement menacées par les RifFains. Elles ont été attaquées le 23 et le 24 juillet avec une fougue extraordinaire. On estime à 16.000 environ le nombre des assaillants. Cela suppose qu'aux tribus de la côte de la région de, Melilla sont venues se joindre celles de l'intérieur. Il y aurait donc un mouvement général concerté contre les Espagnols, et ce mouvement tendrait plutôt à s'accentuer. Le gouvernement espagnol avait donc été bien renseigné le mois dernier quand il a demandé au Conseil d'Etat un crédit extraordinaire de trois millions pour faire face aux nécessités de la situation. Il avait eu raison de préparer la mobilisation de plusieurs brigades. Malheureusement, ces crédits et ces préparatifs, qu'une partie de la presse madrilène critiquait avec aigreur comme injustifiés, seront insuffisants. Les 20.000 hommes dont dispose actuellement le général Marinas peuvent défendre Melilla et ses abords contre les hordes riffaines ; ils sont trop peu pour permettre une action décisive, c'est-à-dire oflFensive, contre elles.
Les pertes subies par les Espagnols au cours des combats de la semaine dernière sont très importantes. On n'en
connaît pas, du moins on n'en publie pas le chiffre exact. En un seul jour il v a eu plus de trois cents morts et blessés. Parmi les morts se trouvent plusieurs colonels et lieutenantscolonels, entre autres le lieutenant-colonel Ibanez Martin dont le nom était bien connu dans tout le monde militaire européen. In grand nombre d'autres officiers ont été tués. Rien ne montre mieux la fureur de l'attaque et la gravité du danger auquel certains postes espagnols ont été exposés. Le besoin de renforts a été si pressant que le général Marinas a donné l'ordre de mettre immédiatement en ligne, aussitôt après leur débarquement, les troupes venant de Barcelone. Il n'est pas douteux que d'autres renforts doivent être envoyés du continent à très bref délai. Le gouvernement espagnol en reconnaît la nécessité. Le ministre d'État et le ministre de la guerre avisent en ce moment aux mesures indispensables. Ils ont l'intention, paraît-il, d'envoyer à Melilla encore 20.000 hommes, ce qui porterait à 40.000 le chiffre des troupes mises à la disposition du général Marinas
MOUVEMENTS REVOLUTIONNAIRES A BARCELONE. AGGRAVATION DE LA SITUATION DANS LE RIF (').
28 juillet 1909.
L'expédition de Melilla risque d'entraîner l'Espagne dans une crise dangereuse. Elle n'est pas seulement une source de graves préoccupations militaires dans le Rif ;
(') Les événements de Barcelone sont relatés ici en raison de leur rapport avec l'affaire marocaine. On trouvera dans le chapitre sur les crises espagnoles les articles relatifs aux conséquences gouvernementales de ce mouvement révolutionnaire.
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elle provoque en Espagne même des troubles inquiétants. Si justifiée qu'elle paraisse par l'attitude menaçante des Maures au commencement de juillet et par leurs furieuses attaques depuis huit jours, elle n'a pas rencontré l'approbation populaire. D'un côté, les soldats s'embarquent sans enthousiasme ; de l'autre, la population se montre hostile à leur départ. La censure établie sur la presse et les communications télégraphiques, et l'état de siège proclamé dans plusieurs villes ne nous permettent pas de nous faire une idée exacte de la situation. Il ne nous parvient que des informations fragmentaires, sans ordre chronologique. Mais il est certain que le gouvernement espagnol est aux prises avec de grandes difficultés. La rigueur des mesures exceptionnelles auxquelles il a cru devoir recourir en est une preuve suffisante.
Comme presque toujours dans la péninsule ibérique, c'est Barcelone qui a donné le branle. Est-ce simplement parce qu'on y procédait à des embarquements de troupes ? Est-ce parce que cette métropole commerciale est en même temps un foyer d'anarchie? Est-ce parce que les expéditions africaines y sont plus antipathiques qu'ailleurs? La proclamation de l'état de siège a-t-elle exaspéré la partie turbulente de la population, ou bien l'agitation de celle-ci a-t-elle imposé l'application de cette mesure ? Toujours est-il que, depuis lundi, Barcelone est le théâtre d'événements ayant un caractère nettement révolutionnaire. La grève générale a été proclamée par les Sociétés ouvrières, les lignes télégraphiques ont été coupées, les wagons de chemins de fer brûlés, plusieurs ponts dynamités, des trains arrêtés, des barricades élevées dans les rues de la ville ; un couvent a été pris d'assaut, une église et des écoles congréganistes ont été incendiées, les gendarmes et le capitaine-général ont été attaqués. C'est
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une note officielle, émanant du ministère de l'intérieur, qui contient ces nouvelles. Il v a donc lieu de supposer qu'elles nous arrivent plutôt atténuées qu'exagérées. Nous souhaitons très vivement que cette déplorable effervescence s'apaise rapidement, mais nous n'en avons pas moins le regret de constater que, pour l'instant, elle tend à se propager. La proclamation de l'état de siège à Tarragone et à Gérone l'indique assez. D'ailleurs, nous savons que la ligne de Perpignan à Barcelone est coupée en plusieurs endroits dans les environs de Figueras et que les communications par voie ferrée sont interrompues au delà de notre frontière.
Malheureusement, les nouvelles du Rif ne sont pas propres à calmer l'agitation. Toutes les dépêches reçues en Europe montrent que les troupes du général Marinas se sont trouvées à diverses reprises dans une situation cririque, qu'elles ont éprouvé de trè3 grosses pertes, qu'elles se maintiennent avec peine surl'Atalayounetlemont Gourougou, que le service de ravitaillement en vivres et en munitions entre ces positions avancées et Melilla s'effectue difficilement. On se demande si, dans le cas où les embarquements de troupes et de munitions seraient momentanément entravés dans les ports espagnols, le corps expéditionnaire ne serait pas exposé à manquer de l'indispensable. Les derniers combats ont nécessité une grande consommation de munitions et les Riffains continuent de harceler sans relâche les postes et les convois. Hier soir encore, un engagement sérieux a eu lieu à quelques kilomètres de Melilla
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