HISTOIRE DBS GRECS ET DES SARRASINS
Naissance du mahométisme. — Causes de son succès. — • Conquêtes des Sarrasins. — Empire grec. — Décadence des califes. — Les Grecs recouvrent une partie de. ce qu'ils avaient perdu. -** Les Turcs.— - Croisades. — Constantinople prise par les Latins; r— reprise par les Grecs. — Les Mogols. — Les Ottomans. — Danger de Constantinople. — Tiinour. — Frise de Constantinople par Mahomet II. — Alarme de l'Europe.
Jji l'on se trouve assez embarrassé lorsqu'on cherche à fixer l'époque où l'on peut placer naturellement le commencement de l'histoire moderne de PEurope occidentale , la difficulté devient encore plus graude lorsqu'on porte ses regards sûr Petnpire d'Orient. En parcourant la longue série des annales byzantines, nous avons toujours l'antiquité devant les yeux : la langue grecque , le nom romain , les titres y les lois , tout l'entourage de la grandeur des anciens temps , s'offrent à nous sans interruption depuis le premier jusqu'au dernier des Constantius. Ce n'est qu'en observant les relations extérieures et la situation de leur empire à l'égard des puis sances étrangères que l'on s'aperçoit qu'on vogue su] une nouvelle mer, et qu'on sent la nécessité de
chercher des points de contact avec l'histoire des autres nations pour tracer une limite qu'on ne saurait trouver dans les révolutions domestiques de Constantiuople. L'apparition de Mahomet et les conquêtes de ses disciples forment dans l'histoire de l'Asie une époque encore plus importante et mieux .déterminée que la destruction de l'empire romain en Europe. Ainsi la ligne qui séparera les temps anciens des temps modernes de l'histoire byzantine traversera le règne d'Héraclius. On peut considérer comme placé aux confins de ces deux hémisphères de temps ce prince, dont la jeunesse fut couronnée des derniers lauriers remportés sur les successeurs d'Artàxerce , et la vieillesse rembrunie par les premières calamités flè l'invasion des ihahométans.
De toutes les révolutions qui ont influé d'une manière durable sur l'histoire civile du genre hu- Appantionde main , il n'en est aucune qui ait été plus au-delà de la portée de la prudence humaine que la révolution produite par la religion de l'Arabie. De même que les germes d'un mal invisible se développent quelquefois en silence , et parviennent à leur maturité ivant d'avoir manifesté oes symptômes funestes qui ae laissent plus d'espoir, ainsi la propagation graluelle d'une nouvelle croyance , dans un pays bar- )are situé hors des limites de l'empire, était à mne connue , et du moins regardée avec beaucoup l'indifférence à la cour deConstantinople. Du temps le Mahomet , l'Arabie était divisée en une multittde de petits états, dont la plupart cependant pa-
aliomat •
raissCttt avoir Regardé la Mecque comme la Capitale de leur nation et le siège princit&l de km* culte religicuï. Aussi la prise de Celle tille , et là soumission de sou Aristocratie puissante et nombreuse , entrailièrent bientôt là soumission des tribus inférieures qui transportèrent au conquérant le respect qu'elles «raient coutume de montrer, à ceut qu'il tenait de subjuguer. Si nous ne voyons en Mahomet qu'an usurpateur militaire j il n'est riefc dé plus facile a comprendre , rien surtout qui Soit plus conforme à l'esprit général de l'hiétolre d'Orient que le succès qu'il obtint. Mais si nous considérons en lui l'auteur d'une imposture religieuse évidemment dénuée de tout caractère de vérité, combattue dans le principe par led magistrats civils * et sur laquelle tt eut cependant la hardiesse de fonder le plan d'un empire Universel, vaste projet que ses disciples réalisèrent à demi 5 à nous le- considérons, dis-jé; soUs Ce peint de vue, il est intéressant d'examiner eomtnent il put inspirer une foi si sincère, si ardente j si forte et si durable.
Parmi les personnes les plus versées dans cette i Causes d« partie de l'histoire , il n'en est peut-être aucune qui] son succès, puisse donner aujourd'hui une explication pleini ment satisfaisante des causes qui contribuèrent ai progrès de l'islamisme (i). Nous pouvons eu indiquer quelques-unes des principales ; nous placeron! au premier rang oes notions justes et élevées de h
(i) Nous avons très-peu de bons matériaux pour l'histoire trèm de Mahomet. Albufeda t le plus judicieux des historiens qui o:\ écrit sa vie , vivait au quatorzième siècle , où il devait être mon
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nature divhe et de* deroirs mofau* , ces choses sublimes éparses dans le Koran , et qui lie pouvaient manquer de frapper Un peuple syrien* et réflMii , que son mélange avec les Juifs et les chrétiens avait peut-être déjà dégoûté des superstition* de Son ancienne idolâtrie (i)j ensuite l'heureux mélange des doctrines , des rites et des traditions des différente! religions qui existaient en Arabie 5 et enfin les nombreuseï applications des préceptes du Koran , livre écrit avec autant d'élégance que de pureté , k toutes les transactions légales , et & toutes les actions de la vie. On s'attend peut-être que j'ajouterai à ces causes cette indulgence pou* la volupté , que l'on considère ordinairement comme le caractère distlnctif de là religion mahométane. Je crois qu'il y a beaucoup d'exagération à cet égard. Le fondateur de cette religion pouvait être aussi sensuel que féroce;
Jemeni impossible de distinguer la vérité dan» le torrent dea traditions fabuleuses. Al Jannabi , que Gagnier a traduit , n'a écrit que de* Contes. Il serait tout aussi raisonnable de citer les Acta Sanctofhm que son roman. Il est donc difficile de se forme* une juste idée du caractère du prophète, si ce n'est d'après UKàrattf et quelques orientalistes ont» si je ne me trompe, poussé Je scepticisme jusqu'à révoquer en doute l'authenticité absolue du Koran même. Gibbon n'a peut-être pas suffisamment prévenu ses lecteurs de la base incertaine sur laquelle repose son récit de la vie et àeê actions de Mahomet.
(1) Le roman très-curieux d'Autar, écrit avant l'apparition de Mahomet , porte à croire que, bien que l'idolâtrie pût dominer dans quelque* parties de l'Arabie, ainsi que nous l'apprend Sale, cependant la véritable religion des descendans d'Ismaèl était le dogme de l'unité d'un Dieu , tel qu'on le trouve exposé dans le Koran, et accompagné de cette même antipathie religieuse et aatioualeque prescrivit Mahomet k l'égard des adorateurs du feu.
mais je ne pense pas qu'il ait compté sur un pareil moyen pour la propagation de son système. Il ne faut point ici juger d'après les règles de la chasteté chrétienne, ni d'après les mœurs de l'Europe. Si la polygamie était en usage dans l'Arabie, ainsi qu'on ne saurait le révoquer en doute, la permettre n'était point accorder une nouvelle faveur aux prosélytes de Mahomet. On trouvera plutôt que sa loi restreignait la liberté illimitée des mœurs orientales à cet égard; et d'un autre côté sa défense sévère de l'adultère et des liaisons incestueuses, si communes chez les peuples barbares , n'indique point une morale rêïâchée et complaisante. Un musulman dévot ressemble beaucoup plus à un stoïcien qu'à un disciple d'Ëpicure.On ne peut lire leKoran sans remarquer l'esprit cle scrupule et d'austérité qui y domine. El en effet, ce n'est point en flattant les vices et en favorisant la démoralisation des hommes , que le fondateur d'une nouvelle secte ou d'une nouvelle religion peut espérer un succès durable. Je serais plutôt tenté de considérer la sévérité de la discipline de Mahomet comme une des causes de son influence. Les préceptes qui commandent l'observation de certains rites, étant toujours bien déterminés 1 sont moins exposés à être négligés, lorsqu'un* fois l'obligation en a, été reconnue, que les prt ceptes des vertus morales. Aussi les longs jeûnes les pèlerinages, les prières et les ablutions ré^u lières , la pratique constante de la charité , l'absti nence des liqueurs échauffantes, prescrits par 1 Koran, présentaient aux sectateurs une règle d
conduite fixe, et les rappelaient continuellement à leur loi.
Mais le triomphe de l'islamisme du vivant de son prophète, et pendant les premiers siècles de son existence, était par-dessus tout le résultat de cet esprit d'énergie belliqueuse .qui dominait dans cette religion. L'islamisme est un système aussi essentiellement militaire que l'était l'institution ^e la chevalerie dans l'Europe occidentale. Les Arabes, race caractérisée pr sespassious violentes et sanguinaires, endurcie par l'habitude du pillage et du meurtre , les Arabes trouvèrent dans la loi du prophète leur compatriote non -seulement la permission, mais l'ordre positif de désoler le monde, et |a promesse de tons les plaisirs dont leur brûlante imagination embellissait le paradis attachée à ce qui faisait leur plus grand bonheur sur la terre. Il est difficile de concevoir dans le1 calme du cabinet l'intensité de ce feu qui peut embraser l'homme , lorsque toutes ses idées se trouvent concentrées sur un seul point, et que l'exaltation de la force et du courage s'allie aux sentimens moraux ou. aux.es péran ces religieuses. J'aidejà fait remarquer l'effet de cette union au sujet des croisades, phénomène parfaitement analogue aux commence mens de l'histoire des Sarrasins. Dans l'un et l'autre cas, on ne sait si l'on doit le plus ad- , mirer les prodigieux efforts de l'héroïsme, ou s'indigner des excès de ce zèle barbare qui. les accompagnait. Mais les croisades étaient des efforts d'un moment peu conformes à l'esprit de la chrétienté , '[ui, dans les siècles mémo de la plus épaisse igno- III. 17
rance et de la superstition la. jlns? gr,ossj^e , n£ fut point susceptible de ce fanatisme solitaire çt irrésistible qui enflammait les musulmans* Ils ^'avaient besoin ni de pontifes ni de prédicateurs pour les \ exciter à accomplir ^'oeuvre auquel ifs çtaipnfe ap-
pelés ; le précepte était dans leur loi, le principe dans leur, cœur, Passurance, du succès t dans lçur glaive. O prophète! s'écria 41i> lorsque JVfahoinet, dans les premières années de sa mission,, cherchait dans rassemblée peu nombreuse et encore incertaine de ses amis un visir pu, lieutenapt, 6. prophète ! ^ suis l'homme qu'il te fy ut.} si quelqu'un s'élève contre toi, je lui briserai les dents , je lui arracherai les yeux , je lui romprai Içs jambes, je lui fendrai le ventre. O.propfyète! je yeu^ être. tOf| visir et leur commander (i). Ces paroles djun des premiers et du phis célèbre des. disciples de Ity^pmet, sont comme un texte dont l'histoire tout entière des Sarrasins n'est que le développement. Çllçs, renferment toute l'essence vitale de.sarçiigipn, foi aveugle et zèle fçroce. La destruction^ I]qsçlay âge des infidèles, les tributs, imposés, sur eu^ étaient les heureuses nouvelles du prophète <\e l'Arabie. Aux idolâtres, ou à ceux qui n'admettaient pas de, révélation particulière, on n'qfïpit qu^ne, alternative , la conversion ou la mort. Quant aux, peuples du Livrç, ainsi qu'ils, sont désignés dans le K^qran, c'està-dire aux quatre sectçs., Chrétiens,, Jutfs, RJages et Sabéens, on leur permettait de rester attachés à lçur
(1) Gabboo, t. 94p. 284.
( a59 ) , ancienne M , pourvu qu'ils se soumissent au paiementd'on tribut et h d'autres marques d'humiliation etde servitude. Mais l'es musulmans franchissaient rarement les limites que leur intolérance s'était imposé?*; ih respectèrent presque toujours la parole donnée aux infidèles; et, malgré toute leur insolence et Iteur oppression , les conquérais mahométaits étaient doux et libéraux en comparaison de ceux» qui combattaient sous l'étendard des pontifes db Rome ou de Constantihople.
Lorsque Mahomet mourut, en 63a, son empire premièrw temporelf et religieux embrassait la péninsule de ££$£ de* PAralne, et ne s'étendait pas au-delà. L'empire romain et la Perse étaient alors engagés dans des hostilité» longues et sans résultat décisif, sur les fleuves de la Mésopotamie et dans les montagnes d'Arménie s le» ambitieux et fanatiques disciples de Mahomet les considéraient déjà comme leur proie. Dés la première année du règne d'Abubeker, successeur immédiat de Mahomet, ces deux grands empires furent envahis. La Perse n'opposa qu'une faible résistance. Le frêle édifice du despotisme oriental n'est jamais à l'abri d'un, écroulement total»et inattendu : quelques victoines, quelques sièges portèrent les armés arabes du Tigre à l'O'xus, et renversèrent, avec la dynastie Sassanienne,( l'antique et. célèbre religion qu'elle avait* professée. Sept années d'une guerre active et* continuelle suffirent pour soumettre l'opulente Syrie, défendue par des villesfortes et par de nombreuses armées; et le calife Oxâar. Mrait.à. peine rendu grâces au ciel de l'achève-
ment de cette conquête , que son lieutenant Ajnrou lui annonça l'entière soumission de l'Egypte. Quelque temps après, les Sarrasins, suivant la côte 647-698. d'Afrique, poussèrent leurs conquêtes jusqu'aux Colonues d'Hercule, et une troisième province fut séparée à jamais de l'empire grec. Ces conquêtes dans l'Occident les mirent en contact avec de nouveaux ennemis , et les conduisirent à des triomphes plus éclatans. Encouragé par la désunion des Visigoths, et appelé par la trahison, Musa, général d'un despote qui régnait au-delà de l'extrémité opposée de la Méditerranée, passa en Espagne, et deux .710. ans après, le nom du prophète était invoqué an pied des Pyrénées (1). Etat de Vem- Ces conquêtes, qui étonnent le lecteur irréfléchi et superficiel , sont, aux yeux de l'observateur calme, plus faciles à expliquer que leur cessation; on est moins surpris de voir la moitié de l'empire romain perdue que le reste sauvé» Supposons qu'au milieu du septième çiècle un spectateur indifférent, s'il avait pu s'en trouver un, eût jeté un regard de
(i)Ockley, History of the Sa racens; Cardonne, Révolutions de l'Afrique et de l'Espagne. Le premier de ces ouvrages est bieu connu, et justement admiré pour sa simplicité et ses détails pittoresques. Il existe peu de morceaux plus beaux que le récit de la mort d'Hosseîn ; mais ces beautés ne sauraient rendre l'ouvrage plus digne de confiance. Au contraire , on pourrait poser commi un principe assez général que la multiplicité des détails, qui augmente la confiance que Ton doit ajouter a un témoin, diminue celle que l'on peut avoir en un historienqui écrit à une certaine distance de temps ou de lieux. Je remarque aussi que Reiske, dans sa préface d'AIbufeda, parle de Walkidi, dont le livre d'Ockley n'est qu'une traduction, comme d'tn écrivain purement fabuleux.
pire grec.
Médine S Gonstantinople; il aurait sans doute prévu de huit cents ans l'époque ou les mahométans établiraient leur domination sur les rives de l'Helles- •pont. La guerre de Syrie avait flétri la réputation * d'Héraclius; et ses successeurs paraissaient aussi incapables de résiste!4 qu'ils étaient indignes de gouverner. Leur despotisme , affranchi du joug des lois, succombait souvent sons la révolte triomphante; mais jamais le mot de liberté civile ne se faisait entendre dans ces contrées, et les vicissitudes de la servitude et de l'anarchie consommaient la dégra- ' dation morale dn peuple. Moins ignorons que les barbares de l'Occident , les Grecs prostituaient leurs talens à des controverses de théologie, et surtout à celles qui avaient rapport à la nature et à l'incarnation de notre Sauveur; et, comme il arrive ordinairement en pareil cas , plus le sujet de leurs querelles était au-delà des bornes de l'intelligence humaine, plus les antagonistes devenaient trancl|ans et violens. Ces débats ne se bornaient pas au clergé , qui dans l'Orient rï'ayait point obtenu le privilège de guider la foi des peuples : les souverains soutenaient alternativement les partis opposés. Héraclius n'était pas trop brave> Tbéodora n'était pas trop infâme, pour prendre part à des discussions théologiques; et ceux qui avaient le malheur de différer de l'avis impérial étaient frappé* d'une double proscription , comme traîtres et comme hérétiques. Mais ces mêmes hommes qui persécutaient leurs adversaires au sein de leurs foyers affectaient de lâches scrupules au jour du combat*, et l'église grecque n'avait pas
honte d'exiger que le soldat qui' versait le sang de se? ennemis dans une guerre nationale se purifiât par une pénitence canonique.
Décadré çe peuple corrompu fut sauvé par les vices de «es ennemis bien plus que par les ressources intrinsèques qu'il possédait encore. Une rapide décadence arrêta les musulmans dans le cours 4e leurs victoires. Cet irrésistible enthousiasme^ ce eèle siacère et désintéressé qu'avaient déployés les compagnons de Mahomet , étaient presque éteinte avant même que la première génération eut disparu. Lies Arabes du désert oublièrent dans les fertiles vallées de Damas et de Bassora la simplicité de leurs mœurs. Riches des tributs d'un, peuple esclave ? les souverains mahométans ne connaissaient d'autre emploi des richesses que les plaisirs des sens, H citait au prix de leur force et de leur énergie qu'ils achetaient leurs voluptueuses jouissance*. Sans le règne de Moawiyah , le cinquième calife f la succession héréditaire remplaça J'éleclion libre des fidèles qui avait porté au pouvoir les premiers représentait* du prophète ; et ce nouvel ordre , tout nécessaire qu'il était pour écarter jusqu'à un certain point le danger du schisme et des guerres civiles , exposa le royaume au risque inévitable d'être souvent gouverné par des despotes impuissans* Mais tout arrangement ne pouvait être qu'un palliatif momentané contre la guerre civile. L'origine des dissensions qui divisent encore aujourd'hui les sectateurs de Mahomet remonte aux premiers evénemena qui suivirent sa mortt au rejet d'Ali, son gendre, par
te éfcefèitos'dé Médîn'è. Deux Wfgnés', ceux 'd'Àbubeke* et d'OMàr, fureta gtoifcux a'Weh'ors, et Honorés '4 MMérîefcr dà Vespèct des peuplés; inâïs la VkWéfae,d'Ofl»irfaïl *ut faible et Vinpi-udente; ses ennemb Conspirèrent contre ïnï , et donnèrent uû pretaîéT exemple de révolte et de régicide, exemple fai devait être 'si souvent imfté,! Alî fut alors élu : une faction pViïssânite lui disputa ses droits; et l'empiré des Sarrasïns fût pen'dant lohg-ifenVps aTécbirfé par les '<juerelïés de plusieurs prétendans qui n'en appelaient, àù fond, qu'au jugement des armes. Là fenWlte d'Ommrrah pâiVinfc entin â établir «es droits d'iln'e mânïére àïn'oh évidente , au moins irrésistible. Maïs des révoltes 'éclataient sans cessé dans ce tastë empire 5 un (Je ces rebelles sût légitimer tfon crhn'e par ses succès, et Fonda là dynastie 5Q# des A)>ba'ssides.
Damas avait été la capitale des Ommiades; leurs Calife» de successeurs transportèrent le siège de leur empire Bagdad# dans la nouvelle vHle de Bagdad. Après les c'ôiftpàgnons de Mahomet , les noms les plus célèbres que présettte ta lbrigue liste dès califes, sont ceux de quelques-uns des premiers souverains qui régnèrent dans cette capitale : Almanzor^ Haroun-al-Raschidj et Àlmatafcon. La magnificence de leurs palais; leur gardé tàbdifcreuse , leurs trésors «For eï d'argent , la population et la richesse de leurs villes, offraient un contraste frappant avec la rudesse et là pauvreté des fleuries Se l'Occident à la infcmé époque. Les sciences , que lés premiers musulmans avaient méprisées comme étrangères à là guerre, ou Jrejetées
comme profanes, étaient eu honneur à leur cour (i). Le calife AI ma mon surtout se distingua par la pro» tection qu'il accorda aux lettres : les écrits philosophiques de la Grèce furent recherchés avec ardeur, et traduits 3 on compta les étoiles, on calcula la marche des planètes; les Arabes perfectionnèrent la science qu'ils empruntaient à l'Europe, et lui communiquèrent en retour l'invention des signes numériques, et le langage intellectuel de l'algèbre (2). Cependant la flatterie ou la reconnaissance ont exagéré le mérite des Abbassides. Malgré toutes les louanges banales des poètes salariés, dont les panégyriques ont été quelquefois répétés en Europe, on voit peu de monarques d'Orient dont l'histoire ne soit souillée de crimes atroces. Aucun gouverne* ment chîétien, à l'exception peut-être de celui de Constantinople , ne présente une série de tyrans
/(1) Les auteurs arabes fixent l'origine de leur littérature (à l'exception de ces ouvrages de fiction qui avaient toujours été populaires1) au règne d'Almanzor. A. D. 758. Abulpharagîas , p. 160 ; Gibbon , c. 52. •
(2) Quelques ouvrages publiés très -récemment renferment des dttails . intéressans sur la littérature des Sarrasins. Berington, Litterary history of the Middle Ages; Mills, History of Jlfohammeda/dsm , c. 6; Turuer, History of England, t. 1. On connaît peut être davantage l'ouvrage de Harris , intitulé JPhilological arrangements* On a fait beaucoup mieux depuis ; mais ce livre est un des premiers qui. aient paru daus notre langue sur cette partie de. la littérature qui présente encore une belle carrière aux orientalistes européens. L'admirable catalogue des manuscrits arabes de l'Escurial , par Casiri , réclame depuis longtemps un examen plus soigné de leur contenu, examen auquel
ce savant n'a pu se livrer. Mais la saine littérature et l'Escurial ! quelles idées discordantes!
qu'on puisse comparer aux califes de Bagdad, si toutefois des actes de sang , produits par des passions effrénées ou par une politique jalouse , peu- vent être appelés du nom de tyraunie. Ces forfaits sont mal rachetés par de -nombreuses .pratiques de dévotion, par des actes d'une humilité vaine, et peutêtre affectée, ou même- par le plus bel attribut des princes mahométans, leur juste sévérité à punir les crimes des autres. Des anecdotes de ce genre nous dounent une idée aussi imparfaite d'un prince d'Orient que les. portraits qu'on rencontre quelque* fois dans les eiironiques des, moines de tel prince d'Europe qui fonda des monastères et se montra docile au clergé: mais il faut avouer que les anec- , îotes orientales sont d'un bien meilleur goût.
Les AbbassideS ont acquis plus de célébrité que
eurs prédécesseurs, mais n'en possédèrent jamais la
bree réelle. Le dernier des Ommiades dictait ses or-
Lres dans presque toute l'étendue du courts supposé
u soleil y des bords duGihon jusqu'au dernier pro-
lontoire du Portugal. Mais la révolution qui changea
i succession des califes fut suivie d'une autre révo-
ition non moins importante. Un des membres de la
mille vaincue, nommé Abdalrahman, se réfugia en
îpagne. Les musulmans de ce pays, étrangers aux séparation
déjugés qui avaient soulevé les Perses eu faveur des et de*f ajh-
xbassides , et persuadés que leur éloignement du que*
2tre de l'empire leur donnait des droits à l'indé-
ndance , le proclamèrent calife de Cor doue. Il y
tit peu d'espoir de faire rentrer dans l'obéissance
e province aussi éloignée; et il était assez pro-
bable qftre cet fefce¥nple serait Snîvï. Sbus te régne dfiarfcun al-HàSchid', deux principautés se formèrent en Afrique : celle des Aglabitefc, qui régnèrent à Tunis et à Tripoli, et celle des Edrissîtes 'dans la partie occidentale de la Barbarie. EnVifcoïi un siècle après y ces états tombèrent sous ta domination des Fatimites, dynastie plus puissante, <^ùi fonda ensuite nn émpfre eta Egypte (i).
Décadence La peWte tle l'Espagne et de l'Afrique n'était ce pendant que ia conséquence inévitable de Km mettre étendue d'un empiîre qu'e leur séparation seule n'aurait poitat affaibli; knais 4*aûtres révolutiohs se préparaient au sein inertie dé cet empire v L'histoire dtes AbbassideS dé Bagdad nous retrace]; décadence dtes mônar'chfcÀ européennes , et Vous le différons symptonVes èe leui- ruine. On y retroun tôur-à-tour et IteS insultes des barbâtes 'qui assailli rent Rome impériale àh cinquièhVe Siècle , et la nul lité personnelle des tors hiérotrihgiens , el lès usur patidns féodales qui flétaetribirèretit l'héritage de Charlemagtte. I. Au-delà de la ïronti'ère nord - es de l'enipire des Sarrasins, habitait uii peuple d race târtare , peuple belliqueux et puissant , qui de' fendait Findépendâhbe du Turkéslah , depuis le 1 d'Aral jusqu'à là grande chaîne defc moritagnes d centre.» Dans les guerres fc[ule leur flïrehi; lés calif» od leurs lieutetians, un grand ribmbre dé ces Tiirc furent emmenés en captivité , et dispersés dar
(1) Pour ces révolutions, qu'il n'est pas très-facile de se fit dans la mémoire, voyfiz Cardonne, qui en a tiré tout le pai possible.
l'empirt* Leur forde physique etfair cbnitfgè tes distinguaient au milieu d*uti peuple amolli par fe luxe; etoette défiance de ses propres sujets , sentiment si naturel à «a fcwonafrqute d'Orient; put'êtrte un motif «de plus pour engage* te *calife Motassetn & choisir sel gardes panai «es pris&Hniers. Maïs fcettè mesure politique fat «ne .fatale tefaeur. Pins grossiers et même plus férooesque lefs Arabes , tes Turcs Reprisaient la faiblesse «tes califes éoot ils partàpaient les trésor*. Motawakkel, fils vie Motassem, lut massacre dans son palais par ïes barbâtes du Nord, et son «etft révéta te secret de l'empire; le BCQÛt des souverains avait passé à leurs esclaves. Là léposit ion et la mort forent souvent le partage des alifes ses successeurs : mais 5 en Orient, le pis Séance hardiment sur le trône teint du sang de son lére , et les prétoriens de Bagdbd manquaient rare nent de transporter leur trompeuse obéissante au jus proche héritier de fat maison d'Abbas. II. Un iccie environ après l'introduction des soldats tarés, fs souverains de Bagdad tombèrent presque dans 'oubli. Al Radi > qui mourut en yfo ; fnt le dernier [ai officia dans la mosquée, qui commanda les rinées tu personne, qui harangua le peuplé du put de la tribune , qui jouit de la pompe et de éclat de la royauté (i)> Mais il fut le prethier qirt ^titua9a«lieu du yisir, un nouvel officier, une
Jpèce de maire du palais, avec le titre d'Emir al
li) Abulfeda» p. 261 ) Gibbon» c. 5a; Moâ. uràv. hbt., t. a. dernier ouvrage est le Bêu! où il soit dit qu'Abnlteda ait comlmi<: les armées.
omra, chef des chef», à qui il fut contraint de déléguer les fonctions attachées à sa dignité. Des homjnes actifs et belliqueux s'emparèrent ordinairement de ce titre : il fut quelquefois héréditaire, eq toujours irrévocable par les califes , dont les noms cessent dès-lors de figurer dans les annales de l'Orient. III. Tandis que ces révolutions avaient lien dans le palais, chaque province secouait le }oug| son tour ; de nouvelles principautés se formèrent ei Syrie et en Mésopotamie , dans la Perse et dans le Khorasan , et l'empire du chef des fidèles finît pai se trouver littéralement réduit à la ville de Bagdad et au territoire adjacent. Quelques-uns de ces prie* ces , que les califes avaient nommés comme gonver neurs, affectèrent d'abord de respecter leur suprématie , en faisant placer leur nom dans les priérd publiques et sur les monnaies $ mais ces marques d< soumission disparurent insensiblement (1). Renaissance Telle est en peu de mots l'histoire des Sam grec. empire sins pendant les trois siècles qui suivirent Mahomet un siècle de conquêtes et de gloire ; un siècle de grau deui stationnaire , mais assez précaire ; un siècle d xapide décadence. Cependant l'empire grec subsis tait encore , et s'était presque relevé du choc qui avait reçu. On peut indiquer, indépendamment à la décadence de ses ennemis, plusieurs autres caust qui contribuèrent à sa conservation. Les rnahorut
(1) La décadence des Sarrasins est traitée à fond dans le ni quante-deuxième chapitre de Gibbon, qui présente eu lui -un t. une dissertation philosophique et complète sur cette partie < l'histoire.
tans avaient envahi la Cilicie. Mais eette province nanti me est séparée de l'Asie mineure par l'énorme touclier du mont Taurus, qui s'étend , comme un «mpart naturel, des côtes de la Pamphilie au ter» itoire montagneux de l'Isaurie , d'où il se prolonge i l'est, séparant les plaines de la Cappadace et de '
a Cilicie, et, après avoir poussé de grandes branches tu nord et au midi , se réunit à d'autres chaînes fui pénètrent fort avant dans l'intérieur de l'Asie. tes Sarrasins ne formèrent pas d'établissement fixe u-delà de cette barrière, bien que les armées d'Alkschid ravagèrent le pays jusqu'à l'Hcllespont, et ue la ville d'Amorium en Phrygie fut rasée par J-Motassem. La position de Constantinople,' ioina avec une sagacité que le cours des évthieleus pouvait faire regarder comme tenant de la rescience , la mettait à l'abri de tout danger imt'diat du côté de l'Asie , et la rendait aussi inacpslblc à JVnnemi que peut l'être une ville qui n'est 0 protégée par le courage et le patriotisme. Ce* ;n<iant, aux beaux jours de la puissance des Arabes, le fut deux fois attaquée par des flottes formiibles. Le premier siège, ou plutôt le premier blo- 668. s , dura sept ans; le second fut moins long, mais 7*6. is terrible, et Constantinople vit ses murs et son rt investis par les forces combinées du calife livtl f sous les ordres de son frère Moslema (i)> défaite des assatllans prouva la force de résiste que possédait encore l'empire, ou plutôt sa Htale t mais il est peut-être permis d'attribuer
) Gibbon , c. 5a.
ti
Il '
jusqu'à un certain, poinA l'abandon de ces enhv-
prises maritimes pat) les. Sarrasins à la translation
4e. leur métropole de Damas à Bagdad. Les Grecs ,
^ leui; toux y résolurent de lfeur disputer Pempire de
la* mer. Ije secret qu'ils possédaient de la composi-
lipp d'un, feu inextinguible- leur donnait un grand
avantage ; leur richesse r et peut-être leur industrie,
l^ur facilitaient le moyen» d'employer des vaisseaux
plus. grands et mieux équipés; et ils finirent pat
chqsspr leurs ennemisdesiles.de Crète efede Chypre,
Sur terre y ils éditaient davantage Ifcs Sarrasins. L
hommes pusillanimes étudient Part de la tacliq
comme les malades étudient la médecine; et les em<
pereurs Ii>qon et Constantin ont laissé des traita
snr, l'art d'éviter une défaite, de prolonger uni
lutte 9 de soutenu) une attaque (i). Cette politij
que timide, ces armistices même qu'on achetai
ans, Sarrasins convenaient assez- à la situation ù.
deux peuples. Tandis que Gonstantinople tempov
sait, Bagdad était ébranlée jusque dans ses fond!
niens* et Ie* héritiers du nom Tomain purent son:
avec un septimentïd'orgueilà l'immortalité de 1»
empire, en contemplant .la chute rapide d'une pi.
sance qui s!étaitist rapidement élevée. Le gouvcn
n^nt de Byzance , au milieu de ses crimes et de si
révolutions (et son histoire n'est qu'une série de r
(i) Gibbon , c. 53. Les conseils de Constantin Porphyrog à son fi^U suf l'a<jniiuisf ration de l'empire décèlent un boni qui uVprouve.aucuue houte à avouer sa faiblesse et sa lâche) qui se complaît dans de petits artifices pour éluder la rapacité diviser les forces de ses ennemis.
volutions et de crimes) , ne fuAjapfyds démçqbgé, par la guerre civile : une sfSditiog dans, Parafe > Ufy0. émeute au théâtre, une qonspiratiorç du palai*, run* versaient, un monarque de son Ujôue. Mais Coqatantinoplv transpprtait aussitôt, son ol)éiaaan£e à sçn, successeur , et les provinces suiwçqjl L'impulsion de, 1« capitale. La coutuiRiç dps papt^ages , sifunceteaux états latins, et qui n'étajjt, pas.cgtiArement étrapgèig. aux Sarrasins , ne s'introduisit jamais dappltempire grec. Il était, au miljqu du, dixième siècle, aussi corrompu par les vices, cl, dégradé poi* la li^Heté > mais plus opulerçt, plup éclair^ h et beaucoup mùtux protège contre sçs ennemis que sous les, pnemiera Migccsseurs( d'il^raclius. Depuis, cçnt ans il Savait ru que des guerres partielles avec 1^* princes mahpr Tirtans; et, dans ces guerre, les qmpercqrj paraia> eut avoir obtenu grAdppllemprçllV*fllto8fy et avoir té plus, sçuyent les agrcaaqurs. Mais.lfi. désordre, roissant de ]>]up cr>, plus. erç, Orient ,, deux brave* stirpaJeurs,Nicéphorc PltQcap, et, Jpa» Ziraiscès, bnçurent le projet de reconquérir les province! 963.975, ytv l'qmpire avait perduqs. I)s portèrent en Syrie •ft arides rqipajpcs^npus. ppuyons ipi employer ce ■rme avec irçqins de répugnance); A^tiocbe et Alep ' rent crises 4'a^saut, Damas ouvrit ses portes; les « |l<*s même dv la A^sopotaifliç, reculées au-deU de ancienne limite de l'Eupbratc, ornèrent les tro- \écs de Zimiscèa, qui épargna, à regret la capitale >h,|jfc cu)i{ps% 1} éttait ecjnwnable, et même nécessaire • tl>aiidoqner ers conquêtes éloignées. Mais la Cilit Antiochc furent réunies pour toujours à Pem-
pire. A la fin du dixième siècle, les empereurs de Constantinople possédaient la plus grande et la meil. leure partie du royaume moderne de Naples, une partie de la Sicile, toute la Turquie d'Europe, l'Anatolie ou l'Asie mineure , et une portion de la Syrie et de l'Arménie (1).
Le» Turc». C'était bien moins à son courage et à sa vigueur
qu'à la faiblesse de ses ennemis que l'empire grec
était redevable de ses succès. 11 est cependant à pré-
sumer qu'ils auraient été plus durables, si les Grecs
n'avaient eu à lutter que contre les califes, on contre
les états qui en dérivaient. Mais un nouvel acteur
allait paraître dans cette grande tragédie dont l'Asie
était le théâtre. Cette même nation turque, dont le>
sujets, jadis esclaves et prisonniers, s'étaient faits les
arbitres du * sceptre de Bagdad , franchit le Gihon,
sa limite primitive. Les sultans de Gazna, dynastie
dont les brillantes conquêtes ne durèrent qu'un
moment, avaient jugé prudent de diviser la force <k
ces redoutables alliés en engageant une partie d'entr?
eux à passer dans le Khorasan. Les Turcs couvrirent
cette fertile province de leurs tentes pastorales, et
appelèrent leurs compatriotes à partager les richesse
Leurs con- du Midi. Les Gaznevides furentleurs premières vû-
,Uete38 ti™es' La Perse, envahie tour-à-tour par tous les conquérans , leur offrait une proie séduisante et fa
(1) Gibbon,. c. 5a et 53. Le dernier de ces chapitres présent. un exposé lumineux de l'état de la Grèce, comme le premu de l'histoire des Sarrasins. Les faits ne s'y trouvent point clas^ dans leur ordre chronologique , mais combinés d'après leurs rap ports sous un point de vue philosophique.
elle* Togrol Bek , fondateur de la dynastie turque des Seljukiens, renversa la famille des Bowides, qui régnait depuis longtemps alspehan, respecta dans le calife, de Bagdad le fentôme de la souveraineté mahoœétane, embrassa avee toutes ses tribus la religion des vaincus , . et commença ses attaques .;
contre la •. chrétienté par une irruption dans PAr- !
ménie. AJp Arslan, son neveu et son successeur , battit et fit prisonnier l'empereur Romanus Dio- 1071. gènes; et la conquête de l'Asie mineure fut presque achevée par des princes de la même famille , les SeljukieasdeRûm (1), à qui Malek Shah, troisième sultan des Turcs , permit de former un royaume indépendant. Par leurs propres efforts, et à la far veur des troublés qui agitaient -jConstaatinople où les piéteudans au trône, aveuglés par un égoïsme impolitique, trafiquaient de la force de Pempire pour ce procurer les moyens.de satisfaire leur ambition 7 les Turcs se rendirent maîtres dps villes de VAsie eê4es passages fortifiés / et rien ùe semblait pouvoir s'opposer à leur invasion en Europe (a). *
Dana ce péril imminent , Pempire grec implora le Premier* secours des peuples de l'Occident, dont l'empressement surpassa' son attente , ou. peut-être même son désir, ^délivrance de Gon^tantinople n'était, il est vrai> qu'un objet très-secondaire pour les croisés} mais elle faisait nécessairement partie«de leur plan d'opérations; puisqu'ils voulaient reçon-
(1) B.ûm, c^tt-à-dire pays de» Romains.
(a) Gibbon , c. S7 -, de Guignes , Hitt du Hutu, t. 2 , 1. a.
xxx. x8
quérir Jérusalem , ils étaient obligés de commencer .par les premiers ennemis qui se trouvaient sur leur passage. Les Turcs furent entièrement défaits , et Nicée, leur capitale, rendue à l'empire. Tandis que les Francs poursuivaient le cours de leurs victoires, l'empereur Alexis Comnène suivait leur trace , et recueillait les fruits que leur enthousiasme avait dé- Progrès des daigné d'attendre. Il reprit les places fortes des bords de la mer Egée , les défilés de la Bithynie , et toute la côte de l'Asie mineure , tant sur" l'Euxin que sur la Méditerranée : les armées turques 9 composées de cavalerie , et inaccoutumées à ta guerre régulière , ne purçnt recouvrer ces conquêtes (1). Tel fut sans contredit lleffet de la première croisade. Mais je crois qu'on a exagéré le résultat général de. ces expéditions , lorsqu'on les a représentées comme ayant opposé un obstacle permanent au progrès de la puissance des Turcs. Les chrétiens de Palestine et de Syrie étaient à peine en contact avec le royaume Seljukiea de Rûm., le sçul ennemi de O Fempire; et il est difficile de concevoir comment leurs petites et faibles principautés , occupées ordinairement à se défendre contre les princes mahométans de Mésopotamie ou contre les califes fatimites d'Egypte , auraient pu arrêter les armes d'un souverain d'iconium , sur le Méandre ou sûr PHalys. D'autres causes expliquent suffisamment comment
(1) On ne sait pas bien exactement si les côtes septentrionales et méridionales furent réunies à l'empire sous le règne d'Alexis , ou sous celui de son vaillant fils Jean Comnèue. C'est au rest * une circonstance assez indifférente.
l'équilibre des forces se maintint en Anatolie peiu dant le douzième siècle* :» ce^sont la^ valeur et l'activité des deux Comnènes, Jean et Manuel, et surtout du premier; les partages multipliés et les divisions intestines qui mirent les Saljnkiens d'Iconium, comme tous les antres gouvernemens orientaux, dans l'impossibilité d'attaquer les nations étrangères.
Mais, quelles que fussent les obligations de l'em- Prise de
nr\ m. * i* * i j • • i il Constantino-
pire d'Orient a regard des premiers croisés, elles pie par les furent éteintes cent ans après pw les descendans de ces mêmes croisés , qui dirigèrent contre Constantinople la quatrième de leurs expéditions. Une de ces révolutions domestiques si fréquentes dans l'histoire de Bjzance, avait mis un . usurpateur sur le trône impérial. Le monarque légitime Ait condamné à perdre la Vue et à passer ses jours dans une prison \ son héritier s'échappa , et alla exposer le récit de ses malheurs à la flotte et à l'armée des croisés, alors, rassemblés dans le port de Zara en Dalmatie. Cet 1202» armement avait été préparé pour le même but, et par les mêmes motifs temporels et . spirituels qui avaient fait entreprendre les autres croisades ; lesseigneurs français en formaient en grande partie la force militaire \ les forces navales avaient été fournies par la république de Venise , et le doge comman- ,
dait en personne l'expédition. Elle était destinée à porter du secours aux chrétiens de la Palestine, et il n'entrait point sans doute dans le plan- primitif des croisés d'intervenir dans^ le gouvernement d'un empire chrétien ; mais le désir de punir un peuple sans foi , et l'espoir de se ménager un appui pour
léfttrs opérationsultérieures, l'emportèrent sur toute autre considération. Ils firent voile pour l'Archipel, et malgré l'immense population et les moyens de défense que présentait Constantinople , ils forcèrent l'usurpateur à s'e^feir et les citoyens k se rendre* Mais ce notait pas par de semblables moyens qu'on pouvait étouffer des haines produites par le schisme et par la jalousie nationale; les Grecs, blessés dans leur orgueils dans leurs idées religieuses, ne virent dans l'empereur légitime qu'une créature de leurs ennemis , qu'un homme qui n'avait été rétabli sur le trône que sous la promesse expresse -de sacrifier leur église k celle de Rome. Quelques mois s¥taient à peine écoulés qu'âne nouvelle conspiration et un nouveau soulèvement firent passer l'empire aux mains d'un autre usurpateur, malgré l'armée des 1*04. croisés campée hors des murs. Le siège recommença aussitôt, et au bout de trois mois la ville de Constantinople fut prise d'assaut. X^e récit des horreurs du pillage et du meurtre est toujours le même ; mais les calamités des anciennes capitales, comme les malheurs des grands, font sur nos âmes une impression plus forte. Aujourd'hui même encore, on éprouve un sentiment d'admiration pour la majesté vierge de Constantinople , parée- des richesses âccu- ■ mutées par les siècles , et brillante des monumens de l'empire de Rome et des arts de la Grèce. Les aperçus qu'on adonnés de sa population sont presque incroyables; on l'évalue à dix, vingt et trente fois celle de Londres ou de Paris, et certainement biem ^au-delà de la population réunie de toutes les tapi-
taies de l'&vropo à cette époque (i). Mais clic le« surpassait pins encore en magnificence qu'en population : au lieu, des toit* de chaume > des murs de boue, dot rues étroites f des misérables constructions de ces villes , elle avait des édifices de marbre, des palai* dorés» des églises^ des çouvcns, élevés daus l'espace de neuf siècles par d'habile» architectes , et présentant la transition graduelle du goût sévàre des anciens aux combinaisons plus variées et plus brillantes du genre oriental (a). Les restes de la littérature des Grecs étaient rassemblés dan*, les hiblio» thfVjuoi de Constantinoplc} son forum et son hippodrome étaient ornés des restes de la sculpture des Grecs. Mais rien n'échappa k la rapacité des vainqueurs} les chefs des croisés étaient aussi incapables que leurs soldats d'apprécier l'étendue de ces pertes* Quatre chevaux de hronxu , chef-d'œuvre
(i)VUI« Harcfouin évalue lu population do GoiMtsntinople a quatre cens mil hommes, ou plus, Gibbon pense qu'il nVat ici quetritoii que do* honutica «11 étot de porter le» m" m es. Lo Bena pnrt» la population enlièrt h un million d'habitant* Gibbon, t. nt jk aiX 1) ut a croira qu*«m iao{ Loudn* uu contenait pat quirante mille ùwes. Pari» avait M agrandi pur Philippo-AuguaUs et occupait plu* ri'oapace que Londres» Pela marra , Traité de I«i Polie*, t. 1, p. 70*.
(a) O quanta civil as, aHtario Fouquts do Chartres cent nui au. fuiTanal) HùtiUt ut daetwa! quoi monasteria, quotquo palatin s uni in 0a , opâiv m<trofubivftwta! quot rtiam in platvis •*•*/ in «•/Wjt opent ad spcctiWtïiun mimlùlia! 2\vdium t\st quittent magnum mitar* quanta slt ihi oputtntin bonorum omnium , aurï et argpnti, palliorutn mullijhimium, satwrtimque **/*• quittrutn : omni etiom Utmpoiv% naviginfiwqutnticuneta hominurnnecfsxaria Ulucaffenttitut, Ducliesut, Svript, /?«r, #<f//iV.*. t. .\ y p. 8a».
animé sorti des mains de Lysîppe , furent transportés de Constantinople sur la place de Saint-Marc à Venise ; ils étaient destinés à servir encore de trophées de guerre, et a suivre le flux et le reflux des conquêtes. Si nous en croyons un Grec contemporain , nous avons à déplorer le sort d'une foule d'autres morceaux de sculpture , qui furent détruits par pur plaisir, ou infime fondus et transformés en monnaie de cuivre (1). ,
l" L'empereur légitime avait péri, ainsi que son fils, dans la révolte qui avait amené cette catastrophe; et il ne restait plus de droits légitimes qui pussent mettre obstacle à l'exercice du droit de conquête- Mais les Latins, mélange de peuples indépendans , n'étaient pas disposésàabandonnerànnseulmattre ce avait conquis la valeur de tous. Quoique le nom 'empereur parût nécessaire au gouvernement de Constantinople, l'unité d'un pouvoir despotique était loin d'entrer dans les principes et dans les intérêts des croisés. Aveuglés par leur égoïsme et leurs projets de grandeur, ils mirent l'empire grec en lambeaux. On en donna un quart seulement a l'empereur , trois huitièmes à la république de Venise , et le reste fut partagé entre les chefs. Baudouin, comte de Flandre , fut revêtu de la dignité impériale, et reconnu comme suzerain des principautés inférieures. Il était difficile qu'une monarchie ainsi démembrée pût avoir une existence longue ou honorable. Les empereurs latins de Constantinople furent plus mé-
(i) Gibbon, c. 60.
pripables et plus malheureux , non pas tant par leur caractère. personnel que sous le rapport de leur faiblesse politique , que ne Pavaient été leurs prédécesseurs; leurs vassaux se révoltèrent contre des souverains qui n'étaient pas plus .puissans qu'eux ; les Bulgares, peuple long- temps formidable, et qui, après avoir été soumis par les armes impériales , n'avait recouvré son indépendance que peu de temps avant la conquête des Latins , insultèrent la capitale ; les Grecs nourrissaient une haine secrète contre ces nouveaux empereurs, et appelaient de leurs vœux le jour de leur délivrance, qu'ils voyaient poindre sur la rive asiatique. L'usurpation des Latins fut à peine reconnue un .moment au-delà du Bosphore ; Nicée devint le siégerFune dynastie grecque qui régna avec honûeur jusqu'aux bords du Méandr,rn et qui , passant en Europe , après avoir établi sa du ;> Les Grec» mination dans la Romanie et dans d'autres pro- p^ewi^do vinces, chassa de Gonstantinople les derniers em- ^onstantii*. perenrs latins , dont le règne n'avait pas eu soixante 1261. ans d'existence.
Pendant que ces Grecs régnaient à Nicée, ils avaient eu heureusement peu à redouter de leurs anciens ennemis, et ils avaient été en général en bonne intelligence avec les Seljukiens d'Iconium. Ces monarques, il est vrai, n'étaient {tas, de leur côté, exempts de vives exaintes. En abandonnant les plaines de la haute Tartarie pour les vallées culti- miens envavces du fy{idi, ils donnèrent un exemple qui fut imité successivement dans le treizième siècle par deux hordes de barbares du Nprd. Les Karismiens,
% . dont les tentes s'élevaient sur l'Oxus inférieur et sur les bords de la mer Caspienne j profitèrent de la décadence des Turcs pour établir en Perse leur domination, et menacèrent le royaume d'Iconium, qu'ils ne purent toutefois renverser» Un orage plus terrible Le* Mogob. vint fondre sur l'Asie : ce fut l'irruption des Mogols sous les fils de Gengis-kan. Cette race d'hommes, plus féroce , plus dépourvue de toute civilisation que celles qui l'avaient précédée , sortait du fond de la Tartarie chinoise ; on ne comptait oes barbares que par centaines de mille , et la dévastation marquait 1210. seule le cours de leurs victoires» L'Asie tout en- ' ' tière, des mers de la Chine aux rivés de l'Euxin, fut ravagée par ce déluge du Nord. Us anéantirent le fantôme d'autorité encore attaché au titre des califes de JSagdad. Us soutnirent et renversèrent la dynastie des Seljukiens en Perse , en Syrie et à Iconium. Les Turcs de ce dernier royaume se retirèrent dans les montagnes > où ils formèrent plusieurs petits états qui se soutinrent à l'aide d'incursions sur le territoire des Mogols ou des Grecs. Othman , son- 1299.. verain d'un de ces états r pénétra à la fin du treizième siècle dans la province de Bithynie, que ses descendans devaient conserver pour toujours sous leur domination (1).
Décadence L'empire de Constantinople n'avait pu se relever pec.,empire du coup fatal que les Latins lui avaient porté. La plupart des îles de l'Archipel, et les provinces de la Grèce proprement dite, au midi de la Thessalie,
(1) De Guignes , Hist. des Huns, t. 3, 1. i5; Gibbon , c. 64.
( rtl )
étaient eiteore en leur pouvoir. La richesse et la force navale de l'empire avaient passé entre les mains des républiques maritimes* Venise, Gênes, Pise et Barcelone s'enrichirent par le commerce qu'elles faisaient comme états indépendant jusque dans l'intérieur de Constantinople , daignant à peine en solliciter la permission ou reconnaître l'autorité du maître de la capitale. Dans uile grande bataille i352. livrée sous les murs de la ville entre la flotte des Vénitiens et celle des Génois, le poids de l'empire ronlain, suiyant l'expression de Gibbon , fut presque insensible dans la balance de ces riches et puissantes républiques. L'empereur Cantacuzène n'avait fourni que huit galères aux Vénitiens $es alliés , et, après leur défaite, il se soumit à la condition ignominieuse de leur interdire pour toujours le commerce avçc ses états. Cependant les restes de l'empire en Asie tombaient au pouvoir des dynasties ottomans, turques indépendantes, dont la plus célèbre, celle des Ottomans , occupait la Bithynie. Appelés en 4 i34i* Europe par une des factions de Byzance, versle milieu du quatorzième siècle , les Ottomans se fixèrent dans le voisinage de la capitale, et, pendant les* trente années du règne d'Amuratl , sou narrent, sans éprouver beaucoup de résistance , la Roinanie et les petits états chrétiens qui s'étaient formés vers les bouches du Danube. Bajazet, successeur d'Amurat, soumit les émirs indépendans d'Anatolie, et, après avoir long- temps menacé Constantinople, l'investit par terre et par mer. Les Grecs invoquèrent à grands cris le secours de leurs frères d'Occident
contre l'ennemi commun de ta chrétienté; maïs i3ç6. l'élite de la chevalerie française avait été massacrée ou faite prisonnière à la bataille de Nicopolis en Bulgarie (1), où le roi de Hongrie, malgré l'héroïsme de ces guerriers qui avaient généreusement embrassé sa cause , fut entièrement défait par Bajazet. L'empereur Manuel quitta sa capitale avec le faible espoir d'engager les cours de l'Europe à faire quelques efforts décisifs , en leur exposant lui-même les dangers de la chrétienté. Pendant son absence , Gonstantinople fut sauvée, non pas par un ami, mais par un pouvoir plus formidable à ses ennemis qu'à elle-même.
Tarureaou * ^es masses d'hommes sans lois, sans agriculture, moiur0l*deTi sans demeure fixe, répandues sur les vastes régions centrales- de l'Asie, ont été, à diverses époques, poussées par le besoin, ou par l'apparition fortuite de quelque génie supérieur , sur les contrées de la culture et de la civilisation. Les peuples de la Tar- * ft tarie communiquent avec ceux de l'Occident et du
(i) Suivant les mémoires de Boucicaut, c. a5, les Hongrois prirent la fuite et abandonnèrent leurs alliés. Mais Froissart, qui parait être une autorité plus impartiale , attribue la perte de la bataille à la témérité des Français. 4>m* partie, c. 79. Le comte de Nevers ( Jean-sans. Peur, depuis duc de-Bourgogne) , qui corn* mandait les Français, fut fait prisonnier avec d'autres princes ' » du sang royal , et racheté moyenuant une rançon considérable.
Un grand nombre de personnages distingués par leur naissance et par leur mérite furent massacrés. Boucicaut échappa a un pareil sort par l'intervention du comte de Nepers , qui eût mieux, fait de, périr avec honneur sur le champ de bataille que de survivra pour plonger son pays dans les horreurs de la guerre civile et couvrir son nom d'infamie.
Midi par deux rtutes principales $ la' première conduit en Europe en Iqhgeant la *nier d'Àzbph et k côte septentrionale de PEusin ; l'autre traverse Pin* tervalle qui' sépare les montagnes de la Bucharie de la mer Caspienne , et aboutit en* Perse* Qumtre fois au moins, suivant les traditions constantes de l'histoire j les hordes de la Scythie ont pris la première decesroutes, et se sont débordées en Europe; mais chacune de oes inondations fut moins terrible par ses résultats que celle qui Pavait précédée. La première eut lieu dans les quatrième et cinquième siècles ; car on peut ranger ensemble ces migrations rapides et successives des Goths et des Huns qui renversèrent l'empire romain , poussèrent leurs conquêtes jusqu'aux extrémités du Portugal , et ne s'arrêtèrent qu'aux bords de POcéan atlantique. La seconde irruption- fut celle des Hongrois, qui, au dixième siècle, étendirent leurs ravages jusqu'aux provinces méridionales delà France. Ensuite vinrent lcsftfogols, qui, sous les enfans de Gengis, se précipitèrent sur l'Europe à la même époque où la Perse tombait sous leurs coups. La monarchie russe fut engloutie dans cet ouragan , et pendant deux siècles ces vastes contrées gémirent sous le joug des*Tartares. La Pologne et la Hongrie plièrent devant eux , et les Dations les plus reculées de PEurope contemplaient avec terreur l'approche de la tempête. Mais l'Allemagne n'était plus ce qu'elle avait été dans l'anarchie du dixième siècle; les Mogols n'étaient point iccoutumés à éprouver de la résistance, et encore moins disposés à faire une guerre régulière ; ils aère-
iai5. tirèrent devant l'empereur Frédéric II , et les vill^ de Lignite en Silésie, et de JSeustadt en Autricb* forent le* pointa les plus occidentaux de leur invasion. Le* progrès des Tartares en Europe, dans leui . quatrième et dernière irruption , sont presque insensibles ; les Mogols de l'armée de Timour ne purent se vanter que d'avoir saccagé Azoph, et pillé quelques provinces delà Russie* Timour*, souverain de ces Mogols, et fondateur de leur seconde dynastie j qui s'est soutenue plus long-temps et avec plus d'éclat que la dynastie de Gengia, atatt été chef d'une petite tribu de la Tranaoxiane , entre le Gihou et le Sirr, frontière incertaine des peuples civilisé? et des nations pastorales. L'énergie de son caractère et la faiblesse de ses voisins-suffisent pour expliquer la révolution qu'il opéra. A l'exemple de Togrc -1 Bek et de Gengis qui lui avaient frayé la route d conquêtes , il se dirigea à travers la Perse ; et éprou Tant peu de résistance des gouvernemens délabrés à l'Asie j il étendit son «empire jusqu'aux côtes d|£ L Syrie ; des succès encore plus fameux , mais qui n'appartiennent point à notre sujet , portèrent d'una u in
côté sa domination jusqu'au cœur de l'Iàdostan, 11
était déjà avancé en âge lorsque sop inquiète ambi-
Défeite de tion le poussa contre les Turcs cPÀnatolie, Bajaztt
aJi4o2. ^eva ^ 'a ^**e ^es^ge de Constantinople , et courut
pour soutenir une lutte plus périlleuse : sa défait
dans les plaines d'Angora, et sa captivité, firent pà
lir l'éclat du croissant , et retardèrent de cinquante
Danger de ans le naufrage de l'empire grec.
cwantino- Les Mogols ne surent pas profiter de la victoirt*.
es
Souverain et législateur à Samarcande , Tfanotir n'était, dans P Asie occidentale et dans PIndostan, qu'un destracteur barbare. Il alyradonna PAnatolie aux enfans de Bajazet} mais l'unité de leur puissance était rompue } et le royaume des Ottomans éprouva, comme* ceux qui Pavaient précédé, les funestes effets des partages et des haines mutuelles. Pendant vingt ans les Grecs eurent l'occasion de réparer une partie de leurs pertes; mais ils étaient incapables de tirer parti de cet avantage ; ils reprirent , à la vérité , une partie de la Romanie ; mais ils ne purent extirper une forte colonie turque qui s'était, établie dans la ville de Gallipoli en Chersonése. Aussi , lorsque Amuràt II eut réuni m. xfor . monarchie sous' son sceptre vigoureux, Constantinople se vit exposée à un nouveau siège et à de nouvelles pertes. Ses remparts cependant bravèrent les efforts de l'ennemi ; et pendant le long règne d'Aniurat, elle put répéter plus d'une fois' ses sigo au x de détresse que les princes chrétiens refusaient d'observer. La situation de l'Europe était, il est vrai , peu favorable : la.patrie des croisades et de la chevalerie , la France , était engagée dans des guerres domestiqués et étrangères : un schisme, en apparence interminable , déchirait le sein de l'église latine , et paralysait les forces du seul pouvoir qui pût réunir ses disciples, et les exciter à une guerre religieuse. Les pontifes de Home, lors même qu'ils manifestaient le plus vïf désir de sauver Constkntinople * prétendaient agir plutôt en maîtres qu'en alliés; leur zèle, ou plutôt leur orgueil intéressé,
exigeait la soumission de l'église grecque, et l'abjuration da principal article de sa croyance particulière. Les Grecs cédèrent avec répugnance et sans sincérité dans le concile de Florence ; mais ils rompirent bientôt le traité d'union. Eugène IV obtint une courte diversion en leur faveur du côté de la Hongrie ; mais , après la malheureuse bataille de Warna,
1444. les Hongrois n'eurent que trop à combattre pour leur propre défense.
Les deux monarchies qui ont successivement établi leur siège dans la ville de Constantin, présentent un grand contraste dans les circonstances qui accompagnèrent leur décadence. On peut en ^Sét prédire aujourd'hui avec une assurance que personne ne trouvera extravagante, la chute prochaine de la puissance ottomane ; mais les symptômes de sa faiblesse interne n'ont point encore été confirmés par le démembrement de ses provinces; et l'arche de sa domination, qui depuis long - temps menace ruine et tremble à chaque vent du nord , repose encore sur les limites des anciennes conquêtes, et embrasse les vastes régions qui s'étendent de Bagdad jusqu'à Belgrade. Les événemens qui précédèrent la dissolution de l'em-
Sa chute. P*re grec durent l»en différéns. Chaque province fut, soumise à son tour; toutes ]çs villes 5 l'une après l'autre, ouvrirent leurs portes au vainqueur; les membres furent arrachés un à un ; mais le cœur battait encore , et la majesté du nom romain se trouva enfin resserrée dans les murs de Constantinople. Avant de diriger contre eux son artillerie)
Mahpmèt II avait achevé le reste de sa conquête, et enlevé à l'empire expirant tout espoir de secours ou de retard. Constantihople devait tomber $ mais la résignation magnanime de son empereur lui réservait-dans sa chute un honneur qu'elle avait rarement mérité dans ses prospérités. Ce jour si longtemps7 différé, mais inévitable, arriva. Le dernier i453. des Césars (je ne dirai point des Paléologues) s'enveloppa de la pourpre impériale , et , digne du nom qu'il repijésentait , mourut en héros. C'est ainsi que le principe intellectuel , affaibli par l'âge ou par les infirmités , ranime , dit-on , toutes ses forces en présence de la mort, et répand au milieu des dernières convulsions le pur éclat d'une raison sans nuages.
Quoique la chute de Constantinpple eût été dif- Alarme de férée au-delà de toute attente raisonnable, cette rEuroPenouvelle produisit l'effet d'une soudaine calamité. L'épouvante , et peut-être le remords , se fit sentir jusqu'au cœur de la chrétienté. Les armées ottomanes pouvaient désormais envahir la Hongrie sans obstacles; et, la Hongrie soumise, il était évident que l'Italie et l'empire d'Allemagne, étaient exposés à une invasion (1). Il fallait une coalitiç^i générale des puissances chrétiennes, pour repousser l'en-
(1) Sure vincitur Hungaria, sive coacta jungitur Turcis, ne- ■ yue Jtalia, neque Germania tuta erit9 neque salis Rhenus Gallos secaros reddet. JEn. Sylv. , p. 678. Cette phrase est tirée l'an discpurs prononcé par iEneas1 Sylviûs dans la diète de Francfort. Ce discours, quoique plein de déclamations comme la plupart' de ses écrits), est intéressant, en ce qu'il fait connaître 'état de l'Europe et l'impression que produisit cette catastrophe, ipondamis, A. D. 1454 > en donne de longs extraits.
nemt commun. Les papes , qui les avaient si souvent armées les unes contre les autres, épuisèrent leurs exhortations spirituelles et politiques pour établir l'accord entre elles. La guerre contre les Turcs fat proclamée i la diète de Francfort en r4^4 5 maifi 0D ne fit rien pour mettre cette menace à exécution. L'empereur Frédéric III n'était nullement à la hauteur des circonstances ; la petitesse de ses vues et son incapacité l'exposèrent an mépris universel ; son avarice et sa duplicité lui valurent la haine, de l' Autriche et de la Hongrie. Sous le Pontificat de Pie II, qui s'était engagé de tout cœur dans aette croisai légitime 9 on fit une tentative qui promettait plo* de succès* On convoqua à Mantoue un congrès des puissances européennes. Presque tous les souverains s'y firent représenter par des ambassadeurs. D J M résolu qu'on lèverait 5e,ooq gpns d'armes, et qn* pendant trois ans on percevrait un impôt do* dixième sur les revenus du clergé , d'un trentième sur ceux des laïques y et d'un vingtième sur les capitaux des juifs (i). Le pape s'engagea à diriger 1 ar mement en personne. Mais, lorsqu'il se présenta l'année «ûvanteà Ancône, lieu du rendez-vous pou*
(i) Spondanos. Charles VII et Philippe de Bourgogne lui-mêmej qui avait témoigné le plus de zèle, et qui, dans une pomp^ cérémonie qui eut lieu à sa cour peu de temps après la P056 Constantinople, avait contracté rengagement solennel d'entreprendre cette croisade, ne furent ni l'un ni l'autre fidèles a e"j promesses. Le roi s'excusa de ne point envoyer de troupe» s» H prétendues craintes d'une invasion des Anglais; et si 1 on ^ dère la position de l'Angleterre en 1459, on trouvera que c'd" se jouer étrangement de la crédulité des hommes.
rembarquement , les princes avaient oublié toutes leurs promesses d'hommes et d'argent : il ne trouva qu'une multitude confuse d'aventuriers manquant de tout , et s'attendant à être nourris et payés aux frais du pape. Ce n'était point une pareille armée qui pouvait chasser Mahomet de Constantinople. Si lés princes chrétiens eussent coopéré sincèrement et avec vigueur à cette entreprise , la lutte aurait encore été difficile , et le succès incertain. Dans les premières k institution croisades, la supériorité des armes, du talent, et januwarw. même de la discipline , avait été constamment du côté de l'Europe. Mais les temps étaient bien changés. Une institution créée par le premier Araurat, et perfectionnée par le second, avait donné aux armée» turques ce qui manquait encore à leurs ennemis, la subordination militaire, et l'expérience du soldat vétéran. Convaincus, à ce qu'il parait, de la supériorité réelle de* Européens dans la guerre , ces sultans choisirent parmi leurs captifs bulgares, servions ou albanais , lçs jeunes gens les plus robustes , les firent élever dans la disciplina militaire , et en formèrent un corps régulier, auquel ils donnèrent le ( nom de janissaires. Quand la captivité personnelle eut cessé par suite de la conquête , ils levèrent, pour le même objet, uue taxe du cinquième des mfans mâles sur leurs sujets chrétiens. L'Europe rit ainsi ses enfans anriés contre elle; et les peuples le l'Occident eurent à lutter contre des troupes chez lesquelles la force physique et l'intrépidité étaient les qualités héréditaires, contre des troupes qui rialisaient de zèle pour servir leur patrie adoptive , m. 19 #
Ottoman*.
( ftpo )
et dont l'enthousiasme était dirigé par les chefs auxquels ils étaient accoutumés à obéir (1). Suapensùm Cependant, quarante ans après la prise de Cond« conquête. stantin0pie ^ 4 Pépoqae de l'expédition de Charles
VIII en Italie , les justes craintes des politiques
(1) Dans la longue déclamation d'jEneas Sylvius à la diète de Francfort en i4^4> on trouve le parallèle suivant de la milice turque avec la milice européenne. C'est un heureux exemple de l'artifice au moyen duquel un habile orateur peut déguiser b vérité, tout en paraissant l'exposer sans détour. Çonferantu* ruine Turcos et vos irwicem; et quid sperandum sit, si cum illis pugnetis, examinemus . Vos nati ad arma , illi tracti. Vos armait , illi înermes; vos gladios versatis, illi tultris utuntur; vos haVLsUu tendais, illi arcus trahunlf vos loricœ thoracesque protegunt , illos culcitna tegit; vos equos regitis, illi ah equis neguntur-, vos no biles in bellum ducitis, illi se/vos aut artifice* cogunt, etc. , etc. , p. 686. Ce moyen oratoire produisit cependant peu d'effet sur les auditeurs, irai se connaissaient mieux ec affaires militaires que le secrétaire de Frédéric III. Pie II , ou iEueas Sylvius, était un intrigant adroit, et un écrivain plein d'imagination. Une longue expérience lui avait donné iine connaissance profond* de la politique européenne > et ses vues sont ordinairement aussi claires que justes. Sans être aussi instruit que quelques papes , il savait beaucoup mieux ce qui se passait de son temps. Mais la vanité de faire briller son éloquence le porta à une singulière extravagance ; il adressa à Mahomet II une trèslongue épître , dans laquelle il lui expliquait les principes de la foi catholique , et l'exhortait à se mire baptiser, promettant que dans ce cas , bien loin de prêcher une croisade contre les Turcs . il se servirait volontiers de leurs armes pour recouvrer les droit 5 de l'Eglise. Quelques-ans de ses argumens sont curieux , et n'aaraient pas manqué , s'ils eussent été rendus publics , de flatter singulièrement Frédéric III , l'ami du pape. Quippè ut arbitramur, si Christ lot lus fuisses, morluo Ladislao Tîngaricê et Bohemijr rege, nemo preeterte sua régna. fuisse t adeptus. Spemssen* Ungari post diuturna bellorum mala sub tuo regimine pacem , et illos Bohemi secuti fuissent ; sed çùm esses nostrCB religionis hûjttis, elegerunt Ungari, etc. £pist. 3o6.
d'Europe avaient ^>u se dissiper insensiblement, A. l'exception de h More*} &n Négrepodt^ et de quelques autres conquêtes de peu d'importance , les Ottomans n'avaient fait aucun progrès réel. Les* Hongrois avaient tenu Mahomet II en échec ; il avait été honteusement repoussé Ae l*île de Rhodes par les chevaliers de Saint- Jean. Le chef d'une petite tribu brava vingt ans, dans les montagnes de l'Epire, la puissance de ce conquérant} et le courage et la persévérance déployés dans une guerre de partisan soutenue avec d'aussi faibles ressources et avec si peu d'espoir de succès , .peuvent justifier l'admiration exagérée dont les contemporains ont honoré Je nom de Scanderbeg. Une ibis seulement la bannière du croissant se déploya sur la côté de Galabrej thaïs Ottante ne resta tfu'un an au pouvoir de Mahomet; À sa toort $ des quet-elles de succèssion firent éclater «me guerre civile entre Ses enfatos. Bajafet Pàltié Importa $ Zizim, «on frète et son rival, èë fgJTugià & Rhodes,' fl'où 9 passa en Fràrice, puis à Rome. Lès cràititësqùMns Jurait ce prince exilé paraissent avoir dicté* uhe politique pacifique au sultan régnant, qui n'avait pas dans le caractère l'éneigie ordinaire des souverains* ottomans.