‹ L'Europe au Moyen Age (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · III. ai · texte numérisé non relu

III. ai

pective y leur système d'usurpation sur les laïques , u se formait secrètement au sein de l'Eglise un nouveau plan, dont l'objet était d'asservir à un monarque ecclésiastique l'Eglise entière , et les gouvernemens temporels du monde. Long -temps avant l'époque la plus reculée à laquelle on puisse fàirremonter l'histoire moderne , et même , à vrai dire > dès les temps presque les plus anciens sur lesquels nous ayons des documens ecclésiastiques, les évoques de Rome paraissent avoir été regardés comme les premiers parmi les régulateurs de l'Eglise. La nature de cette primauté est, comme on peut le croire. ui£ sujet très-controversé.Quelques catholiques modérés conviennent qu'elle ne consistait guère qu'en une préséance attachée au siège de Rome à caus* de sa fondation par le chef des apôtres, et de la dignité de la ville impériale (i). Ce siège obtint, connut attribut de cette primauté, une espèce de surînten-

• (1) Valentinien III , l'un des grands protecteurs de ce siège , L dique, dans une novelle de l'année 455 , ces causes de la primai: de Rome : Càm igitur sedis apostolicœ primatum B. Pétri me . tum, qui est princeps sacerdotalis comme, et romance digni: : civitatis , sacrœ etiam synodi firmavit auctoritas. Ces demi :^ mots font allusion au* sixième canon dn concile de Nîcée, <:.l établit ou reconnaît la suprématie patriarcale des églises -\ Rome , d'Àntioche et d'Alexandrie , dans leurs district» respect De Marca, De Concordanùâ Sacetdotii etlmperiï, 1. i , c Dès une époque beaucoup plus reculée , Irénée et Cyprien ava:>— admis la primauté de Rome. Le premier la reconnaît assez vaç ment, le second d'une manière plus positive ; il parait même a? . considéré cette église comme une espèce de centre de la catt cité, quoiqu'il se soit opposé à toutes ses tentatives pour iltper un dipit de contrôle général. Voyez son traité De ï/nii: Ecçlesiœ.

danco générale. lies évoques de Rome furent autorisés et même obligés à censurer toutes les erreurs ou irrégularités qui venaient à leur connaissance, surtout celles des églises d'Occident, qu'ils avaient fondées pour la plupart , et qui étaient unies , pour ainsi dire, par un lien de filiation avec la capitale de l'empire romain et de la chrétienté (i). Diverses caqpps tendirent 4 empédher l'accroissement de l'autorité des évéques de Rome dans l'Orient , et même à diminuer celle qu'ils y avaient quelquefois exercée; l'établissement d'un patriarche à Antioche , à Alexandrie y et plus tard à Constantinople ,• avec des droits de juridiction très-étendus ; la différence des rites et de la discipline, et, par-dessus tout, l'aversion des Grecs pour les évêques de Rome , aversion qui produisit enfin dans le neuvième siècle un schisme irrémédiable entre les deux églises. Mats dans le sein de l'église latine, chaque siècle voyait croître le pouvoir et la dignité du siège de Rome. D'après la constitution de l'Ëg}ise, telle du moins qu'elle devint dans Le quatrième siècle, où ses divisions furent établies sur le même plan que celles de l'empire , chaque pro* vince avait son métropolitain, et,chaque vicariat son

(î)Dupin, De Jtntiqud Ecolesico Disciplina, p. 3o6 et sequant ; J2istoirc du Droit public ecclésiastique français, p. 149. L'opinion de la suprématie du siège de Home, quoiqu'elle fut sans doute aussi vogue et aussi indéterminée qu'elle continue à l'être parmi lés catholiques qw contestent l^ufasûlibillté du pape , paraît avoir été fort accréditée au quatrième siècle. Fignry en trouve <Jes preuves remarquables dans les écrits de Socrate, de Sozoxoène, d'Ammien Murcelliu et d'Optatus. Misé. Ecclés.t.5, p. «82, Sao, 449-, t. 4 1 P» aa7-

exarque ecclésiastique ou primat. L'évêguede Rome présidait en cette dernière qualité au vicariat de Rome , qui comprenait l'Italie méridionale et les trois principales îles de la Méditerranée. Mais comme aucune des dix provinces qui formaient cette division n'avait de métropolitain , il en résultait que les papes y exerçaient tontea les fonctions métropolitaines , telles que la consécration des évèquea^ la convocation des synodes, la décision souveraine des appels, et plusieurs autres branches d'autorité. Ces provinces sont quelquefois désignées sons le nom de patriarchat de Borne. L'évèqoe de Rome , en effet, PatrUrchat fut toujours compté au nombre des patriarches, et même* considéré généralement comme le premier. Chacun des patriarches était a la tête de tous \es métropolitains de son ressort , mais n'avait point le droit d'exercer les privilèges réservés a ceux-ci par la constitution ecclésiastique. Le patriarchat de Rome proprement dit était comparativement d'une trèspetite étendue ; mais , par la raison que j 'ai indiquée , il offrait, sous le rapport de l'autorité, des avantages qu'on ne trouvait pas dans les autres (1).

On pensera peut-être que je me suis arrêté ici à des faits qui n'intéressent que les personnes livrées aux études ecclésiastiques. Cependant il est fort im-

(i) Dupin , De antiqud .Ecrier, disciplina, p. 3o, etc. ; Giaunoue ; Ist. di Napoli, 1. a, c. 8 ; 1. 3 , c. 6; De Marca , 1. 1 , c. ; et alibi. Ces écrivains ne sont pas d'accord sur l'étendue do pa triarchat de Rome. Quelques-ans suppposeût qu'il comprenait dès l'origine toutes les églises d'Occident , mais en admettant que . dans nn sens plus particulier , il était restreint au vicaxiat de Home.

( 3aô )

portant de Bien saisit cette distinction entre le patriarchat et la primauté de Rome ; <$ar c'est en étendant les limïtes de ce patriarchat , et en appliquant i toutes les églises d'Occidewt les principes d*administratioti suivis dans l'Italie méridionale, que lès papes parvinrent à renverser le système de gouvernement provincial sous l'autorité des métropolitains; c'était le premier bbfet de leu* plan d'usurpation. Us commencèrent cette réforrJfe par «la province «Tlllyrié , qu'ils annexèrent en quelque sorte à leur patriarchat , en n'y permettant la consécration d'aucun évêque sans leur cdhsentement (i). Ce premier empiétement eut lieu avant la fin du quatrième siècle. Leurs progrès postérieurs furent cependant trèMents. C'est vers le milieu du sixiéfne siècle que nous les voyons pour la première fois confirmer les élections des archevêques dé Milan (a)* ' Ils parvinrent aussi par degrés, malgré beaucoup d'opposition et quelques tentatives sans succès 9 à exercer une juridiction d'appel dans les teusës des évèqnes déposés ou censurés parles conciles provinciaux. Ce droit paraît , il est vrai, leur avoir été aecordé jusqu'à un certain point par un concile trèsancien y celui tenu k SafrdiqAe en 3^9 • Les canons de ce concile , si toutefois notts pouvons y ajouter foi,

(i) Dupiri, p, 66 j Fleury, HisU ecctés. t. 5> p. 373. La province ecclésiastique d'Iflyrie comprenait la Macédoine. Syrice, Fauteur de cette mesure , parait avoir été un des premiers exécu* leurs de ce plan d'usurpation. Dans ofte lettre aux évêquto d'Ei pagne ( A. D. 375 ) il exalte beaucoup son autorité. De Marca ,

li I j Ci 8i

<a) Saint-Marc, t. 1 , p. 139, i53.

permettaient au pape d'ordonner la révision dn procès, mais non pas d'annuler la sentence (l)« Valentinien III , à la sollicitation de Léon le-Grand , Pun des pontifes les plus axabitieux, alla beaucoup plus loin : il accorda au saintf-siége une suprématie de juridiction presque absolue (a). Mais les métropolitains n'étaient pas disposés à abandonner leurs prérogatives; et-, au fond, l'autorité dés papes n'avait &it de progrès bien remarquables ni en France , ni peut-être ailleurs qu'en Italie * avant le pontificat de Grégoire I. , ..

Grégoire i. Ce personnage célèbre n'était distingué ni par la 590-604. science, qu'U affectait dé déprécier, ni par ses ou-

(1) Dupin, p. 109; De Marca, l. 6,c. 14. pu a éleyé des doutes sur ces canons , et Dupin ne parait pas attacher beaucoup d'importance à leur autorité. Cependant je ne vois pas que ni lui ni v Fteury ( JRsl. ecclét. t.* 3 , p. 372 ) aient doute de leur authenticité. Sardique était une ville eVIllyrie que le traducteur de Mosheim a confondu avec Sardes..

Les évêques de Rome avaient été souvent consultés dans les premiers siècles sur les cas difficiles de foi et de discipline, même par des conciles provinciaux et nationaux ; mais ce» <mes* tions étaient également soumises à d'autres évêqaes distingués par leur mérite personnel ou par la dignité de leur siège. Les papes tentèrent de réclamer cet oaage comme un droit. Innocent I déclare (A. D. 402) qu'il devait-être consulté) quoties fidei rntio ventilatur; et Gelase ( A. D. 49a) > quantum ad Tûligionem pertinety non nisi apostolicœ sedi, juxta canones, debetur summa judicii totius. Ces maximes renferment le germe du système de BeHarmin. De Marca , 1. 1, c. 10, et 1. 7, c. 12 ; Dupin.

(2) Quelques évêques appartenant à la province d'Hilaire , métropolitain d* Arles, appelèrent de sa sentence à Léon, qui uouseulement reçut leur appel Y mais encore eut la hardiesse de déposer Hilaire. Cette usurpation de pouvoir aurait eu peu d'effet, si elle n'avait pas été soutenue par l'empereur dans fes termes

orages littéraires', que les meilleurs critiques regardent comme au-dessous du médiocre , mais par des qualités bien plus nécessaires à ses desseins, une vaste ambition y un courage intrépide et uue infati-j gable activité» 11 entretenait une ^correspondance suivie avec les empereurs et leurs ininistres, avec les souverains dès royaun^s d'Occident , et avec toute la hiérarchie de l'église catholique , employant, suivant les circonstances, le langage; de la dévotion* de l'arrogance ou deu l'adulation (1). Des prétentions )usque-là contestées ou admises en partie 'seulement, prirent entre ses .mains une forme plus dé* terminée; et le* nations, trop ignorantes pour se

les plus forte. Hoc perenni sanctîone decemimus , ne quid tant episcopis gallicaïiis, quàm aliarum provinciarttm, contra consuetudinem veterem liceat sine anctoritateviri venerabilispapœurbis cBternœ tenter*} sed Mis omnibusqu&pro lege sit, quidquid sanxit vel sanxerit apostolicœ sedis auctoritas. De MarCa , De concordantiâ Sacerdotii et împerii, 1. î, c. 8. Le même empereur ordonna que tout évêque qui refuserait de comparaître au tribunal du pape quand il serait appelé , y serait contraint par le gouverneur de sa province : Ut quisquis episcoporum adjudicium romani episcopi evocatus ventre nèglexerit, per modératorem ejusdem provincial adesse cogatur. Idem, 1. 7> c. ii; Dupin, Z>e AnU DiscipL, p. 29 et 171.

(1) Toutes Je» histoires civiles et ecclésiastiques rapportent les expressions flatteuses dont il se sert en écrivant à Brunehaut et a Phoceft, les plus abominables monstres de ces temps.. Fleury cite une lettre remarquable adressée aux patriarches d'Antioche et d'Alexandrie >. dans laquelle Grégoire dit que le siège 4e saint Pierre est divise. en trois, Home, Antioche et Alexandrie. Cette déclaration était entièrement contraire à son système réel ; mais il ne? dédaignait pas de s'abaisser à un pareil moyen pour obtenir l'alliance de ces patriarches contre celui de Constantinople , son plus redoutable rival» Zf»A ecclés; t. 8, p. 124.

souvenir des anciens usages ou se former tine juste idée des principes , cédèrent auj assertions faites avec confiance par l'autorité qu'elles respectaient le plus. Grégoire insista plus que ses prédécesseurs sur le pouvoir des clefs 9 conâé exclusivement 7 ou au moins principalement, à saint Pierre, pouvoir qu'on avait regardé dans les temps antérieurs et que les catholiques de l'église gallicane regardent encore aujourd'hui comme inhérent an corps entier des évoques, qui sont tous membres d'un épiscopat indivisible. C'est ainsi que les droits du patriarchat, résultant évidemment d'une institution purement ecclésiastique, furent habilement confondus, et pour ainsi dire noyés dans la suprématie plus permanente du siège pontifical. A partir de Grégoire, les papes paraissent en général avoir abandonné cet échafaudage; ils aimèrent mieux1 profiter de la pieuse vénération du peuple, et des occasion,* qu'ils purent trouver d'assurer leur domination en invoquant l'autorité divine (i).

Je ne crois pas qu'on puisse dire que les succes-

(1) Grégoire parait avoir établi la juridiction d'appel ém aiége de Home, qui avait été long-temps contestée. Etienne, évéqttt espagnol , ayant été déposé, porta son appel à Home 4 Grégoire envoya en Espagne un légat muni de pleins pouvoirs pour conhrme*ou poux annuler la sentence. Il dit , dans la lettre qu'il écrivit a> evite occasion t A sedê apostoUcd, qufr omnium ecctesiarum emput est, causa hcëc audietida ac dirimenda fueraL De Marca» I. 7, c. 18. Il enjoignit aux évoques de France d'obéir a Virgilius, évoque d'Arles, qu'il nommait son légat en France, secundàm antiÇuam consuetudinem , afin que , s'il s'élevait quelque conteétatiou dam l'Eglise, il pût la terminer par. son autorité , en sa qualité de viev

seurs de Grégoire aient obtenu d'augmentation de pouvoir bien importante pendant près d'un siècle et demi (i). Aucun d'eux ne déploya une vigueur de caractère et n'eut une réputation égale a la tienne j et on pourrait même croire que l'influence du aainfeiége allait en rétrogradant. Il est vrai néanmoins

gérant du siège apostolique, jéuetoritoth sum vigore, vtcibus nempè aposioliom sedis/Unctus, discrète modération* compté* cat. Qvejoru Opéra 9 t. a» p. 7&I (Mit. fienedic*)! Dupin, p. 34 ; Paaquier, Jieehercnes de Ut France, 1, 3 , c. 9.

(0 Je remarqua que t dans quelques ouvragée modernes , on attache beaucoup d'importance a uue prétendue concession du titra d'Algue universel, faite en 606 à fiouifacv III par l'empereur Hiocaa, et qu'où paruit même faire dater de cette époque la snpleine tic de* papes. Ceux qui se tout imhiis de- cette idée oui pu être iuduits en erreur pur une expression échappée à Moabeira dans sou Histoire ecclésiastique* t, a, p. 169» bien que la teneur générale de ce passego ne vieuue en aucune manière à l'appui de leur opinion, Mais pluaieura raison* puissantes n'apposent à ce que noua considérions ce fut comme très-important , et encore moins comme faisant époque dans l'histoire dea papei. 1 .• Son existence réelle est loin d'être parfaitement étahlie. Las poutifes romains, Grégoire I et Boniface IH , s'étaient vivement opposée h ce que le patriarche de Constantinoplp prit ce titre , non paa qu'il leur appartint, mais parce que, selon eu*, aucun évéquo n'y pouvait légitimement prétendre. La conduit* de l'empereur, qni leur ent confe>é ce mâme titre immédiatement après qu'ils venaient de le désavouer, aurait quelque chose d'esse» ridicule ; et quoique cette objection ne put résister & de* preuves, elle acquiert beaucoup de poids , lorsque nous ue trouvous point lur ce fait de meilleure autorité que Baronius, qui n'est rien moins qu'une autorité. Et celles, Je défaut de témoignage est une objection si décisive contre tout fait allégué comme historique , que, ai nous n'avions pas a dissiper les étranges préventions de juelquea personnes , noua pourrions ne pas aller p^us loin. Fleury nous apprend que Phocas força le patriarche de Constantinople

que les principes qui la maintenaient, quoique rarement appliqués , jetaient des racines plus profondes , et acquéraient de la force par Pusage qu'on en faisait en certaines occasions. Des prélats, mécontens d'une sentence locale, en appelaient quelque foi au pape; mais le jugement d'annulation n'était pas

à renoncer à son titre; mais il ne dit rien de plus, a.» En admettant marne qu'on pût produire les preuves les plus fortes sur l'authenticité de ce fait , il nous serait encore très - facile d'en contester l'importance. La concession de Phocas n'aurait pu axoit aucune force en Lombardie, en France et dans les autres éUt* d'Occident , où cependant la suprématie du pnpe était incomparablement mieux établie qu'en Orient. 3.» Dans l'empire mémo, elle n'aurait pu avoir aucun effet après la mort violente de cet usurpateur, qui arriva peu de temps après. 4»° I^ titre dVmjuo universel n'est pas très-intelligible ;'mais quelle que soit sa signification , les patriarches de Constantinople l'avaient porté auparavant , et continuèrent toujours a le porter par la suite. (Rupin . De Antique Disciplina , p. 3ao,.) 5.o Les papes précédons, IV lage II et Grégoire I, avaient constamment rejeté cette qualité tion , quoiqu'elle eût été donnée par quelques personnes à Leonle-Graud dans le concile de Chalcédoine (Fleury, t. 8, p. 9V; et il ne parait pas qu'elle ait été conservée par lès successeurs >L- Boniface , au moins pendant quelques siècles. Le décret de Giv tien parte même que le pape n'est point appelé uhiversel : JYc etiam romanus pontifeat universalis appellatur (p. 3o3, t\hî. 1591 ) , quoique plusieurs écrivains regardent le neuvième sitVb comme l'époque où fut prise cette qualification {Nouveau Trv:.. de Diplomatique , t. 5, p. 93). 6.° Les papes avaient , sans eo:tiédit , exercé pendant plus de deux siècles avant cette année <v une espèce de suprématie qui venait d'acquérir une grande »»* torité sous Grégoire I. vLe rescrit de Valcntinicn III, de l'.t ■ née 4^5 , cité dans une note précédente ^ serait certainement pL« concluant que lu lettre de Phocas. 7.0 Enfin on ne voit pas q cette suprématie ait fait de progrès plus rapides pendant les on. cinquante années qui suivirent la prétendue concession de c^ empereur.

toujours exécuté} nous en avons un exemple dans l'affaire de l'évêque Wilfrid (1). Les conciles nationaux étaient encore convoqués par les princes, et les canons faits sous leur autorité par les évêqnes qui y assistaient. L'église de Lombardie fut, il est vrai, pendant cette période de cent cinquante ans, dans un état de soumission complète à l'égard du saintsiége ; mais celles de France et d'Angleterre même , quoique la dernière eût- été instituée par Grégoire, conservèrent une certaine indépendance (a) . Le pre- Saîllt Boni. mier changement remarquable sous ce rapport fut *"*• dû à l'influence d'un Anglais, de Winfrid, l'apôtre le la Germanie, mieux connu sous le nom de saint Boniface. Ayant entrepris la conversion de la Tnuringe et d'autres contrées encore païennes! , il sollicita du pape une commission , et fut consacré évoque sans avoir de siège déterminé. Il prêta , à cette occasion , serment d'obéissance , et fut depuis un des plus zélés défenseurs de la chaire apostolique. Les grands succès qu'il obtint dans sa conversion de la Germanie, et sa brillante réputation, le mirent in état d'opérer une révolution importante dans le

(1) Je renvoie , pour l'histoire de Wilfrid, aux historiens an- Jais ; je ne crois pas qu'on en puisse rien conclure de bien positif ni pour ni contre l'indépendance de notre église anglo-saxonne >q ~oo. Ce point , au surplus, ne mérite pas toute l'importance jdTJsher et Stillingfleet paraissent y avoir attachée. La consécration de Théodore par le pape Vitalien, en 668, est un fait , plus décisif; et je ne vois pas ce que peuvent y objecter ces écrivains protestans assez peu judicieux pour attaquer la place par le côte le plus fortifié.

(ii) Schmidt, 1. 1 , p. 386 , 3o4.

gouvernement ecclésiastique. Pelage II avait envoyé, yers Pan 58oj un pallium, ou ornement particulier des métropolitains, à Pévèque d* Arles , vicaire p^r pëtuel du siège de Rome dans la Gaule (1) . Grégoir avait fait le même présent à d'au très métropolitains; mais on n'avait jamais supposé qu'ils fussent obi un de solliciter cette faveur avant de recevoir leur consécration. Cette obligation leur fut imposée dans un concile des évèques de France et M' Allemagne tenu Synode de 4 Francfort, en 74ay P*r Boniface, en qualité dran or . \f,^ ju ^^ JoLchàiie» Il y fut arrêté qu'en signt de leur soumission volontaire an siège de Rome , tous les métropolitains seraient tenus de recevoir le pallium des mains du pape , et d'obéir à ses ordres légitimes (a). Suivant l'interprétation que les papes donnèrent à ce canon , les métropolitains devaien*

(1) Ut ad instar suutn , in ûalliarum parùbus primi sacr dotùlocum obtineat , et quidquid ad gubernatioÀem vel J. peusaùonem ecclesiastici statu* gerendum est, setvatis patr.regulis et sedis apostolicce constituas, faciat. Prcetereà palli~~ iîli concedit , etc. Dupin, f>. "34- Grégoire I maintint Virgile évêque d'Arles « dans oc vicariat, et loi donna le pouvoir de ce. voquer des. conciles. De Marca, 1. 6 , c. 7.

(2) Decrevim'ns , dît Boniface, in nostro synodatîcônt/entu. confessi sumus fi fenv cathoiicam , et uaitatem et subjection. romance ecclesice fine tenus servare , S. Petro et vicario e velle subjici , mètropolitanos pallia ab illâ sede qiutrere t <' per omnia , preecepta S. Pétri canonicè sequL De Marca , I. t c. 7 ; Schmidt , t. 1 , p. 4^4 > 4^ > 44^- Cet écrivain remarque are raisou que. Rome eat de. grandes obligations à saint Botiifoce, q donna l'idée du système d'Isidore. Nous avons de lui une lett ■ adressée au clergé anglais , avec une copie des canon* faits d- j un de ses conciles. Il y parle eà laveur de l'agfaaditatment u

leur faire une promesse d'obéissance avant de recevoir le pallium ; et par la suite Grégoire Vil convertit cette promesse en on serment de fidélité (1). Ce concile de Francfort forme une époque marquante dans l'histoire de la papauté. Plusieurs événemens suhséquens, d'une nature presque entièrement politique, donnèrent bientôt la plus grande extension i cette usurpation. Sujets du trône de ConstantinopLe r . les papes s'étaient contentés jusqu'alors d'adresser des remontrances au magistrat temporel. Le premier exemple où les devoirs civils d'une nation et les droits de la couronne paraissent a? oûr été soumis à la décision du saint-siège , fut la fameuse question adressée à Zacharie relativement i la dé* position de Childéric. U est impossible de voir autre chose dans <ce fait qu'un cas de conscience exposé au chef de la religion et au premier juge de l'Eglise. Certes, les Francs, qui élevèrent sur leurs boucjiers le roi qu'ils avaient choisi, ne s'imaginaient pas

siège apostolique. Mais l'église d'Angleterre n'était pas alors disposée à reconnaître une aussi grande suprématie dans Rome. Collier, Eccles. HisL p. 128.

Dans le huitième concile général, celui de Constantinople, tenu «n 872 , non-seulement on confirma le pape dans cette prérogative d'envoyer le pailium aux métropolitains , mais on accorda le même droit aux autres patriarches, qui avaient autant de penchant à devenir de grands usurpateurs que leur ancien frère , mieux servi par la fortune.

(1) De Marca, ubi suprà; Schmidt, t.- 9, p. n6a. Suivant le dernier, <re serment fut exige de* le neuvième siècle. Il est trèsprobable qu*il ea fut ainsi ; car -Grégoire VII lui-même ne fit qu'exécuter le plan tracé -par Nicolas I et Jean VIH. J'ai depuis trouvé -cette opinion confirmée par Gratiea , p. 3o5.

1er.

♦qu'un prêtre étranger lui eût conféré le droit de I gouverner. Cependant il fut facile par la suite a v. défenseurs de Rome de donner à cet événement un. interprétation très-favorable à ses prétentions sur 1 trônes de la terre (1).

Je ne ferai qu'indiquer les révolutions politique qui signalent cette période , Finvasion de l'Italie pi: Pépin, sa donation de l'exarchat au saint-siége, h conquête de la Loinbardie par Charlemagne , le patriciat de Rome sous ces deux princes, et le rétablissement de l'empire d'Occident sous le dern Ces événemens eurent une tendance naturelle et é\ dente à accroître la suprématie des papes* Mais un circonstance d'une nature toute différente j contribua encore davantage. Vers la fin du huitième sied; parut, sous le nom d'un certain Isidore , personnac inconnu, une collection de canons généralemen Fausses dé- désignés aujourd'hui sous le nom de fausses Décr cretaies. taies (a). Elle était censée contenu* les rescritsc: décrets des anciens évêques de Rome. Ces décréta! * eurent pour effet de diminuer l'autorité des métropolitains sur leurs suffragans, en établissant la jori-

(1) Eginhard dit que Pépin fut fait roi per auctoritatem * mani pontificls, expression équivoque qui peut signifier ordre avis, au gré du lecteur.

(a) L'époque de la publication des fausses Décrétâtes- n'est r bitin déterminée : on ne pense cependant pas en général quV'. aient paru long-temps avant l'an 800. Adrien I publia eu une collection de canons authentiques , qui contient presque t mêmes principes. Un grand nombre de ces canons ont été ce; . par Isidore, et même par Charlemagne dans ses capitulaires. l * Marca, 1. 7, c. 20; Giannone, 1. 5» c. 6 ; Dupin, De jtnti^-

diction d'appel du siège de Rome dans toutes les causes, et en défendant qu'aucun concile national fût tenu sans son consentement. Tout évêque, suivant les décrétâtes d'Isidore, n'était justiciable que du tribunal du pape ; et ainsi fut abrogé un des plus anciens droits du synode provincial. Tout accusé pouvait non-seulement appeler d'une sentence rendue par un juge inférieur, mais faire évoquer une af&tire non encore terminée au tribunal du pontife suprême. Et celui-ci, au lieu d'ordonner la révision des procédures par les premiers juges, pouvait les annuler de sa propre autorité. Ces droits de juridiction-étaient beaucoup plus étendus que ceux attribués par les canons de Sardique ; mais ils étaient conformes à l'usage récemment introduit dans la cour de Rome. Aucun nouveau siège ne devait plus être érigé , aucun évêque transféré d'un siège à un autre, aucune résignation acceptée sans la sanction du pape. Les évèques, à la vérité, devaient eneore être sacrés par le métropolitain , mais au nom du pape. On a soupçonné, avec assez de vraisemblance, que quelque évêque avait fabriqué ces Décrétâtes par

Disciplina, p. i33. Fleury, Histoire ecclés., t. 9, p. 5oo , paraît regarder les Décrétâtes comme antérieures à cette collection d'Adrien; mais il est le seul écrivain dans lequel foie remarqué une semblable opinion. Les Gapitolaires de Louis-le-Débonnaire déclarent positivement que le saint-siège a droit de connaître , par voie d'appel, de la sentence de déposition d'un évêque par le métropolitain ( Baluze, p. 1000) ; et les trois derniers livres de ces Capitulaires sont , suivant la collection d'Ansegisus , apostolicd aucioritate roborata, quia his cudendis maxime opostolica interfuit legatio. P. 1 i3a»

esprit de jalousie ou d'animositéj c'est du moins à de tels seutimens qu'on peut en partie attribuer leur admission générale. Les archevêques étaient extrêmement puissaos, et pouvaient souvent abuser de leur autorité sur les prélats inférieurs. Mais tout le corps de l'aristocratie épiscopale eut plus d'une fois sujet de se repentir de s'être soumis à un système dont les métropolitains ne furent que les premières victimes* C'est sur ces fausses péerétales que fut bâti le grand édifice de la suprématie papale sur les dit rérentes églises nationales \ édifice qui s'est soutenu après que ses foudemens ont croulé sous lui 5 car, depuis deux siècles» personne n'a prétendu contester que cette imposture ne fût tellement grossière , qu'elle n'avait pu réussir que dans les siècles les plus ignorans (1).

Empiétement L'église gallicane opposa pendant quelque temps Uh^ucMe! une résistance courageuse, mais inutile, à ce despotisme naissant. Grégoire IV étant venu en France pour encourager les enfans de LouisJe-Débonnairr dans leur révolte f et ayant menacé d'excommunier les évêques qui restaient attachés à l'empereur, fut

(1) Je n'ai trouvé rien de plus clair ni de plus judicieux sur ces Décrétâtes que ce qu'où lit dans Scamidt , HisUry ofG*rman>, t« a, p. -249* Toute la partie ecclésiastique de cet ouvrage est exécutée d'une tnainçre supérieure. Voyes aussi De Marca, 1. 5. c. 4; 1* 7 y c. oo. Ce dernier écrivain, dont j'ai tiré beaucoup de reurcignemens, n'est rien moins qu'un ardent adversaire des prétentions ultramontaines ; il voulait plaire a -la-fois en France et à Rome , devenir archevêque et cardinal : il ne réalisa pas c*ttt dernière espérance. Il était impossible a cette époque (iCVk>y de satisfaire la cour du pape sans «aerifîer entièrement PtgJist gallicane et la couronne.

repoussé avec indignation par ces prélais* S'il vient ici pour excommunier, dirent ils, il s'en retournera excommunié lui-même (i). Dans le règne suivant, celoi.de Charles-le-Chauve, Hincmar, archevêque de Reims, le plus grand hotame d'état de cette époque , se montra l'un des plus ardens défenseurs de l'indépendance ecclésiastique. Les appels au pape de la part même des simples clercs étaient devenus communs, et les conciles provinciaux, qui jusquelà avaient été le tribunal et la législature suprêmes en matière ecclésiastique, perdaient rapidement leur autorité: Le système de gouvernement qui avait été suivi . dans l'Eglise depuis le troisième ou le quatrième siècle était presque entièrement changé; un. évêque rebelle ne manquait jamais d'invoquer la suprême cour d'appel , et il y trouvait on général un juge plus favorable» Hincmar, aussi ambitieux et presque autai célèbre qu'aucun des pontifes, sortit quelquefois victorieux de ses luttes avec Rome (2). Mais le temps est fatal à l'unanimité des coalitions; les évêques de France cédèrent aux préjugés de la superstition, à l'influence de la corruption et à la jalousie. Ils étaient surtout convaincus que les laïques

( » ) De Bftanca , 1. 4 , c. 1 1 ; Velly, etc.

(9) De Marca,l. 4, c. 68, etc.; 1.6, c. 14* 28; I. 7, coi} Dupin, p. i33> etc. \ Hi$t. du Vndt ecclés. français, p. i83 » 2:24.; Velly , etc. Hincmar ne fut cependant pas constant dans ta conduite : ayant obtenu le siège de Reims d'uue manière asset équivoque, il eut k recoure à Rome pour obtenir sa confirmation , et porta également atteinte , sou» d'autres rapports, aux droits de l'église galticane. Pasquier, Recherches de la France, 1. 3, c. la.

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