‹ L'Europe au Moyen Age (volume 2)Chapitre 17 sur 24 · III · texte numérisé non relu

III

l'Eglise pendant quinte ans de son règne. Mata, comme Henri Y était mieux soutenu par ses vassaux de Germanie que ne Pavait été son père , aucun des papes contre lesquels il lu tt^ n'eut la hardiesse de renouveler les mesures de Grégoire VU. Tennînfe On finit par se lasser, des deux côtés , dç cette que- SltdeCaUxte* relie ruineuse; l'empereur et Calixte II consentiii22« rent à un traité qui mit fin à la question des. investitures ecclésiastiques. Par cet acte, Pempereur renonça pour toujours à investir, sous aucun prétexte, les évêques par Panneau et la crosse , et reconnut la liberté des élections. Mais, en retour, il fut convenu qu'il pourrait y assister en personne ou par ses officiers; et que chaque nouvel évèque recevrait son temporel de Pempereur par le sceptre (i). Les deux parties, dans le concordat de Worms, x se relâchèrent tellement de leurs prétentions, qu'on pourrait hésiter à décider laquelle doit être regardée comme victorieuse. D'un côté, en rendant la liberté des élections épiscopales, les empereurs perdirent une prérogative très-importante , et presque nécessaire pour maintenir leur autorité sur une partie de leurs sujets qui n'est pas la mains turbulente. Dt plus, la formalité de l'investiture par Panneau et la crosse, quoique assez futile en apparence, avait '. réellement o£Çejrt une garantie indirecte contre l'élection de personnes dangereuses. Caries empereur?, en retenant entre leurs mains cette partie nécessaire

(i) Saint-Marc, t. 4, p. 1093 ; Schmidt, t. 3, p. 178. Le dernier rapporte les termes de l'acte en latin.

des insignes pontificaux jusqu'au moment où ils conféraient l'investiture , empêchaient une consécration précipitée du nouvel évêque, après laquelle il* ne pouvaient décemment retenir le temporel, vu que la vacance était alors légalement remplie. Mais aussi , d*tm autrfe côté, ils conservaient, par le concordat, leur souveraineté féodale sur les biens de l'Eglise ; souveraineté<ontratre au langage tenu naguère par ses chefs. Grégoire VII avait positivement déclaré dim&'te concile deLatran, en 1080, qu'un évêque ou abbé recevant l'investiture d'un laïque ne serait plus regardé comme prélat (1). Tousses successeurs avaient maintenu la même doctrine , sans que leurs censures fussent restreintes en aucune manière à la formalité dé la crosse et de l'anneau. Calixtè II lui-même avait été bien plus loin ; il avait défendu expressément de contraindre les ecclésiastiques à rendre y en raison de tours bénéfices, aucun service aux laïques (a). Il est évident qu'un affranchissement aussi général des- obligations féodales en faveur d'un ordre qui possédait près dé la moitié des terrés en Europe , sapait parleur base ces institutions qui étaient alors les principaux appuis de l'édifice social. Cette complète indépendance avait été le but des disciples

(1) Saint-Marc, t. 4, p. 774. Un évoque de Plaisante déclare qt» ies prélats déshonoraient leur ordre jen mettant leurs mains qui avaient tenu le corps et le sang du Christ entre celles des profanes laïques , p. o,56. D'autres emploient les mêmes expressions en foU sant allusion a Ja formalité de l'homnutge féodal, qui, suivant le* principes de cet âge, doit avoir été aussi contestée que celle de l'investiture.

(a) Xd. p. 1061 , 1067.

de Grégoire , et en laissant subsister les investitures laïques sous une forme quelconque , Calixte peut paraître , sous ce point de vue, avoir abandonné le principal objet de la dispute* Mais de même qu'il est des batailles où le succès immédiat parait avoir été également balancé, jusqu'à ce que les faits postérieurs nous apprennent qu'une des armées a obtenu les avantages réels de la victoire, ainsi les événemens qui suivirent la décision de cette grande controverse sur les investitures prouvent évidemment que le siège de Rome avait triomphé.

Les empereurs ne furent pas les seuls souverains qui s'attirèrent l'inimitié de Rome par l'usage des investitures ; ils soutinrent seulement le principal choc. Il s'éleva une semblable querelle entre Paschal II et Henri I d'Angleterre ; comme les circonstances n'en ont rien d'extraordinaire , je me contente de renvoyer à nos historiens. U est remarquable qu'elle finit par un traité semblable à celui de Worms. Le roi renonça à tojije espèce d'investitures , et le pape consentit à ce que l'évêque fit hommage pour son temporel. C'était précisément la coutume de France, où, dit- on, l'investiture par l'anneau et la crosse ne prévalut point (1) ; et cet hommage remplissait le grand objet des souverains en maintenant la dépendance féodale des biens ecclésiastiques. Les rois de Castille furent plus heureux que les autres, en cédant prudemment à l'orgueil de Rome , ils obtinrent ce qui était essentiel à leur autorité 5 et j en vertu de la

(1) Histoire du Droit public écoles, français, $. 261. Je n'ai pas une entière confiance dans cette autorité.

tttl.

concession d'Urbain II f ils ont toujours possédé le priyil^go exclusif de nommer aux évèehés do leur» étuta (1). C'est une preuve ancienne de l'indifférence «les papes par rapport & l'indépendance réelle dei églises nationale», prouve qui devait recevoir de nombreuse! confirmations dans les siècles suivans*

Puisque les empereurs avaient renoncé à leurs intr^iuetifm prétentions d'intervenir dans les élections épisco- JÎ^J 1^$ psles, le mode primitif de recueillir les suffrages du clergé et des laïques, ou au moins du clergé avec l'assentiment et la ratification des laïque*, aurait (IA naturellement (itru remis en vigueur. Mais, dans le douzième siècle, ni le peuple, ni mémo le corps général du clergé dioeésain , ne fut jugé «ligue d'exercer cette fonction. Les chapitres des églises cathédrales s'en emparèrent bientôt exclusivement (a). L'origine de ces chapitres remonte k une époque très-reculée. Dans les premiers âges de l'Kglisft) nous trouvons un collège» d'anciens composé de prêtres et de diacres, et formant auprès de l'évoque un conseil d'administration , ou même une espèce de parlement. Les divisions paroissiales , et l'établissement de ministres attachés à chacune

(0 Prfe Psolo, limité ifor Ménèfiots , e, «4; lurittt, , ««tet iiê Vrajjwt , t. 4 > p» Sofl» Fltury dit quo ta rolti d*K«pAgne nom ■ wnil mis <W4chàt pu vertu tiHuilult* pinticulisr* t\m I0 pnpt* «croitlâ ponr ta vin tta chaque prittrtn In*ttt> au Drult eetwMt* , !• t « p. 106.

(■0 Frn Psulo , Trattè de* ftto^/frft, <?, v*4 , dît qu'onli* lf« sn« m^m u*« «t n|5, mi iwoutmf prtwpie pnrlimt, comme rtylo dluMi*, tjn« Ira «Wéfptett tleviuVut dhv «Mua j»«r 1m rhN|iUrtt«. (V l'cudnut Schmùlt cita «|ut>l(jut(i cAt<inplvti ttrtna lcsqm>l« m* Iruavo

d'elles , n'eurent lieu que plus tard. Mais les chanoines, on le clergé des cathédrales, acquirent par la suite un caractère plus distinct* Us furent soumis par degrés à certaines observances rigoureuses peu différentes de celles imposées aux ordres monastiques. Us vivaient à une table commune; ils couchaient dans un dortoir commun; ils étaient assujettis) pour leur habillement et leur régime de vise , à des réglemens particuliers. Mais ils étaieut distingués des moines par le droit de posséder des propriétés individuelles; droit qui fut parla suite étendu a la jouissance de prébendes ou bénéfices conférés à chacun d'eux. Ces règles sévères , dues en grande partie à Louis-le-Dcbonnaire , tombèrent en désuétude avec le relâchement de la disci pline , et ne furent jamais rétablies d'une manière efficace» Cependant les chapitres devinrent extrêmement riches; et conime ils monopolisaient le privilège d'élire les évêques, ce devint un objet d'ambition pour les familles nobles d'obtenir des canonicats pour leurs enfans cadets > comme la roatc l\ plus sûre pour arriver aux honneurs ecclésiastique»

exprime Je consentement de la noblesse et des laïques , quoique a ne, fut peut-être qu'une pave matière de forme, lafcocent HT pani: avoir été le premier qui déclara que quiconque avait la anajont* du chapitre en sa faveur serait regardé comme dément élu; rf cette déclaration fut confirmée par Oahou IV dans le traité q-' Ht à son avènement. Hist. des Allemands , t. 4» p» >?5. Fle»n pouse que les chapitres n'étaient pas en possession, exclusive «'•• droit d'élection avant la Gn du douzième siècle» ht second coocil* de Latran de 1 i3o, réprime leurs entreprises k cet égard. Institut au Droit ecclés* t. 1 , p. 1000»

et à l'opulence. Aussi , pat une pratique contraire à la politique générale de l'Eglise , les personnes de basse naissance furent*elles rigoureusement exclues de ces bénéfices (i).

Le but de Grégoire VII , en essayant de réprimer conduit* g*. les abus les plus révoltons qui , pendant plus de |^ Vn?**" deux siècles, avaient déshonoré l'église latine, est peut-être susceptible de justification , quoiqu'il ne soit guère possible d'excuser les moyens qu'il employa* Mais cet amour désintéressé d'une réforma- \ tion? ce sentiment auquel on pourrait, par esprit de bienveillance, attribuer la querelle des investitures , est démenti par le caractère général de sa conduite. On y voit dominer une arrogance sans pareille et une ambition monstrueuse qui n*aspirait à rien moins qu*à une monarchie universelle et illimitée. On peut dire que Grégoire était l'ennemi commun de tous les souverains 5 leur dignité et leur indépendance blessaient son orgueil délirant. Aussi nous le voyons menacer Philippe I de France , non* •. seulement d'un Interdit, tnais d'une sentence de déposition, parce que ce prince avait laissé . piller quelques marchands ou pèlerins italiens (a)- Bient6t après il affirme, comme un fait historique bien con» nu, que lé royaume d'Espagne a jadis appartenu,

(1) Schmidt, t. a, p. aa4» 4?3 * t. 3, p. àôi ; Encyclopédie m art. Chanoines Fra Paolo, c. 16) Flenry , huitième Discours > sur V Histoire écriés.

(a) Saint-Marc, t. 3, p. 628', Fleury, MLtt. certes*, t. i3, p. 081,284.

de droit spécial, à saint Pierre ; et , en vertu de ce droit imprescriptible , il donne à un certain comte de Rouci toutes les terres qu'il recouvrera sur les Maures , pour être tenues en fief du saint-siége , moyennant une rente déterminée (1). Il met encore en avant une prétention semblable à l'égard du royaume de Hongrie , et reproche amèrement à Salomon, qui en était souverain, d'avoir fait hommage à l'empereur, tandis qu'il était dû à saint Pierre, comme son seigneur légitime (a). Il était convenable de traiter cet apôtre comme un grand suzerain féodal 3 et les principes légaux de cet âge

(1) Le langage qu'il emploie mérite d'être cité comme échantillon de son style : Non latere vos credimus, regnum Nispaniœ ab antiquo juris sancd Pétri fuisse , et adhuc licèt dià à paganis sit occupa tum , lege tamen justitiœ non evacuatâ , nulli moftalium , sed soli apostolicœ sedi ex oequo pertinere. Quod cnim auctor? Deo sçmel in proprie ta tes ecclesiarum juste pervenerit y manente eo , ab usu quidem , sed ab earum jure , occasione transeuntis tempo ris, sine légitima conc es s io ne divelli non poterit. Jtaque cornes JEvalus de Roceio, cujus famam apuâ vos haud obscuranx esse putamus 3 terrant illarn0 ad honorem sancd Pétri ingredi , et à paganorum manibus eripere eu pie m, Jianc concessiohem ab apostôlicâ sede obtinuit , ut partent illam undè pagaibos suo studio etadjuncto sibi aliorum auxilio eacpeb 1ère possitj sub condiùone inter nés factee pactionis eqc parte sancti Pétri possideret. Labbé, Concilia y t. io, p. 10. Le Corns diplomatique de Dumont contient trois traités par lesquels un -* jc de Dalmatie ( t. 1 , p. 53 ) , un comte de Provence ( p. 5f , et un comte de Barcelone (ibid.), se mettent sous la supériorité- féodale et la protection de Grégoire VII. Le motif de cette conduite est assez clair.

(2) Saint-Marc, t. 3, p. 624, 674; Schmidt, p. 73.

ùrent habilement employés à river plus fortement es fera de la superstition (1).

Tandis que les souverains temporels opposaient me résistance si faible à un système d'usurpation sontraire à tous les principes de la société an teneurs et reconnus , on ne doit pas s'attendre que es églises nationales aient persévéré à résister à des détentions que les circonstances favorisaient demis plusieurs siècles. Grégoire VII acheva la destruction de leurs libertés. Les principes contenus |ans les décrétâtes d'Isidore , tout contraires qu'ils ttaient à l'indépendance ecclésiastique , furent restés comme insuffisans pour établir la monarchie absolue de Rome. Une constitution d'Alexandre II, endant le pontificat duquel Hildebrand était reardé comme le pape réel, défendit à aucun évêque e l'église catholique d'exercer ses fonctions avant 'avoir reçu la confirmation du saint -siège (2) ; ispositioTi d'une bien haute importance , en vertu s laquelle , plus que par aucun autre moyen peutje, Rome a maintenu et maintient encore son \fluence temporelle et sa suprématie ecclésiastique. Les églises nationales , depuis long-temps prises de leurs libertés par des empiéteméns graduels, > trouvèrent soumises à un despotisme irrésistible ' tt,qui s .pontrait à découvert. La politique des ,ipes ne consista plus. à protéger les évoques contre ^s métropolitains ; protection qui , au «neuvième

(1) Schmidt a bien développé le caractère et la politique de régoire VII, t. 3, p. 307, etc.

(2) Saint-Marc , pi 4<>o.

siècle ^ avait servi de prétexte à leurs prédécesseurs pour détruire l'autorité de ces derniers , mais à fatiguer tous les prélats de citations pour comparaître à Rouie (i). Grégoire obligea les métropolitain de s'y rendre en personne pour recevoir le pllium (2). On appela jusqu'à des évêques d'Angleterre et du Nord) pour recevoir les ordres dn monarque spirituel. Guillaume ayant fait quelque difficulté pour permettre aux prélats de son royaume d'obéir a ces citations , Grégoire , qui fat en général en assez bonne intelligence avec ce prince, et qui le traita même avec une déférence dans laquelle on reconnaît le pouvoir d'un caractère ferme pour réprimer l'exaltation d'un orgueil excessif (3), se plaint de ce refus comme d'une persécution inouïe que h saint- siège n'a pas eu à souffrir de la part des roi< même païens (4)* La grande querelle de l'archevêque Anselme avec ses deux souverains 1 Guillaume le Roux et Henri IT eut pour cause première un semblable refus de permettre son départ pour Rome« Autorité d« Ce fut par leurs légats f à4a-foi* ambassadeurs H légats du Pa- ijeuteaang <}a *aint«siége , que les papes maintinrent le contrôle perpétuel qu'ils exerçaient sur les affaires ecclésiastiques,, et, jusqu'à un certain point, sur les affaires temporelles* Avant la dernière partie du dixième siècle r ils n'en avaient envoyé que trt*

(1) Schnudt, t. 3, p. 80, 3a a.

(a) ta. t. 4, p. 170.

(3ï Saint-Marc , p. 6a8 , 781 ; Schmidt 1 1. 3 f p. 82. (4) Saint-Marc, t. 4, p. 768 \ Collier , p. 35a.

rarement et pour des causes spéciales. C'était en général à an des principaux métropolitains de la nation auprès de laquelle elle devait être exercée qu'était confiée la mission de légat ou de vicaire du saintsiége s ainsi l'archevêque de Cantèrbeiy était légat perpétuel en Angleterre. Mais les commissaires spéciaux , ou légats à latere , qui suspendaient les vicaire* ordinaires du pape , s'arrogeaient une autorité illimitée su* les églises nationales : ils tenaient des conciles, promulguaient des canons, déposaient les évêques, et lançaient des interdits à leur gré. Ils vivaient splendidement aux frais des évèques de la province. Cette institution était d'autant plus odieuse au clergé, que de simples diacres étaient souvent revêtus Ée cette dignité , qui les élevait au-dessus des primats. A. mesure que les souverains de France et d'Angleterre acquirent plus de confiance dans leurs forces , ils restreignirent considérablement cette prérogative du saint-siége , et s'opposèrent à ce qu'aucun légat entrât dans leurs états sans leur consentement (i).

A partir du régne de Grégoire VII , ancun des pontifes ne crut devoir, comme datas les premiers temps, attendre la confirmation de l'empereur pour se faire introniser. Us prétendirent, an contraire, que l'empereur lui-même devait être confirmé par le pape. Il est vrai que cette prétention avait été mise en avant par Jean VIII , deux cents ans avant Gré-

(i)DeMArca, 1. 6, c.*6, 3o, 3i;Schmidt, t. a, p. 4ç8>t. 3, p. 3 la, 3aoj JBist. du Droit public ccelé*. français, p. afa; Fieury , 4.» Discourt sur F Mis t. edlês. , c, to.

goire (1). C'était néanmoins une doctrine peu propre & être généralement admise ; mais les papes surent profiter de toutes les occasions que leur offraient J<: politique incertaine, la négligence ou la bigoterie des souverains. Lothaire étant venu recevoir la couronne impériale à Rome, cet événement fut retracé dans un tableau au bas duquel on inscrivit deux vers latins où l'empereur était représenté comme faisant hommage au pape (a). Lorsque Frédéric Barberousse vint pour la même cérémonie, il ne Adrien rv. voulut pas tenir Pétrier au pape Adrien IV, qui, de son côté, refusa de lui donner, suivant l'usage, le baiser de paix; et, pour terminer ce débat, l'empereur fut obligé de céder et de suivre l'exemple de ses prédécesseurs. Le même Ad#en , se plaignant à Frédéric de quelque offense, rappelait qu'il lui avait conféré la couronne impériale , et déclarait en

(i) Voyez suprà. U parait évident que le plan de souveraineté temporelle ne fut suspendu que par les désordres du siège de * Rome dans le dixième siècle. Pierre Damien , écrivain célèbre

du temps de Hildebrand , et son ami , met ces paroles dans la bouche de Jésus-Christ, qui les adresse au pape Victor II: Ego claves totius unwersaUs eccUsiçe meœ mis manibus tradidi, et super eam te mihi vicarium posui, quant proprii sanguittis effusione redemi. JEtsipauca suntista, etùun monarchias addidi: immày subiato rege demedio, totius romani imperii vacantis tibi jum permisL Schmidt , t. 3 , p. 78.

(a) Rex venit ante fores , jurons prias urbis honores : i Post Homo fit papœ, sum.it quo dante coronam.

MuHAToai, AnnaU, A. D. 1157.

U y avait cependant un prétexte pour ces vers. Lothaire avait reçu eu fief, du pape , les biens de Mathilde, sous condition de réversion en faveur de son gendre Henri-le-Superbe.

même temps qu'il était disposé à lui accorder de > v plus grands bienfaits encore, s'il était possible* Mais l'expression employée {majora bénéficia) suggérait * l'idée de fief, et le ton de hauteur qui dominait dans la lettre d'Adrien confirmait cette interprétation. Aussi la letture qui en fut faite' au milieu d'une assemblée des princes allemands excita leur indignation. Eh ! de qui donc, dit alors un des légats, l'empereur tienUil sa couronne, si ce ri* est du papet Cette imprudente hardiesse irrita tellement un prince de Wittelsbach, qu'on eut beaucoup de peine à l'empêcher de fendre la tète du prélat d'un coup de sabre (i). Adrien IV est le seul Anglais •

qui ait occupé le siège pontifical. On pourrait , jusqu'à un certain point , regarder comme une faveur qu'il voulait accorder à son souverain naturel la , donation qu'il fit à Henri II du royaume d'Irlande. Cependant la déclaration qu'elle contient, que toutes les îles sont la propriété exclusive de saint Pierre, devait assez mal sonner aux oreilles d'un monarque insulaire.

Je n'entrerai ici dans aucun des détails relatifs innocentm. à la protection accordée à Becket par Alexandre III, 1 1 94ils doivent être familiers à tous les lecteurs an- 1216. glais; je ne m'arrêterai pas non plus à la canonisation dont ce prélat fut bientôt honoré ; c'est une récompense que l'Eglise a toujours réservée à ses amis les plus dévoués , et qu'on peut comparer aux titres de noblesse que confèrent les souverains tem-

(1) Muratori , ubisuprà; Schmidt, t. 3, p. 391.

points (1). Mais le pontificat d'Innocent III fat . dans les annales des papes 9 l'époque où l'esprit * d'usurpation fut déployé dans toute sa vigueur- Lei efforts de Rome avaient pour but trois objets principaux» une souveraineté indépendante , la suprématie de l'église chrétienne, et la soumission de* princes de la terre : c'est & ce pontife qu'il fnt donné d'y parvenir. Il réalisa, comme nous. l'avons vu dans un autre chapitre, ce vain espoir de la plupart de ses prédécesseurs , la domination du saint-siége sur Rome et sur les parties centrales de l'Italie. Sous son pontificat, Constantinople fut prise par le>

9 Latins; et quoiqu'il put paraître regretter cette di-

version des croisés qui empêcha de recouvrer h Terre-Sainte, il dut en effet se réjouie de l'obéissance du nouveau patriarche et de la réunion de l'église grecque. Jamais , peut-être , avant on depuis cette époque , le grand schisme de l'Orient ne fut à près d'être étouffe : les rois même de Bulgarie et d'Arménie reconnurent la suprématie d'Innocent III , et souffrirent son intervention dans les affaires ecclésiastiques de leurs états.

Set piéten. Les maximes de Grégoire VII avaient déjà mûri

dtari,^!""' pendant pins d'un siècle , et le droit de courber sons le joug les têtes des rois était regardé, du moins

(1) Le premier exemple d'une canonisation solennelle par in pape est celle de saint Udalric par Jean XVI, en oo3. Cependici les métropolitains continuèrent à jouir du droit de conférer celt<* espèce d'apothéose jusqu'au pontificat d'Alexandre m, qui en h: une des prérogatives exclusives du saint-siége. Art de vérifier U: Dates, t. i , p. 374 et 290.

parmi lesigens d'église, comme un attribut de la papauté* D* même que le soleil et la lutte sont placés dans le Jîrmament (tel e*t le langage d'Innocent )9 le plus grand, comme le flambeau du jour) l'autre, comme l'astre pâtissant des nuits; de menue aussi il y a deux pouvoirs dans l'Eglise; le pouvoir pontifical, qui est le plus grand, parce qu'il est chargé du soin des âmes; et le pouvoir royal, qui est le moindre r et auquel sont confiés seulement les corps des hommes (1). Dans l'enthousiasme de ces conceptions ( si une telle expression peut s'appliquer à l'ambition heureuse} , il •'imagina qu'aucune querelle des princes n'était hors de la sphère dti sa juridiction. Quoique je ne puisse juger les droits relatifs à unjief, dit Innocent aux vois de France et d'Angleterre, il n'en est pas moins 'dans mes attributions déjuger tous les péchés, comme il est de mon devoir de prévenir tous Us scandales publics. Philippe- Auguste , qui avait *]ora U dessous daaa sa guerre avec Richard, voulut bien admettre ce sophisme. Le roi d'Angleterre se montra plus difficile , jusqu'au moment où le légat du pape commença à le menacer des rigueurs de l'Eglise (a) .Mais Richard, ainsi que son adversaire, consentit à obtenir des avantages temporaires par

(0 Vila Tnnocentii tertii, dan» Mura to ri, Scriptorçi remm ïtal.y t. 3, part. î , p. 488. Cette vie est écrite par un cotttwporain. Saint-Marc, t. 5, p» 3a5« Schmidt, t. 4» P* 227»

(a) Phitippus rex Franciœ in manu efus datdfidepromisitse ad mandatum ipstus pacem vel treugas cum rege Jtngîiœ ini~ turum,Riohardtu autem, rex Angliœ, j* difflcilem ottendebat.

une soumission impolitique au saint «siège. Le r de Navarre était en possession de quelques château* appartenant à Richard. Nous avons une lettre d'In* nocent qui lui enjoint de les restituer sous peint d'encourir les censures spirituelles (1). Il paraît au* si que le monarque anglais conserva Pespoir de re couvrer, par l'intervention du pape, la rançon qu'il avait payée à l'empereur et au duc d'Autriche (2) En sacrifiant ainsi aveuglément les plus grands intérêts aux moindres, et le futur au présent, les souverains de l'Europe donnaient à leur astucieux ennemi des armes dont il savait profiter.

Je ne crois pas qu'avant Innocent III, aucun pape se fût ainsi déclaré l'arbitre général des différends et le conservateur de la paix dans toute la chrétienté ; mais le système était déjà formé, et l'esprit public , en quelque sorte , préparé à l'admettre. Gerohus, qui écrivait au commencement du douzième siècle, publia une théorie de pacification perpétuelle aussi praticable que la plupart de celles qui ont été proposées depuis. Toutes les querelles qui s'élevaient

Sed càm idem legatus ei cspit aioorbk ecclisiastigum iittehtare , sdniori ductus consiUo acquievit. VUa Innocenta tertîi . t. 3, pars. I, p. 5o3.

(t) Innocenta Operaf; Coloniœ , 1574); p. 124.

(9) Id. p. 134» Innocent écrivit en effet quelques lettres a ce sujet , mais sans aucun succès : U est même probable qu'il n'> attachait pas beaucoup d'intérêt. P. 139 et 141. Il n'était pas même intervenu pour obtenir la liberté de Richard, quoique Eléonore lui eût écrit une lettre dans laquelle elle lui disait : Dieu ne vous a-til pas donné le pouvoir de gouverner les na tions et les rois? Velly, Hist. de France, t. 3, p. 38a.

entre le* princes devaient être soumises au pape* Si l'un dés adversaires refusait d'obéir à la sentence du pontife , il devait être excommunié et déposé. Tant souverain chrétien devait attaquer le délinquant rebelle, sons peine d'encourir le même châtiment (i). Un projet de cette nature avait non-seulement un éclat très-flatteur pour l'ambition de l'Eglise, mais il était encore bien propre à en imposer aux ç*prits simples, fatigués de la cupidité et de l'qppression des princes. L'autorité seule de la religion paraissait capable de réprimer les abus de la société. On avait déjà vu les effets salutaires de «cm influence dans la Trêve de Dieu , qui fut k premier coup porté à l'usage des guerres privées, et plus récemment dans la protection accordée «uk croisés contre tonte attaque ou poursuite dirigée contre eux pendant la durée de leur engagement. Mais les argument Aires des excès de la liberté en faveur du gou veraementaarbitraire, etdes calamités des guerre* nationale* en faveur d'une monarchie universelle , reposent tacitement *&T cette hypothèse : que l'on rencontrera une sagesse et une vertu parfaite f on du moins supérieure, dans le pouvoir roërcitif. JU'exr périenoe de l'Europe n'était pas de nature k hirç concevoir de si telles, espérances du saint-fiége»

H y eut certainement quelques circonstances dans lesquelles Innocent III peut paraître avoir fait un bon usage de sa suprématie temporelle, tout usurpée qu'elle était. Il ordonne à un de ses légats

(1) Schmidt, t. 4) P« s.'te.

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