III
bien digrie de remarque qu'une institutaott qui enlevait toute garantie aux citoyens, et qui était l'objet 4e. là haine universelle, fut pourtant toasnfehue jyut te sentiment de sa nécessité* Le conseil deddix, rftaewfelé chaqne année, pouvait chaque année être anéanti» Le grand < Conseil n'avait qu'à refuser set ajtffingcsanx nouveaux candidats j et la tyrannie expiait d'elle même. On essaya plusieurs fois de le faire (je phAe ici de temps plus modernes); mais les nobles y malgré ledr haine pont le conseil de» dix , ne persistèrent jamais fermement dans le refus de le renouveler* U était en effet devenu essentiel à Venise. Tels étaient les vicet'de sa constitution , qvfeïta tPê* tait pas en état de supporte* lé reinéde. Si le fccmsèil des.dix eût été aboli fà quelque époque postérieure «u quinzième siècle, si- l'absence de ce despotisme jalouat eût laissé un libre Coûts & la corruption d'une aristocratie pauvreetaVihe, a là licence d'un peuple indigne de la liberté , la république aurait bientôt perdu ses possessions de terre ferme, et peut-être son indépendance. S'il est vrai, comme on lé ràpp&rte, que , dari9 le dernier siècle de son existence , ce formidable tribunal se soit relâché de son ancienne vigilance d'une manière sensible j si , par mollesse ou par suite de la décadence de l'esprit national , le gouvernement de Venise était en effet devenu ni oins tyrannique, notre conjecture aura été confirmée par l'expérience. L'expérience a réceminent fait voir qu'une calamité plus funeste que la tyrannie domestique pouvait frapper la reine de l'Adriatique» Dans la place de Saint-Marc , au milieu des monu-
mena dfane grandeur qui n'est pins, le voyageur remarquera avec uo sentiment de peine qu'une insolente soldatesque allemande a remplacé )us* qu'aux sénateur» de Venise. Son antique liberté , sa carrière de gloire , cette carrière [brillante et romanesque qu'elle a parcourue dans des contrées si chères à l'imagination , sa magnanime défense dajfrs la guerre de Chioxsa, quelques grands noms épars ci et là, se retraceront i l'esprit du spectateur, et se confondront avec son indignation contre la perfidie qui a dépouillé cette noble cité de son indépendance* Mais 9 s'il a médité sur les véritables attributs de la sagesse en matière «de gouvernement, il craindra de prostituer ce mot en l'appliquant à une constitution formée sans égard à la propriété ni i la population > & une constitution' qui partageait te pouvoir souverain entre un corps de nobles ruinés et un conseil despotique, i on gouvernement qui faisait du vice l'allié de la tyrannie, et cherchait dans la dissolu* tion des mœurs l'impunité de ses assassinats. Peut» être aussi la sagesse si souvent attribuée au sépot dans ses relations extérieures a-t-elle été grande» ment exagérée. La hajancc politique établie en Europe, et surtout en. Italie, a maintenu pendant les deux défraiera siècles des états naturellement faibles, sans qu'ils eussent à faire aucun effort par eux-mêmes. Dans la dernière crise de la liberté vénitienne, du moins, ce pompeux chef-d'œuvre de science politique fut exposé au mépris des nations » trop aveugle pour conjurer l'orage, trop lâche pour le braver, le plus ancien gouvernement de l'Europe
ne fit pas un instant de résistance : les paysans d'Underwald moururent sur leurs montagnes ; les nobles de Venise ne songèrent qu'à vivre (1). Acquisitions Vers le milieu du quatorzième siècle , Venise ne de^Veoûe* possédait encore d'autre territoire en Italie qu'une étroite lisière du littoral contigu k se$ lagunes ; c'était ce qu'on appelait le Dogato. Neutre dans les grandes querelles qui s'étaient élevées entre l'Eglise et l'Empire , entre les villes libres et leur souverain , elle était respectée des deux partis , et aucun d'eux n'osait réclamer son alliance. Mais les rapides * progrès de Mastino de la Scala, seigneur de Vérone,
(i) On peut voir dans la Revue d'Edimbourg y t.' ta , p. 379, l'analyse d'un ouvrage peut-être peu connu', quoiqu'il' soit intéressaut pour l'histoire de notre temps: c'est une collection de pièces relatives à Ja chute de la république de Venise. Cet article est bien écrit, et je présume qu'il donne une idée exacte de Vou- Trage , qu'on doit au signor Barzoni , honorablement connu en Italie comme un écrivain plein de patriotisme.
Tous ceux qui ont visité Venise ont dû admirer les magnifiques tombeaux des doges, dout la plupart se trouvent daus l'église de 8. Giovanni e Pnolo. C'est dans ces monumens que la république semble s'identifier avec son priucipat magistrat : on croirait qu'elle a voulu perpétuer avec les ornemena et les inscriptions dont elle les a chargés Je souvenir de son opulence et de sa gloire. On pent, dans l'église des Scalzi, lire sur une simple pierre carrée une épitaphe bien différente de celle de Lorédan ou de Foscari ; Màwihi ciwbrbs. Ces deux mots marquent la place où reposent les restes de Manini, le dernier doge , qui , trahi par sa pusillanimité ou par la lâcheté de ceux qui l'entouraient et par le malheur des temps, survécut a sa dignité et aux libertés de Venise. Cette inscription me frappa plus que le fameux lo eus Marini Fa lie 1 i, pro criminibus decapitati , qu'on lit dans un cadre vide, parmi les portraits des doges qui décorent la salle du grand-conseil.
et quelques in j ares particulières) engagèrent le sénat à' se ligner avec Florence contre lui. Villani parle de cette alliance comme d'une circonstance singulièrement flatteuse pour ses concitoyens : ce Car » les Vénitiens , dit-il , à cause de leur supériorité ' » et de leur grande puissance , n'avaient jamais » contracté d'alliance avec aucun état ni aucun » prince, si ce n'est lorsqu'ils conquirent autrefois » Gonstantinople et la Romanie (i). » Le résultat de cette alliance fut de réunir le territoire de Trévise aux états vénitiens ; mais Venise ne fit pas d'autres conquêtes au quatorzième siècle : elle perdit même Trévise dans la malheureuse guerre de Chiozza, et n'en reprit possession qu'en 1889, Elle ne fit aucune tentative sérieuse pour arrêter les progrès de Jean Galéas Visconti , qui , après avoir renversé la famille de la Scala , s'étendait presque jusqu'à l'Adriatique , et. dont la puissance; rompit pendant quelque temps la balance: politique en Lombardie.
Mais ce prince étant mort en i4°4> ce paya se Btat do u trouva dans un état de crise violent. Jean Galéas lais- a^ °^^£. sait deux fils, Jean-Marie et Philippe-Marie, tpus XûTdulS* deux en bas âge, et sous la tutelle d'une mère qui • n'était pas à la hauteur.de sa position. Les fautes qu'elle commit, et l'ambition intéressée de quelques chefs qui avaient commandé les mercenaires de son époux , amenèrent bientôt le démembrement de cette grande puissance. Bergame, Corne, Lodi,
Crémone , et plusieurs autres villes , se révoltèrent, et retournèrent, pour la plupart, sons la domina* tion de leurs anciens princes , de ees premiers usurpateurs qui , depuis près d'un sied* , avaient été renversés par les Visoonti. On vil renaître une {action guelfe après que ce nom eut été long-tempi proscrit en Lombardie. François Carrare, seigneur de Padoue , profita de cette révolution pours'em* parer de Vérone, et menaçait de réduire sous sa puissance toutes les villes au-delà de PAdige. U n'était point de famille pins odieuse aux Vénitiens que celle de Carrare. Ils avaient paru, dm temps de Jean Galéas, indifférons à des dangers plus réels 5 ils prirent les armes contre un ennemi moins formidable. Padoue et Vérone tombèrent l'une et l'autre en leur pouvoir; le duc die Milan leur céda Vtcence , et la*république se trouva tout-à-coup en possession d'un territoire étendu. François Carrare, qui sMtait rendu avec sa capitale, lut étranglé dans les cachots de Venise; acte de cruauté qui caractérise parfaitement ce gouvernement , et qu'aucun autre état de l'Europe , même au quinzième siècle , n'auraît commis ouvertement. •
Malgré le désordre qui régnait dtas le Milanais, le sénat de Venise fut vingt ans sans faire aucune autre tentative. Les Vénitiens n'avaient 'point encore cette soif ardente de guerre et de conquêtes quî bientôt leur fit Oublier tous les principes de leur ancienne politique. Il leur restait encore quelques hommes d'état nourris dans les sages maximes de l'ancienne école , et qui usaient de toute leur auto-
rite pour écarte? ces projet* d'ambition. Sanute nom a conaeryé de? détail? inf«ï*ssans sur Ja ricbesae et le commerce 4* Venise i cette époque i il les « nais 4*9* h Jwmlie 4u d$ge Moncenigo, qu'il non» représente cçmme eggagpant ses concitoyens, peu de temps avaçt sa mort, A ne point entreprendre de guerre contre lep Afikoai*. «A la laveur » de la paix 9 dit-il, Venise emploie dans son corn- » merce, en diraws partie» du monde, un capital » de dix millions dç ducat* , qui lni rapporte nn » bénéfice de quatre militai* par an* On évalue » nos maisons à sept millioop de ducats, et le pro- » dpft annuel de }eur loyer à cinq cent mille. » JSçtfe commerce emploie trois mille bâtiment » marchand* : qiwauftertrois galère* » et trois cents » vaisseaux 4* moindre grandeur * montés par dix*- » npuf ijaiUe piarins , assurent potre puissance na>s> v«Je. Piotrp atelier mpnétaire a frappé un million » de 4uç#U 4*U* le courant de l'année* Non* ti- » rons des #eu)s états 4e Milan nn million de dn- » cats eji espèces , et la valeur de neuf cent mille » en draps ; oq peut évaluer à ai* cent mille ducats » le bépéfce que nous frirons sur ce commerce.. Si » vjpus persistez dans le système auquel vous devez » votre opplence , vops détiendrez possesseurs tfp » toutes les fichessç* du mopde phrétien. Mais, la » gue^e , jet surtout une guerre injuste , vous con- » dqifa infailliblement 4 vptre ruine. Déjà l'acqui- » sition de Vérone et de Padoue vous a coûté neuf y> cent mille ducats , et les frais qu'exigera défense » de ces .places absorbent tout Je produit d*
» leurs revenus. Vous avez parmi vous" beaucoup 3» d'hommes distingues par leur probité et par leur » expérience; choisissez-en un pour me succéder -, a'inais gardez-vous de Francesco foscari. S'il est *> doge, vous aurez bientôt la guerre , et une guerre » qui traînera à sa suite la misère et la honte (1) ». Moncenigo mourut, et Foscari devint dogef; les prédictions du premier furent négligées', et on ne saurait dire qu'elles se soient entièrement réalisées. Cependant un auteur qui écrivait trente ans après représente Venise comme appauvrie par ses longues guerres avec les ducs de Milan.
fi**"** Jî • Ceux-ci avaient reconquis une grande partie de VaniM. leurséUts anssi rapidement qu'ils les avaient perdus.
Jean-Marie, monstre de scélératesse même parmi bs Visconti , étant mort assassiné, Philippe-Marie , son frère cadet, prit lé gouvernement de Milan et de Pavie , qui composaient presque tous ses états. Ce prince , faible et peu belliqueux de son naturel , -eut le bonheur d'employer Carmagnole, un des plus grands capitaines de cette époque militaire. La plupart dès villes révoltées étaient fatiguées de leurs npuvcaux maîtres 5 et la maison -de Visconti, Secondée par les dispositions* des hahitans,et par les grands talens «et Paétivrté de Carmagnole, recouvra son ancienne domination depuis * lés 'rives de la Sésie jusqu'aux bords -del'Adlge. Sessufccès ne se fussent peut-être pas arrêtés là*; si l'ingrat
(1) Sanuto, Vite <U duchi.di PeueziQ , daçp. S&ip$* Rar\ ital., [ t. aa* p. 958. Le discours de Moncenigo est très-long dans Sauu-
1 • to; fsi tâché d'en extraire la substance. '" '
Phïippe*Marie n'avait eu l'imprudence d'offenser Carmagnole. Cet illustre capitaine se retira & Venise, où il inspira l'ardeur de la guerre aux Vénitiens*, défi excités par les Florentins et par le duc de Savoie. Les Vénitiens venaient d'obtenir, d'un antre côté, dHmportans avantages ; ils avaient sou» mis le Frioul et une partie de l'Istrie , gui depuis plusieurs siècles étaient sous la domination temporelle d'un prélat voisin, le patriarche d'Aquilée. Ils entrèrent dans cette nouvelle alliance. Aucune de leurs, entreprises n'avait eficore été couronnée d'un aussi brillant succès. Carmagnole était à la tète de leur» armées, et, dans l'espace d'environ deux ans, Venise se rendit maîtresse de Brescia et. de Bergame, et étendit ses limites jusqu'à l'Adda , qu'elle ne de- j4*6. vait jamais passer.
Une ville essentiellement maritime comme Ve- Révolution nise ne pouvait faire ces conquêtes qu'à l'aide de ^TmUiuLe. troupes mercenaires. Mais elle se conformait , en les employant, à un usage depuis long- temps établi dans des élats auxquels . cette ressource était moins indispensable* Dans la plus grande partie de l'Europe, et surtout en Italie , il s'était opéré une grande révolution dans le système militaire. Aux douzième , et treiziètae siècles , lorsque les villes d'Italie étaient [ engagées dans leur lutte contre les empereurs, on I entreelles dans des guerres moins difficiles et moins générales , il parait que presque toute leur popula- , tion se mettait en campagne comme une espèce de milice armée et assez mal organisée. Une seule ville »vec son territoire armait quelquefois de vingt à
trente mille hommes. Chaque individu, Murant la profeasion qu'il exerçait ou le quartier qu'il habitait, connaissait la bannière qu'il devait suivre, et le capitaine aoua leaordreaduquelil devait marcher (i). Dana la bataille , le carroccio était le point de rai* liement , le pivot de toua lea mouvemena. Citait une espèce de chariot peint en vermillon, sur lequel s'élevait l'étendard de la ville (*). Il fallait quatre couples de bœufs pour traîner celui de Milan (a),
(i) Mura ton, Jntiq. Ital., diseairt. e6*. Deatna, BbroUiiom d'Jtalia, 1. la, ci,
(*) On ne sera peut-être pas Acné da trouver ici la jfascriptk» du catroccw telle qu'elle a été donnée par M. Sismondi, t. t, c. 5. n Le carroccio était un char porté sur quatre roues, et traîné » pur quatre poires de bœuf*. Il était peint en ronge ; tes bœuft m qui Je traînaient étaient couverts jusqu'aux, pieds de tapir » ronges; uue antenne» également peinte en rouget <■"- m^m v du rhar s'élevait h une tris-grande hauteur*, elle était terminer » par, un globe doré." Au-dessous , entre deux voiles blanche*, » flottait l'étendard da la commune ; plus bas encore , et yen W t» milieu de l'an tenus, un Christ placé sur la croi* » Us fera* éw»s- » dus , sembluit bénir l'armée. Une espèce de plate -forme cUit »> réitervée , sur le devant du char, a quelques-uns des plus vail- » Jans soldats destinés à le défondre) derrière, noe autre pl»te » forme élait occupée par 1rs musicien* avec leurs trompait" i» Ïxè saints offices étaient célébrés sur le carroccio avoat qu'il i» sortit de la ville , et souvent un chapelaiu Jui était attache v\ «i l'accompagnait sur Je champ de bataille. » (JV. d. 7*.)
(a) Le carroccio fut inventé par le fameux Kribert , archrWqui de Milan, rare Tan loty. jinnali di Murât. , jéntiq. ital., dit sert. u6. Le têrrocclo de Milan fut pris en isfy par Frédéric U et envoyé h Rome. Parme et Crémone s'enlevèreut réciproque ment leurs carroccios, et eu firent 1'éphange quelques aimées n^rci au milieu de grandes réjouissances. Au quatoruèpie aiècle ce usage était tombé an désuétude, /d. ê Mi. ; Denin* , l • a f -4-
La défense de cet emblème sacré de la patrie, que Muratori compare à l'arche des Juifs, étant l'objet de tous )es efforts , donnait k l'armée une espèce de concentration et d'uniformité qui suppléait en quelque aorte à l'absence d'une tactique plus régulière. La plus grande partie de -cette milice se composait nécessairement d'infanterie. A la fameuse bataille d'Arbia, en 1260, les Guelfes de Florence avaient trente- mille hommes de pied 1 et trois mille chevaux (1) : la proportion ordinaire était de cinq, 6ix, oudixà un. Les geutikhonunes'cepeadant étaient toujours à achevai, et la grosse cavalerie devait avoir une immense supériorité sur une populace mal armée et mal disciplinée» A partir du troisième siècle, il parait qu'ann'e^ahia pins guère la force des armées que d'après le nombre de gens -d'armes ou de lances. jRien ne pouvait résister à une charge de cavalerie ; on -voyait sans «cesse des batailles gagnées à nombre inférieur, et les vainqueurs imateut toujours an affreux carnage parai les fuyards (a).
Lorsqu'on se fut aperçu de l'extrême infériorité de l'infanterie , on .fit un plus grand usage de la cavalerie^ «t le* armées, mieux équipées et mieux disciplinées 7 devinrent en même temps moins nombreuses. C'estce qn'anfemarqae aucommeueenieut du quatorzième siècle. Le point essentiel pour un Emploi de état en guerre était de se procurer un nombre suffi- SS!* sant de gens d'armes; et comme il y avait en Italie
(1) Viliani, 1. 6, ç*?g. •
(a) Sismoudi y t. 8, p. a63 , «te , présente qwJqaes observations judicieuses à ce sujet.
peu de villes où l'on pût recruter un corps de cavV lerie imposant, l'expédient le plus simple était d'engager des troupes étrangères. Ce moyen avait été , long-temps auparavant, employé en diverses circonstances. En 1225, la ville de Gènes prit & sa solde le comte de Savoie avec deux cents chevaux (i). En 1&82, Florence engagea cinq cents lances de France (a)* Mais cet usage devint beaucoup plus général pendant le quatorzième siècle, et surtout après l'expédition de l'empereur Henri VII en i3io. Une foule d'aventuriers allemands restèrent en Italie, et s'engagèrent au service de Milan, de Florence , ou de quelque autre état. Les expéditions subséquentes de Louis de Bavière en 1826, et de Jean, roi de Bohème, en i33i^ amenèrent du même pays de nouveaux soldats de fortune. 11 en vint aussi de France et de Hongrie. Tous préféraient rester sous le plus beau ciel et dans le plus riche pays de l'Europe, où leurs services étaient sollicités avec empressement et largement payés. Les Italiens d'alors
(j)Muratori, dissert. a6.
(a) Ammirato, Ist. flouent., p. 159. On eot recoura an mtrat expédient eu 1297. Une lance, -suivant le langage technique de cette époque, comprenait, indépendamment de l'homme d'armes , les cavaliers plus légèrement armés qui loi étaient attachés. En France , la lance fournie était fie cinq ou six chevaux; ainsi les quinze cents lances qui composaient , dans le principe , le.( compagnies d'ordonnance levées par Charles VII , faisaient ni corps de neuf mille hommes de cavalerie. En Italie le iiombr était moins considérable. Il est souvent question des barbuù qu'où nous explique par lanze de due cavalli. Corio , p. 4^7. Oi introduisit vers le milieu <fci quatorzième siècle des lances de troi chevaux. Idem , p. 466*
étaient dominés par un malheureux préjugé «faveur des étrangers. lia leur cédaient (je ne sais pourquoi , puisqu'ils Savaient assurément pas été vaincus ) la palme du courage et de. la science mi* litaire. Les deux Villani. appliquent souvent aux. corps mercenaires de cavalerie dénomination d'*/tramontains- ( ohramontaui ) , cornai un titre de. supériorité.
Chaque campagne démontrait de plus en plus le» inconvéniens de la milice ordinaire. Les historien* modernes ont souvent, déploré la décadence de l'es* prit militaire parmi les Italiens de cette époque^ Mais entre un corps de cuirassiers absolument in* vulnérables, et une infanterie de paysans ou de bourgeois, la lutte était trop inégale. L'homme le plus brave se sent peu tenté de. s'exposer aux blessures et à. la mort sans espoir de (aire aucun mal à son ad* versaire. En France , l'expérience avait également prouvé l'inutilité de la milice communale } mais , comme la vie des paysans français était bien moins importante aux yeux de leur gouvernement que celle d'un citoyen italien aux yeux du sien, on continua de les mener à la boucherie , en les opposant aux troupes disdplinées d'Edouard. IIL La cavalerie avait quitté vers cette époque le haubert y ou cotte de mailles, qui la distinguait auparavant de la multitude sans défense : la cotte de mailles résistait
au tranchant du sabre, mais elle ne pouvait repousser la pointe de l'épée , arme dont l'usage s'introduisit pendant le treizième siècle (1) , ni soutenir le
(i) Muratori» A. D. i*66.
choc d'une lance , ou le cbup d'one hache d'arme*. On lai substitua l'armure plate : et l'homme d'armes, tout revêtu d'acier, ayant toutes les pièces de son armure solidement jointes et; à l'épreuve de tonte espèce de coup, monté sur un coursier dont la tète , le poitrail et les flancs étaient également couverts, et qui était 1 pour me servir de l'exprès* skm d'alors , hardé de fer, combattait avec la certitude du succès contre des ennemis qui ne lui étaient peut-être inférieurs que parce qu'ils manquaient de ces avantages accessoires qui peuvent donner du courage aux plus lâches (1).
Les citoyen Le nouveau système suivi pour les opérations miduTtcAice? * litaires n'avait. pas moins d'tnconvéniens pour les citoyensqoe la nouvelle manière de combattre. An Ken de ces rapides invasions signalées par* le pillage, terminées en un instant par une seule action , et qoi n'entraînaient le soldat qu'à quelques fournées de marche de ses foyers, les combinaisons plus savante* qn'on employait au quatorzième siècle prolongeaient souvent une campagne indécise pendant tout m
(i) La plus antienne armure plate représentée dans Montfai cou, Monument de la monarchie française, t. a, est do rèd de Pbibppe-le-Loug, vers l'an i3i5; niais l'usage n'eu devint i néral que sous Philippe de Valois , ou même plus tard. Aval qu'on eut adopté tout le harnois en fer, on portait quelque^ des pièces d'armure aux. • oiides et aux genoux, et même des #r<H •«or les ïambes , ainsi qu'on le voit sur une *Utue de Charles roi de Navarre , qui mourut en ia85. il est possible que la stat soit d'une époque un peu plus m ode rue. Montfaucon , passii Daniel, J&st. de la milite française, p. 3o5.
ili(i). Lorsque le» pwgrfa 'dfr'ltojmklite'et de la
civilisation eurent fait rertonmttre les avantages de
l'iadustrie agricole et commerciale, la p-erte d'ùM
tmtîl productif fatrcmutjfJt comme tm mal qu'on
ho pouvait endurer pkâ long-temps. A«So 'Viscontf ,
quifflonrat en i33oT exempta ses sujets tniJatiais
do service persdmlel. « Une de ses lois, dit Galta*
» bm FiaWma , portait que- le* sujets n'iraient plus
» a !■ goerrej mais testeraient chez eus pour Ta*
n quer iilehrs ocetipatknifc ; Kir Ort lf i avait jusqu'à*
» loi* entretenus chaque année à grandir frais et
» arec de grands ri sq lies pour eux , et particultére-
» ment pendant la' saison de la moisson et' des "ven-
» danges , où les princes sont dans l'usage de ftirela
» guerre et dkisiégei* lés villes, et on-leor avait oo*
» caiionésta pertes incfelculâbïes, surtout t*n les re-
» tenant aussi longtemps loin de leur» foyers (a) ».
[Cette l«ï d'Aaau Viaoenti, prise isolémen», peut
Iti-e considérée comme le résultat de la -politique
«dinaire d'un gouvernement absolu. Mais bientôt
après nous voyons les Florentins adopter «ne se»-
Hable innovation. Villa ni le jeune nous tkppreud
jkw , dans la guerre faite par cette république con-
*r Jeun Viscontî , m Le service personnel des ci*.
k toyens, service inutile et funeste, fut remplacé
par le paiement d'une somme d'argent (3) ». Une
fi) Fillani, 1. 8, c. 49, appelle guerra guereggiata cette lent* k la Fabius ) c'est la du moins le seul mus que je pujssa Ischer a cttte eipression.
(1) Muratori , Antiq. ital., disMTt. ait,
<3;M-tb,.VUUru,p. i3&
augmentation considérable d'impôts fut la conséquence nécessaire de ce changement. Les états d'Italie, républiques et principautés, levaient fies contributions énormes. Mastino de- la Scala avait au revenu de sept cent mille florins : aucun roi d'Europe, excepté celui de France , dit Jean Villani , n'en a un semblable (1). Ce n'était cependant qae le produit des impôts de neuf villes de laLombardie. Sous le rapport de l'économie, il y autoujours de l'avantage pour les citoyens à ce que leur service personnel soit converti en taxes. Mflis il ne. faut point considérer exclusivement ITeVfenomie; elle ne peut jamais contre-bajûncei^éttd.dégradatîon du ca- • ractère national à laquelle on eapose Un peuple dont
on abandonne la défense a des 'étrangers. Compagnies Qn ne devait guère s'attendre que des troupes
a aventure. . * ■
mercenaires , composées -en , grande • partie . d'Allemands 9 oontiendraient le;UJ> msolentfe et [dissimuleraient leur mépris pour ces peuples efféminés qui se disputaient leurs services». Indifférentes à la cause pour laquelle elles combattaient, la plus liante paie et Je plus riche butin étaient les seuls nratifs qui déterminaient * leur conduite. Quelques r uns des .nombreux états de l'Italie se trouvaient toujours eu guerre , et un soldat de. fortune, avec sa lance et son cheval pour tout patrimoine, passait du service
(i) L. 11 , c. 45. Je ne conçois pas pourquoi M, Sismondi affirme, t. 4» P- 4^2> que les seigneurs des villes de Lombard»* • Posèrent pas augmenter les taxes payées par ces villes lorsqu'elle*
étaient libres. Il est constant que pendant le quatorzième siècle on rencontre souvent des plaintes contre les Visconti et d'autre* tyrans , à cause de Fénormité des impôts. j
d'un état A celui d'un autre sans regret comme sans déshonneur. Mais si la paix devenait i-peu-près générale , il était exposé à se voir privé de sa seule occupation, et réduit à une condition trés-inftrtèure dans un paya qui n'était pas le sien. Dca hommes imbus de semblables idées devaient naturellement concevoir que , s'ils ne pouvaient acquérir des richesses et de la gloire que les armes à la main , ce serait leur faute si jamais* ils y renonçaient. Ce Ait en i343 qu'ils agirent pour la première fois d'après ce principe. La république de Pise avait licencié un corps nombreux de cavalerie allemande qu'elle avait employé dans une guerre contre Florence (i). Un partisan > que les Italiens appellent le duc Guarnieri , engagea ces mercenaires uiécontens a rester sous ses ordres. Son plan d'opérations consistait à lever des contributions dans tous les pays où il se présentait avec sa compagnie, sans prétendre à faire des conquêtes. 11 savait bien qye l'Italie n'avait point d'armée nationale à lui opposer, et il se flattait qu'on ne pourrait trouver d'antres mer* censures disposés à combattre dos hommes qui avaient imaginé un moyen d'existence si avantageux pour
(i) Sfemtadi , t, 5, p. 38o» On avait «a, -quatre an» auparavant, uu wi<wppto de la puéssauca dangereuse Je ces morcenairus ailem/imia Lodrwio, uu i\m Viaçonti, ayant <u une querelle avec le wigneur de Milau , fit marcher sur la villo un corps considérable de troupes qui veuaieut d'être licenciées. Après quelques combat* «charnea, les intrceuairea furent défaits, at Lodriaio fait priauuuier. T. 5, p. «78, Dau* citte circonstance, cepeudant, ils agistaieut pour 1111 autre} Guaruieri fut le premier qui leur apprit a conserver Pi m partialité* dt brigands universels.
xix. i3
la profession. Ce fut la première de jces compagnies d'aventure gui continuèrent pendant nombre d'an» néesd'être le fléau et la honte de l'Italie. Après avoir exercé quelque temps ses brigandages, Guarnieri ramena en -Allemagne ses troupes .rassasiées de pillage : mais il servit de nouveau en i348, lors de l'invasion de Naples par Louis, roi de Hongrie, et, à. la tête d'une nouvelle compagnie , ravagea l'état de, l'Eglise. Une bande encore plus formidable de brigauds disciplinés parut, en i3ô3, sous les ordres de Fra Moriale, et ensuite de Conrad Lando. Cette bande , qu'on appelait la • grande compagnie , se composait de plusieurs milliers d'hommes de troupes régulières, indépendamment d'une multitude de brigands à demi -armés qui l'accompagnaient comme espions, pionniers et pillards. Les riohes cités -de la .Toscane et de la Romagne payèrent des sommes considérables pour que la grande compagnie, qui était k>u jours en mouvement, ne passât pas sur leur territoire. Florenoe seule prit la résolu tiou magnanime de ne pas se soumettre à cet ignominieux tribut* En deux occasions, la première eu i358 , puis d'une manière encore plus remarquable l'année suivante , elle refusa de livrer passage à la compagnie et même de s'en exempter à prix d'argent ; et chaque fois les mercenaires allemands lurent contraints de se retirer. Ils avaient alors parmi eux cinq mille cuirassiers, et présentaient une masse de vingt mille hommes au moins ; preuve terrible des maux qu'un faux système avait attirés sur l'Italie ! Ce ne furent pas les forces de Florence
qui repoussèrent alors les brigands, Le céurage de cette république était dans &es conseils, et non dans ses armes. La résistance opposée aux demandes de , Lando fut un élan de patriotisme , et peut-être contraire à l'avis des principaux Florentins (i) ; mais l'armée qu'on employa était entièrement composée de troupes mercenaires, et sans doute , en majeure partie, d'étrangers.
De tous les partisans étrangers qui entrèrent au J?irtJoh*d service des états d'Italie, le plus célèbre fut un Anglais, que les auteurs contemporains appellent Aucud ou Agutus., mais à qui nous pouvons resti* tuer son véritable nom de Sir John Hawkweod. Ce grand capitaine avait servi dans la guerre d'Edouard III , et reçu de ce prince la dignité de chevalier, quoiqu'il eût "été dans l'origine, si l'on en croit la commune renommée , él« vé dan» l'état de . taiHeur. Après la paix de Bretigny, la France fut ravagée par ces troupes licenciées dont Edouard était accusé, peut>étpe à tort, d'encourager secrètement les désordres. Un corps nombreux de ces brigands, qui avait pris le titre de Compagnie' blanche, passa au service du marquis de Montferrat. Us furent quelque temps après engagés à la solde des Pisans contre les Florentins jet, dans cette dernière guerre , Hawkwood parait à leur tête. Ce chef fut, pendant l'espace de trente années, continuellement au service des Visconti , du pape., ou des Florentins , auxquels il consacra la dernière
(i ) Math. VillaA, p. 537.
partie de sa vie , et qu'il servit avec pins de fidélité et de constance qu'il n'en avait montré dans ses premières campagnes. La républi* pie reconnaissante honora ses funérailles par une cérémonie publique , et lui érigea un monument qui, si je ne me trompe, subsiste encore, il n'existait Le nom de Sir John Hawkwood est mémorable P*miUtflSreCe comme celui du premier capitaine célèbre qui ait ^ paru en Europe depuis la destruction de l'empire romain. 11 serait absurde de supposer que tous ces élémens du génie militaire que la nature donne aux caractères énergiques, le coup-d'œilsûrati milieu du désordre, la fermeté dans les résolutions, la promptitude dans l'exécution , Part de prévoiries attaques, la fécondité des ressources et des stratagèmes, que tous ces moyens, dis- je, aient manqué aux chefs d'une armée barbare ou féodale. Ce sont des qualités aussi nécessaires au chef d'une tribu indienne qu'au capitaine accompli. Maïs nous ne voyons au* cun de ces chefs déployer une tactique assez savante pour mériter le nom de général : je n'en trouve du moins aucun avant Je milieu du quatorzième siècle , à qui l'histoire ait accordé ce mérite d'une manière non équivoque* 11 est même rare de rencontrer une indication spéciale d'un ordre de bataille. Il est vrai que les moines, les seuls historiens que nous ayons, sont de tristes juges en fait d'art militaire; mais, comme la guerre est le principal sujet de toutes les annales, si des combinaisons savantes en avaient si* gnalc les opérations, il en aurait, été fait mention. Cette négligence de la science militaire ne provenait
assurément d'aucune prédilection, pour les arts de la paix,: c'était la conséquence de l'état général des mœurs, ainsi que de la nature et de la composition des armées au jnoyen âge. L'esprit d'insubordination des vassaux, et la rivalité des chevaliers, s'opposaient également à cette gradation de rangs, à cette rigoureuse observation de pénibles devoirs , à cette prompte obéissance à* un ordre suprême, qui font de la masse nn corps qu'une seule â3rc paraît animer, et dit général le centre auquel viennent aboutir tous les rayons de -mérite individuel.
Dans le quatorzième siècle , les opérations militaires commencent à prendre une forme plus savante, et pour la première fois les historiens s'apeiw çoivent que l'intrépidité du soldat et la fotee physique ne décident pas toujours du succès. La victoire de Muhldorf , remportée en i3a2 sur les princes d'Autriche , cette victoire qui termina une guerre civile élevée dans l'Empire , est attribuée au talent du commandant bavarois (i). Une foule de tbons offiejers se formèrent à l'école d'Edouard III. Cependant ils avaient plutôt les talens qui conviennent à des partisans actifs que ceux qui appartiennent à des généraux expérimentés : ils durent plutôt leurs succès à l'audace et à l'enthousiasme qu'à des combinaisons sages et réfléchies. Semblables à des joueurs d'échecs encore novices , ils nous surprennent par d'heureqses violations des règles, qu dé-
(î)Struviue, Corpus hist. Gennan* ,p. 585»Scliwepperman, le gént'rnl bavarois , est qualifié par un auteur contemporain de clacus militari scUntiâ vin
j-Kifiit Vur< hlnu dam Vm&tv&t «ee laquelle il?
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Rimifli, et la» Roui de Parme k la tète de» armée» de Florence* 5 mais ctt fut, »i l'analogie peut pe* mettre dVmprunter cette expression , la première compagnie de commerce , le premier corps régulier de mercenaires italien» uniquement Attacha à son chef, et ne reconnaissant aucun parti, comme les Allemand* et lei Anglais de Landoetde Hawkwood. Alhério de BirkUmo , qui sans doute n'était pa» lui-même dépourvu de talen» militaire», est surtout céléfan par cette école de grands capitaine?» qui ie fortnirent dan» »a compagnie de Saint-George», et dont on peut suivre la »ueee»»ion régulière jusqu'au *ei*iéme siècle. Le» premier» dan» Tordre chronologique furent Jacque» Verme, Fadno Cane, et Oitobcm Terzo, tou» contemporain» de BarbianOi L'art militaire fit de grand» progrès chez un peuple intelligent, inatritit , ut qui dédaignait de se renformer dam une imitation scrvile. Le» plu» fameux condottieri se trouvant, en général , répart» entre le» diver»e« pui»»anec» belligérante», chacun d'eux était obligé do déployer continuellement tou» »c» moyen» pour résister aux effort» d'un rival de gloire i il fallait mettre en u»age toute» le» wiooree» de l'art et de l'expérience , profiter de toute» le» amélioration» dan» la tactique et dan» ''"•âge de» awnes pour obtenir quelque avantage «ar un adversaire égal en talen». Dans la première •««née du quinzième siècle, le» Italien» eurent une 'wimion de faire l'expérience de la supériorité qu'il» venaient d'acquérir. L'empereur ftobert, allié aux t'loventin»;cnv«hitavcc une nombreuse armer !'•*
( aoo )
étala de Jean Galéas. 11 paraît qu'à cette époque on croyait encore en Italie que les troupes nationales n'étaient pas en état de soutenir le choc dea cuirassiers allemands : c'était un vieux préjugé qui, comme tant d'autres, avait survécu aux causes qui Pavaient fait naître. Le duc de Milan recommanda à Jacques Terme , sou général , d'éviter un engagement; mais «set habile capitaine n'ignorait pas le changement qui s'était opéré dans la force relative des deux armées. Les Allemands n'avaient introduit aucune amélioration dans leur discipline; leurs armes étaient moins faciles à manier, leurs chevaux moins dociles au frein. Une seule escarmouche suffit pour leur dessiler les yeux : ils reconnurent leur infériorité 5 et comme ils avaient entrepris la guerre avec l'espoir d'un succès facile , ils furent bientôt découragés (1). Cette victoire , ou plutôt cette preuve décisive qu'il était possible de vaincre délivra l'Italie, pendant près d'un siècle, de toute crainte de la part de ses anciens maîtres.
Quelque graves que fussent les inconvénient qui résultaient de l'emploi des mercenaires étrangers ou indigènes , on ne pouvait renoncer à ce système que d'un consentement unanime , et trop d'étals y trouvaient leur avantage pour l'abandonner. Tous les condottieri étaient , il est vrai, connus pour mépriser leurs engagemens, et leur rapacité égalait leur mauvaise foi. Indépendanynient d'une paie énorme , puisque chaque simple cuiras-
(1) Sûmondi, t. 7, p. 439. ^
«ier ruerait beaucoup plus qu'un aousofïlcier de ' nos jours, ilaexigeaient des gratifications pour chaque succès qu'Us remportaient (t). Des gouvernement ambitieux à qui leur secours était nécessaire consentaient à tout. Florence et Venise furent les deux états qui durent le plus aux compagnies d'aventure. L'une aimait la guerre sans ses dangers ; l'autre, avec une population de marins, n'eût jamais pu conquérir un pouce de terrain ; mais l'industrie commerciale leur avait procuré à toutes deux des richesses presque inépuisables ; et comme elles payaient le mieux, elles étaient aussi le mieux servies. Les Visconti eussent peut- être* conquis la Lombardie avec la milice de Milan ; mais sans un Jacques dei Verme , ou un Carmagnole , la bannière de Saint-Marc n'eût jamais flotté sur les tours de Vérone et de Bergame.
Cet armées italiennes du quinzième siècle présen- Arme* dé. tent une singularité remarquable. On n'avait jamais cette époque! fait la guerre avec aussi peu de risques personnels pour le soldat. Nous voyous souvent dans les annales de cette époque des combats où les vaincus môme n'ont perdu que quelques hommes, quoique la
(0 Paga doppip, e mese compinio \ il on c»t souvent question dans les historiens', quelquefois on raccordait imprudemment, etpfaa souvent on l'exigeait sans raison. La première de ces expressions s'expliqua d'elle-même; la seconde signifiait uji mois de service compté comme complet des le premier jour, dans le règlement de leur paie. Math. Villani , p. 6a ; Siamondi, t. 5 , p. 4ia.
Jean Galéas Visconti promit de continuer la demi- paie aux condottieri qu'il licencia en i3o6. C'est peut-étrC ta Je premier exemple du traite m eut u demi-solde. Siamondi , t. 7, p. 379.
\ictoire ait été vivement disputée (i). Cette rare effusion de sang, où quelques historiens ont trouvé un su jet de ridicule 9 provenait sans doute en grande partie de la rapacité des compagnies d'aventure, qui,spécula»Vsur la rançon des prisonniers, étaient intéressées à épargner leurs jours. C'est à ce motif qu'on peut attribuer, dans l'origine, presque toute l'humanité des guerres modernes : mais la nature des armes favorisait singulièrement cette conduite. Pour cette fois, et pour cette fois seulement
(1) Ces exemples sont très-communs; c'est ainsi qu'à l'affaire de Zagonara,* en i4«3 , trois personnes seulement, au rapport de Machiavel, perdirent la vie, et encore elles furent étouffées dans la boue. Ist. fiorent., 1. 4* Suivant le même historien , il n'y eut personne de tué à la bataille de Molinella en 1467* l» 7- Cependant tous les écrivains du temps la représentent comme ayant été très«sanglante ; et Ammirato, qui fait cette remarque ( t. a, p.* 102 ) donne à entendre que Machiavel tourne trop en ridicule ces armées, schernendo , corne egli suol far, quella ndlizia. Il y eut sans doute au quinzième siècle quelques batailles où la victoire, chaudement disputt-e, coûta beaucoup de sang. Sismondi, t. 10, p. 126,137. Mais en général il périssait peu d'hommes. Suivant Ammirato lui-même , dans un engagement qui eut lieu entre les Napolitains et les troupes du pape en i486, et qui dura toute une journée , non-seulement il n'y eut personne de tué , mais on ne dit pas même qu'il y ait eu un seul blessé. Koscoe , Lorenzp de'Medici, t. 2, p. 37. Gukhardin s'exprime d'une manière non équivoque sur le caractère général de ces combats En parlant de la bataille de Fornoue entre les Lombards confédérés et l'armée de Charles VIII à son retour de Naples en 1490 , bataille où les Italiens avaient perdu trois miUe hommes , et fort remarquable , selon lui , par le grand nombre des morts , il dit Perché j u la prima, che da lunghissimo tempo in quà si co-: baitesse con uccisione e con sarigue in Italia, perché innan. à questa morivano pochîssimi uomini in unfatto d'arme. L. p. 175.
dans l'histoire, de l'homme , Part de la défense avait surpassé Part de la destruction. Dans une charge de lanciers on voyait tomber un grand nombre de cavaliers démontés par la violence du choc; ils étaient exposés à être étouffés ou écrasés sous leur pesante armure; mais la pointe de la lance ne pouvait percer leur cuirasse ; le sabre s'émoussait sur leur casque , et le vainqueur, dans le premier moiivevement de sa passion , ne pouvait porter un coup mortel i son ennemi renversé , mais toujours couvert. On avait encore moins à redouter des archers ou des arbalétriers qui composaient une grande partie de l'infanterie. L'arc n'en était pas moins, dans Jes mains du fantassin anglais, Parme la plus formidable avant Pinvention de la poudre à canon. L'usage en était peut-être rare chez les peuples du nord , et pendant les premiers siècles qui suivirent leur établissement 9 on s'en servit cependant quelquefois avant les croisades. Guillaume avait des archers à la bataille d'Hastings (i). Les communications qui , pendant les douzième et treizième siècles , s'établirent avec l'Orient , où Parc était
(i) P édites in f route locavit, sagittis armâtes et balLstis, item p édites in ordine secundo fir ml ores et loriçalos, ultimo tannas e qui tu m. Gui. Pict. (dans Duchebne), p. 201. Ou remarque plusieurs arc ber* da tu la tapisserie de Baycux, monument célèbre et précieux qui représente l'histoire de la conquête, et parait avoir été exécuté par ordre de l'impératrice Mathilde , fille do Henri I. Archaeologia , t. 17, p. 85. On trouvera dans Mo ut faucon , Monument de la monarchie française , t. 1 et a, une explication détaillée de cette tapisserie avec deux séries de gravures qui la représentent. Les gravures qui composent la dernière série sont beaucoup plus exactes qtte celles de la'preraière.
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une arme si commnne , en propagèrent l'nsagt. Chez le* Orientaux , l'arc était réservé à la cavalerie. Les Européen* en tirèrent un meilleur parti : en employant les fantassins pour archers , ils eurent l'avantage de pouvoir donner k Tare une plus grande dimension , et au tireur plus d'aplomb et plus de facilité pour viser juste. Mais l'avantage de cette arme dépendait toujours beaucoup de la force et de l'adresse de l'archer. Elle était particulière aux Anglais , et aucune des grandes puissances ne IV jdopta aussi généralement ni avec autant de succès. L'arbalète, qui mettait le fort et le faible au même niveau, était plus en usage sur le continent. Quelques écrivains disent qu'elle fut inventée après la première croisade , sons le règne de Lonis-le- Gros (1). Mais, si nous en croyons Guillaume de Poitou, elle fut employée, ainsi que l'arc long, à la .bataille d'Hastings. Plusieurs des papes l'interdirent comrq.e une arme perfide; et cette défense fut si bien observée, qu'on assure que du temps de Philippe-Auguste , l'usageen était inconnu en France (2). Il devint graduellement plus général, et on finit par considérer les arbalétriers comme un élément indispensable d'une armée bien organisée. Mais la flèche et le dard glissaient également sur l'armure du quinzième siècle, et ne pouvaient atteindre le soldat, invulnérable de toutes parts , excepté quand sa vi-
(1) Legrand, Vie prisée des Français , t. 1 ; p. 349.
(a) Ducange , vox, Balistû; Muratori , dissert. a6 , t. 1 , p. 46^. (Ita!.)
sière étaft levée , t>\\ quelque partie de son corps dé* • couverte par hasard ? le eheval était plus exposé aux coups.
Cette armure , sous laquelle on était à l'abri des blessures, présentait aussi de nombreux ineonvéniens. Son poids énorme épuisait les forces et affaissait les membres du Soldat. Elle rendait la chaleur des climats méridionaux intolérable. Dans certains cas , comme dans le passage d'une rivière ou d*un marais , elle augmentait les chances de mort, tl était impossible de forcer un ennemi à combattre , parce que le plus simple retranchement , le moindre obstacle naturel pouvait arrêter des assaillansaussi lourds dans Jëtirs mouvemens. On pouvait lès tenir ei£ alarme toute la nuit , et alors ils étaient obligés de dormir tout armés, ou couraient le risqué d'être surpris avant d'avoir eu Je temps de revêtir les différentes pièces de leur armure (1). Cependant ni les Italiens ni les peuples transalpins ne voulaient renoncer à un système de défense qu'ils auraient du considérer comme peu glorieux. Mais, afin d'obvier i quelques-uns de ces inconvéfiiens , et en même te mps pour mieux concentrer l'attaque, qui jusqu'alors se faisait par les lanciers qui chargeaient impétueusement sur une seule ligne , du moins suivant 'usage des Français au moyen âge , il devint ordi- on fait meure mire de faire mettre pied A terre aux cavaliers, qui, faieCavJiri£à a issant leurs chevaux à quelque distance, côïnbat-
aietit à pied avec la lance. Cet usage , qui devait être
. 1) Sisniond*, t. 9, p. i5&.
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extrêmement incommode avec l'armure du quinziènv* siècle , s'introduisit avant qu'elle fût devenue aussi massive. Les historiens du douzième siècle en parlent comme d'une manœuvre allemande et anglaise (1). Il en est fait mention dans les guerres d'hdouard III. Hawkwood, élève de cette école, l'introduisit en Italie (2), et les Anglais l'employèrent dans leur seconde guerre contre la France > et particulièrement aux batailles 4e Crevant et de Verneuil (3).
inrentionde Cepeudant une découverte due au hasard , faite câJ«tt re peut-être à une époque reculée et dans quelque contrée éloignée , Une découverte dont l'importance ne se fit sentir que lentement en Europe , préparait non-seulement une révolution dans son système militaire, mais des résultats politiques encore plus importais. Si nous considérons la poudre à canon comme un instrument de destruction infiniment plus puissant qu'aucun de ceux que le génie ou le hasard
(1) Guillaume de Tyr rapporte que dans la seconde croisade la cavalerie de l'empereur Conrad mit une fois pied a terre pour combattre , de equis descendantes, et facti pedites; sicvt m os est Teutqnicis in summis necessitatibus bcllica tracta re nc^otia. L. 17, c. 4* Les Anglais firent de même en 11 38, dans un eu gagement avec les Ecossais , près de North Allerton , affaire qu'on appelle ordinairement la bataille de l'étendard. Twysdeu , Decem ysetipt. , p. 34a.
(a) Sismondi , t. 6 , p. 4a9 \ Azariua, dans Script, Rer. italic . » t. 16 i Math. Villani.
(3) Moustrelet , t. a, fol". 7, 14, 76; Villaret, t. 17, p.8^« C'était l'usage chez les Bourguignons comme chez les Anglais Entre les Bourguignons, dit Comines, lors estaient les plus honorez ceux que descendaient avec les. archers, 1. z, c. 3.
avaient jusqu'alors produits , acquérant, ainsi que le prouve l'expérience, un empire d'Ige en âge plus sanguinaire , et empruntant , pour l'extermination des hommes, toutes les ressources progressives de la science et de la civilisation , nous frémirons de l'avenir qui menace l'espèce humaine; et peut-être n'aurons-nous jamais éprouvé autant de difficulté à concilier les voies mystérieuses de la Providence avec son ordre et sa bonté. Considérée comme le grand appui des gouvememens établis , comme le plus sûr moyen de réprimer les troubles populaires, cette invention prend un caractère plus équivoque. Le jugement qu'on en doit porter dépend delà solution d'un grand problème : celui de savoir si la- somme du bonheur général a plus perdu dans les trois dernirrs siècles , par les effets du pouvoir arbitraire, qu'elle n'a gagné par rétablissement d'une police régulière et la cessation du désordre.
Il paratt assez clairement prouvé que la poudre à canon fut introduite en Europe par les Sarrasins. Un auteur arabe de la collection de l'Escurial rapporte, versl'an 1249, qu'on l'employait dans des machines de guerre, où nous pouvons présumer qu'elle produisait plutôt l'effet de nos feux d'artifice que celui de l'artillerie (1). Elle fut bientôt après connue de notre savant Roger Bacon, bien qu'il ait caché en
(1) Casiriy Bibl, arab. hispan., t. a , p. 7, traduit ainsi la description de certains projectiles employés par lc<* Maures. Serpunt 1 11 ui iront que scorpion es circumligati ac pulvere nitrato in cens i, Lrtrfê casplosi fulgurant ac incendunt. Jàm videre erat manganuni cjLCusium veluti rtubeni per aëra extendi ac tortitru in-
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partie le secrej de sa composition. Au commencement du quatorzième siècle , on inventa les canons, ou plutôt les mortiers , et Ton conçut l'application de la poudre aux usages de la guerre. À la bataille de Crécy, Edouard III fit jouer quelques pièces d'artillerie qui produisirent un effet prodigieux (1). Mais l'usage* en était encore très-peu répandu; ce qui ne nous paraîtra pas étonnant , si nous considérons la construction grossière des pièces d'artillerie , le temps qu'il fallait pour les charger, l'imperfection
jJttr horrendum edere fragorem, igné nique undequàque vomens, omnia dirumpere , incendere , in cineres redigere. Le passage arabe est au bas de la page , et il serait intéressant de savoir si pulvis nitratus nend fidèlement le texte. Il me semble cependant qu'on ne s tarait douter qu'il ne soit question de la poudre à canon. Un antre écrivain arabe parait décrire l'usage du cauou dans les années iai3 et i3a3. Idem , ibid. La chronique d'Alphonse XI , roi de Castiile , en parle très-clairement a l'époque du siège d'AIgesiras en )34a> mais il était déjà assez connu en France. 11 est question de poudre et de canons dans les registres de la chambre des comptes de Tannée i338 (Ducange, Bombarda) , et dans une autre pièce de Tan i345. Hist. du Languedoc, t. 4 y V- ao4* La plus forte preuve de leur usage sa trouve dans un passage de Pétrarque, antérieur à l'an i344 , et cité dans Muratori, Antich* ital., dissert. 26, p. 456, où l'auteur parle de l'art nuper rara , nunc communis.
(1) G. ViUani ,1. 19, c. 67. Gibbon s'est prévalu du silence de Froissart pour élever quelque doute sur l'authenticité de ce fait; jnaiss on ne peut rejeter le témoignage positii de Villani , qui mourut deux ans après , et qui était évidemment bien instruit de tous les grands événemens dont la France était alors le théâtre. Il attribue des effets extraordinaires aux canons d'Edouard , colpi délie bombaide; et la force de ses expressions me ferait soupçonner qu'on ne s'en était jusqu'alors servi que pour battre des murailles. Il semblr.it , dit-il, que Dieu tonnât con grande uccisione digenti , e sfondumento di cavallù
X *°9 ) de ces boulets de pierre dont on ne connaissait point la portée et qu'on tirait ordinairement à une grande élévation, et surtout la difficulté de transporter les pièees d'un endroit à un autre pendant l'action . On les employait plus souvent dans les sièges et à bord des vaisseaux 3 nous en avons un exemple dans la guerre de Cbioaza (i). Peu-à-peu, cependant) ces nouveaux instrumens de destruction se multiplièrent. Ils furent surtout perfectionnés par les Français j qui fondirent des pièees plus petites > les montèrent sur des affûts plus légers, et employèrent dès boulets de fer (a). Us inventèrent aussi des armes à feu portatives à l'usage d'un seul homme j quelque grossières qu'elles fussent en comparaison de nos fusils actuels ) elles présageaient une révolution prodigieuse dans Part militaire. En 141 1 > Jean 9 duc de Bourgogne , avait dans son armée quatre mille canons à maint c'est ainsi qu'on les appelait (3). On les trouve soda différentes formes et dénominations, pour lesquelles je renvoie le lecteur aux auteurs qui ont traité spécialement de cette partie de la science militaire; on les trouve ,'dis-je , dans la plupart des
(1) Gattaro, Ist. Padovsna x dans Script» Rerum ital., t. 17, p. 36o. On trouve dans VilJaret des preuves de l'emploi de l'artillerie au siège de plusieurs villes de France aous Charles V. Voytala table, au mot Artillerie. Vers Pan 1397, 3 eau G aléas avait, auivant Corio , trente-quatre pièces de canon de diuerens calibres dans son armée.
(9) On peut voir dans Guichardin un passage remarquable ah sujet de la supériorité de l'artillerie française sur l'artillerie italienne par suite dt ces améliorations. L. 1, p. j5,
(3) Villaret , 1. 13 , p. 176,310.