‹ L'Europe au Moyen Age (volume 2)Chapitre 9 sur 24 · IIX. l · texte numérisé non relu

IIX. l

guerres rapportées par les historiens du quinzième sitale, mais moins en Italie qu'au-delà des Alpes. On raconte qu'en 1 449 'es ^ ^ana*s distribuèrent vingt mille mousquets à leur milice, et jetèrent la terreur parmi les vieux généraux (1). Mais ces mousquets, soutenus sur un. point d'appui , et très-longs à charger, produisaient trop peu de ravage pour une science sanguinaire, et, n'étant pas perfectionnés par l'admirable invention de la baïonnette, ne pouvaient résister à une charge de cavalerie. La pique contribua davantage à renverser le système militaire du moyen âge* et à démontrer les avantages d'une bonne infanterie. C'était avec une infanterie bien disciplinée que deux peuples libres avaient déjà humilié l'arrogance de ces Gers chevaliers qui jadis disaient le sort des batailles 5 les Bohémiens , instruits dans l'art de la guerre par leur grand maître, Jean Zisca; et les Suisses, qui, après avoir long-temps lutté contre la maison d'Autriche pour conquérir leur indépendance >, venaient de-s'illustrer par l'éclatante victoire qu'ils avaient remportée sur Charles de Bourgogne. Louis XI prit à sa solde un corps de troupes mercenaires des Cantons-Unis. Maximilicn acheta pareillement leur secours (2). Et quoique l'utilité de

(i) Sismondi, t. 9, p. 341. Il dit qu'il fallait un quart-d'heurr pour charger et tirer un mousquet. Je doute fort, je l'avoue, qu'on ait pu rassembler uu aussi grand nombre de mousquets. Ce fut en 1432 qu'on vit cette arme pour la première fois en Toscane. Muratori, disserti 26, p. 4^7.

(2) Voyez les détails que donne Guichardin sur les troupes suisses, p. 192. Les Français, dit -il , n'avaient pas d'infanterie

Pinianterie n'ait peut-être été, reconnue d'une ma* niére décisive qu'au seizième siècle, à l'époque des guerres de Louis XII et de François I dans le Milanais, il n'eu est pas moins vrai que l'usage général de la pique et du mousquet pendant les dernières années du moyen âge, suivant la division que nous avons adoptée, indiqua le commencement de celte révolution militaire.

«Reprenons maintenant le fil des événemens. Peu milité <u après le commencement du quinzième siècle , deux bSo" d#> illustres capitaines , formés à l'école d'AJbéric de Barbiano, fixèrent sur eux les yeux de l'Italie. C'étaient Braccio de Montone, noble de Perouse, et Sforce Attendolo , paysan originaire; du village de CotiguijoJa. Presque égaux en réputation, à moins que l'on ne considère Braccio comme un général plus consoipmé , ils furent divisés par une longue rivalité, qu'Us transmirent à la géuération suivante > et qui embrassa tout ce qu'il y avait de chefs distin* •

gués en Italie* Les troubles de Nu pics et l'anarchie qui régnait dans les états de l'Eglise ouvraient une vaste carrière k leur ambition militaire et politique. Sforce se fit donner la charge de grand connétable, avec des fiels considérables, dans le j'oyaunte de iVaples. Braccio visait à un pouvoir indépendant, et se forma une espèce de principauté dans les environs de Perouse ; mais elle fut entièrement dissoute & au mort. Lorsque Sforce et Braccio eurent cesse d'exister^ François Sforce , fils du premier, etNicolas Frftl,i:oi,

Sforce.

uatfonale ; il regno di fiuncia era dvbolissimo di fanteria propria } la noblesse «x«rçnit seule la profenniou dos arraci. Ibid,

Piccinmo se mirent à la tête de leurs partisans respectifs , et combattirent pendant plus de v ingt ans, à très* peu d'exceptions prés, sons des bannières opposées. Piccinino resta constamment au service de Milan. Sforce, dont les talens politiques égalaient le génie militaire , ne perdit jamais de vire la brillante perspective qui s'offrait A son ambition. Eugène IV lui donna la Marche d'Ancôue à titre de fief du siège de Rome. Devenu par cette acquisition pins puissant que les condottieri ordinaires, il intervint comme prince souverain dans les affaires de l'Italie. II fut presque toujours Pallié de Venise et de Florence , qu'il soutenait afin de maintenir la balance politique entre ces deux républiques et lefr états de Naples et de Milan. Mais Milan était l'objet secret de son ambition. Philippe-Marie, duc de Milan, et le dernier de sa race, n'avait qu'une fille naturelle, dont il offrait et refusait tour-à-tour la main a te dueSTcC Sforce. Il consentit enfin à cette union; mais, trop Mklan* ombrageux pour accorder sa confiance à un pareil

gendre, il se ligua avec le pape et le roi de Naples pour expulser Sforce de la Marche d*Aucône. Lorsque Philippe-Marie mourut, en i447> H ûe restait à ce général que sa gloire , et des droits fort équivoques A la succession du Milanais. Mais les citoyens écartèrent ses prétentions en rétablissant leur gouvernement républicain. Une république située dans cette partie de la Lombardie, et soutenue par Venise et Florence, eût pu résister! toute usurpation domestique ou étrangère. Mais Venise était son ennemie > et Florence une alliée indifférente. Sforce se fit le

général de ce nouvel état, se flattant de parvenir à s'en rendre un jour le maître. Aucun politique de ce siècle ne je faisait scrupule de commettre une perfidie utile à ses intérêts. « Il n'y avait de* honteux , dit Machiavel , qu'un échec ». Sforce passa avec son armée du côté des Vénitiens ; et la république de Milan , incapable de se défendre , et déchirée par des dissensions civiles , fut bientôt la proie de son ambition* Il fut proclamé duc en i45o 9 plutôt par droit de conquête ou d'élection * qu'en vertu de son mariage avec Bianca , que son sexe et l'illégitimité de sa naissance semblaient exclure de la succession de son père.

Dans la crainte de distraire l'attention du lecteur Aifcire* <u par des transitions trop fréquentes , j'ai suspendu Na*>lc,> pendant quelque temps l'histoire domestique d'un royaume qui pendant les quatorzième et quinzième siècles joua un grand rôle dans les combinaisons générales de la politique de l'Italie. Il faut nous reporter à des temps plus éloignés pour reprendre le fil de l'histoire de Naples. Mainfroi et Conradin 1272. n'étaient plus : Charles d'Anjou, désormais sans rival , pouvait figurer au nombre des principaux souverains de l'Europe. Maître de la Provence et de Naples, et efcef de la fcetion des Guelfes en Italie, il faisait déjà des préparatifs formidables contre l'empire grec , lorsqu'une révolution mémorable qui éclata en Sicile vint humilier les dernières années de son règne. Un Napolitain • dont les biens Révolte de

avaient été confisqués à cause de son attachement au parti de Mainfroi) Jean de Procida, nourrissait ,

pendant les longues années de l'exil, une haine implacable contre la maison d'Anjou. Retire dans les états #de Pierre III, roi d'Aragon, qui lui avait accordé des propriétés dans le royaume de Valence, il avait l'œil continuellement fixé sur Naples et la Sicile. Les affaires de Naples. ne se présentaient pas sous un aspect favorable : les Gibelins étaient écrasés, et les principaux barons du royaume étaient

Français de naissance ou d'inclination. Mais la Sicile

se trouvait dans un état bien différent. Inaccoutumée à un gouvernement violent , elle se voyait traitée en pays conquis; les Français avaient mis des garnisons dans toutes les places fortes, et leur système d'oppression était encore aggravé par leur conduite indiscrète à l'égard des femmes, défaut qui a toujours caractérisé ce peuple, et que ne saurait souffrir l'Italien jaloux. Caché sous des vêtemens empruntés, Jean de Procida parcourut l'île, et inspira à tous les barons Tespoir de leur future délivrance. Sous un semblable déguisement, il se rendit auprès du pape Nicolas III, qui voyait d'un œil jaloux les nouveaux souverains de Naples, et qui approuva/le plan d'insurrection 5 à la cour de Constantinople, dont il obtint facilement des secours pécuniaires 5 et auprès du roi d'Aragon , qui employa cet argent à équiper une flotte qu'il fit croiser sur les côtes d'Afrique, sous prétexte d'attaquer les Maures. Il est cependant difficile de distinguer aujourd'hui les effets de la conspiration ourdie à l'avance de ceux d'une vengeance soudaine. Ces intrigues, si habilement conduites, n'avaient point encore

( Zl5 )

éclaté-; mais tout était prêt , lorsqu'un outrage fait à une dame de Païenne, la veille du Pâques, pendant une processiou , excita le peuple ù un massacre VènnHutMgénéral des Français qui se trouvaient dans l'île, m "' massacro horrible auquel on a donné le nom de ytiprtM Siciliennes, Ce mouvement de fureur populaire n'était sans doute pas prémédité ; mai*, par le plus heureux des hasards , il a'adaptait parfaitement au plan de la conspiration. Le roi d'Aragon était prêt avec sa flotte; les Siciliens l'appelèrent bientôt à leur secours: il débarqua à Palerme, et accepta la couronne. Jean de Procida offre un exemple remarquable d'une vérité que l'orgueil des gouvernemens leur permet rarement de reconnaître; c'est qu'un individu obscur et sans moyens appareil* peut quelquefois, par son courage et sa persévérance , parvenir i ébranler les fonde mon s d'un état; et le profond mystère qui enveloppa ses intrigues prouve en même temps, contre un*) maxime populaire , qu'un secret politique peut Être gardé par un certain nombre de personnes , et pendant un espace de temps considérable (i).

La plus grande partie de l'Europe civilisée se Ouwaài*

Fumi'tMHl'A (i) Giannouo a bien dderit le* plans de Jean de Procida \ mai* , l "fton' «uivttut ion habitude , ou plutôt mivant celle de Coëtanw, quHI imite tn tout point, il gliifle *ur le* fait* principaux, mi ti*eii parle tn4me pai. Par exemple* , il néglige ou dtWiguro le* oirrmi- «UmceajelaUvasaux Vdpre* Sicilienne*» et considère toute l'insur rrrtÎHit comme le résultat d'un complot arrâtii. JVun autre oôtd, Ni* roltt* Spécial!*, ouleur contemporain» qu'on peut, couiultor dau*lt* wptiAutti volume de la collection de Muratoit, reprtWutu cet «ivriictneut accidentel, l'outrage commis eaver* une dtmnj ilan«.

( *ltf )

trouva intéressée ou engagée dans les longues guerres qui suivirent cette révolution. Philippe III , roi de France , embrassa la cause de son oncle , et le roi d'Aragon fat contraint de combattre dans ses propres états pour la possession de la Sicile. C'était en effet le point d'attaque le plus favorable à ses ennemis. Sur les mers , Pierre avait la supériorité. Ses Catalans , les meilleurs marins de la Méditerranée , étaient guidés à la victoire par un réfugié de Galabre, Roger de Loriai, le plus grand homme de mer que l'Europe ait produit jusqu'au siècle des Blake et des Ruyter. Dans une des batailles livrées par Loria, le fils aîné du roi de Naples fut fait prisonnier, et passa dans la captivité les premières années de son propre règne. Mais l' Aragon , malgré oes avantages, ne pouvait lutter centre les armes de la France , auxquelles s'étaient jointes les forces de la Castille , soutenues par les foudres du Vatican. Pierre III avait légué la Sicile à Jacques , son second fils : en ne pouvait raisonnablement espérer que l'aîné, Alphonse, roi d'Aragon, sacrifiât son héritage pour soutenir la cause de son frère : et les barons de cet état libre étaient loin de désirer la prolongation

les rues de Païenne, comme Panique cause des Vêpres Siciliennes. Il prétend que les Siciliens ne songèrent à solliciter le secours du roi d'Aragon que lorsque Charles commença le siège de Messine; mais cette Tergion est également fausse. Gibbon , en parlant de cette réVolution , a commis quelques erreurs qu'il est rare de «eucontrer dan* un historien aussi exact s c'est ainsi qu'il donne a Constance, épouse de Pierre , le tîtçe de sœur, au lieu de celui de fille de Mainfroi. Vclry a bien traité ce sujet, Histoire de F ratifie , t. 6.

( **7 ) d'une guerre qui n'avait pas l'intérêt de la nation pour objet. Alphonse fit donc la paix an 1&95 , et s'engagea Rappeler tous le* Aragonaisqui terraient m Sicile. Il mourut bientôt après} et Jacques, qui lui sucera au trône d'Aragon , ratifia Pacte de renonciation à la Sicile. Mais l'esprit d'indépendance avait poussé des racines trop profondes dans les cœurs des Siciliens pour qu'on pût trafiquer de leurs libertés par des traités* Après s'être solennellement déliés de leurs serment enyera le roi d'Aragon par l'organe de leurs ambassadeurs , ils placèrent la couronne sur la tête de son frère Frédéric. Ils soutinrent la guerre contre Charles II de Naples, contre Jacques d'Aragon > leur ancien roi, qui s'était engagé k les réduire A l'obéissance , et même centre l'illustre Roger de Loria , qui , s'étant brouillé avec Frédéric, abandonna leurs drapeaux , et passa au service de Naples. On conclut enfin une paix en i3oo , sous la condition que Frédéric conserverait pendant sa vie la jouissance du royaume , qui à sa mort retournerait à la couronne de Naples, condition dont IV xéontion était peu probable.

Charles II, roi de Naples, étant mort en i3o5, il s'éleva une contestation relativement à sa succession. Son fils afoé , Charles Martel , appelé au trône d<* Hongrie comme héritier de sa mère , avait laissé ♦»n mourant un fils nommé Carobert, qui régnait alors eur ce pays. Suivant le principe do la représentation t qui était alors asaee généralement admit pour les successions ordinaires, la couronne de Naples «tait régulièrement dévolue à ce prince j elle

Robert, roi lui fut contestée par son oncle Robert, l'aîné des aP es- gjs vivans de Charles II , et la cause fut plaidée par des jurisconsultes à Avignon , et devant le pape Clément V, suzerain du royaume de Naples. Des raisons d'utilité publique prévalurent, à ce qu'il parait, sur les argumens puisés dans la loi , et la décision du pontife fut favorable a Robert (i). Son régne confirma la sagesse de ce jugement. Prudent et actif , sans être personnellement un prince belliqueux, Robert maintint la supériorité des Guelfes et l'influence des papes liés à cette faction contre la ligue -formidable des Gibelins usurpateurs de la Lombardie, et contre les empereurs Henri VII et Louis de Bavière. Il ne laissa pas après lui d'enfans mâles, et sa couronne passa sur la tète de Jeanne, sa petite-fille. Elle avait épousé f lorsqu'elle était encore en bas âge, son cousin André, fils de Carobert , roi de Hongrie , qu'on élevait avec elle à la cour de Naples. Cette union d'heureux augure, et qui semblait devoir éteindre toutes prétentions relatives à ce royaume , fut la source des guerres civiles et des calamités qui affligèrent les Napolitains penjeanne. dant un siècle et demi. André avait des mœurs bard'A^dr?sisou bares, plus dignes de son pays natal que de la cour qxmx. polie où il avait été élevé. Il s'abandonna à la société

1 040. jes UQugrQÎs j qUi ju; persuadèrent qu'une couronne acquise par un mariage, et un sceptre reçu des mains d'une femme , étaient indignes d'un prince tjui pouvait les réclamer en vertu de ses droits héré-

(1) Giaouone , 1. 22; Summonte, t. 2 , p. 370. Quelques jurisconsultes du temps approuvèrent cependant la décision du pape*.

ditaires. Il sollicitait en effet de la cour d} Avignon la permiêaion de se faire couronner ( ce qui eût singulièrement compromis les droits de la reine son épouse, avec laquelle il vivait mal ), lorsqu'une nuit il fut saisi , étranglé et jeté par une fenètoe de son ' "ï

palais. La voix° publique , a défaut de preuves no* toires, désigna Jeanne comme l'auteur de ce crime mystérieux. 11 n'est peut-être rien qui justifie l'assurance avec laquelle les historiens ont en général parlé de la complicité de cette princesse ; mais je n'oserais me hasarder à trancher la question et k casser leur sentence. Les circonstances qui accompagnèrent la mort d'André laissaient sans doute planer de graves soupçons sur la tête de son épouse (1). Louis , roi de Hongrie * frère d'André , prince juste et sévère , envahit le royaume de Naples en conque* rant et en vengeur de son frère. La reine, accompagnée de Louis de Tarente, son nouvel époux, s'enfuit en Provence , où elle fut déclarée innocente

(t) La Chronique de Dominique de Graviiut (Script. Rurum iial., t. la) partit être la meilleure autorité que nous ayous pour les circonatancti qui m rattachent k la mort d'Audré \ et après l'avoir relue plut d'une fois, je ne soumis fixer mou opinion sur cet éventaient confus et mystérieux. Ou doit observer que Gruvinn 9e prononce fortement contre la reine. Il y a cependant lieu de présumer que Charles , duc de Duranto , qui uvnit épousé la sceur do Jeeune, n'était point étranger à ce meurtre. Il Ait en effet mis a mort par le roi de Hongrie , comme convaincu de ce crime. Mai* s'il était coupable , il n'est pas probable que Jeanne le fût atiasi , car elle était très- mal avec lui ; et ceci est tellement vrai, que les plus fortes preuves qu'on ait produites contre elle •ont tirées de ï'ouquéto que Dtiraaao lui-même affecta d'établir. Dr* aveux arrachés par les tortures ne méritent pas plus de confiance aux yeux de l'historien qu'ils no devraient en obtenir eu

par le pape Clément VI , à la tuile d'a&e enquête solennelle, «non impartiale. Cependant Louis trouva que le royaume de Naples était plus difficile à conserver qu'à conquérir ; et Jeanne recouvra bien* tôt sa couronne. Elle continua de régner pendant trente ans, sans être inquiétée par aucun ennemi, mais aussi sans intervenir, comme avaient lait ses ancêtres , dans les affaires générales de l'Italie. Quatre fois mariée , elle était restée sans enfans, et sa succession commença i exciter d'ambitieux projets. De tous les descendans mâles de Charles It il ne restait que le roi de Hongrie, et Charles, duc de Durazzo , qui avait épousé la nièce de la reine , et que Jeanne elle-même considérait comme son héri tier présomptif. Mais, irrité du mariage de cette princesse avec Othon de Brunswick, Charles appela une armée hongroise , avec laquelle il envahit le royaume, s'empara de la personne de la reine, et prit possession du trône. 11 était secondé dans cette

justice ; en admettant, ce que nous ne pouvons faire ici, que nous eussions la certitude qu'il ait été jamais lait de semblables aveux. Je ne prétends point absoudre Jeanne; j'ai seulement voulu faire remarquer l'incertitude qui règne dans tonte cette affaire , à cause de l'assurance avec laquelle tous les historiens, i l'exception de ceux de Naples et de l'abbé de Sade (dont la défense, Vie de Pétrarque ,L a, notes, fait pins de tort <roe de bien à cette princesse ), loi ont attribué l'assassinat nVAndrr comme un crime dont elle aurait ordonné l'exécution eu plein jour.

Ceux qui croient à l'innocence de Marie , reine d'Ecosse , peuvent , indépendamment de la ressemblance frappante qui existe entre l'histoire de ces deux reines , et qu'on a souvent leniaxvxac? trouver un sujet de rapprochement pins particulier entre le fin de Durazzo et le comte de Murray.

entreprise par Uritefa VI, contre lequel Jeanne s'était malheureusement déclarée dans le grand schisme de l'Eglise. Elle lut; par ordre de Charles, étouf- 1378. fée sous un oreiller dans sa prison. Des assertions calomnieuses , vaguement répétées , ont flétri la mémoire de Jeanne. Quelque part qu'elle ait pu avoir au meurtre de son mari (et certes les circonstances étaient de nature à atténuée l'énormité du crime ), sa vie postérieure ne fournit matière à aucun reproche grave/ On a souvent déclamé contre la eorntptùm de ses mceurs j mais cette accusation n'est ippuyé* sur aueton fait positif , ni canf srmée par le imoignage de ses oontemporains.

Jeanne, pressée de toutes parts , avait invoqué Maison d'A*les secours trop éloignés pour arriver a tempe.' Elle ,ou* idopta Louis d'Anjou, l'atné des oncles du jeune km de France Charles Yly pour son* héritier au rône de Napèes et an courte de Provence. L'exé* • «tien de eette dernière partie de la donation n'étrouva aucune difficulté. Quant au royaume de Saples, il était entièrement au pouvoir de Charles» le Durasao. Louis se présenta cependant en Italie à a tête d'une armée formidable où l'on comptait au noms 3©,ooo hommes de cavalerie, et, suivant [oelques écrivains, plus du double de ce nom* ire (1). Plusieurs barons napolitains , attachés à la eue reine, se joignirent à lui; mais, par une fatalité *ui n'est point extraordinaire dans l'état imparfait. te la science militaire , ces préparatifs ne produisi-

(1) Bffurmtori, Swmncmte, Gostamo.

rent pas Peflet qu'on pouvait en attendre : les maladies et le manque de vivres détruisirent cette armée. Louis étant mort lui-même peu de temps après , Charles II l, affermi sur son trône, se lais» séduire par l'offre de la couronne de Hongrie: cette entreprise était aussi injuste .qu'impolitique ; il périt assassiné. Ladislas, son fils, âgé de dix ans, lui succéda au trône de Tfaples , sous la tutelle de Marguerite , sa mère : les exactions pécuniaires dt cette princesse ayant excité du mécontentement, If parti qui avait soutenu le feu due d'Anjou devint assez puissant pour appeler son fils. Louis II, c'était son nom, régna pendant plusieurs années ■» Naples, et sur la plus grande partie du royaume -, \* jeune roi Ladislas, qui conservait quelques-unes d< provinces septentrionales , avait fixé sa résidence < Gaëte. Si Louis eut poussé la guerre avec vigueur. * il est à présumer qu'il aurait fini par soumettre son rival; mais il manquait d'énergie. Ladislas, au contraire , déployant des qualités bien supérieures a mesure qu'il croissait en âge , gagna peu-â-peu d'i terrain , jusqu'au moment où les barons du part: d'Anjou, voyant que la fortune avait changé, passèrent sous ses bannières et lui assurèrent la possession de tous ses états.

J.y.iiiks. Le royaume de INaples était encore, à la fin dj

quatorzième siècle, un gouvernement féodal L premiers rois normands y avaient introduit << système, que la dynastie d'Anjou avait plutôt conso lidé qu'affaibli. Les princes de cette famille, do:'! le nombre fut, à une certaine époque, assez consid-

mble, obtinrent de vastes domaines à titre d'apanages : la principauté de Tarente formait seule une grapde partie du royaume (1) 5 le reste était entr4 les matas -de quelques grandes familles , qui montraient leur force et leur orgueil par le nombre de gens d'armes qu'elles pouvaient rassembler sdus leurs bannières. En i3yo, les Sanseverini se présentèrent au couronnement dé Louis II , avec dix* huit cents hommes de cavalerie complètement équipés (a). Cette illustre maison, qui avait occupé toutes les hautes dignités de l'état, et changé les rois à son gré, fut écrasée par Ladislas, que la hardiesse et la vigueur de son caractère appelaient à abattre Jes têtes de l'hydre aristocratique. Après avoir solidement établi son gouvernement intérieur, ce monarque ambitieux employa ses grandes ressources à des conquêtes étrangères. Les états de l'Eglise n'avaient jamais. été à l'abri des révoltes ou des isurpationsj mais les souverains légitimes avaient lusqu 'alors respecté le patrimoine du chef de la religion. C'était à Ladislas, vassal du saint-siége, qu'il ftait réservé de s'emparer de Rome comme d'une (épouille qui lui appartenait. A la faveur du désor- Irc causé dans l'Eglise par le schisme et par les

( 1 ) Efle comprenait le* provinces maintenant appelées Terre 'Otrante et Terre de Bari, avec une partie de ceJles qui leur taie ut adjacentes. Sununonte , Istoria di Napoli, t. 3, p. 5'Sj. rsini, prince de Tarente qui mourut en i46*3, avait quatre Bile hommes de troupes, et un mobilier évalué a un million de Brins. Sianiondi, 1. 10, p. i5i.

'a) Summonte, t. 3, p. 5ij\ Giannone, 1. 24 , c. 4.

moyens employés pour l'éteindre, le roi de Nnples occupa pendant plusieurs années une grande partir jdu territoire du pape. Il se disposait a pousser as conquêtes vers le nord, et à attaquer la république de Florence, et peut-être les étals de la Lombardic, lorsque sa mort délivra l'Italie du danger de cette nouvelle tyrannie.

Juant il. Jeanne II , sœur de Ladislas, princesse déjà avancée en fige , lui succéda au trône de Naplea. Sous cette reine , sans courage comme sans génie, esclnvr de go&ts que son âge rendait inexcusables, le royaume retomba dans cet état d'anarchie d'où son dernier souverain l'avait tiré. Pour ce qui concerne les premières années du règne de Jeanne , je m contenterai de renvoyer le lecteur aux histoim

• plus détaillées. En 14*1 > les deux hommes h

plus puissans de l'état étaient Sforce Attendolo, grand connétable, et Ser Gianni Caraccioli , rnnnnt de la reine, qui exerçait dans le palais un pouvoir illimité. Sforce, instruit que le favori méditait m perte , et , se rappelant les emprisonnemens qu'il avait plus d'une ibis subis depuis l'avènement de Jeanne, résolut de prévenir ses ennemis, en npp<tant un nouveau prétendant a la couronne, un auln Louis d'Anjou, le troisième de cette malheumiM dynastie. Le parti d'Anjou, proscrit et opprinun'était pas éteint s la populace de Naples surtout lu avait toujours été attachée. L'influence de Cura' <;ioli, et les faiblesses honteuses de la reine, avait'" excité le mécontentement de la noblesse. Louis II pouvait donc espérer un succès facile. Mais Car«<

de Sicile.

cioli était plus prudent que ne le sont ordinairement les favoris qui doivent leur élévation & la même cause. Jeanne était vieille et sans enfans; il n'était pas un prince en Europe pour qui la réversion de ses états ne fût un objet précieux. Mais il n'en était aucun qui fût aussi capable de l'aider , ou aussi fa- Adoption cile à se laisser influencer par l'espoir de sa succès- d'Aragon. sion qu'Alphonse, roi d'Aragon et tle Sicile. La Affûtes Sicile , après la mort de Frédéric I , son libérateur , était malheureusement tombée en partage à des princes faibles' ou en bas âge. Une famille puissante , les Chiaramonti , s'étaient emparés de la moitié de 111e; ils ne prétendaient pas la tenir à titre de fief, : comme cela se pratiquait dans les antres royaumes, mais y exercer une espèce de contre-souveraineté en opposition à. la couronnes ils affectaient cependant de faire la guerre aux conseillers de leurs rois plutôt qu'à leurs rois eux* mêjnes. L'union de Marie , reine de Sicile, avec Martin , fils du roi d'Aragon , porta un coup fatal à l'indépendance nationale de cette île. Marie, décédée sans postérité , laissa la couronne à son époux. Il paraît que cet usage était admis dau& quelques parties de l'Europe. Mais Martin étant mort en i4°9> son père, aussi nommé Martin , roi d'Aragon, -en prit possession, comme héritier de son fils , sans attendre les suffrages du parlement de Sicile. Les Chiaramonti avaient été détruits par le jeune Martin, et il ne restait aucun parti capable de lu^pésister. C'est ainsi que la Sicile fut réunie à la couronne m. i5

d'Aragon. Alphonse t qui régnait alors sur ces deux états j accepta avec joie les propositions de la reine de Naples : il est vrai qu'elles reposaient sur la base la plus solide^ l'intérêt mutuel. Elle adopta Alphonse pour son fils et successeur) et Alphonse s'engagea à consacrer ses armes à la délense du royaume qui devait un jour lui appartenir. Louis d'Anjou y bien que reconnu dans plusieurs provinces 9 devait compter principalement sur les troupes de Sforce ; et) pour retenir sous les drapeaux une armée de mercenaires italiens, il fallait des moyens qu'il n'avait pas. La guerre se présentait donc sous un aspect beaucoup plus avantageux pour le roi d'Aragon , lorsqu'une des nombreuses révolutions de ce règne vint déjouer tontes ses espérances. Soit que le caractère noble et affable d' Alphonse offrît un contraste que Jeanne craignait de présenter au peuple, soit qu'il eût en effet conçu le projet de hâter le moment de son avènement au trône, la reine devint de plus en plus défiante à l'égard de son 61s adoptif : une rupture ouverte L'adoption ayant enfin éclaté) elle traita avec Louis d'Anjou, fwur ° de son rival) et) révoquant l'adoption d'Alphonse, lui jou"8 substitua le prince français. Le roi d'Aragon fut dé-

concerté par ce coup imprévu , qui, ré nissant la faction d'Anjou avec le parti attaché à la famille régnante ) le mettait dans l'impossibilité de se maintenir dans le royaume. Jeanne régna pendant plus de àjf> *n$ sans avoir rien k redouter du caractère pacifique de Louis, qui , satisfait de sas espérances ,

vivait en Calabre dans une espèce d'exil (i). Ce prince étant mort, la reine, qui ne lui survécut pas long- temps, disposa de la couronne en faveur du prince Régnier j frère de Louis. Les Napolitains • étaient , eo général, disposés a respecter la volonté de leur reine ; mais malheureusement Régnier était alors prisonnier dn duc de Bourgogne. Son épouse , il est vrai, soutint ses droits avec beaucoup d'énergie} mais il . était difficile pour elle, et même pour loi , de lutter contre le roi d'Aragon , qui fit aussitôt valoir ses prétentions sur le royaume. Après une guerre de quelques années , Régnier , trahi par des amis lâches et égoïstes , fut contraint de céder à son adversaire f et Alphonse établit sur le trône de NapJes la dynastie d'Aragon : ses droits étaient plus spécieux que justes ; il les faisait dériver dé Main»

(1) Le grand favori de Jeanne , Caraccioli , fut , quelque temps «Tant la mort de aa maîtresse , victime d'une intrigue de cour; la duchesse de Sessia , aouveUe favorite , obtint de la faiblesse de Ja vieille reine l'ordre de son assassinat. Alphonse avait alors tout lieu d'espérer le renouvellement de l'acte fait en sa faveur. Caraccioli lui - même avait entamé des négociations avec le roi d'Aragon ; et , après sa mort , la duchesse de Sessia s'intéressa également en laveur de ce dernier. Jeanne alla jusqu'à révoquer secrètement l'adoption du duc d'Anjou. Cette circonstance paraîtra peut-être extraordinaire ; mais l'historien auquel je me réfère a publié cet acte de révocation qui porte la date du 11 avril *433. Znrita , Anales de Aragon, t. 4> p- 217, convient qu'aucun autre écrivain, contemporain ou postérieur, n'a parlé de cette affaire , qui dut être tenue très -secrète \ mais son autorité est d'un si grand poids , que j'ai cru devoir faire remarquer ce lait malgré le peu d'intérêt que les intrigues de cette époque peuvent offrira là plupart des lecteurs. Jeanne changea bientôt d'idée , et ne fit plus désormais aucune démarche publique en saveur d'Alphonse.

froi, de la maison de Souabe , et de Roger Guiseard (i).

Alphonse , Dans la première année de la guerre de Naples , Alphonse avait ete battu et tait prisonnier par une flotte génoise. Les Génois, ennemis constans des Catalans dans toutes les guerres de la Méditerranée , s'étaient jetés volontairement dans le parti d'Anjou* Gènes était alors sujette de Philippe- Marie , duc de Milan , et le roi prisonnier fut envoyé à sa cour 5 mais Alphonse , par ses manières brillantes et aimables , séduisit son vainqueur , qui n'avait aucun motif pour considérer cette guerre comme une affaire qui lui fût personnelle. Le roi lui persuada v au contraire qu'il était de l'intérêt de Milan et qu'il importait à sa sûreté de voir une dynastie aragonaise établie à Naples, et de s'allier étroitement à elle pour repousser les prétentions des Français. Alphonse était entré captif dans cette ville ; il en sortit en ami et en allié* Dès-lors Philippe-Marie ^Rjjjj£e Visconti et Alphonse , fermement unis dans leurs intérêts politiques , formèrent dans la balance des puissances de l'Italie le contre-poids des républiques

(i) Suivant un traité conclu , en i363, entre Frédéric HI, roi de Sicile , et Jeanne I de Naples, Frédéric devait prendre le titre de roi de Trinacria , et laisser aux souverains de Naples leur ancienne dénomination. Mais ce prince et ses successeurs ne se soumirent jamais à cette convention , et ne prirent jamais d'autre titre que celui de roi de Sicile ultra P ha ru m, par opposition à l'autre royaume, qu'ils appelaient Sicile citra Pkarum. Alphonse d'Aragon, en réunissant ces deux royaumes, prit le titre de roi des Deux Sicile s, que ses successeurs ont toujours conserve' depuis, Giannone , t. 3, p. 234.

( **9 ) de Venise et de Florence, L'avènement de Sforce au trône de Milan n'interrompit point cette union. Sforce avait des motifs encore plus pu «sans que son prédécesseur pour écarter les Français de l'Italie, puisque êea droits sur le Milanais lui étaient contestés par le duc d'Orléans , qui élevait des prétention* à cet héritage comme petit-fils de Jean-Galéas Visconti, par Valentine sa mère. Mais les deux repu» bliques n'étaient plus disposées à la guerre. Florence avait, dans sa querelle avec Philippe-Marie , dépensé, sans aucun fruit des sommes immenses (1) ; et le nouveau duc de Milan avait toujours été l'ami personnel de Côme de Médicis, qui exerçait la plus grande influence dans la république. Venise avait 7 il est vrai , manifesté des sentimens bien différens à l'égard de Sforce. Après son élévation , le sénat, le considérant comme un voisin non moins ambitieux et plus formidable que les Visconti , avait poursuivi avec plus d'acharnement la guerre contre Milan: mais Venise avait mal jugé ce prince. Satisfait d'avoir atteint un degré de puissance au-delà des espérances* de sa jeunesse, Sforce s'occupait uniquement d'assurer à sa famille la possession du Milanais, sans songer à troubler la Lom hardie. Personne mieux que lui ne connaissait le caractère perfide et la funeste politique des condottieri, qui trouvaient leur intérêt dans Içs fluctuations d'un état de guerre permanent, et qui, par Uur défection, pouvaient ébranler les

(i) La guerre, qui se termina par la paix de Ferrare, en i4»8, rrjuta, dit-on, troii millions cinq cent mille florins à la république de Florence. Ammirato, p. io*p»

gouvernemens les plus solidement établis. La paix seule devait détruire ce désastreux système, et accoutumer les peuples à ne compter que sur leurs ressources naturelles. Venise ne pouvait guère prétendre à de nouvelles conquêtes en Lombardie; et lors même que son ambition lui en eut inspiré le désir, elle aurait écouté la voix d'un intérêt plus puissant, celui de sa propre conservation : il lui fallait défendre contre les armes de Mahomet U ses nom- Ouadra le ^reiwes possessions éparses dans le Levant. L'Italie ligue de 1455. |OU| entière sentait les dangers qui la menaçaient de ce coté • et ces différens motifs amenérent en i455 une quadruple alliance entre le roi de Naples , le duc de Milan , et les deux républiques , pour le maintien de la paix en Italie. Un des objets de cette alliance , et le principal objet pour Alphonse, était d'assurer à Ferdinand, son fils naturel, la succession au trône de Naples. Alphonse n'avait pas d'enfans légitimes, et il n'y avait pas- de raison pour qu'âne conquête» dont il n'était redevable qu'à son épée, passât, contre sa volonté , à des héritiers collatéraux. Le pape , en qualité de suzerain du royaume, et le parlement de Naples, le seul tribunal compétent, confirmèrent à Ferdinand l'héritage de son père (1). Quelque opinion que l'on puisse avoir sur les prétentions de la maison d'Anjou , il est constant que la famille régnante d'Aragon était légitimement exclue de ce trône, où elle parvint à s'établir par la force et la trahison.

(1) Gianuone, 1. 36, c. a» *

Alphonae, surnommé le Magnanime, fat, sans portrait a*Aicont redit, le monarque le plus accompli du quia- Phonae' zième siècle. Modèle des vertus chevaleresques, il fut aussi le protecteur des lettres, et eut même pour elles un enthousiasme sincère : passion rare chez les rois , plus rare encore dans un roi si actif et si ambitieux (1). Cet amour de la littérature était aux yeux des Italiens de cette époque un titre presque aussi sûr à l'admiration générale que ses qualités chevaleresques. Desplendides monumens d'architecture et le luxe d'une cour brillante donnèrent un nouvel éclat â son règne. Les Napolitains remarquèrent avec une reconnaissance mêlée d'orgueil, qu'il préférait le séjour de Naples à celui de ses états patrimoniaux, et lui pardonnèrent les taxes énormes que leur coûtèrent sa prodigalité et son ambition, défauts alliés de près à ses vertus (2) . Mais ils voyaient dans son fils un caractère bien différent: autant Alphonse était affable et généreux, autant Ferdinand était sombre et rindi- Ferdinand. eatif. Aussitôt qu'Alphonse fut mort, les barons, auxquelsle caractère de son filsétait bien connu, commencèrent k former des intrigues pour l'écarter du trône de Naples. Ils jetèrent d'abord les yeux sur la branche légitime de la famille, et, ne trouvant rien à espérer de cec6té,ilseurentrecoursàJean,ductitulairede Gala* 1461. bre, fils de Régnier d'Anjou, qui avait survécu pour

(1) On rapporte (je ne garantis pas l'autbftittaHé du fait) que le seul plaisir d'entendre lire Quiale-Curce guérit le roi d'un» maladie sans le secours d'aucua autre remède. Tiraboschi cite d'an 1res preuves de son amour des lettres , t. 6 , p. 4°'

(a) GÛLBDO&e, 1. 96.

protester contre la révolution qui Pavait détrôné. On persuada facilement à Jean d'entreprendre la conquête de Naples. Malgré le traité de i455 , Florence l'aida de ses trésors, et Venise au moins de ses vœux: Sforce resta fidèle à son alliance avec Ferdinand, alliance que sa prévoyante politique considérait comme la plus sûre garantie de sa propre dynastie. Un grand nombre de nobles napolitains, parmi lesquels on comptait Orsini , prince de Tarente , le pins puissant vassal de la couronne , arborèrent la bannière d'Anjou , que soutint aussi le plus jeune Piccinino , le dernier des grands condottieri, sous les ordres duquel coururent se ranger les vétérans des guerres précédentes. Mais Jean éprouva le sort inévitablement réservé à sa famille depuis qu'elle combattait pour la possession de ce trône. Après quelques brillans succès , abandonné par les Génois sur lesquels il avait compté comme anciens ennemis de la maison d* Aragon , les barons de son parti s'aperçurent de son embarras, et, suivant l'usage de leurs 1464* ancêtres, se soumirent l'un après l'autre à Ferdinand.

But de 11. Après cette guerre de Naples, la paix de l'Italie

talie vers U fin r , • . , .. . .,, . , .

du quinzième fut plusieurs années sans être troublée, si ce n est par quelques révolutions domestiques (&). Les politiques même les moins clairvoyans se sentaient quel-

(1) La répartition suivante d'une taie de quatre ceut cinquantehuit mille florins imposée, ou plutôt proposée en 1464 pour subvenir aux frais d'une guerre générale contre les Turcs, donne uue idée des ressource* et de l'opulence relative des différentes puissances de l'Italie. Mais il est probable que le pape ae Usa

qnefois détachas défi considérations d'intérêts parti* entiers par les progrès effrayans des Turcs; mais il n'y avait pas assez d'énergie dans leurs conseils pour leur permettre de concerter un plan général de défense. Venise , attaquée dans ses possessions maritimes en Grèce et en Albanie , soutint contre Malomet II une guerre longue , mais malheureuse dans ses résultats : et ce ne fut qu'après que la mort de ce prince eut délivré l'Italie delà terreur qu'inspirait son nom, que l'ambitieuse république chercha à 1482. étendre son territoire aux dépens de la maison d'Esté* Milan avait paru peu disposée à s'agrandir. Fran-

an-dela de son contingent proportionnel. Il devait payer cent mille florins ; les Vénitiens autant ; Ferdinand de Naples , quatrevingt mille; le duc de Milan , soixante-dix mille; Florence, cinquante mille ; le duc de Modène, vingt mille; Sienne, quinze mille; le marquis de Mantoue, dix mille; Lucques, huit mille; le marquis de Montferrat , cinq mille. Si-mondi , t. 10 , p. «39. On trouve , p. 307, un autre exemple d'une semblable taxe; mais les proportions ne sont pas tout-à-fait les mêmes.

On lira peut-être avec plaisir un extrait des vies des doges de

Venise , par Sanuto , p. 963 , où l'auteur donne un aperçu de la

force de toutes les puissances de la chrétienté vers l'an i4^4-

Quelques parties de cette évaluation me paraissent cependant

très-douteuses, « Le roi de France , dit-il , peut lever trente mille

•» gens d'armes ; mais pour une expédition étrangère , seulement

» quinze mille. Le roi d'Angleterre a les mêmes moyens. Ces

a» deux puissances sont parfaitement égales; autrement Tune des

»> deux serait détruite. Le roi d'Ecosse , ch'è signore dl grandi

» paesi e popoli con grande povertà, peut lever dix mille gens

» d'armes; le roi de Norwége autant; le roi d'Espagne ( Castille),

a» trente mille; le roi de Portugal, six mille ; le duc de Savoie ,

» huit mille; le duc de Milan, dix mille. La république de Ve-

» nise peut, au moyen de son revenu, en prendre dix mille a

» sa solde; Florence, quatre mille; le pape, six mille. L'empe-

i> reur et l'Empire en peuvent lever soixante mille; le roi de

çois Sforce ( tel es! le sort de» gonvwnemena despotiques ) avait en pour successeur spn fils Galéas, tyran plus exécrabl- encore que le pins otlieui dej Viaconti. Se* épouvantables cruautés , et ses débauches effrénées, auxquelles il se faisait attire d'immoler publiquement l'honneur des familles , excitérent quelques hommes hardis à l'assassiner. Les Milanais recueillirent le trait de ce tyrannicide, mais n'eurent pas le courage de protéger leurs libérateurs. La régence de Bonne de Savoie , mère du jeune duc Jean Galéas, fut distinguée par la sagesse et la mo-

» Hongrie, quatre- vingt mille. •> ( Sanuto oc vent sans doute pus parler ici rie gens d'armei-.)

m La roi de France avait, en i+' + . ■■ réseau de deux milb bons de ducats; il n'en * maintenant que la moitié. Le toi n d'Ancleterre en avait alors autant ; il n'a put aujourd'hui que s sept cent mille durai*. Les guerre* (ml également réduit le b reveuu du roi d'L&psgi» <i> trois million* à huit ceut mille- - Le duc de Bourgogne jouissait aussi de trois millions de do- * cats ; il n'en ■ tujouid'hni que neuf cent nulle. Les revenus du » duc de Milan sont tombes d'un millioa a cinq cent ville; u cenx de Venise, de oasn cent nulle, somme » laquelle ils » s'élevaient en i|iS , i huit cent nulle; ceoi.de Florence, de 11 quatre cent mille i deux ceDt mille. »

Ces calculs statistiques sont surtout remarquable» eo ce qu'ils montrent que les Italiens da quiniiéme siècle commençaient 1 concevoir celte grande idée de traiter toutes les puissances de l'Europe comme parties d'un même système. Les écrits dVLuca; Sjlvius présentent un exemple remarquable de ces grandes vu;; politiques ludépcodjiniHirut des causes générales et insérai Mes . telles que les progrés de l'art de la navigation et la renaissaH" des lettres, on peut encore attribuer cet. effet aux craintes col ibnuelle* excitées par le progrés des armes ottomanes , craintes qui eo u 1 1 lu- i reiit le] politiques de la partie de l'Europe la plnf exposés - attaques à de hautes coiisidéVa lions sur les m-

sources et !<'■. dispositions des états chrétiens.

dé ration* Mais • au bout de quelques années 9 cette princesse fut contrainte de céder le gouvernement à «

Ludovic Sforce, dit le Maure, frère de son époux. Ce prince, tout en proclamant la majorité de son neveu, et affectant de le traiter en souverain, se contraignit i peine dans sa conduite envers les puissances étrangères, anxquellesil laissa voir qu'il s'était emparé dans son seul intérêt des rênes du gouvernement. ' • Parmi le petit nombre des républiques qui survi- Affaire! de

i i i ri a #i Gêne* à cette

raient encore , les annales de Gènes nous offrent , au époque; quinzième siècle, comme dans le précédent, une suite continuelle de révolutions, dont la simple énumération remplirait plusieurs pages. Déchirée par l'éternelle rivalité des Adorni et dés Fregosi , après lesquels paraissaient en seconde ligne seulement les an ciennes familles patriciennes des Doria et des Fiesque, quelquefois tombant, épuisée par ses discordes civiles, sousla domination de Milan ou de la France, : puis tout-à-coup, impatiente du joug étranger, se rejetant de la servitude au sein de l'anarchie , la Gênes d'alors présente un singulier contraste avec son aristocratie calme et régulière des trois derniers siècles* La dernière de ses révolutions qui rentre dans les limites de cet ouvrage fut celle de 1448; c'est alors que le duc de Milan en devint souverain; un Âdorno remplit les fonctions de doge comme son lieutenant.

Florence, la plus célèbre et la plus heureuse des Et de Fiorépubliques italiennes , alors environnée d'un éclat extraordinaire aux yeux de l'Europe, descendait ra-

rence.

pidement du rang qu'elle avait occupe parmi les états libres. U nous faut reprendre l'histoire de cette ville à la révolution de 1082, qui rétablit l'ancienne aristocratie guelfe ou parti des Albizî dans l'exercice de cette puissance dont elle avait été dépouillée par une insurrection du peup]e. Les AJbizi tinrent pendant cinquante ans les rênes du gouvernement sans voir éclater beaucoup de troubles. Lenrs principaux adversaires avaient été erilés, suivant l'usage invariable , et peut-être nécessaire , dans une république. La populace et les artisans des classes inférieures étaient découragés par le peu de succès de leurs tentatives. Maso d' AJbizi, et JNicolas d'Uzzano, qui lui succéda à la tête de son parti, furent, en comparaison des chefs des autres factions, attachés à la liberté constitutionnelle. Cependant il est si difficile pour tout gouvernement qui n'est pas fondé sur le consentement public, d'éviter l'injustice, qu'ils se crurent deux fois -dans la nécessité de violer l'ancienne constitution. En i3o3, à la suite d'un mouvement partiel qui avait eu lieu en faveur du parti vaincu , ils assemblèrent un parlement, et établirent ce qu'on appelait à Florence une halia (1). C'était une délégation temporaire du pouvoir souverain à un nombre, ordinairement assez considérable, de citoyens, qui, pendant la durée de leur dictature, nommaient les magistrats, au lieu de les tirer au sort, et bannissaient les individus suspects. Un précédent aussi dangereux leur lut fatal , ainsi qu'à la

(1) Ammirato, p. 840.

liberté de leur pays* Indépendamment de cette balia temporaire 9 les scrutins périodiques auxquels on devait procéder régulièrement pour remplir le» sacs d'où les noms de tous les magistrats étaient ensuite tirés par la voie du sort, conformément à la constitution de i.Ha8 ; ces scrutins 9 dis-je, furent disposés de manière à exclure tous les ennemis de la faction dominante. Pour plus grande sûreté, on forma en ' 14» i un conseil de deux cent», où Ton n'admit que es personnes qui avaient exercé quelques-unes des iuu tes charges de l'état depuis trente ans , époque Pou datait la grandeinfluencede l'aristocratie : toutes e» propositions devaient traverser cette assemblée iviuit d'être soumises aux deux conseils législatifs (1). ,Wb précautions décèlent un gouvernement qui rejoute l'inimitié du peuple; et si les Albizi eussent mntinué k dominer la république de Florence , leur iraintc jalouse du peuple leur eût suggéré de noueuux changement, et la constitution eût fini par (venir, dans sa forme légale 9 ce qu'elle était dans i prw tique , entièrement aristocratique.

Mau, en écrasant avec une rigueur calculée ses Elévation d«« miemi* déclarés, le parti triomphant avait respecté no famille trop prudente pour laisser aucun pré- *xiv à la persécution , trop riche et trop populaire our qu'on pût la persécuter impunément. Les Méj'ei* étaient une des familles les plus distinguée* de t noblesse nouvelle ou plébéienne. Des les preîicre* années du quatorzième siècle, leur nomeom-

(\) Idgtrt, p, 961.

mence à 6gurer dans les annales civiles et militaire de Florence (1). Sylvestre de Médicis, implique dans une partie de la révolution démocratique , qui dura depuis Tannée 13^8 jusqu'en i38a, échappa à la proscription lors de la renaissance du parti guelfe: mais quelques-uns des membres de sa famille furent bannis. Le parti populaire ne cessa, pendant sa longue oppression , de considérer la maison de Médicis comme sa consolation et son espérance* Cette maison était alors représentée par Jean (a), qui dépensait avec une libérale magnificence d'immenses richesses honorablement acquises dans des opérations commerciales qui avaient déjà rendu son nom célèbit dans toute l'Europe. Ennemi de l'intrigue et doui par caractère • Jean de Médicis n'essaya pas de crétf un parti \ il se contenta de s'opposer à quelque! nouveaux empiètefmens des Albin sur les droits qu< la constitution réservait encore au peuple (3). Ceuxci , de leur côté , l'admirent librement dans les coq-

(1) Villani fait mention des Médicis parmi les che6 de la f>? ticra noire en i3o4 , I. 8 , c. 71 . Un des membres de cette lamiîil fut décapité , eu i343, par ordre du duc d'Athènes, 1. 12 , c. a. ï est étonnant que M. Roscoe paraisse indiquer Je siège de Scarp^ ria en i36i , comme l'époque de leur première apparition dod l'histoire.

(a) Jean n'était pas proche parent de Sylvestre de Médicis. <l dit, en parlaut de leurs familles, perlungo tratto allonta/uim Ammirato, p. 99a. Cependant, Jean ayant été appelé par le sert la charge de goufalonier en î^ai > cet événement 6t une crm>i sensation dans la ville , et prépara la révolution qui suivit. là:. Machiavel, 1. 4*

(3) Machiavel , Zst. fiortnt. , 1. 4.

seils publics, honneur dont il était digne par son rang et ses vertus : c'est une preuve que leur administration notait ni intolérante ni illibérale* Jean étant mort, Côtne deMédicis, son fils, héritier des trésors et de l'éstilne dont avait joui son père, mais doué de plus de talens et d'ambition , jngea qu'il était temps de (aire usage de la popularité attaché© à son nom. Ses liaisons avec la plupart des person* nages marquans de l'Italie, et notamment avec Sforcev le faisaient considérer comme le premier ci* toyen de Florence. L'oligarchie était plus détestée que jamais* Son administration depuis l'an i38a avait été , il est vrai , signalée par de brillans succès $ l'acquisitfon de Pise etd^iutrea villes de la Toscane avait agrandi le territoire de la république, tandis que ses vaisseaux, sortis du port deLifonrne, avaient commencé À faire le cofnmerce avec AJrxandri* , et quelquefois même à lutter avec les Génois (i). Mats une

(i) Ce fur ep 142a que les Florentins expédièrent leur premier bâtiment marchand a Alexandrie. Ils attendirent avec un espoir mêlé d'inquiétude le résultat de cette entreprise. On ordonna des prières pour le succès de la répuldique pur mer, et on envoya une ambassade avec des pré ens pour le sult:<u d«* Bahylofie , c'e?t-àdire du grand Caire. Atnmtrato , p. 9^7. Florence u'avait jamais été si riche. On évaluait, peut-être h tort , l'argent en circulation • quatre millions de florins. Les manufactures de »o e et de drap •d'or étaient plus flurissanlea que jamais. On vit renaître l'arclutrcture sous Bruuelleschi*, les let!res*ous Léonard Aie tin et FUelfo. P. 97?. M. Sifttnondi a observé avec quelque vérité que les jMédjcis avaient emptunté uue paitie de leur gloiie aux hommes qui les avaient précédés dans le gouvernement, a ces mêmes hommes qu'ils renversèrent, et qu'Us ont éclipsés. Mais la guerre de Milan, qui éclata en îfcô , contribua beaucoup à appauvrir la ville.

gmerre malheureuse avec les Lucquois affaiblit une réputation qui n'avait jamais été soutenue par l'amour du peuple. Côme et ses amis s'appliquèrent à aggraver les fautes du gouvernement , qui , après avoir perdu dans la personne de Nicolas d'Uzzano un chef sage et modéré , était tombé enttfe les mains de l'imprudent Renaud d' Albizi. 11 encourut le blâme d'avoir été le premier agresseur dans une lutte déi433. sonnais inévitable. Côme fut arrêté par Tordre d'un gonfalonier dévoué aux Albizi, et condamné a a bannissement. Mais l'oligarchie avait fait trop ou trop peu. La ville était remplie des amis de Côme, et les honneurs qu'il reçut dans son exil manifestèrent d'une manière éclatante les aentimens de l'Italie. L'année suivante il fut rappelé en triomphe à Florence ? et les Albizi furent entièrement renversés. On ne doit pas s'attendre qu'une faction victorieuse s'abstiendra de représailles , et se fera scrupule de traiter ses ennemis avec plus d'injustice encore qu'elle n'en a éprouvé de leur part. Les vaincus n'ont plus de droits aux yeux d'un conquérant. Le glaive des exilés, ramenés par la victoire , aigris par leurs maux, s'appesantit successivement sur leurs ennemis, sur ceux qu'ils soupçonnent de l'être y et sur ceux qui peuvent le devenir par la suite. Les Albia avaient en général respecté les formes légales de leur j république indépendante , ces formes que les bovs

citoyens, et peut-être eux-mêmes, pouvaient espértf de voir un jour plus efficaces. Les Médicis donn rent à tout leur système d'administration une teu< dance à la monarchie héréditaire. Une foule de no

( Mi) ' ■

blés furent chassés da pays ; quelques-uns tnêihe fû* rent mis à mort. Afin d'exclure plus sûrement tous les Albizi des charges publiques , et donner ainsi une nouvelle garantie à la faction dominante* on forma une balia, qui devait suspendre pendant dix ans les institutions légitimes de la république. À l'expiration de ce terme, le pouvoir dictatorial fut prorogé sous prétexte de nouveaux dangers, et cette prorogation fnt six fois renouvelée dans l'espace de vingt-un ans (i). En 1/05 . on laissa reprendre, contre le vœu de quelques membres du parti dominant* Fusage constitutionnel de nommer les magistrats par la voie du sort. Ceux qui s'opposaient à cette mesure avaient d'excellentes raisons pour être jaloux d'une liberté incompatible avec leur usurpation. Les gonfaloniers . pris au hasard parmi, les citoyens respectables J commencèrent à agir avec une indépendance à laquelle la nouvelle oligarchie n'était point accoutumée. Côme, le chef reconnu du parti , remarquant que quelquesruns de ceux qui avaient agi sous ses ordres cherchaient l'occasion de le supplanter, conçut l'idée de rejeter sur eux l'impopularité attachée à une usurpation qui lui avait servi à maintenir son influence. Bientôt, sans sa participation apparente, mais bien suivant son désir secret, la constitution libre fut de nouveau suspendue par une balia, chargée de la nomination des magistrats ; et l'usage de tirer régulièrement les noms au sort, ne fut, je crois, jamais remis en yigueur(a).

(1) Machiavel ,1.5-, Ammirato.

(a) Ammirato , t. 2 , p. 82—87.

Page 1