HISTOIRE DE L'ESPAGNE JUSQU'À LA CONQUÊTE DE GRENADE
Royaume des Visigoths. — L'Espagne conquise par les Maures. — Le peuple espagnol se relève peu à peu. — Les royaumes de Léon, d'Aragon, de Navarre et de Castille, se forment successivement. — Villes de commune en Castille. — Ordres militaires. — Conquétes de Ferdinand III et de Jacques d'Aragon. — Causes qui retardèrent l’expulsion des Maures. — Suite de l’histoire de Castille, — Caractère du gouvernement. — Pierre-le-Cruel. — Maison de Transtamare. — Jean II. — Henri IV. — Constitution de Castille. — Assemblées nationales ou cortès ; — leur composition ; — leur droit de voter les impôts; — leur autorité législative. — Conseil privé de Castille. — Liberté individuelle garantie par les lois. — Vices de la constitution. — Aragon; — son histoire pendant les quatorzième et quinzième siècles. — Querelle de la succession. — Constitution d'Aragon. — Esprit d'indépendance de l'aristocratie. — Privilége d'Union. — Pouvoirs du Justiza. — Garanties légales. — Exemples. — Autres lois conslitulienselles. — Valence et Catalogne. — Union des couronnes d'Aragon et de Castille, par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle, — Conquête de Grenade.
L'msroine de l'Espagne pendant le moyen âge devrait commencer avec la dynastie des Visigoths : cette nation fut une des premières qui assaillirent et renversèrent l'empire romain; et son établissement était antérieur de près d'un demi-siècle à l’invasion de Clovis. Vaincus par ce prince à la bataille de Poitiers, les monarques des Goths perdirent les vastes provinces qu'ils possédaient dans la Gaule,
et transférèrent le siége de leur empire de Toulouse à Tolède. LE 4
6 L'EUROPE A) MOLES AGB.
Mais:les-ennales de ces Barbares ma sereblent si peu dignes dettention, que je ne fatiguerai pas le lecteur du nom d'un seal des souversine de cette race obscure. Les rois de Franee‘de la familie wérovingienne forent peut-être souillés de crimes non moins atreces: aueai n'ai-je fait que glisser légèrement sur leur histoire; cependant il était indisp able d’en parler, parce quelle sert d'introdeetion au dègne de Charigmagne et qa’elle jette du jeur sur la système féodal et sus les antiquités eonslitutionnelles de la France. Si celles de la Castille eussent offert le mème intérêt pour les études historiques, j'eerais apporté le même soin à ea rechercher l'origine dans le gosrernement. des Goths; car il est à l'ancienne constitution de Castille ce que les institutions anglo-saxonnes sont à la nôtre. Je me contenterai toutefois d’observer.que oe geuvernement différait en plusieurs points de celui des Francs à la même époque. La couronse n'était pas aussi héréditaire chez les Goths, ou du moins la suecession régulière des rois y était plus souvent interrompue. Le haat clergé avait une. influence. encore plus marqués dans les affaires tempereles. Ea distinction de Romains et de Barbares: y était moins sensible; les lois étaient plus uniformes, et se rapprochaient bsaweonp de celles. de l'empire. L'autorité du souverain y était peut-être plas limitee qu'en France par mn conspil aristocratique: mais.elle ne s'eflaça jamais sous l'influenee dangereuse de maires. du palais. On y vit souvent des guerres civiles, des successions disputées ; mais jamais l'unité du db ne fut violée par la coutume. = partages.
L'Espagne, après être restée aa de trois siècles 2 au eee Visigotus, temba, en 712, sous le joug des Sarrasins. L’enthousiasme ardent et irrésistible qui signala les premiers jours de ia religion musulmane suffirait seul pour expliquer une pareille conquète ; mais à cette première cause nous pouvons encore ajouter les factions qui divisaient les Goths, le ressentiment de quelques ambitions désappointées, les intrigues du conte Julien, et la téméxité.qui livra le sort d’un empire aux changes d’une seule bataille. Il est bien plus étonnant qu’un reste de cette ancienne monarchie ait pu, non seulement conserver dans les montagnes du nord son nom et sou indépendance, mais, pendant plusieurs siècles, entretenir avec sut: cès, contre les conquérants, une guerre presque toujours offensive, jusqu'au moment où ces braves patriotes virent esûn la baleace
+ BOP. + 1
pencher complétement ew leur fiveur, et di: es Maures ferent foreés &leur tour de seutenir une lutte préstue aussi longue et ‘angel opt: siktre pour défendve ane feible pottion de la Périnsule. À vougiés per leurs mceès et. plongés dans une trompeuse sécurité; les monurques arabes s'abasdoansient aux délices de Cordous : aa sein das sciences, entourés des chefs-d’ceuvre de cette riche architecture qui émbel: liséait: leurs mosquées et leurs palais, ils dédaiguaient un eases pauvre, mais iatrépide, retiré dans les Asturies: et; par uwe consé: quence naturelle du despatisme, les fruits dus à la sagesse on à Ia bravoure d'une génération furent perdus par la molleske et les fates de génération suivante. Leur royaume fut démembré par des sujets rebelles qui fondèrent les Etats de Toléde, d'Huesüa , de'Seragonse ; et d'autres moius connus. Engagés dans des guerres privées ,: ted petits seuvesains oublièrant non-seùlement leur haine datevetle contee les princes chrétiens, mais ee même Les ta leur altiance,. 0 à
Ex dernière attaque qui menaga’ d'écruter is monarchie rénais: soie d'Espagne fut celle du célèbre Almanror, Vizir d’Haccham §F, vera da fn da dixième siècle : c’est à cette époque que la ville dé Léon et'k:ruliquaite de Compostelle furent réduits en cendres. Dans le cours des siècles qui précédèrent ce reflix passaget, les Espagnols avaient insensiblement enlevé aux Sarrasins ure partie de leurs conquêtes : le royaume, d’abord: connü seus fe nonr d'Oriédo , et dont de siége fut transféré à Léon en 914, s'était étendu jasqu’au Duero, et même jusqu'à la chaine des montagnes de la Guadarrame, La Castihe-Vicilte, ainsi nommée, suivant l'opinion générale, à cause des châteaux qu'en y construisit lorsqu’ellé servait de marche on de frontière contre les Maures, était gouvernée par des comtes héréditoires, ébas dans le principe par Faristocratie de la province, et, selon toute probabilité, indépendants des rois de Léon, que cependant ils assistaient ordinairement en guerre, en raison de sine come communauté d'origine et de religioa ?.
1 Cardonne, Histoire de l'Afrique et de l'Espagne.
2 Suivant Roderic de Tolède, qui écrivait au commencement de treisième siecle et qui est un des plus anciens historiens espagnols, les nobles de Castille, sous le règne de Froila, vers l'an 924, sibi et posteris providerunl, et duos mililes non de potentioribus, sed de prudentiortbus elegerunt, quos el judices slatuerunt, ul dissentiones patria ef querelantium couse suo sudicio sopirentar',
>. Tandis-querkes rois de Léon s'occupaient ainsi k reconquérir les provinces de l'ouest, ume autre race de princes chrétiens s'élevait es ‘silenee:4 Pombre des Pyrénées. Rien n'est plus obscur dans l'histoire que l’origine de ces petits États qui se formérent dans la Navarre et dans le pays de Soprarbe : elle remonte peut-être aux conquêtes des Maures. Les deux versants des Pyrénées étaient habitée par un:peuple aborigène, qui fut le dernier à se soumettre au joug de Rome, et qui n’en avait jamais parlé la langue. Pendant cette longue nuit de ténèbres qui enveloppa les dynasties des Francs et des Goths; nous: ignorons l’histoire de ces intrépides montagnasds, jusqu’aw moment où on les voit coupant l'arrière-garde de Cherlemagne à Roncevaex, et maintenant da moins lear indépendance, s'ils ne portaient toujours, comme les ros des Asturies, la guerre dans les États des Sarrasins. La ville de Jaca, située au milieu de tes longues et étroites vallées qui sillonnent les flancs méridionaux des Pyrénées, était la capitale d’un petit État libre, qui s'agrandit par la suite et devint la monarchie d'Aragon !. La
1.,6 c. 4, Plusieues.autres passages du même auteur prouvent que les comtes de
Castille étaient à peu pres indépendants des rois de Léos, du moins à partér és
temps de Ferdinand Gonzalve, vers le milieu du dixième siècle. Ex quo iste sus-
cepil sua pairiæ comilalum, cessaverunt reges Asluriarum insolescere in Cas-
tellam, el à Aumine Pisoried nihil ämplius vindicdrunt, 1. 5, c. 2. Marina, dans son Ensaya biglorico-critice, semble contester oc fait.
1 Les fueros, ou lois écrites de Jaca, élaient peut-être pips iacisuasa qe toutés les lofs coulomiéres de l'Europe. Alphonse HI les confirme sous le nom d'anciens usages de Jaca : eles règlent la succession des biens meubles et immeubles, ainsi que l'élection des magistrats municipaux. La loi saivante, qui ordonne une leyéc en masse dans les cas extraordinaires, nous peint avec une teinig romanesque et sauvage les mœurs d'un peuple pastoral, mais belliqueux, et rappelle un passage célèbre de la Dame du Lac(*) De appellitis ita slatuimus. Cum homines de villis, vel qui standin montanis cum suis ganalie (gregibus), at. dierint appcllilum ; omues capiant arma, af dimisais ganatis, ef omnibus als suis faziendis (negoliis) sequantur appellilum. Et si illi qui fuerint magis re molt, invencrint in villa magis proxima appellilo (deest aliquid?) omnes qui nondum fucrént egresst bunc willam illam, que lardius secula est appelltum, pecent (solvant) unam baccam (vaccam); ef unwsquisque homo ez illis qui lardius seculus est appellilum, el quem magis remoti precesserint, pecet (res 90tidos, quomodo nobis videbilur, parlicndos. Tamen in Jaca, et in aliis villis sind aliqui nominati et certi, quos elegerint consules, qui remaneant ad villas custodiendas et defendendas, Biance Commentaria, dans Scholti saa lusirala, p. 595,
* The lady of the Lakes poème charakermque de Welter Seti.
. BORAGNE. : ‘ 14 M à 9g
Navarre avait uo territoire un pen plus. étendu ; Pampelemeïséfait ls séjour de ses rois. La Bissaye. parait avois été partagée-entre ca deruier royaume. et celui de Léon. LiAragon ouSoprarbe:et &à Navarre étaient étroitement liés, et souvent réunis sous le mêmè souverain. vo:
Au.commencement du onziéme siècle, Sancherté-Grand, roi de Navarre et d'Aragon, se trouva en état d'élaver Ferdinand, sow se+ cond fils, à la dignité de comte, ou plutét de rai.de GastiHe, car tel fot le titre qu’il prit. Cette province fut ainsi détachée du roynume de Léon; mais un événement, qui changea la :puissarice, relative de ces deux États, les réunit hientôt plus étroitement que jamais: Bermude III, roi de Léon, perdit la vie dans une ‘bataille:contre'le nouveau roi de Castille, qui avait épousé sa sœur; et Ferdinand devint, du chef de sa femme, ou par droit ide conquête, sduverain des royaumes unis, Cette cessation.d’hostilités entre les États chrés tiens Jeur:permit.d’agir avec plus d'ensemble et de persévérance contre leurs anciens ennemis, qui se trouvaient alors affeibtis:d mes manière sensible par l'action des différentes causes dont jai déjà parlé. Pendant le onzième sièele, l’avantege des armes fut presque toujours en faveur des Espagnols ; peu à peu ils se thirent en possession des villes qu’ils n'avaient d’abord songé qu'à piller. Leur valeur était inspirée par l'exemple du Cid, soutenue par t'influence des mœurs chevaleresques; et avant la fin du siècle, Alphonse VI avait reconquis Tolède , l’ancienne capitale de la monarchie. Cet événement fut Je coup le plus terrible. porté à la puissance .des Maures, et un symptôme non équivoque du changement qui s'était opéré dans ta force relative des deux nations, changement qui avait élé progressif et qui n’en était que plus irréparable. Ils éprouvaient d’un autre côté des revers non meins désastreux. Les rois d'Aragon { dénomination qui dans le principe ne s’appliquait qu’à un petit canton situé sur la rivière du même nom ), avaient été presque rejetés dans les montagnes par les petits États mauresques du nord de l’Ébre, et en particulier par celui d’Huesca. Vers le milieu du onzième siècle, ces princes commencèrent à attaquer leurs voisins avec avantage : les Maures abandonnèrent successivement leurs villess et, en 1118, Saragosse, découverte et affaiblie par la soumission de toutes ces places, Saragosse, où florissait depuis plusieurs siècles une dynastie de princes mahométans, tomba au pou-
voir d'Alphonse 1", ét devint la capitale de son royeuine. ‘La pattit méridionale de-ce qu'on appelle aujourd’hui la province d'Aragon, fat peu à peu vanquise pendunt-le dourième siècle, et totite ta Cas tilte-Neave ef l'Estratnadare insensiblement réanies aux États des descendants d’Alphonse VI.
Or né peut pas dire que le système féodal-ait exercé , dans les royaumes de Léon et de Castille, le mème empire qu'en France et en .Affemugtie ; mais des circonstances particulières donnèrent à l'aristocratie de ces deux royaumes presque ke même pouvoir et la même indépendunce dont jouissait la noblesse dans les États evtidremet soumisewx institutions féodales. Les terres successivement arrachées aux Maures étaient comme ces landes incultes que l'in. destrie vient: fertiliser : es eonquérants en devenaient tes propttétaires de plein droit; et l’appât de ces conquêtes enflammait contittuellement l’ambition des nobles d'Espagne, surtout de ceux qui s'étaient établis sur h frontière de Castille. Ils bâtissaient des vibes sur leurs souveaux domaines, etinvitaient hes chrétiens à s"y Gxer: les Sarrasins ea étaient ordinairement chassés, ou-bien s’erxilaient d'eux-mêmes, et cherchaient un asile dans les provinces plus ira: quillés du midi. C'est ainsi qu'en comte de Castille s'établit à Bar: gos vers l’an 680°; un autre fixa sa résidence à Osma ; un troisième à Sepalveda; un quotrième à Salamanque. Jusqu’à l'époque de à rétiniion dés deux royaumes sous Ferdinand ¥*, ces villes ne cessèrent d'être exposées aux surprises de l'ennemi ; et la nécessité de tent efi mouvement-une populetion nombreuse et armée, donnait ai élusses: inférieures un caractère de Fiberté personnelle et des priviléges dont elles jouissatent à peine dans les autres monarchies, à usé époque aussi reculée. Le villenage, ou la condition des paysant privés de l'exercice des droits civils, ne paraît pas avoir jamais oe établi dans les États hispano- gothiques ; j'avouerai cependant qu'à &ait loin d’être inconnu dans le royaume d'Aragon, dont les int tutions avaient été modelées sur le système féodal. Puisqu’il est wa que rien ne contribue davantage à effacer les distinctions arbitraires des rangs, que la participation à quelque calamité commune, che — eun de ces hommes qui, dans les montagnes des Asturies, avaient — ‘survéeu au grand naufrage de la liberté et de la religion, fut ent — ‘ronné d'une certsite dignité qui Pennoblissait à ses propres yewï ‘eLad ceux de ses contiteyens. Il-est à présunrer que ce sentiment, —
transmis À la postérité, a produit insensiblemenf; pax san. influencé fur le-cavactére national, ces manières éleyées que iles: 1oyagenrs remarquent dees le paysan castillan, Mhnis.çes ronquéetes de la no+ blesse, tout en amenant un résultat bien. importpnt, l'expulsion des ennemis de la Péninsule, ne contribuaient nullement. à augmenter la force du gouvernement, ni à assurer $a tranquillité intérieure. ' ; ee ee On pourvat d'une manière plus efficace à la défense.publidec: par l'établissement des communautés, ou villes de commmue. Cétteinstitution, plus anciense en Espagne qu’en France at en Angleterre, y présentait aussi, à certains égards, un caractère. particulier. Les bourgeois de Castille ne furent pas forcés. d'acheter d'un. maitre leurs priviléges, et, pour ainsi dire, leur liberté persannelle. Ils furent mis.en jouissance de leurs droits civils et de. propriétés consiéérahles 4: une. condition mous humiliante,, celle. de. pratéger leur pays. Le premier exemple que nous ayons de Pétablisæment d'une tammune remonte à l'an 1020 ; c'est à cettaépeque qu’ Alphonse V, dans les cortès de Léon, institua les priviléges. de catte villa, et lui donne. un code destiné à régler l'administration de.ses magistrats. Les communes des vilies de Carrion, Llanes et autres, furené:étar blies par le même prince. Sanche-le-Grend donna: ume, constitution sermblable à ta ville de Naxara..Bn-1076, Sepulveda regnt ua.code d’ Alphonse VI. Sous le même règne, Logrona.ct Sahegum, et hienr tôt après Salamangue, obtinrent leurs chartes de priviléges, Le fuero, ow charte d'institution d'une commune espagnole, tait. pror prement un contrat par Lequel le rai ou le sejgneur accordait aux bourgeois une ville et le territoire environnant, avec divers privir âges, entre autres celui d'élire des magistratset.un conseil municipal, tenus de se conformer aux lois imposées par le fondateur, Ces dois , civiles et criminelles, étaient en substance tirées de l'ancien code des Visigoths, qui forma la loi commune de la Castille jusr qu'au treisième ou. au quatorzième. siècles mais. elles difléraignt entre elles par certaines coutumes locales deat l’origine et l'existence dans ces contrées étaient vraisemblablement antérieures à l'époque om elles y raçurent une sanction légale. Le.territaire dépendant, de ces villas était souvent d’une étendue considérable, et an delà de ‘dente proportion avec celui des villes. de communs de Franra.et d’ Angleterre: indépendanment des domaines inaliénables affectés
à L'entretien des magistrats.et à d’autres charges publiques, il comprenait les terres des propriétaires fonciers soumis à l’autorité et à la juridiction de la municipalité. Le roi nommait dans chaque ville nn gouverneur chargé de la perception des tributs ordinaires, da maintien de l’ordre, et de la surveillance des places fortes du dis- .trict; mais l'administration de Ja justice était exclusivement réservée aux habitants.et aux juges choisis par eux. Le pouvoir exécutif .de l'officier royal était même envisagé d’un œil jaloux ; il lui était défendu d'user de violence contre aucun individu sans avoir observé les formes légales ; et, suivant le fuero de Logrono, s’il tentait de s'introduire par force dans la maison d’un particulier, il était permis de le tuer. Au quatorzième siècle, ces coutumes démocratiques furent réformées par Alphonse XI, qui mit l'administration municipale entre les majns d’un petit nombre de jurats, ou regidores. Quelques désordres occasionnés par les élections populaires servirent de brétexte à ce changement, qui, de mème que plusieurs innovations semblables introduites par les rois d'Angleterre, avait pour but réel d'étendre l'influence de la couronne.
En considération de ces avantages précieux, les yilles de commune s'engageaient au paiement de certaines contributions, ainsi qu'au service militaire ; cette dernière obligation était générale, et , de rigueur : toute dispense , tout remplacement était interdit, si ce , Pest en cas d'infirmité. C’étaient, comme dans les premiers jours de Rome, le gquyerneur royal et les magistrats qui levaient et commandajent ja milice : dans le cours d’un service toujours limité, et le plus souvent, nécessaire, marchant sous la bannière de leurs cap- Citoyens, et guidés par les chefs de leur choix, les bourgeois con- Senvaient. ce doux sentiment de liberté qu'un soldat ordinaire ne saurait connaître. Tout individu jouissant d’une certaine fortune était tenu de faire le service à cheval, et, en retour, était exempt .du paiement des impôts. Cet usage établit une distinction entre les -caballeros, ou nobles, et les peckeros, ou contribuables. Toutefois la distinction paraît n'avoir été fondée que sur la fortune, conmme chez les chevaliers romains, et nullement sur l'hérédité des titres, qu'elle contribua sans doute:a introduire par la suite, Les cabelleros jouissaient de plusieurs priviléges : leurs chevaux ne pouvaient être saisis pour dettes ; ils étaient, en certains cas, exclusivement éhigi- -bles aux charges dé la magistrature ; des lois, instituées pour proté-
ger Jear honneur, punissaient sévèrement toute insulte qui leur était faite. Mais devant les fribumaux, tes droits du riche et ceux je pauvre étaient parfaitement égaux {. = *
On peut attribuer une partie des succès qu obtinrent les chrétiens en Espagne à un autre trait distinctif de la constitution de ce pays; les ordres militaires. Les guerres de Palestine avaïént déjà déployé les brillants effets de ces institutions; des circonstances semblables jntroduisirent le même système en Espagne. Les templiers ,-quelques années après leur pretnière. création, furent dotés de terres d'une grande étendué , ou plutôt de provinces, conquises sur tes Maures, à la charge dé défendre leur territoire et celui de la nation. Ces terres étaient, pour la plupart, dans la partie de l'Aragon située au delà de l’Ébre; leur conquête était récente, et teur possession incertaine 2. Telle était la vénération portée à cet ordre; ainsi qu’à celui des hospitaliers, et l’intime conviction que le satét de la chrétienté dépendait de leur valeur, qu’Alphohse I’, roi a’ A-
‘Tagon, mourant sans enfants, leur légua tout son royaume ; exemple de libéralité, dit Mariana, fait pour exciter Pétorinement de'la ‘postérité et le blame des contemporains 3. Les étdts d'Aragon, commie on peut le croire, annulérent cet étrange testament : mais te successeur d'Alphonse se vit obligé, pour apaiser ces ambitietrx thevaliers, de leur fairé des concessions imménses en argent et en terres ; il s'engagea même à ne point faire de paix avec ‘les Maures sans leur consentement 4. A l’imitation de ces grands ordres militaires communs à toute la chrétienté, on vit s'élever en Espagne trois institutions formées sur le même modéle, les ordres ‘de Calatrava ,’de Santiago et d’Alcantara. Le premier fut établi en 1158; le second, et le plus célébre des trois, recut sa charte du pape en 1175, mais paraît avoir eu une existence antériéure ; l'ordre plus moderne d’ Alcantara fut une branche de celui de Calatrava 5, C'étaient des col- 1 Ces détails sur les villes municipales de Castille sont tirés d'un ouvrage pur
bliè à Madrid en 1808, aussilôt après fa révolution, par le docteur Marina, chamoite trs l'église Saint-isidore; il est intitulé : Ensayo histortco-crilieo:sobre la antigna legistecton: y prineipales cuerpos legales. de las. reynos de Leon y Casr Glla, especialment sobre el codigo de D. Alonso cl sen, conocido con el saad de las Siete Purlidas.
4 D rages eens ines (A "7 LAPS 1: 3b: 40, c. 45.; ‘ à 1 put Se a ns 4,49, ¢ 44. : PR é s L. 11, €. 6, 153 1.12, €. 3.
ges. militaires, possédant en différentes parties de la Castille des wiles entourées de murs, et gouvernés par un grand-maître, digaitaire électif, dont l'influence dans le gouvernement égalait pour te moins celle des nobles les plus puissants. Ces chefs jouèrent souvent un grand rôle dans les dissensions civiles des quatorziéme et quinzième siècles.
Alphonse VII avait eu l’imprudence de partager de nouveau les royaumes de Léon.et de Castille entre ses fils Sanche et Ferdinand ; la séparation qui en résulta ranima d'anciennes jalousies, et oocasionna des guerres multipliées pendant près d'un siècle. Enfin, en 1238, Ferdinand III, roi de Castille, réunit à jamais les deux branches de la monarchie gothique. Il dirigea leurs forces combinées contre les Maures, qui possédaient encore les plus belles proviaces de la Péninsule, mais qui, accablés par leur faiblesse intécieure, n’avaient jamais pu réparer les désastres de la fatale bataille de Banos di Toloso, livrée en 1210, à quelques milles de Baylen *. Ferdinaad, se précipitant sur l’Andalousie, s’empara de leur eapitale, lu grande cité de Cordoue, aussi célèbre par la cukure des sciences de l'Arabie, et par les noms d’Avicenne et d'Averroes, que par les splendides travaux d'ane dynastie opulente et megntque ?. Dans l’espace de peu d'années, il ajouta Séville à ses conquêtes, et les Maures perdirent ces provinces chéries que baignent leseaux du Guodatquivir. Jacques 1°’ d'Aragon, à qui un règne long et: victorieux a fait donner le surnom de Conquérant, soumit ka
af es fut Alphonse 1X qui remporta cette victoire. Dams une lettre au pape ler nocent III, ilévalue la perte des Maures à cent quatre-vingt mille hommes. Les historiens arabes ne précisent pas fe nombre, mais ils semblent confirmer l'idée Ge cet immense carnage, assez difficile à concevoir avant l'inveation de la poudre à sason, el même depuis Cardonne, t. LI, p. 347.
2 Si nous croyons ua écrivain arabe cité par Cardonne, & J, p. 337, la ville de Cordoue renfermail, je ne sais pas précisément à quelle époque, deux cent suitie maisons, six cents mosquées et neuf cents bains publics. On comptait doure enille. viles'ct villages sur les bords du Guadalquivir. Le prodait des mimes. d'er et d'argent était considérable. On a évalué les ressources des califes de Cordous à cent trente millions d'argent de Fraace, indépendamment des contributions ¢normes prélevées sur les fruits de la terre, et payées en nature, suivant Pusage des gouvernements orientaux. Si l'on veut d'autres preuves de l'opulenes of de splendeur extraordinaire de celte mosarchie, on péut voir l'ouvrage. de Cardoune, que les écrivains modernes ont principalement suivi. Les belles planches des Anliquilés mauresques de l'Espagne (Moorish es He of Spain), per Murphy, en donneron! aussi une idée.
| BOPAGNBY' °°. 1 ‘55
ville et:ke repaume de: Valence, las îles Balésres, ot te royaame de -Murcie ; mais ce dernier Etat fut.. par suite. de. coat conventions, réuni à la-couronne de Castille. .
Vers le milieu du treizième siècle, lorsque les brillantes sscaiiés de Ferdioand et de Jacques eurent fait flotier l'étendard chrétien sur les trois principales villes des Maures, il aurait été difficile de prévoir que deux cent cinquante années devaient: encore s’écouler avant que l'Espagne fût entièrement affranchie de ce joug étranger. On ne pourait supposer que l'ambition, le rèls religieux, la haine astionale, dussent s'arrêter dans une carrière -qui s'effrait. plus que des ohstecies en apparence si facites à vaisere; mais nous tronvons, au contraire, que les efforts des Espagnols commencèrent dès lors à se ralentir, et leurs conquêtes à devenir plus rares. -Une des causes qui prolongèrent, contre toute attente, cètée latte mémorable, fut sans doute l'avantage immense que les Maures trouvérent dans leur retraite. Leur population, jadis répandue-ser toute Ja surface de l'Espagne, se trouva alors tondensée sur un sewl point et occupant le meindre espace possible. Ils avaient été confondus, deas:les provinces du nord et du centro, avec les chrétiens mozarar biquea, qui, sujets ot tributaires, quoique traités peut-être sans trop d'injustice, n’en étaient pas nioins leurs egnemis aaturels: et ärréconciliables. Lorsque Tolède:et Saragosse tombèrent au pouvoir d'un prince chrétien, elles étaient pleines de ces chrétiens dégénérés qui, par suite d’un long commerce avec leurs maitres ; ont sntroduit le dialecte de l'Arabie dans la langue de la Castille 1. Mais dans le douzième siècle, les Maures, aigris par leurs revers, commencérent à persécuter leurs sujets chrétiens, dont ils soupconr naient la haine secrète, et les forcèrent à fuir. ou à abjurer: leur religion; de sorte qu’à l’époque de l'invasion de Ferdinand le christianisme avait presque entièrement disparu des provinces méridionales. Les nouveaux conquérants prirent, de leur côté, des mesures également rigoureuses. On avait permis aux Maures de continuer à habiter Saragosse comme les chrétiens l’habitaient auparavant, dans la condition de sujets, et non. d'esclaves; mais, après la prise de Séville, ils furent tous chassés, ot on invita de toutes les parties de l'Espagne de nouveaux habitants à venir sy
4 Mariana, 1.44, ¢. 4; Gibbon, c. 31. jo rE,
fixer. Les villes fortes de l’Andalousie, telles que Gibraltar, Algésiras, Tariffa, opposérent aux princes chrétiens une résistance qu'ils n'avaient pas trouvée en Castille ; elles exigeaient des siéges pénibles ; elles étaient quelquefois reprises par l'ennemi, et toujours exposées à ses attaques. Mais ce qui faisait la grande force des mahométans d'Espagne, c’étaient l'alliance et les secours de leurs frères d'outre-mer. Accoutumés à associer l’idée de pirates au nom des Maures d'Afrique, notre imagination ne peut facilement se représenter ces dynasties puissantes, ces chefs belliqueux, ces nombreuses armées, qui, pendant sept ou huit siècles, illustrèrent les annales de cette nation. Les vrais croyants d'Espagne n’invoquérent jamais en vain son assistance ; mais, tout en la réclamant, ils redoutaient les effets de son ambition 1,
Il est cependant probable que les rois de Grenade durent l’avantage de se maintenir si longtemps dans leur royaume à cette indolence qui insensiblement s’empara de leurs ennemis, et devint un des traits distinctifs de leur caractère. La cession faite à la Castille du royaume de Murcie avait été à l’Aragon toute possibilité d'étendre ces conquêtes qui avaient illustré ses premiers souverains: et leurs successeurs, également entreprenants, portèrent leurs vues ambitieuses au dela des limites de la Péninsule. Le Castillan, patient et inébranlable dans les revers, voit son énergie diminuer à mesure que la pression de l’adversité devient moins sensible; il n’établit aucune comparaison entre un mal ordinaire et les efforts nécessuires pour vaincre ce mal. Après avoir délivré par ses armes la plus grande partie de son pays, il aima mieux laisser les ennemis
maîtres d'une seule province, que de s'exposer à la fatigue d'achever son triomphe.
(1252) Si nous n'avions pas vu qu'à une époque antérieure l'esprit d'insubordination ne fut point incompatible avec l’agraudissement de la monarchie castillane, nous pourrions attribuer cette absence de brillants succès contre .les Maures aux troubles continuels qui agitérent ce gouvernement pendant plus d’un siècle après Ja mort de Ferdinand HI. Alphonse X, son fils, put mériter le suroom de Sage, par les progrès qu’il fit dans les sciences, et surtout dans l'astronomie, si toutefois on doit ténir compte de ces
1 Cardonne, t. IT et III, passtm.
avantages chez un prince incapable de maintenir ses sujets dans l'obéissance. Comme législateur, Alphonse, dans le code des Siete Partidas, sacrifia les droits de sa couronne aux usurpations de Rome‘; et sa philosophie ne l’empécha pas d'être assez insensé pour se laisser séduire pendant près de vingt ans par la perspective illusoire du trône impérial. S’égarant à la poursuite de cette chimère, il aurait même abandonné la Castille, si les états ne s'étaient opposés à une expédition qui, selon toute probabilité, lui eût coûté son royaume. Dans les dernières années d'un règne orageux, Alphonse eut à lutter contre son fils. Le droit de substitution avait été jusqu'alors inconnu dans la Castille, où l'on n'avait adopté que peu des coutumes féodales. D’après la règle établie dans l'ordre des successions , le plus proche parent était toujours préféré au plus éloigné, le fils au petit-fils. Alphonse X avait introduit le printipe des substitutions dans son code des Stele Partidas; mais l'autorité de ce code n’était pas universellement reconnue. La question ne tarda pas à se présenter ; Ferdinand, fils ainé d’Alphonsé, mourut, laissant deux enfants mâles. Sanche, leur oncle, fit valoir ses titres, fondés sur l’ancienne loi des successions en Castille. Ses prétentions n'étaient pas en elles-mèmes dénuées de force, mais elles étaient appuyées par le plus puissant des arguments, la terreur des armes ; elles furent reconnues pas une assemblée des cortès, et la valeur de Sanche triompha de l'opposition du roi. Cependant les descendants de Ferdinand, communément appelés les infants de La Cerda, étaient soutenus par la famille royale de France, à laquelle ils étaient alliés de près, et par l’Aragon toujours prét à prendre parti dans les dissensions d’un peuple rival. Ils continuérent pendant plus d’un demi-siècle à réclamer leurs droits ; mais leurs efforts, couronnés de peu de succès, ne servirent qu'à aggraver les troubles de leur pays.
(1284) Les annales de Sanche IV et de ses deux successeurs immédiats, Ferdinand IV et Alphonse XI, présentent une série de troubles civils également honteux et déplorables , et dont Ia succession rapide échappe à la mémoire, quelquefois même à l’intelligence du lecteur. Les nobles de Castille ne pouvaient prétendre à l'indépendance primitive des pairs de France, ni à leurs libertés
i Marina, Ensayo historico-critico, p. 272, etc.
féedales; mais ik s'arrogeaient , comme eux, le pritilége de se révolter toutes les fois qu'ils recevaieat la moindre provocation de la part du souverain. Alors ils avaient le droit, ou plutôt ils étaient dans l’usage d’abjurer leur obéissance par un acte solennel qui les affranchissait des peines dues à la trahison 1. Un trés-petit nombre de familles composait une oligarchie, le pire des gouvernements, Pétat le plus fatal dans la société politique; les mêmes hommes étaient tour à tour ministres et favoris du prince, ou en armes contre lui. Lorsque ces patriotes chrétiens ne pouvaient se défendre ni dans leurs villes fortifiées, ni par les secours de leur faction, ids se retiraient dansles Etats d'Aragon ou de Grenade, et armaient une puissance esnemie contre leur patrie, peut-être contre leur religion. L’histoire de Castille en fournit mille exemples ; Mariema, en parlant de la famille de Castro, observe froidement qu elle était dans l'habitude fréquente de passer aux Maures®. Il fut une époque où cette maison et celle de Lara rivalisèrent de pouvoir; mais, à partir du règne d’Alphonse X, la première parait avoir baissé ; et, dans fa période crageuse qui suivit, la seule famille qui pat dispater là prééminence aux Lara, fut celle de Haro, qui possédait, par droit héréditaire, la seigneurie de Biscaye. Les désordres d'un gouvernement faible se trouvaient egeravés par les circonstances malheureuses au milieu desquelles Ferdinand IV et Alphonse KI montèrent sur le trône : ils étaient tous deux mineurs; la régence était disputée , l'intervalke trop court pour laisser aux ambitions le temps dé se calmer. Si quelque chose pouvait excuser la conduite sédi tieuse des Lara et des Haro, ce serait sans doute le caractère odieux de leurs souverains, qui ne connaissaient qu'un moyen de venger une injure ou de prévenir une trahison. Sanche IV assassine dan Lope Haro dans son palais de Valladolid. Alphonse XI appelle à la cour don Juan, son cousin germain, et lui fait éprouver le même sort. D’autres histoires offrent des crimes semblables ; mais nulle part ils ne sont aussi communs qu'en Espagne, où la civilisation avait fait bien moins de progrès qu'en France , en Angleterre, et mème en Allemagne.
- 4 Mariana, L 45, c. 44.
2 Alvarus Castrius palrid aliquantd anteà uli moris erat, renunciald.— Caabrian gens per hac lempora ad Mauros sape defecisse visa est, 1.12. c. 42. Voir aussi les chap. 17 et 19. is
: IRSBAGKE. :: : bet
‘( 1830} Mais, quelque criminelles qu'siemt- été les violences , quelque odieux qu'ait été le despotisme de Sanche et d'Alphonse, l'épeuvantable tyrannie de Pierrede- Cruel fit tout oublier: Un soup¢on , plusieurs fois émis par Mariana, paraît s’btre accrédité chez des historiens plus récents : on a supposé que la malveillance et l’esprit de parti avaient, pour ne rien dire de plus, grossièrement exagéré les crimes de ce prince 1. Il est: cependené difficile de croire qu’une multitude de forfaits atroces, qui sont distinots les uns des autres, et dont les détails sont ea général assez connus, aient pu être imputés à un homme innocent. L'histoire de son règne, tracée en grande partie, il est vrai, par la pleme d'un de ses plus violents ennemis, l’accuse d'avoir fait meurir son épouse, Blanche de Bourbon , la plupart de ses frères et sœurs, Éléonore Gusman, leur mère, une foule de nobles Castillans, et une tealti” tude innombrable de simples citoyens ; sans parler des excès con tinuels d’une vie licenciense, et, entre autres, d'un mariage simulé avec une noble dame de la famille de Castro. Une révolte éelata enfin : à la téte des rebelles était un frère naturel da roi, Henri, comte de Transtamare, soutenu par l’Aragen et le Portugal; Il n'est cependaut pas présumable qu'ils eussent réussi à détrèner Pierre, prince ferme, et qui ne mangeait pas de fidèles défenseurs, si Henri n'eût invoqué le secours plus puissant de Bertrand de Guesclin et des compagnies d'aventure, qui, depuis la conclusion de la paix entre la France et l'Angketerre, n'étant plus.occupérspat Jes travaux de la guerre, n'en avaient cansprvé que eas
1 On peut en général élever de justes doutes sur le caractère de ces hommes qui n'ont été peints que par leurs ennemis. L'histoire est pleine de calomnies, de ces calomnfes qui sont ineffaçables. Mais je ne vois, en vérité, pas de'molif pour juger charitablement Pierre-le-Cruel. Froissard, part, 4, c. 30, et Matleo Villa dans Script. Rer. Italic., t. XIV, p. 45 (ce dernier mourut avant la révolte de Henri de Transtamare), en parlent à peu près dans les mêmes termes que les historiens espagnols. Et pourquui suspecter la véracité d’Ayala, lorsqu'il fait une longue émumération d’assassinats commis à la face du jour, et encore récents dans k mémoire d'une foule de personnes vivantes à l’époque où il écrivait ? Il est permis de douter que Richard III ait étouffé ses neveux à la Tour; mais pourrait-on prétendre que Henri VIII n'a pas tranché la tête d'Anne de Boulen ?
Voici comme s'exprime Matteo Villani, dans le passage que nous venons d’indiquer :.Comincid aspramente a se far ubbidire, perché témendo de suoi baréni, trovd modo di far infamare l'uno l'aîtro, e prendendo cagione, gh comincié ad dcelilere con le sue mani. B in brleve tempo ne fece morire 38, e tre suoï frat telli fece morire, etc.
pillage. Pierre ne pouvait résister à des mercenaires ainsi disciplinés: il abandonna l’Espagne pour un moment, et alla tirer du même arseral une arme encore plus terrible. Séduit par l'offre de la Biscaye, le Prince Noir, qui résidait alors à Bordeaux, conclut un traité d'alliance avec Pierre, pénètre en Espagne, et la fameuse bataille de Navarette confirme sa supériorité sur des ennemis dont sa valeur avait déjà triomphé tant de fois (1367). Du Gueselin est fait prisonnier, Henri s'enfuit en Aragon, et Pierre remonte sur le trône. Mais une nouvelle révolution se préparait ; le Prince Noir, offensé par ce monarque ingrat, se retira en Guyenne, et Pierre, bientôt vaincu par son frère, perdit, dans cette seconde lutte, la couronne et la vie.
(1368) L’avénement de Henri signale le commencement dune période plus heureuse. On vit à peine une sédition troubler le came de son règne; et, s’il est vrai que ses successeurs Jean 1° et Henri LIT, et en particulier ce dernier, qui était mineur lorsqu'il monta sur le trône, ne jouirent pas d’une tranquillité aussi parfaite, les traubles de leurs règnes ne furent que légers en comparaison des désordres jadis excités par les maisons de Lara et de Haro, qui heureusement n’existaient plus. La naissance illégitime de Henri I ne laissait à ce prince d'autre titre que le choix du peuple: mais son épouse était l'unique héritière des La Cerda, issus, comme nous l'avons observé, du frère aîné de Sanche IV; et l'extinction de Ja branche cadette donnant à cette princesse un droit incontestable par suite du mariage de Henri III avec Catherine, fille de Jean de Gaunt et de Constance, enfant naturel de Pierre-le-Cruel, toutes ses prétentions furent absorbées dans la couronne.
Aucun gouvernement ne pouvait être plus mal organisé que la Castille pour essuyer les orages d’une minorité, et nulle part les minorités ne furent aussi fréquentes. Jean IJ n’avait que quatorze mois à son avénement à la couronne ( 1406); et son oncle Ferdinand eut assez de vertu pour refuser un trône où la noblesse voulait le placer pour prévenir les maux qu'elle redoutait. En cette occasion, cependant, la Castille eut moins à souffrir des factions pendant l'enfance du souverain, qu'après sa majorité. La reine douairiére, d’abord de concert avec Ferdinand, puis seule lorsque ce prince fut appelé au trône d'Aragon, gouverna le royaume ayac une sagesse qui lui fait honneur. A la mort de cette princesse,
en 1418, einquante ans s'étaient écoulés depuis l'élévation de la maison de Transtamare : cette famille avait mérité l'affection publique en se conformant plus strictement que ses prédécesseurs aux lois constitutionnelles de la Castille, qui ne furent jamais aussi biea établies que pendant cette période. Quant aux affaires extérieures, elies ne jetèrent point d'éclat sur le règne de ces princes. Ils furent généralement en paix avec les royaumes d'Aragon et de Grenade; mais une victoire mémorable, remportée par les Portugais à Aljubarotta, déshonore les annales de Jean I*', dont la cause était aussi injusle que ses armesfurent malheureuses. Cette époque, qu'on pourrait appeler dans un sens relatif l’âge d'or de la Castille, cesse à la majorité de Jean II. Le règne de ce prince ne fut qu'use série de conspirations et de guerres civiles, suscitées par ses cousins, Jean et Henri, infants d'Aragon, qui possédaient dans la Castille des biens considérables, en vertu du testament de Ferdinand, leur père, Le roi (Aragon, leur frère, leur préta souvent l’appui de ses armes. Jean lui-même, l’ainé de ces deux princes, ayant épousé l’héritière du royaume de Navarre, se trouvait en double relation avec la Cas~ tille, comme souverain d'un État voisin, et comme membre de l'oligarchie du pays. Tous ces complots étaient ostensiblement dirigés contre le favori de Jean II, Alvaro de Luna, qui, pendant trentecinq ans, conserva sur l'esprit de son faible maitre un empire absolu. It était dans l’ordre des choses que la faction ennemie accusat. ee ministre puissant de tous les maux publics, et des intentions les plus criminelles. Alvaro n'était sans doute pas plusscrupuleux que la ptupart des hommes d'État, et il paraît avoir eu recours à des moyens peu délicats pour satisfaire son avarice. Mais l'énergie et le courage le distinguaient de ces laches sycophantes qui s'élèvent ordinairement à l'ombre de la faveur et de la faiblesse des princes; et H est probable que la Castille n’edt pas été plus heureuse sous le gouvernement de ses ennemis. Son sort offre une des leçons mémorables de l’histoire. A près avoir bravé mille chagrins pour conserver ce favori, après avoir été tantôt fugitif, tantôt prisonnier, poursuivi par un fils révolté, Jean II céda tout à coup à une intrigue du palafs, et conçut des sentiments d’aversion pour l’homme qu'il avait si Fongtemps chéri. Il ne paraît pas qu’on ait porté d'accusation grave contre Alvaro de Luna, si ce n’est celle de malversation générale, crime qu'il n’était plus temps de lui reprocher. On peut
découvrir la cause rééile de ce changement soûdaîn 84 roi, dais eette contrainte insupportable qu'un esprit faible éprouve toujours sous l'empire d’un génie supérieur dont fl n’ose secouer le joug = dans le tourment de vivre soumis à ascendant d'un sujet, toùrment qui a produit tant d'exemples d’inconstance parmi les souverains. Celui de Jean II n’est pas le moins remarquable. Après une courte procédure, Alvaro de Luna fut décapité, et ses biens confisqués. If subit son sort avec l’intrépidité de Strafford; ces deux ministres eurent quelques traits de ressemblance dans leur caractère.
Jean II ne survécut pas longtemps à son favori : il mourut en 1454, après un règne qui, comparé avec tout autre que celui de son successeur, peut être considéré comme peu glorieux. Le père n'était pas respecté, le fils fut tout à fait méprisé. Pacheco, marquis de Villena, avait exercé sur sen esprit le même empire qu'Alvaro de Luna sur celui de Jean. Après l'avénement de Henri, ce favori conserva encore quelque temps son influence. Mais le roi ayant montré quelque disposition à accorder sa confiance à la reine Jeanne de Portugal, et à un certain Bertrand de Cueva, que l'opinion publique désignait comme son amant, lesnobles, mécontents, formérèné uae ligue puissante contre son autorité. I] serait difficile de déterminer jusqu’à quel point le peuple avait à se plaindre de l'imprudence ow des vexetions du gouvernement de Henri IV. Les chefs des rebelles, Carillo, archerêque de Tolède, l'amiral de Castille, qui avait vieilli dans Jes factions, et le marquis de Viltena, naguère faveri du roi, n'étaient sans doute excités que par des motifs pere sonnels d'ambition et de vengeance. Dans une assemblée dela ligue, tenue a Avila (1465), Henri fut déposé avec une espèce de pompe théâtrale, dont on a souvent donné la description. Des historiens modernes, éblouis par l'apparence d’une procédure solennelle, dat été quelquefois portés à regarder cette dépositien comme un acte national ; elle paraît au contraire avoir été condamnée par la misforité des Castillans, comme un outrage audacieux fait à un souveraïs à qui on pouvait reprocher bien des fautes, mais non pas une tyrannie iasupportable. Les ligueurs mirent à leur tête Alphonse, frère da roi; ilen résulta une guerre civile, qai dura quelque temps, et dang laquelle ils furent souteous par l’Aragon. A cette époque, la reine de Castille avait mis au monde unefille, que les envemis de Henri IV, et une partie même assez nombreuse de ses adhérents, prétendsient
rs 4. BAIRAGME.-~ . : 28
traiter somme illégitime. Aussi, à la mort d’Aipkeasge, Isabelle, se sœur. fat reconnue héritière de la courenne..Souteane per les confédérés, cette princesse pouvait se mettre sur-le-champ en possession du royaume: mais, évitent l'odieux qu'une telle démarche devait jeter sur elle, Isabelle congentit à un traité, par lequel le succession lui fut assurée. (1469) Elle épousa bientôt apres Ferdinand, fils du roi d’ Aragon. Cette union était loin de plaire à use-partie de l’oligarchie castillane, qui aurait préféré une alliance avec le Portugal. Henri, qui n’avait point perdu de vue les intérêts d'ug enfant qu’il considérait, ou feignait de considérer comme sa propre fille, saisit la première oceasion de révoquer des dispositions arrachées par la force, et rétablit en faveur de la princesse Jeanne l'ordre de succession en ligne direete. Il mourut en 1474, laissant age armes à décider la querelle. Jeanne avait pour elle les présompe tions de la lai, les dispositions testamentaires du feu roi, l'appui d'Alphonse, roi de Portugal, à qui elle était fiancée, et de plasieurs chefs fameux du parti de la noblesse, tels que le jeune marquis de Villega, Ja famille de Mendose, et l'archevêque de Tolède, qui, agcusant Ferdinand d'ingratitude, avait abandenné un parti quil avait plus que tout autre contribué à fortifier. Isabelle avait en sa faseur l'opinion générale sur Villégitimité de Jeanne, les armes de Aragon, la majorité de la noblesse ef du peuple, et, par-dessus tant, Lx réputation brillante qu'elle et son époux avaient jastement acquise. Leg succès, cependant, furent à peu près balanaés jas+ qu'en 4476 : à cette époque, le roi de Portugal ayant été défait à Tora, les partisans de Jeanne, abandonnés à eux-mêmes, ne purent continuer la guerre, et firent suecessixement leur soumission à Ferdinand et Isabelle.
- Les Castillans se considérèrent toujours comme sujets d'une mpnarçhie.limitée par le loi. Pendant plusieurs siècles, la couropne, comme. ¢hez la plupart des nations d’origine germanique, fut élective, et l’élestion restreinte aux membres d’une seule famille *. Le
‘1 Defancto tn pace principe, primates lolius regniunà cum sacerdolibus succeasorem regni conicilio communi constituant. Concil. Toletan., tv, c. 73. Apud Marina, Teoria de las Cortes, 1, U, p. 2. Cet quvrage important, par l’auteur de rEnsayo hislorico-crilico cité plus haut, renferme une ample colleciion des lois parlementaires de Castille, tirées de pièces originales, et pour la plupart iné-
dites. L'Ensayo hist.-crif. démontre, par ane série de preuves, que la monarchie fat élective depuis Pélage jusqu'au douzième siècle. —
choix de la nation tombait en général sur le plus proche héritier : l'usage s'introduisit d’élire le fils du vivant de son père, et, vers le onzième siècle, le droit de succession héréditaire était clairement établi. Mais la coutume s’est conservée jusqu’à nos jours de faire reconnaître le titre de l’héritier présomptif dans une assemblée des cortés 4,
Dans la monarchie gothique originairement établie en Espagne, les affaires civiles et ecclésiastiques se traitaient dans des assemblées pationales ; une partie de leurs actes subsistent encore, et ont été publiés dans des collections ecclésiastiques. Les ducs et autres gouverneurs des provinces, et en général les principaux personnages du royaume, étaient convoqués à ces assemblées , avec les dignitaires de l’Église. Cette double aristocratie spirituelle et temporelle continua à former le grand conseil dans les premiers siècles des nouveaux royaumes de Léon et de Castille. Le préambule des statuts nous porte à croire que les prélats et la noblesse, ou plutôt les principaux de Ja noblesse, prenaient part à toutes les mesures générales de législation. Supposer la représentation des communes établie dès l'origine de la monarchie , serait raisonner contre l’analogie et contre l'évidence. Dansle préambule des lois faites em 1020, et à plusieurs époques subséquentes des onzième et douzième siècles , il n’est fait mention que de la présente des évêques et des grands. Suivant la chronique générale d’Espagne , les députés des villes de Castille faisaient partie des cortès en 1169 ; date qui n'est pas incompatible avec leur absence en 1178. Quoi qu'il en soit, en 1188, la première année du règne d’Alphonse IX, il en est fait mention expresse ; et à partir de cette époque, ils firent toujours essentiellement partie de ces assemblées générales 2. On a déjà va que les villes de commune ou districts de Castille avaient acquis de bonne heure une haute importance ; moins par les richesses commerciales, auxquelles les villes des autres royaumes devaiest leurs libertés, que par les services qu’elles rendaient au gouverne-
a Teoria de las Cortes, t. If, p. 7.
3 Ensayo historico-critico, p. 77; Teorta de las Cortes, 1. 1, p. 66. Marina peraît avoir un peu changé d'opinion depuis la publication du premier ouvrage, où il semble avancer que les communes furent, dès le principe, admises dans la législature. En 1188, il est fait mention positive de la muchedumbre de las eisdades è embiados de cada cibdat.
ESPAGNE. a5
ment en maintenant le peuple sur un pied militaire. C’est probaplement cette cause qui les fit admettre de bonne heure aux cortès comme parties intégrantes de la législature, puisqu'il ne paraît pas qu'en ait souvent demandé d'impôts, jusqu'à l'époque où l’extravagante profusion des rois et leur’ aliénations des domaines de la couronne les forcèrent d’avoir recours aux représentants de la nation.
Chaque chef-lieu de concejo ou commune devait peut-être, suivant la constitution de Castille, recevoir un ordre spécial pour l'élection des députés aux cortès 1. Il ne parait pas toutefois qu'il y aiteu, même dans les meilleurs temps, de pratique uniforme à cet égard. Aux cortès de Burgos , en 1315, on trouve cent quatrevingt-douze députés élus par plus de quatre-vingt-dix villes; à celles de Madrid, en 1391, cent vingt-six, envoyés par cinquante villes; et cette dernière liste porte plusieurs noms de villes qui ne se trouvent pas sur la première 2. Le royaume de Léon n'était pas représenté aux cortès tenues à Alcala en 1348, où, entre autres actes importants, le code des Siete Partidas fut pour la première fois adopté par une assemblée législative ?. On trouve, en un mot, beaucoup plus d'irrégularité qu'il n’en existait à la même époque en Angleterre, où le nombre des bourgs admis à l’élections sybissait à chaque parlement des modifications assez importantes. Cependant les cortès de Castille ne cessèrent de former un corps nombreux et nne véritable représentation nationale jusqu'au règne de Jean II. Les premiers princes de la maison de Transtamare avaient dans toutes les occasions pris leur avis. Mais Jean II, et plus encore son fils Henri IV, convaincus tous deux de leur impopularité, n'osèrent réunir une assemblée générale des représentants de la nation. Leurs lettres de convocation ne furent adressées qu’à certaines villes ; abus auquel l'irrégularité des précédents fournissait un prétexte 4.
4 Teoria de las Cortes, P: 439.
a Teoria de las Cortes, p. 148. Geddes donne une liste de cent vingt-sept membres , députés par quarante-huit villes aux cortès de Madrid, en 1590. Miscellaneous Tracts,t. lil.
3 Idem, p. 154.
4 Sepades, dit Jean II, en 1442, que en el ayuntamiento que yo fice en la noble villa de Valladolid... Los procuradores de cierlas cibdades é villas de mis reynos que por mi mandado fueron llamados. Ces expressions sont répélées pour
les assemblées suivantes, p. 156.
H faut aveuor que.te peuple s'y prôtait en général aver. amer de. do ailité. Un grand nombre de villes de communs, appauvries par La guerre civile et par d'autres causes, se réjouissaient de pouvoir épargner les sommes qu'il edt fallu payer pour l'entretien de leurs députés C'est ainsi qu'en l'an 1480 dix-sept villes seulement coaservaient le privilége de se faire représenter. On ajouta plus tard un vote pour Grenade, et, depuis, trois autres pour Palencia et lea provinces d’Estramadure et de Galice 4. Il aurait peut-être été fache de réparer le mal, avant que cette exclusion eût été. confirmée par le temps. Mais les villes privilégiées, poussées par un égoisme également méprisable et iatempestif, quoique leur rèle pour la liberté fût alers à son comble, ne veulurent pas adopter le seul moyen qui pit assurer. cette liberté, la réintégration de leurs coecitoyens dans la pléaitude de leurs droits électoraux. Les cartès de 1506 mettent en avant une de ces hardies impostures qu'une assemblée populaire ose quelquefois établir; elles déclarent que a c’est ua principe consacré per différentes lois et par l'usage iaa- » mémorial, que dix-huit cités de ces royaumes ont seules le dreit » d'envoyer des députés aux cortès ; » s'élevant aiasi contre les tentatives faites par plusieurs autres villes pour obtenir le mème paivilége, qu'elles recommandent de. ne paint leur accorder. Ges remontrances sont renouvelées en 1512 2.
. À partir du règne d’ Alphonse XI qui convertit le aoavenmuneat des communes en une oligarchia de magistrats, le droit d'élire les membres des cortès fut restreint an corps administratif, compose des baillis ou regideres, dont ke nombre excédait rarement vingtquatre, et dont la succession régulière s’opérait par une élection faite entre eux 5. Aiasi le peuple n’avait aucune participation di-
4 Les villes qui jouissent d’une représentation aux corlés, si cette expression peul encore s'appliquer à ces ombres de l’ancienne liberté en Espagne, sont Burgos, Tolède (elles se disputaient constamment la préséance), Léon, Grenade, Cor~ doue, Murcie, Jaen, Zamora , Toro, Soria, Valtadolid, Salamanque, Ségavie , Avila, Madrid , Guadalaxara et Cuenca. Leurs représentants élaient censés voter non-sealement pour leurs constituants direcis, mais aussi pour les autres villes voisines. C’est ainsi que Toro volait pour Palencia et pour le royaume de Galice, avant que ceux-ci eussenl leur vote distiggt; Salamanque vulait pour la majeure partie de l'Estramadure; Guadalesara, pour Siguensa et quatre cenis autres villes. Teoria de las Cortes, p. 160-268.
a Teoria de las Cortes, p.161.
5 Idem, p. 86, 197.
i- i :RSPAGNE. : 1 24 a4
æote au choix des représentants. L'expérience ft vor, et ‘nous le! prouverons par plusieurs exempies, que les députés do Castille, pris’ sur ase buse aussi étroite, n'en étaient pas moins ride pout ‘tes Mbertés de ‘leur pays. Mais it fout avouer qu'un celiége pow nombreux d'électeurs est toujours exposé à lu double influence de fo corruption et de ia crainte. Jean IE et Henri FV viokèrent ptas d'une feis la Hiberté des élections ; le dernier de ces princes nommu même quelques-uns des députés-t. Les cortès s'élevèrent avec force contre un abus aussi révoltant. On fit dés lois, et os prit différentes mesures pour essurer désormais une représentation ‘plas vraie. Aa seiziéme siècle, le mal avait empird; Charles et Philippe achetèrent les membres 2. On voit même, en:1573, es cortès se plaindre de ei qu'on envoie à l'assemblée des créatures du gouvernement, « qui » sont toujours pee aur saps bi sus et mettent Ia dis- » corde parmi eux 5. »
dl règne ene grande ne la constitution des cortès, en ce qui regarde les deux ordres supérieurs, la woblesse et le haut clergé. On convient que jusqu'à la Gin dutretzième siôcie, et surtout avant l'introduction des représentants des communes, les membres des deux premiers ordres étaient convoqaës en grand nombre: Mais l'écrivain auquel je suis presque obligé de renvoyer exclusivement le lecteur pour l'histoire constitutionnelle de Castile, pré: tend qu'à partir du règne de Sanche IV, fis prirent wne part bien moins active et conservèrent bien moins d'influence dans les délibérations des cortès 4. I] existe ene protestation remarquable de Yarchevéque de Tolède, en l'an 1205, contre ‘tes actes passés atx cortés; elle est motivée sur ce que nf lui ni fes autres prélats n’avaient été admis aux délibérations, et qu'ils n'avaient donné aucan consentement aux résolutions adoptées, ainsi qu'il avait été faussement relaté dans les lois promulguées auxdites cortés 5. Cet acte
1 Teoria de las Cortes, p. 199.
2 idem, p. 213.
3 Adem, p. 202.
4 Idem, p. 67.
5 Protestamos que desde aqui tewimos non faemos llamaædosa conseje, nf a los fratados sobre los féchos del reyno, wi sobre las otras cosas que hi fueren tractadas et fechas, et sennaladamente sobre los feckos de los consejos de las hermendades, el de las peliciones que fueron fochus de su parte, et sobre los otor-
gamentos que les ficieron, et sobre los privilegios que por esta raxon les fueron otorgados ; mas ante fuemos ende apartados et estrannedos st sacades expre-
sert du meinsà attester les droits constitationnels des prélats, drdits que les anciennes annales‘de Castille et l'exenspte des autres gouvernemente tendent à confirmer, Gependent, aax-quatorziéme et quinzième siècles, leur exclusion devint plus fréquente. Aucun des prélats ne fut convoqué aux cortès de 1299 et de 1301; auoun des prélats ni des nobles à celles de 1870 et de 1373, de 1480 et de 1505. Dans toutes ces occasions cependant, les membres des deux ordres qui se trouvaient présents à la cour assistaient aor cortès ; fait qui paraît constaté par la teneur des statuts 1. Il serait facile de produire d'astres exemples du même genre. Néanmoins, la formule ordinaire da préambule des lois, où sont relatés les noms des personnes convoquées et présentes aux cortès, cette formule, dis-je, quoique soumise à de nombreuses variations, paraît établir que les trois ordres, du moins en nom et suivant les formes régulières, étaient parties constituantes de l’assemblée nationale : et use chronique rapporte qu’en 1406 la noblesseet le clergé réunis tiarent leurs séances à part, et prirent. une délibération différente de celle des députés des communes 3, Toute théorie, d’ailleurs,
samente nos el los ofrus perlados et rioos homes et los fjosdalgo; et nen-f'us:hi cosa fecha con nuestro consejo, Otrosi protestamos por razon de aguello que dice en los privilegios que les olorgaron, que fucrenlos perludos llamados, et que eran olorgados deconsentimiento et de volintad dellos , que non fuemos hi presentes ni llamados nin fué fecho con nuestra coluntad, nin consentienos, nin consentiemos, nin consentimos en ellos, etc., p. 72.
1 Teoria de las Cortes, p. 74.
2 T. II, p. 234. L’enthousiasme de Marina pour la constitution de 1812, qui n’aceoads à l'aristocratie tersporelle et ecclésiastique aucune participaticn au pouvoir législa.if, lui fait supposer que cette même force de gouvernement existait autrefois. Mais, si je ne me trompe, son ouvrage seul fournit une foule d'arguments qui modifient essentiellement celte opinion. Nous choisirons quelques exemples tirés de la teneur des statuts, que nous considérons en Angleterre comme de bonnes preuves pour établir une théorie constitutionnelle. Sepades que yo hobé mio acuerdo e mio consejo con mtos hermanos e los arxobispos, e los obispos, e con los ricos homes de Castella e de Leon, e con homes buenos de las villas de Castella e de Leon, que fueron conmigo en Valladolit, sobre muchas cosas, etc.; Alphonse X , 1258. Mandamos enviar llamar por carlas del rei ¢ nuestras a los infantes e perlados e ricos homes e infansones e caballeros e homes buenos de las cibdades e de las villas de los reynos de Castilia e de Toledo e de Leon et de las Estramaduras e de Gallicia e de las Asturias e del Andalusia; Convocation aux cortès dé Burgos, en 1315. Con acuerdo de los perlados et de los ricos homes e procuradores de las cibdades e villas e logares de los nuestros reynos ; Ordonnances de Toro, en 1371. Estando hi con el.infanie don Ferrando, etc., ¢ otros perlados e condes e ricos homes e otros del consejo del senor
706 + RORAGNE.: :: 29 qui exclurait des cortès:l'aristooratie-de de grande propriété, tendrait à donner une idée peu faverable dela dignité et des droits législatifs de ça carps. Il: est évident, toutefois, que le roi exerçait très-librement le droit de. convoquer ou: d’omettre, suivant son bon plaisir, les membres des deux ordres .supérieurs. Le nombre des évêques était considérable, mais peu de sièges étaient riches : la position des ricos hombres n'était guère plus avantageuse, et celle de la petite noblesse, des Aijeedalyo ou cabeileros, l'était encore moins. Cet ordrene fut jamais représenté enCastille comme il l'était aux états généraux de France et dans quelques autres pays : on y connaissait encore moins ce système libéral de représentation terrienne, qui forme un des traits les plas admirables de la constitetion d'Angleterre. Nous verrons, dans la suite de cet ouvrage; que les pairs spirituels, et même temporels, étaient eohvoqués par nos rais d'une manière fort irrégulière ; ot le désordre qui caractérisa le gouvernement de Castille sous la plupart de ses princes, était naturellement un obstacle à l'établissement d'un usage régulier sur ce point, comme sur beaucoup d’autres.
Le souverain ne peut lever aucune taxe sans le consentement des représentants du peuple : tel est le principe essentiel, fondamental de toute monarchie limitée. Ce principe était pleinement établi en Castille ; les statuts dans lesquels il est consacré , et les remontrances qui protestent contre sa violation , présentent une analogie frappante avec certaines circonstances de notre histoire constitutionnelle. Les terres de Ja noblesse et du clergé furent , je crois,
toujours exemptes des impôts directs; privilège qui engagesit peut-
rei, e otros caballeros e escuderos, e los procuradores de las cibdades e villas ¢
logares de sus reynos; cortès de 1391. Los tres estados que deben venir a las
corles e ayuntamientos segunt se debe facer e es de buena costumbre anligua ;
cbrtès de 1393. Ce dernier passage semble prouver d'une manière décisive que
trojs ordres, le haut clergé, la noblesse et les communes, étaient essentiellement
membres de la législature en Castille, comme ils l'étaient en France et en An-
gieterre; ct on est surpris de lire dans Marina, que no fallaron a ninguna de
las formalidades de derecho los monarcas que no tuvieron por oportuno llamar
d cortes para semejantes actos ni al clero ni à la nobleza ni à las personas sin-, gulares de uno y otro estado; t. I, p. 69. Un illustre patriote, Jovellanos, parait
avoir eu des idées beaucoup plus justes sur l’ancien gouvernement de sop pays, , et sur Ia nature des réformes qui lui étaient nécessaires; c'est ce qu'on peut conclure des passages de son Memoria d sus compatriolas, Coruna 4811, cilés par Marioa, qui en fait la critique. |
étré tes membres ‘de ces deux ordres à se’ présanter moins réguliàrement aur cortès. Les communes ,:ou concejos , éifférant , comme je l'ai déjà observé, des communes de France et d’ Angleterre en ce qu'elles possédaient un territoire considérable seboréonné an chef-lieu, étatent astreintes, per lear charte, à un paiement apauel et fixe, qui était considéré comme le prix de leurs franchises, ‘et appelé moneda forera 1. Cette obligation remplie, le roi re pouvait ples rien exiger que: du consentement des certès. En 1177, Alphonse VIII s'adresse à elles, à l'effet d'obtenir an subside pour continuer les opérations du siége de Guença. Cependent il ne paraît pas que ces demandes d'argent aient été fort communes svent le ‘ règne fort prodigue d’Alphouse X. Ce prince et ses successeurs immédiats étaient pea disposés à respecter les droits de leurs sujets; ‘mais ils éprouvérént une résistence insurmoatable. En 1307, Ferdinand IV: promet de ne lever aucun impôt au delà. de ce qui lui est dû suivant les lois et eontumes: Alphonse XI resdit , en 1328, ‘une loi encore plus express , par laquelle il sengagea à ne demender et à n’exiger de son peuple le paiement d’eucuns impôt , partiel où général , non établi par une:loi, sans le vonsentement préalable de tous les dépatés assemblés aux cortès 2. Cette abolition des taxes illégales-fut plusiéurs fois confirmée par ce prince. Les cortès de * 1393 , ayant voté an impôt en faveur de Henri IEL, y attachérent pour condition : «qu’attendu qu'elles lui accordsient une somme » suffisante pour subvenir à ses besoins actuels, et même pour . » former une réserve pour les cas d'urgence, il devait faire ser- » ment, en présence d'un desarchevôques, de ne prendre ni requérir » aucune somme d’argent , service ,emprunt, ou tout autre chose, » des villes et cités, ou individus à elles appartenant , sous ancun » prétexte de nécessité, qu’au préalable les trois ordres du royaume » n’eussent été duement convoqués et assemblés en cortès, suivant » l'ancien usage; et qu'au cas où de telles lettres auraient été
1 Marina, Ensayo hist.-crit., cap. 158. Teoria de las Cortes , t. Il, p. 587. Cetle clause est exprimée dans un de leurs fueros, ou chartes. Liberi ef ingenui semper mancatis reddendo mihi et successoribus meis in wnoquoque anno in di Peatecostes de unaquague domo duodecim denarivs; et nist cum bona voluntate
. waste feeariiis, nullum alium servitium faciatis.
s De lee non echar nin mandar pagas pecho desaforado ninguno, especial ain general, en tuda mi lierra, sin ser llamados primeramente a cortes, à olorgado ror lLodos los procuradores que hi venteren; p. 388.
ins + .ROPAGNE. | st
s 6crites pour demander de l'argent. ELLES SERALENT OBÉIES. KT » WON EXÉOUTÉES 1. » Jean I], son fils, ayant porté atteinte à ce privilége constitutionnel, sous prétexte de nécessité urgente, les uortès de 1420 firent une lengue remontrance, rédigée dans un style à la fois respectueux et ferme; elles y réclgment « la bonne » coutume fondée en raison et en justice , par laquelle les villes et » cités de vos royaumes ne peuvent être contraintes à payer aucun » impôt, réquisition , ow nouveau tribut quelconque, à moins qu'il » rie soit ainsi ordonné par Votre Majesté avec l'avis ot le consen- » tement desdites villes et cités, et de leurs députés. » Elles expriment aussi leur crainte qne ce droit ne soit violé, parce que, selon élles , «ce privilége une fois enfreiat , les autres Libertés des sujets » deviennent illusoires 2. » Le roi donna toutes les satisfactions demandées, et promit que cet excès de pouvoir ne pourrait servir de fondement à aucune prétention semblable pour l'avenir. De nouveaux abus, survenus pendant le règne infortené de Henri IV, provoquérent une nouvelle déclaration en termes également énergiques ; elle fait partie de la sentence prononcée par les arbitres @urquels les différends entre le roi et le peuple ayaient été soumis, à Medina del Campo, en 1465 3. Ferdinand et Isabelle, à qui.on a denné le surnom de Catholiques par excellence, ne violèrent jamais ce principe de la constitution ; at Charles 1°", à qui les cortès
4 Obedecidas e non cumplidas. Cette locution se rencontre souvent dans les dispositions et déclarations faites cuntre les actes illégaux de ia couronne : elle peint bien ce respect particuller avec lequel les Espagnols crorent toujours devoir Uralter leur souverain, lors même qu‘its résistaient aux abus de sos, auiorilé.
2 La buena costumbre e possession fundada en rason e en justicia que las cibdades e villas de vuestros reinos lenian de no ser mandado coger monedus e pedidos nin otro tributo nuevo alguno en los vuestros reinos sin que la vuestra senoria la faga e ordene de consejo e con olorgamicnto de las cibdedes € otllæs de los vuestros reinos e de sus procuradores en su nombre. no queda otre previlegio ni libertad de que los subdilos puedan gozar ni aprovechar quebrantado el sobre dicho; t. IH, p. 30.
3 Declaramos e ordenamos, que el dicho senor rei nin los ofros reyes que despues del fueren non echan nin repartan nin pidan pedidos nin monedas en sus reynos, salvo per gran necessidad, e seyendo primero accordado con los perlados e grandes de sus reynos ,et con los olros que a la sazon residieren en su consejo, et seyendo para ello Hamados los procuradores de las cibdades e vtllas de sus reynos , que para las tales cosas se suelen e acostembran llamar ¢ seyendo per los dichos procuradores otorgado et dicho pedimenfo ¢ monedas ; t. LE, p. 594. |
refusèrent quelquefois de l’argent, n’osa pas en lever sans leur consentement 1. On lit dans le Recopilacion, code de Castille , publié par Philippe IL, une déclaration formelle contre la levée de tout impôt arbitraire; déclaration qui, jusqu’à présent, est restée au livre des statuts dans sa teneur primitive 2. Philippe II, il est vrai, viola souvent cette loi : mais les cortès, qui déployèrent pendant tout le seizidme siècle une fermeté et un courage vraiment admirables lôrsque l’on considère leur faible autorité , les cortés , dis-je, ne cessèrent d'adresser leurs remontrances à ce tyran ombrageux, et en appelèrent , mais en vain, à la loi d’Alphonse XI, « loi si » ancienne , si juste , si longtemps suivie et observée 3.
Le consentement du peuple aux impôts, par l'organe de ses représentants , n’était pas une simple formalité ; ce droit se rattachait à d’autres qui sont des conséquences naturelles et indispensables de son libre exercice, ceux d'examiner les comptes publics et de fixer les dépenses de l'État. Les cortés, du moins aux jours de leur splendeur , avaient soin de ne voter aucune somme, qu'elles ne se fussent assurées auparavant que l’argent déjà levé sur leurs commettants avait été convenablement employé 4. En 1390, elles refusèrent un subside, alléguant qu'elles avaient déjà beaucoup
1 Marina a publié deux lettres adressées par Charles à la ville de Tolède, en 1542 et 1548, et par lesquelles il invite les citoyens à donner instruction à leurs dépulés de consentir une certaine somme que ceux-ci avaient refusé de voter sans l'ordre de leurs constiluants; t. 11, p. 480 et 187.
2 T. IL, p. 393.
3 En las cortes del ano de 70 y en las de 76 pedimos a V. M fuesse servido de no poner nuevos impuestos, rentas, pechos, ni derechos ni otros (ribulos particulares ni generales sin junta del reino en corles, como esta dispuesto por lei del senor rei don Alonso y se significo a V. M. el dano grande que con las nuevas renlas habia rescibido el reino, suplicando a V. M. fuese servido de mandarle aliviar y descargar, y que en lo de adelante se las hiciesse merced de guardar las dichas leyes reales y que no se impustessen nuevas renlas sin su asis- (encia; pues podria V. M. eslar salisfecha de que el reino sirve in las cosas necessarias con toda lealdad y hasta ahora no se ha provetdo lo susodicho : y el reino por la obligacion que tiene a pedir a V. M. guarde la dicha lei, y que no solamente han cessado las necesidades de los subditos y naturales de V. M, pero antes crecen de cada dia, vuelve a suplicar a V. M. sea servido concederle lo susodicho, y que las nuevas renlas, pechos y dercchos se quilen, y que de
aqui adelante se guarde la dicha le det senor rei don Alonso, como tan antigsay °
jusla y que lanto tiempo seuso y guardo; p 395. Celle pétition est de l'an 1879. 4 Marina, t. LI, p. 404 et 406.
donné , et que, « ne sachant pas à quels usages une somme aussi » considérable avait été appliquée , ce serait grand mal et déshon- » neur que de promettre davantage. » En 1406, elles résistèrent longtemps , et finirent par n’accorder que la moitié de ce qu’on leur demandait 1. Charles 1°" essaya, en 1527, d'obtenir de l'argent de la noblesse ainsi que des communes; mais les nobles protestèrent et déclarèrent « qu’étant tenus de suivre le roi à la guerre, toute » contribution pécuniaire était absolument contraire à Jeurs privi- » léges, et que, pour cette raison , ils ne pouvaient acquiescer au » désir de Sa Majesté 2. » Les communes refusèrent aussi en cette circonstance. En 1538 , à l’occasion d’une proposition semblable, Ja haute et petite noblesse (los grandes y caballeros) « supplièrent » trés-humblement sa majesté de ne plus les entretenir de cet » objet 3. »
Les impôts consentis par les cortès étaient répartis et perçus par des personnes respectables (hombres buenos) des différentes villes et villages 4. Cette répartition des contributions directes est un point très-important dans les pays où elles sont assises sur des propriétés qui ne sont pas susceptibles d’une évaluation certaine. Le produit des taxes était versé au trésor du conseil du roi; il ne pouvait être appliqué qu'aux services auxquels il avait été destiné. C’est ainsi qu’en 1407 les cortès de Ségovie accordèrent un subside pour Ja guerre contre Grenade, à condition « qu'il serait employé » exclusivement aux dépenses de cette guerre; » et elles exigèrent que la reine et Ferdinand, chargés de la régence pendant la minorité de Jean II, s’y engageassent par serment. Une partie de l'argent n'ayant pas été employée, Ferdinand voulut s'en servir pour obtenir la couronne d'Aragon ; mais il fallut auparavant non seulement que la reine fût déliée de son serment par le pape, mais encore qu’elle obtint l’assentiment des cortès. Elles continuérent , mais en vain, sous le règne de Charles I", à insister sur ce droit de spécialiser l'emploi de l'impôt 5.
. # Marina, t. IE, p. 400.
2 Pero que contribuir a la guerra con ciertas sumas era lolalmente opuesto
@ sus privilegios, 6 asi que no podrian acomodarse a lo que S. M. deseaba; P. 414.
3 Marina, t. If, p. 414.
4 Page 398.
5 Page 443.
a4 L'EUROPE AD MOYEN AGE.
Malgré le ton respectueux que les cortès employèrent toujours vis-à-vis de Jeurs souverains, elles ne croyaient pas s’écarter de leur. devoir en se plaignant de l'escès des dépenses de la maison même du roi. En 1258, elles disaient à Alphonse X, dans le langage simple du temps, qu'il leur semblait convenable que le roi et sen. épouse dépensassent pour leur nourriture cent cinquante meravédis par jour, et pas davantage ; et que le roi devait recommander aux gens de sa suite de manger plus modérément !. Elles s'élerèrent avec plus de force eacore contre la prodigalité de Jean Ff; et le. langage qu'elles tenaient, en 1559, à Philippe If, respire tonte la fierté castillane. « Sire, les dépenses de votre maison se sont » considérablement acerues, et nous pensons qu'il serait très-avan- » tageux à vos royaumes que Votre Majesté les fit diminuer ; ce .» qui allégerait vos besoins, et donnerait à tous les grands et autres
» sujets de Votre Majesté Feremple de on leurs désordres » et excès en ce genre 3. »
Il existait une ressemblance frappante, quant aux formes, entre les cortès de Castille et le parlement anglais au quatorziéme siècle: les lettres de convocation pour ces deux assemblées étaient concues dans des termes presque identiques 3. La session s’ouvrait par un discours du chancelier ou d’un des principaux officiers de la cour. Les députés étaient invités à s'occuper spécialement de certaines affaires, et le plus souvent à voter des impôts 4. Les affaires les plus importantes expédiées, les députés conféraient entre eux: et, après avoir examiné les instructions de leurs commettants respectifs, ils dressaient un cahier de.leurs demandes. Il était répondu à chacane d'elles; et si la réponse était favorable, if en résuitait par la suite des lois nouvelles, si le cas l’exigeait ; ou bien fon promettait justice, si la pétition avait pour objet la réforme de quelque abus ou le redressement de quelque grief. Malgré les efforts que la liberté espagnole faisait encore sous Charles [°°, la couronne
1 Marina, t. IT, p. 417.
3 Senor, los gastos de vuestro real estado y mesa son muy crestidos, y entendemos que convendira mucho al bien de estos reinos que VW. M. los mandase moderar asi para algun remedio de sus neceridades como para que de VY. M. 10men egemplo tolos los grandes y caballeros y otros subditos de V. M. en la gran desorden y excesos que hacen en las coeas sobredichar; p. 427.
3 Marina, tome I, p. 476; t. IL, p. 408.
4 Tome I, p. 278.