‹ L'Europe au Moyen ÂgeChapitre 19 sur 27 · SALI · texte numérisé non relu

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Dès le commencement du onzième siècle, quelques-uns d'entre eux furent engagés par un prince lombard de Salerne pour repousser les Sarrasins qui avaient envahi son territoire. Les Normands, supérieurs per leur valeur, peut-être aussi par cette force physique qui paraît les avoir distingués de toutes les autres races de l’Europe, firent un ravage prodigieux dans l’armée ennemie ?. Cet exploit donna lieu à de nouveaux enrôlements, et ces enrdlements attirèrent de Normandie de nouveaux aventuriers. Ils fondérent la petite ville d’Aversa, près de Capoue, et furent employés par les Grecs contre les Sarrasins de Sicile. Les services éclatants qu'ils rendirent dans cette guerre furent payés d’ingratitude. Trop fiers pour supporter un affront, ils s’en vengèrent en se jetant à l’improviste sur la Pouille. Cette province fut bientôt soumise et partagée entre douze comtes normands (1042); mais, peu de temps après, Robert Guiscard, un des douze fils de Tancrède, dont plusieurs furent célèbres dans les guerres d'Italie, acquit la souveraineté, et, en ajoutant la Calabre à ses conquêtes, mit fin à la longue domisation des empereurs d'Orient en Italie (1057) 2. 11 soamit les principautés de Salerne et de Bénévent, mais il partagea cette dernicre dépouille avec le pape. Celui-ci prit possession de la ville, et Robert conserva le reste du territoire. Ses conquêtes dans la Grèce, qu’il envahit avec le superbe dessein de renverser l'empire d'Orient, furent pour le moins aussi éclatantes, quoique moins durables (1061). Sur ces entrefaites, Roger, son jeune frère, conçut le projet, romanesque en apparence, de conquérir la Sicile avec une poignée de volontaires normands. Les Sarrasins qui Poccupaient étaient divisés en petits États, et découragés par les revers qu'éprouvaient leurs frères en Espagne et en Sardaigne. Roger, apres plusieurs années de guerre, devint seul maître de la Sicie, et prit le titre de comte. Le fils de ce prince, qui se trouva, par l'extinction de la postérité de Robert Guiscard, en possession des deux souverainetés normandes, ayant subjugué les républi-

i Giannone, t. IL, p. 7 (édit. 1753). Je dois faire observer que Saint-Marc, qui examine les faits avec une critique plus sévère que Giannone, considère cette

première aventure des Normands comme dénuée d'authenticité. Æ4brégé chronologique, p, 190.

2 La prise de Bari, en 1071, après quatre ans de siége , porta le dernier coup à ta domination des Grecs en Italie, Depuis quelque temps ils n‘y conservaient plus que cette ville. Muratori, Saint- Marc.

ques libres de Naples et d’Amalfi, et la principanté de Capoue , donna à son royaume des limites qui n'ont guère changé depuis ce temps (4127) 1.

. Les papes virent de mauvais œil les premiers succès de ces chefs normands. Léon IX marcha en personne contre Robert Guiscard avec une armée de mercenaires allemands ; mais il fut battu et fait prisonnier dans cette imprudente entreprise, dont te succès pouvait seul pallier le scandale. Cependant il était tombé dans les mains d’un peuple dévot, qui implora son absclution pour le crime de s'être défendu. Soit par reconnaissance, soit comme prix de sa liberté, le pape investit les Normands de leurs conquètes récentes dans la Pouille, à titre de fiefs du saint-siége. Les papes reneuvelèrent et étendirent cette investiture, surtout pendant leur quepelle avec Henri IV et Henri V, pour se conserver l’avantage qu’ils avaient de trouver dans les Normands des alliés fidèles. Enfin, en 1139, Innocent II conféra à Roger le titre de roi de Sicile. Il n'est pas facile de concevoir comment le siége de Rome pouvait revendiquer la souveraineté de ces États, à moins que ce ne fat en vertu de la prétendue donation de Constantin, ou de celle de Lowlsle-Déhonnaire, qui n’est guère moins suspecte 2; et surtout comment il pouvait livrer les libertés de la ville de Naples, soit qu’on la considérât comme une république indépendante, ou comme une portion de l'empire grec. Mais les Normands, qui n'avaient d'autre titre que leur épée, saisirent avec empressement l’occasion de denner une apparence de légitimité à leur conquête ; et le royaume de Naplea, sous la domination même des princes les plus puissants de l'Europe, n’a pas cessé de payer un tribut féodal à la chaire de saint Pierre.

Les révolutions que le temps opérait à l’autre extrémité de l'Italie étaient encore plus intéressantes. Sous les princes lombards et fran-

« M. Sismondi s'est surpassé lui-même dans le récit de la conquête d' Amalfi et de Naples par Roger Guiscard (t. I, c. 4). Son imagination échauffée a vu dans ces obscures républiques des tableaux de liberté et de vertu, dont l’absence de toute histoire ne permet pas de contester la réalité.

2 Muratori suppose même que les donations, fausses en totalité ou en partie, de Louis-le-Débonnaire, d'Othon I* et de Henri Il au siége de Rome, furent publiées vers le temps des premieres concessions faites aux Normands, pour donnes aux papes un prélexte plus spécieux de disposer des prorinces méridionales de l'Italie. A. D. 1039.

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çais, chaque oité , avec le territoire adjacent qui formait son district, était soumise au gouvernement et à la juridiction d'un comte, subordonné lui-même au duc ou marquis de la province. Les premiers empereurs d'Allemagne établirent l’usage de détacher de ces comtés certaines villes, ou certaines portions de territoire, qu'ils concédaient sous une tenure féodale à des seigneurs ruraux, dont la plupart prirent aussi le même titre de comte. Par degrés; l’au~torité des gouverneurs primitifs se trouva presque renfermée dans l'enceinte de leurs propres villes ; en beaucoup d’endroits, Pévaque se fit accorder le gouvernement temporel, et exerça les US qui avaient appartenu au comte 1.

Il est impossible de déterminer l’époque à laquelle les villes de Lomberdie ‘commencèrent à prendre une forme de gouvernement républicain, et de retracer avec précision leur marche progressive vers Viadépendance. Le dernier historien de l'Italie avance qu’Othon I* érigea ces villes en communautés municipales, etJeur permit d’élire leurs magistrats; mais il ne produit aucune preuve à l’appui-de cette assertion ; et Muratori, dont on ne saurait rejeter l'autorité sans de puissantes raisons, non-seulement ne eite aucune: charte relative à cette concession de priviléges, mais déclare qu'il ne üécouvre aucun témoignage exprès et certain de gouvernement populaire pendant tout le onzième siècle 2. La première occasion où l'on voie les citoyens agir pour eux-mêmes, est une émeute qui eut lieu à Milan en 991, et dans laquelle l'archevêque fat chassé de la ville 3 ; mais ce n’était qu’un mouvement d'effervescence passagère, etil faut descendre à des temps postérieurs pour trouver des preuves plus positives de libertés cfviles. Il est possible que la lutte engagée pour la couronne d'Italie entre Ardouin et Henri, au commentement du onzième siècle, et l'espèce d'interrègne qui en fut la conséquence, aient présenté aux habitants des villes une occasion favorable pour se choisir des magistrats et prendre part aux délibérations publiques. Il est vrai qu’un semblable relâchement dans le gouvernement avait en France exposé le peuple à une servitude plus rigoureuse, et établi l'aristocratie féodale. Mais il ne parait pas que

4 Muratori, Antiquit. Italia , Dissert: 8; Annali d'Italia, A. D. 980; Antichila Estenst , p. 26.

2 Sismoridi, t. f, p. 97, 384; Muratori , Dissert. 40.

3 Muratori, Annali d'Italia.

les tewures féodales aient produit en Italie cette sabordinetion régulière et systématique qui existait en France à la même époque, ai que les rapports et les devoirs mutuels du seigneur et du vassal y aient été aussi bien compris ou aussi bien observés. Aussi trouvoesnous non-seulement des quereties, mais de véritables guerres civiles entre la petite noblesse ou les vavasseurs, et la haute noblesse ou leurs supérieurs immédiats. Coarad-te-Salique apaisa ces troubles ; l'édit remarquable qu'il promnigua en 1037 fixa d’une manière plus certaine la loi féodale d'Italie 1. Cette désunion entre les membres de la confédération féodale facilitait aux citoyens les moyens de se mettre à l'abri de leur domination. Les cités de la Lombardie étaient aussi beaucoup plus populeuses et bice mieux défendues que celles de Fraace ; elles avaient appris à soutenir des siéges pendant les invasions des Hongrois au dixième siècle, et acquis le droit de s’entourer de bonnes fortifications. Celles qui avaient été placées sous le gouvernement temporel de leurs évéques se trouvaient dans une position encore plus avantageuse poar conquérir leurémancipation 2. Je regarde cette circonstance de l'état de la Lombardie comme extrémement importante pour expliquer la révolution qui s'opére. Malgré quelques exceptions à cet égard, un homme d'église était moins propre qu’un guerrier à déployer de l'audace et de l'activité daas le commandement ; et l'espèce d'élection qui, à la vacance d’un siège, était toujours nécessaire, et quelquefois plus que nominale,

4 Muratori, Annali d‘ [lala ; Saint-Marc.

2 Il paraît que les évêques devinrent comles ou gouverneurs temporels de leucs siéges vers la fin du dixième siècle, ou avant le milieu du onzième. Muratori, Dissert. 8 ; Deniha, !. 9, c. 11 ; Saint-Marc, A. D. 1044, 4047, 1070. L'Hisfoire de Milan, écrils par Arnulf avant k fin du onaiéme siècle, nous offre un témeignage contemporain des événements. La lecture de cel ouvrage me porterait à croire que l'archevêque était, au milieu du onzième siècle , le principal magistrat dela cité; mais en même temps il paraît très-probable qu'une assemblée de citoyens, ou au moins une partie des citoyens, prenait part à l'aëmiaistretion des affaires publiques. Muratori, Scriptores Rerum [talicarum, t. IV, p. 16, 2, 23, et surtout à ce dernier endroit. Dans la plupart des villes à l'est du Tésin , les évèques perdirent leur autorité temporelle au dourième siécle. L'archevêque de Milan conserva cependant d'assez belles prérogalives , landis que cette eilé éteit gouvernée en république. Dans le Piémont , les évêques retinrent leur pouvoir plus longtemps. Verceil et Turin même restèrent soumises à leurs prédats respeclifs jusqu'au treizième siècle. C'est une des raisons qui ne permettent guère de ranger les villes du Piémont parmi les républiques de Lombardie. Denies, 7storia dell’ Italia occidentale, t. 1, p. 191.

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entratenait les citoyens dans l’idée que l'autorité de lour évêque et principal magistrat émanait en quelque. sorte d'eux. En plusieurs endroits, et surtout dans l’église de Milan, la plus ancienne peutêtre, et sans contredit la plus fameuse des républiques lombardes, l'élection fut souvent disputée : deux, et quelquefois trois eompétiteurs briguaient à la fois des fonctions archiépiseopales; et, pendant. l'absence des empereurs, ils étaient obligés, pour pouvoir les exercer, d'avoir recours à la faction qu'ils s'étaient formée parmi les citoyens {.

Tellessont les causes générales qui, en agissant à différent époques duoazièmesiècle, paraissent avoir graduellement introduitlesformes républicaines dans les cités d’Itskie. Mais il règie beaucoup d'obseurité sur cette partie de l’histoire. Les archives de toutes tes villes d'Italie, antérieures au règne de Frédéric Barberousse, ont péri. Pendant un grand nombre d'années, la Lombardie manque d‘historiens contemporains ; et ceux qui se sont livrés plus tard à l'étude des antiquités de leur pays, n'ont pa recueillir que quelques fait isolés et sans importance. Nous voyens cependant que, durant tout le onzième siècle, les villes furent continuellement en guerre l'une avec l'autre. C’est un fait, il est vrai, qui s'accorde parfaitement avec les mœurs du temps, et dont on ne peut tirer aucune induction en faveur de la liberté pelitiqne des citoyens. Mais il est àremarquer que les chroniques qui rapportent ces événements parlent du peuple, et pas de ses chefs ; c’est le vrai langage d'une histoire républicaine. Ainsi, dansles Annalesde Pise, il est fait mention, souslesannées 1002 et 1004, de victoires remportées par les Pisans sur les Lucquois,

a Muratori, A. D. 4048. Quelquefois les habitants d'une ville refusaient dt reconpallre l'évêque nommé par l’empereur; c'est ce qui arriva à Pavie et à Asti vers l’an 1057. Arnulf, p. 22. C'était, en d'autres termes, se constituer en répu- | blique. L'événement le plus remarquables de ce genre eut lieu en 1070. Les Milanais refusèrent absolument de reconnaître Godefroi, qui avatt été nommé par Henri 1V, et, après une résistance de plusieurs aunées , fereèreat l'empereur de désigner upe autre personne, La ville avail 66, quelque temps auparavant, en proie à de longues et violeales dissensions. Ces troubles appartiennent plutôt a l'histoire seclésiastique qu'à l'histoire civile; car ils furent occasionnés par les efforts que l'on fit pour reformer la condition du cleegé, ei forcer les prêtres au céitbat, mais ils contribuérent beaucoup à diminuer l'autorité de l'archevêque , et à donner aux habitants un esprit républicain. Ces événements sont rapportés trèsau long par Saint-Marc, t. ILI, A. D. 1066-1077 , Arnulf et Landulf sont les sources originales.

et, en 1006, de la conquête de la Sardaigne par les Pisans et les Génois 1. Ces Ansales, à la vérité, ne sont pas d’un écrivain costemporain, et ne méritent peut-être pas beaucoup de confiance; mais nous avons une relation originale d’une guerre qui éclata, en 1057, entre Pavie et Milan, dans laquelle il est dit que les citoyens levérent des armées, firent des alliances, prirent des troupes étrangères à leur solde et agirent, sous tous les rapports, comme des États indépendants 3. L'empire ne conservait en effet aucun pouvoir réel sur eux. La querelle des investitures et les troubles continuels de l'Allemagne donnèrent tant d’embarras à Henri IV et à Henri V, que, loin de pouvoir s'opposer à la liberté naissante des villes d'Italie, ils se trouvaient heureux d'acheter leur assistance par de larges concessions. En 1081, Henri IV accorda à Pise une charte qui conférait à cette ville les privilèges les plus importants, avec la promesse de ne point nommer de marquis de Toscane sans le consentement du peuple $. Il est trés-possible que d’autres cités aient obtenu de semblables avantages, et que leurs chartes aient été perdues. Quoi qu’il en soit, ilest certain qu'avant lamort de Henri V, en 1125, presque toutes les villes de la Lombardie et la plupart de celles de la Toscane, étaient dans l’usage d’élire leurs magistrats, et d'agir en communautés indépendantes dans les guerres qu’elles entreprenaient, comme dans leur administration intérieure 4.

Le territoire soumis dans l’origine au comte ou à l'évêque de ces villes avait été diminué, comme je l'ai dit plus haut, per de nombreuses donations faites à la noblesse rurale. Mais les nouvelles républiques, se croyant en droit de revendiquer tout ce que leurs anciens gouverneurs avaient jadis possédé, commencèrent à attaquer leurs plas proches voisins, et à se remettre en possession

4 Muratori, Dissert. 48. Arnulf, l'historien de Milan, ne parle point de comtes temporels : d'où l'on pourrait conclure qu'ils n'exerçaient aucune autorité ; it dit toujours Médiolanenses, Papienses, Ravennates, elc. Cette histoire fut écrite vers l'année £088; mais elle est relative à la première parlie du onrième siècle. Cette de Landulf confirme cette supposition, qui, au surplus, est susceptible de preuve pour ce qui regarde Milan et plusieurs autres villes, où Tes évêques étaient en possession légale du gouvernement temporel. Voir Satmt- Marc, t. Hil.

2 Murat., Diss. 45: Arnulf, Hist. Mediolan , p. 22.

3 Murat. Diss. 48.

4 Murat., Annal d’ital., A. D. 1107.

de leur territoire primitif. Elles assiégèrent les châteaux des comtés ruraux, et les soumirent successivement. Elles sapprimérent quelques communautés infériegres, formées, à leur exemple, par de petites villes de leur district. Quelquefois elles achetaient des supériorités féodales ou des juridictions territoriales, et, suivant une politique assez ordinaire à la partie la plus forte, eonvertissaient . leurs droits de propriété en droits de souveraineté 4. Aussi, au milieu du douzième siècle, un écrivain contemporain nous asure-t-il qu'il eût été bien difficile de trouver quelque noble, si ce n’est le marquis de Montferrat, qui ne fut soumis à quelque ville 2. Je crois qu'on peut excepter aussi les familles d'Este et de Malaspina, ainsi que celle de Savoie. Muratori rapporte une foule de chartes qui contiennent des stipulations réciproques entre les nobles et les cités voisines; et un des articles invariables de ces chartes, est que les nobles résideront chaque année, pendant un certain nombre de mois, dans l’intérieur de la ville 3. La noblesse rurale, ainsi privée de l'indépendance qui l’attachait à ses châteaux, conçut une nouvelle ambition, celle de se placer à la tète du gouvernement municipal des villes ; et, pendant les premiers temps, l'administration de ces républiques se trouva en effet concentrée dans les mains des grandes familles. Les Lombards eurent l’habile politique d'inviter des étrangers à venir s'établir chez eux, en leur offrant les droits de cité, en les imposant mème par force. Quelquefois une ville, imitant la sagesse del’ancienneRome, accordait ses privitégesà tous les habitants d'une autre ville 4. C’est ainsi qu'avant le milieu da douzième siècle, les principales villes de la Lombardie, et surtout Milan, étaient beaucoup plus peuplées que les capitales des grands royaumes. Protégés par de fortes murailles entourées de fossés profonds, au milieu’ de leurs rues populeuses, les habitants industrieux vivaient à l'abri de la licence des brigands armés et de l'oppression des tyrans féo-

4 It dominio utile delle citid e de’ villaggi era talvolla diviso fra due o pis padroni, ossia che s'assegnassero a ciascuno diversi quarlieri, o si dividessero ” § proventi delle gabelle, ovvero che l'uxo signore godesse d'una spezie della giurisdizione, e l'aliro d'un alira. Denina, |. 12, c. 3. Il en résulta une grande confusion dans les titres, confusion fort avantageuse à ceux qui avaient besoin dun prétexle pour voler leurs voisins. .

2 Otho Frisingens, |. 2, c. 13.

s Muratori, Dissert. 49.

4 Idem.

daux; les artisans, jadis méprisés per tesseigneurs belliqweux, ecque rent et méritèrent le droit de porter les armes pour leur défense et pour celle de ka cité !. Leurs occupatiogs devinrent libérales, parce qu’elles étaient le foadement de teurs franchises politiques. Les citoyens furent classés, suivant la nature de leurs professions, en compagnies qui avaient chacune leur tribun ou porte-étendard (gonfalonier), sous le commaniement duquel on s’assemblait en armes sur la place du marché, lorsqu'il s'élevait quelque trouble, ou qu'on était memacé par l'ennemi.

Malheureusement, cette admiration que nous éprouvons à ta vus de oes institations où respire tant de liberté, nous no pouvens pas l'étendre à la politique extérieure de ces petites républiques. Leur amour de la liberté était accompagné de cet esprit remsant, pertage ordinaire des gouveroements démocratiques, et qui les porte à tyranniser des voisins plus faibles. Les républiques itakennes renouvelérent ke spectacle tragique de l’ancienne Grèce; la scène était occupée par des acteurs moins consommés; mais leurs haiues étaient aussi invétérées, leurs ambitions aussi injustes, leurs repré- #ailles aussi atroces. De toutes les villes de la Lornbardie, Milen était la plus remarqaable par sa puissance et sa popuhtion, et par l'abus qu'elle faisait de ces ressources dans l'intérêt de son ambition tyrannique. C'est ainsi qu'en 1111 on voit les Mifanais raser fa ville de Lodi, distribuer ses habitants dans six villages, et les sourmettre au plus cruel despotisme 3. C'est aiasi qu'en 1118 ils entreprtreat contre la petite ville de Côme une guerre qui dura dix ans; la per

# Othe Mein panels. ap. Marat. Scr. Rer. Ital., t. VI, p. 708. Ut etiam ad comprimendos vicinos malerid non careant, inferioris ordinis yuvenes, vel quoslibet contemptibilium etiam mechanicarum arlium opifices, ques cetera genie ab honesttoribus et libertoribus stddiis lanquam pestem propellunt, ad militia chngulum, cel dhignilalum gradus assumere non dedignantur. Ez quo factum eat, ul cateris orbis civilatibus diviliis et potentid preemineant.

2 L’animesité de Milan contre Lodi remontait à une époque très-éloiguée:; elle commença, suivant Arnulf, par la résistance que les habitants de Lodi oppestrent à la tentative de l'archevèque Éribert pour les forcer à recevoir un évéque de son choix. Les meurtres, le pillage et les incendies, qui furent la suite de cotle querelle, rompliraient, dit cet historien, un volume entier, s'ils élaivat repportés au long. Script. Rer. Ital., t. IV, p. 16. Ce témoignage est cependent celui d'un écrivain qui ne vécut que jusqu'en 108$. Lodi out encore à supporter

plus de soixante-dix ans de guerre et de servilude avant qu'il lui (Gt permis de respirer.

sévérance surptesante de ses habitants lui Gt abtenir une capitale. tien plus avantageuse ; mais elle perdit son ancienne indépendance. Les Crémonais traitéreat si durement la ville de Grème, qu'elle se révolta et se mit sous la protection de Milan. Les villes dont les forces étaient moins inégales étaient en état continuel d'hostilité les unes à l'égard des autres; elles se ravageaient mutuellement lear territoire, détruisaiont leurs moissons et brâlaient leurs villages.

Dans cet intervalle, la souveraineté des empereurs, sans dtre bien effective, était cependant toujours admise en théorie; leur nom figurait daas les actes publicset sur la monnaie. Qaand ils venaient en Italie, ils avaient droit à certaines provisions d'usage, appelées fedrum regele, qui devaient leur être fouraies aux frais des villes où ils résidaient ; pendant leur séjour, toutes les magistraturesieférieuresétaient suspendues, et tous les droits de juridiction étaient dévalus à eux seuls. Mais telle était la jalousie des Lombards, qu'ils bâtinsaient les palais impériaux hors de l'enceinte de teurs villes ; les empereurs Gtaient contraints de se soumettre à cette mesure de srcté. Une quereile avait eu lieu à ce sujet, à une époque déjà assez éloignée, entre Conrad IL et les habitants de Pavie. Ceux-ci avaient, dansuae émeute, démoli son palais, qui était au centre de lear ville, et iis we voulaient plus le rebâtir à la même place 4.

Tel était l'état de l'Italie lorsque Frédéric Barberousse, duc do Souabe, et neveu da dernier empereur, Conrad Ali, monta sur le. trône d’'AHemagne. Son avéaement forme le commencement d'une nouvelle période d'environ ceat ans, qui se termine à la mort ds Conrad IV, dernier empereur de la maison de Souahe. Bile est signalée, comme la période précédente, par trois événements merquants dans l’histoire d'Italie; la lutte victorieuse des cités lombardes et autres pour leur indépendance, l'établissement défiaitif de la souveraineté temporeHe des papes sar les provinces du ceatre, et la réunion du royaume de Naples aux autrés Etats de la maison de Sonabe. | |

Les Italiens trouvèrent dans Frédéric Barberousse an souverain bien différent des deux derniers empereurs, Lothaire et Coûrad IIT, qui avaient rarement paru en Italie, et toujours avec des forces

1 Otho Frisiageusis, p. 710; Maratori, A. D. 1027.

insuffisantes pour faire respecter leur autorité par des sujets aussi insoumis. Les talents et la valeur distinguée de ce prince devaient faire redouter davdntage son caractére sévére et arbitraire, et les superbes idées qu’il affectait d’attacher à ses droits impériaux. Il croyait, ou feignait de croire à cette pompeuse absurdité, qu’en sa qualité de successeur d’Auguste, il héritait de l'empire du monde. A ce même titre, il revendiquait avec plus de force, sinon avec plus de raison, toutes les prérogatives des empereurs romains sur leurs sojets. La loi civile était alors soigneusement étudiée, et les jurisconsultes appuyèrent ses prétentions avec la plas honteuse servilité. Avec de telles idées, les gouvernements indépendants des villes de Lombardie ne lui parurent qu’une véritable rébellion. Milan surtout, la plus célèbre entre toutes, attira sur elle tout le poids de son ressentiment. Il trouva, malheureusement, un prétexte trop juste dans la conduite de cette ville à l'égard de Lodi. Deux anciens habitants de cette cité ruinée vinrent se jeter à ses pieds, implorant sa suprême justice, et le suppliant de venger les maux de leur patrie. Mais la terreur qu’inspirait Milan était telle, que les consuls de Lodi désavouèrent les plaintes de leurs compatriotes, et que les habitants tremblèrent d'attirer sur eux une prompte vengeance, contre laquelle la protection desarmes impériales ne leur paraissait pas suffisante 1. Les Milanais s’abstinrent d’attaquer les habitants de Lodi; mais ils méprisèrent l’ordre de l’empereur qui leur commandait de rendre ce peuple à la liberté. Sur ces entrefaites, Frédéric passa les Alpes, et tint à Roncaglia une diète où l’on porta, de différents points de l'Italie, des plaintes nombreuses contre les Milanaïs. Les habitants de Pavie et de Crémone, leurs anciess eanemis, étaient impatients de recommencer les hostilités sous les auspices de l’empereur. Brescia, Tortone et Créme étaient alliées, ou plutôt dépendantes de Milan. Frédéric ne tarda pas à attaquer cette ligue. Tortone, forcée de se rendre, fut rasée de fond en comble. Mais une armée féodale était bientôt dissoute. L’empereur était occupé par les affaires de Rome, où il était malavec Adrien FV; et ns les troupes impériales furent sorties de la Lombardie, les

i. sn récit intéressant de ces circonstancespar Otho Morena , citoyen de Lodi, Script. Rer. Ital., t. VI, p. 966. M. Sismondi, qui reproche à Morena sa partis lité à l’égurd de Frédéric dans la guerre de Milan, aurait dû se souvenir des makkéers des habitants de Lodi. Hist. des Républ. Ital., t..H, p 402. -

Milanais rebâtirent Tortone, et chassèrent de leurs habitations les citeyens de Lodi. Frédéric assembla une nouvelle armée, qui fut recrutée, soit de gré, soit de force, dans la milice de la plupart des villes de la Lombardie, et qui s’éleva, dit-on, à plus de cent mille - hommes. Les Milanais se renfermèrent dans leurs murailles, où ils auraient pu braver les forces impériales, si leur immense population, qui élait pour eux un sujet de confiance, ne les eût exposés à un ennemi d'une autre espèce. Milan, pressée par la famine, fut obligée de capituler à des conditions qui n'étaient pas trop rigoureuses, si un peuple vaineu pouvait jamais se reposer entièrement sur la convention qui garantit sa soumission.

Après la reddition de Milan, Frédéric tint à Roncaglia une nouvelle diète, où l’éclat de ses victoires produisit un funeste effet sur les esprits (1158). Les évéques, la haute noblesse, les gens de robe exaltèrent à l’envi ses prérogatives. L'empereur définit ses droits régaliens de manière à enlever aux villes et aux seigneurs le privilége de battre monnaie et les droits de péage ou redevances territoriales dont ilsétaient en possession depuis un grand nombre d'années. li leur fut cependant permis de les conserver moyennant une somme convenue. Frédéric introduisit une innovation plus importante en normant des magistrats qui, sousle titre de podestats, devaient administrer la justice concurremment avec les consuls: mais il ne tarda pas à supprimer ces derniers dans la plupart des villes, et à concentrer toute l’administration dans les mains de ses propres magistrats. Il défendit aux villes de prendre les armes les unes contre les autres. On peut bien penser qu’il ne ménagea pas Milan. La ca- Pitulation fut violée dans ses dispositions les plus expresses. Un podestat remplaça les consuls, et une partie de son territoire lui fut enlevée. Quel que fût le danger de la résistance, et les Milanais le connaissaient sans doute assez pour le bien apprécier, ils aimèreué mieux s’exposer à voir leurs libertés anéanties toutes à la fois que de les laisser détruire l’une après l’autre par un tyran sans foi. Ils profitérent de absence de son armée pour recommencer la guerre, L'issue de celle-ci fut plus malheureuse encore que celle de la précédente. Presque toute la Lombardie supportait patiemment lejoug. La petite ville de Créme, l’alliée fidèle de Milan, soutint un siège mémorable contre l'armée impériale ; à la fin les habitants, pour se soustraire à la mort, furent forcés de capitaler, et les vindicatifs

Crémonais rasérent leurs maisons 1. Mais on oublia toutes ces infortunes moins illustres, lorsque la grande cité de Milan, épuisée par la famine, plutôt que soumise par la force, fut réduite à se rendre à discrétion. La Lombardie, inquiète, attendait en silence la détermination de Frédéric à l'égard de cette antique métropole, résidence des anciens empereurs chrétiens, et la première après Rome dans la hiérarchie de l’Église latine. Un délai de trois semaines excita de trompeuses espérances; ce temps expiré, les Milsnais reçureat l’ordre d’évacuer la ville. Aussitôt après leur départ, l’armée impériale occupa les rues désertes : les habitants de Pavie, de Crémone, de Lodi et de Côme furent autorisés à exercer leur vengeance sur les quartiers de la ville qui leur furent respectivement assignés ; et au bout de quelquesjours, Milan n’était plus ; les églises piles s’élevaient seules au milieu de ses ruines ( 1162).

Il restait alors bien peu de chose de cette liberté à laquelle la Lombardie avait aspiré : elle avait disparu eonsme un songe agréeble, et les Lombards se réveillaient au milieu des craintes et des misères de ja servitude. Frédéric suivit l'impulsion de son esprit vindicatif et d’une politique trop ordinaire aux princes. Il abrogea le régime consulaire dans quelques-unes des villes mêmes qui l'avaient secondé, et y établit son podestat. Ce magistrat était toujours un étranger, souvent même n'était pas Italien; et il arrivait, l'esprit imba de préventions contre le peuple qu'il allait gouverner, préventions qui devaient dter tout espoir de justice et d'humanité. Les habitants des villes de la Lombardie, et surtout les Milanais, qui avaient été dispersés dans les villages voisins de lesr cité ruinée, ne pouvaient satisfaire aux demandes perpétuelles de tributs. Daas quelques endroits, les officiers de l’empereur exigeaient d’eux , dit-on, les deux tiers du produit de leurs terres, seul bien qui leur restât. Ce fut en vain qu'ils se prosternèrent aux pieds de Frédéric; il ne lear donna tout au plus que de vagues promesses de redressement : ils n'étaient à ses yeux que des rebelles ; ses délégués étaient des of eiers fidèles qu’il n’était pas disposé à punir, quand bien mème its

i Le siége de Crême est raconté fort au long par Otho Morena: ce récit est très-intéressant; non-seulement il nous fait connaître la persévérance et l'intrépidité extraordinaires des assiégés, mais il contient Jes détails les plus curieux sur les moyens employés pour l'attaque et Ia défense des places fortes ayant l'introduction de l'artillerie. Script. Rer. Ital., t. VI, p. 4053-1052,

auraient été, par excès de zèle, un peu au delà de ses intentions.

Mais il existait encore, au sein de la Lombardie, ce puissant principe de liberté nationale qui n'avait pu ni périr avec ses généreuses légions que la guerre avait dévorées, ni se consumer dans l’incendie de ses villes 4. Celles que des haines privées avaient portées à soutenir le conquérant germain, rougissaient de la dégradatfon de leur pays, et de la part qu'elles y avaient prise. (1167) I se forma secrètement une ligue dans laquelle Crémone, l’une des principales villes du parti de l'empereur, joua un grand rûle. Les villes au delà de l’Adige, qui jusqu'alors n'avaient été que faib!ement engagées dans les querelles de la Lombardie centrale, avaient déjà formé une confédération particulière, pour se défendre contre des empiétements d'autant plus injustes qu’elles n'avaient jamais porté les armes contre l’empereur (1164). Leurs premiers succès répondirent à la justice de leur cause; Frédéric fut repoussé du territoire de Vérone : cet événement était d’un heureux augure pour le reste de la Lombardie. Les deux confédérations de cités, à l'est et à l’ouest de l’Adige, se réunirent alors, et formèrent la fameuse ligue lombarde, dont les conditions furent arrêtées dans une diète générale. Leur alliance devait durer vingt ans, pendant lesquels elles s'engageaient à se soutenir mutuellement contre quiconque exigerait d’elles plus qu'elles n'avaient été dans l’usage de faire depuis le règne de Henri jasqu’é l’entrée de Frédéric en Italie; elles prélendaient en conséquence recouvrer leurs magistratures électives, leurs droits de guerre et de paix, et ces priviléges lucratifs, qui, sous le nom de droits régaliens, leur avaient été enlevés à la diète de Roncaglia 2.

s Qua neque Dardantis campis poluere perire, Nec cum caplu capi, nec cum combuslg cremari. Enmos.

2 Sar la nature et les conditions de la ligue lomharde, voir, indépendamment des auturités ordinaires, la 48° Dissertation de Muratori. Les mots d tempore Henrici regis usque ad introttum imperatoris Frederici présentent de l'ambiguité. De quel Henri voulail-on parler? Muratori pense qu'ils'agissait de Henri IV, parce que ce fut sous son règne que les villes de Lombardie commencèrent à être fndépendantes. Cependant il parait naturel d'appliquer ce qui est dit Wun roi désigné par son nom seul, sans indieation numérique, au dernier prince qui a porté ce nom : c'est ainsi que nous disons en anglais le rot Guillaume pour Guiltaume III. Fest certain aussi que les libertés de la Lomb:rdie furent plus parfaites sous Henri V que sous son père; el l'on pouvait se ressouvenir encore du premier,

Cette union des villes lombardes eut lieu dans des conjonctures très-favorables. Frédéric, depuis son avénement, avait presque toujours été en hostilité ouverte avec le siége de Rome. II suivait la politique malheureuse de Henri IV, qui avait essayé de substituer au pontife légitime un anti-pape attaché à son parti. Pour exécuter ce plan, il avait assiégé Rome avec une armée nombreuse. Les citoyens firent une résistance beaucoup plus longue qu'il ne s'y était attendu ; et cette armée fut détruite par la peste, qui, dans l'automne, parcourt ordinairement les environs de cette capitale. Ce fléau ayant enlevé la fleur de la noblesse allemande, l'empereur repassa les Alpes, et se trouva, pour le moment, absolument hors d'état de résister à la confédération des villes lombardes. Leur premier acte manifeste d’insurrection fut la reconstruction de Milan; toutes les troupes confédérées prirent part à ce grand travail; et les Milanais, encore nombreux, quoique dispersés et persécutés, formèrent de nouveau une république puissante. Lodi fat forcée d'entrer dans la ligue ; Pavie seule resta attachée à l’empereur. Pour contenir Pavie et le marquis de Montferrat, le plus puissant des nobles qui avaient conservé leur indépendance, les Lombards résolurent d'élever entre les confins de ces deux ennemis, dans une riche plaine située au sud du P6, une ville nouvelle qu’ils nommèrent Alexandrie, en l'honneur du pape Alexandre III. Cette ville, dont les constructions rapides paraissaient assez grossières, même pour ces temps, devint bientôt populeuse et florissante 1. I n'etait plus permis alors de douter de l'activité, de l'énergie et des ressources des habitants de la Lombardie. Frédéric, qui avait triomphé par suite de leur désunion, n’était plus en position de lutter contre leur ligue. Après une guerre de plusieurs années sans aucun résultat décisif, ilenvahit le Milanais. Les confédérés lui livrèrent bataille, et remportèrent une victoire complète à Legnano (1176). Frédéric s’échappa du champ de bataille, seul et déguisé, ne conservant qu'un

tandis que le dernier n’était connu que par tradition. Au reste, la question est de peu d'importance.

4 Alexandrie fut surnommée par dérision della paglia, parce que ses maisons étaient couvertes en chaume. Frédéric désirait beaucoup changer ce nom ea celui de Cæsarea, et c'est ainsi qu’elle est appelée dans le traité de paix de Constance, car elle élait à cette époque attachée au parti de l’empereur ; mais elle reprit bientôt son premier nom.

faible espoir de lever une nouvelle armée, mais encore indécis , par honte, à reconnaître l'indépendance de la Lombardie. La république de Venise intervint comme médiatrice, et il souscrivit enfin à une trêve de six années, dont toutes les conditions étaient favorables à la ligue. Celle-ci cependant était déjà affaiblie par la défection de quelques-uns de ses membres; Crémone, qui ne s était jamais réconciliée bien sincèrement avec sesanciens ennemis, traita séparément avec Frédéric, et consentit à être nommée, dans l'armistice, parmiles villes attachées au parti de l’empereur. Tortone et Alexandrie elle-même suivirent le même exemple pendant cette trève de six années. C'était une preuve fatale que les animosités n'étaient pas éteintes, et un présage funeste des maux qui menaçaient l'Ttalie. A l’expiration de la trêve, Frédéric, sacrifiant son orgueil au désir d'assurer la couronne à son fils, signa la fameuse paix de Constance, qui établit les républiques de Lombardie dans une véritable indépendance (1183).

Le traité de Constance maintint les villes dans la jouissance de tous les droits régaliens qu’elles avaient possédés, tant dans leurs murs que dans l'étendue de leur territoire. I! contenait mention expresse du droit de faire la guerre, d'élever des fortifications, d’administrer la justice civile et criminelle. Les citoyens conservaient la nomination de leurs consuls ou-autres magistrats ; mais ceux-ci devaient recevoir leur investiture d’un délégué de l'empereur. Les prestations d'usage pour son entretien pendant sa résidence en Italie étaient maintenues; et il pouvait nommer dans chaque cité un juge d'appel pour les affaires civiles. La ligue lombarde fut confirmée, et les villes autorisées à la renouveler quand il leur plairait ; mais elles devaient, tous les dix ans, prêter serment de fidélité à l’empereur. Ce traité équitable, qui garantissait les libertés et la prospérité des villes, réservait à la prérogative impériale tous les droits qui pouvaient être exercés par un souverain étranger sans nuire au bonheur du peuple 1.

Cet heureux résultat de l'insurrection de la Lombardie est une réfutation mémorable de ce système politique que ses partisans qualifient du nom d'administration vigoureuse, et qu'ils mettent continuellement en ayant comme-le seul moyea de contenir des

« Muratori, Antiquiales Italie, Diss. 50.

peuples mécontents. Aux yeux de certains hommes d'État, et, en général, de tous les hommes d’un caractère dur et violent, les mesures de conciliation, l’observation des traités, le respect des anciens priviléges et de ces principes de justice morale qui dominent tous les droits positifs, ne sont qu’un objet de dérision. La terreur est leur seul remède ; l’impossibitité physique d’une révolte, leur seule garantie de l’obéissance. Mais si la destruction des villes et l'abolition des priviléges d’une nation, si son appauvrissement et son oppression pouvaient assurer sa soumission constante, Frédéric Barberousse n’aurait jamais vu les milices de la Lombardie armées contre lui à Legnano. Quelque pesant que soit le joug imposé à un peuple conquis, un moment vient où il le secoue. Vainement objecterait-on à cet exemple que la destruction accidentelle de l’armée de Frédéric par la peste assura seule le succès des villes de Lombardie. Le fait peut être révoqué en doute, puisque les forces réunies de la Lombardie paraissent avoir été plus que suffisantes pour lutter avec avantage contre toutes celles que l'Allemagne pouvait leur opposer. Mais, en admettant même l'effet de cette circonstance, elle ne sert qu’à prouver combien est fausse cette politique que le cours des événements peut déjouer d'un moment à l’autre. La Providence se réserve différents moyens de briser les chaines forgées par un oppresseur ; et il n’est pas donné à Ja sagacité humaine de prévoir si les armées d’un conquérant doivent se consumer dans les marais insalubres de Rome, ou s’ensevelir sous les neiges d'un hiver de Russie.

La paix de Constance offrait aux Lombards une belle occasion d'établir une confédération permanente de petites républiques, forme de gouvernement naturelle à l'Italie depuis les temps les plus reculés, peut-être aussi celle sous laquelle elle doit redevenir un jour florissante. Ils étaient autorisés par les dispositions de ce traïté à maintenir leur ligue, base d’une confédération plus parfaite, que le cours des événements aurait rendue entièrement indépendante de l’Allemagne 1. Mais des haines longtemps nourries dans

1 La ligue lombarde n'avait pas de diète permanente; mais les consuls et les podestats de chaque cilé s'assemblaient quelquefois en congrès pour délibérer sur les mesures de sûreté générale. Lorsqu'ils étaient ainsi assemblés, on les appelait Reclores socielalis Lombardia. 11 est évident que, si la Lombardie avait continué à se maintenir, jusqu'à un certain point, dans cet esprit d'union, ce

l'ombre, et ces implacables ressentiments qui distinguaient, du moins dans Îles anciens temps, les mœurs privées de l'Italie, corrompirent le caractère national, qui ne peut être que la somme des passions individuelles. Pour assouvir leurs vengeances, les Italiens rejetérent le plus précieux des trésors, et sacrifièrent jusqu’au souvenir de cette liberté qu’on avait vue se relever comme un génie majestueux au milieu des ruines de Milan 1. Ils disparurent, ce superbe dédain du pouvoir absolu, cette fermeté, ce dévouement qui avaient élevé les Lombards à demi-civilisés du douzième siècle au niveau de ces anciennes républiques, dans l’histoire desquelles nous avons puisé nos premières idées de liberté et de vertu. Victime tour à tour des intrigues de factions sanguinaires et égoistes, des fareurs de ses petits tyrans, et de Pambition des conquérants, Vitalie est déchue du rang qu’elle occupait, comme ces étoiles qui disparaissent du ciel : elle a vu ses moissons foulées aux pieds par les chevaux de l'étranger, et le sang de ses enfants prodigué dans des querelles qui leur étaient étrangères ; victorieuse ou ratncue, suivant le langage énergique de son poéte, toujours esclave 3; longue expiation de la tyrannie de Rome!

Frédéric ne chercha plus à inquiéter les villes de Lombardie dans la jouissance des priviléges qu'il leur avait accordés par à paix de Constance. De nouveaux projets occupaient son ambition ; il voulait agrandir la maison de Souabe par le mariage de Henri, son fils aîné, avec Constance, tante et héritière de Guillaume EF, roi de Sicile. Ce royaume, que son premier monarque, Roger, avait élevé à un haut degré de gloire et de puissance, tombe en décadence par la mauvaise conduite de son fils Guillaume, dit le Mauvais, et ne recouvra pas beaucoup de son éclat sous le second

congrès se serait facilement transformé en corps permanent, comme la diète helvélique, jouissant de pouvoirs aussi étendus que l'exige une constitution fédérale. Muratori, Antich. Italiane, t. IH, p. 426, Dissert. 30; Sismondi, t. I, p. 189. 1 Anzi girar la liberta mirai, E baciar lieta ogni ruina, e dire, Ruine si, ma servilu non mai.

Gacrana Passenin: (ossia piuttosie Giovan Battista Paslorini), dans Mathias, Componimenti lirici, t. IM, p. 531. | 2 Per servir sempre, o vincitrice o vinta, Fisicasa.

Guillaume, bien qu’il fit surnommé le Bon. Ce prince n’avait pas de postérité ; sa mort paraissait prochaine, et il ne restait d'autre membre légitime de la famille royale que Constance. C’est un fait remarquable, qu'aucun royaume héréditaire ne paraît avoir absolument exclu les femmes du trône, si ce n'est celui qui, par son étendue, avait le moins à craindre d’être réduit à l’état de province. Les Siciliens comprirent trop tard le vice de leur constitution qui les exposait, eux, peuple indépendant, à ètre transmis, comme dot : d'une femme, à un prince étranger, par les ministres duquel ils pouvaient s'attendre avec raison à être méprisés et opprimés. Henri épousa Constance en 1186, et trois ans après succéda au trône de Sicile, du droit de cette princesse. Irrité par une tentative hardie, mais malheureuse, que firent les barons normands pour conserver la couronne à une branche illégitime de la famille royale, il déshonora son règne par une longue suite d’atroces cruautés. La maison de Souabe était alors plus puissante que jamais des deux côtés des Alpes. Frédéric ayant péri dans la troisième croisade, Henri reçut la couronne impériale l’année suivante, et parvint même à faire élire pour son successeur, par les princes d'Allemagne, son fils Frédéric, encore enfant. Mais sa mort prématurée rembrunit la brillante perspective de sa famille; Constance ne lui survécut qu'une année, laissant à un enfant de quatre ans l'héritage d'un royaume que son père avait indisposé par sa sévérité, et que des chefs de mercenaires allemands à son service ravageaient et se disputaient entre eux.

Pendant la minorité de Frédéric IT, c’est-à-dire depuis l'an 1198 jusqu'en 1216, la chaire papale fut occupée par Innocent III, le pontife le plus célèbre après Grégoire VII, s'il n'était son égal. Jeune, noble et intrépide, il unissait à cet esprit ordinaire d’usurpation ecclésiastique, qu'aucun autre pape n’avait encore porté aussi loin, l'ambition plus mondaine de fonder pour le siège de Rome une principauté particulière au centre de l'Italie. Les donations vraies ou fausses de Constantin, de Pepin, de Charlemagne et de Louis, avaient donné naissance à des prétentions perpétuelles de la part des papes sur des Etats très-étendus : mais on y avait eu peu d’égard; et les papes, dans Rome même, avaient à lutter contre le . préfet, officier qui prétait serment de fidélité à l'empereur, et contre un peuple insubordonné. Les petites villes du voisinage ne recon-

naissaient pas la domination de la capitale, et jouissaient probablement d'une administration aussi indépendante que les cités de la Lombardie. On se trouve de nouveau transporté aux premiers temps de la république en lisant les guerres acharnées de Rome contre Tibur et Tusculum, qui ne furent soumises l’une et l’autre que vers la fin du douzième siècle. Plusloin étaient le duché de Spolette, la Marche d’Ancdne, et l’ancien exarchat de Ravenne, toutes possessions sur lesquelles les papes avaient des prétentions plus ou moins fondées. Au commencement du douzième siècle, la fameuse comtesse Mathilde, qui avait soutenu avec tant de zèle Grégoire VIE dans sa longue querelle avec l’empereur, légua tous ses biens au saint-siége, d’abord du vivant de Grégoire, puis une seconde fois sous le pontificat de Pascal III. Ces biens étaient très-étendus et tenus à différents titres. Les principautés de Mantoue, de Modéne ~ et de Toscane, étaient de grands fiefs de l'empire, dont la comtesse ne pouvait certainement point disposer. Quant au duché de Spolette et à la Marche d’Ancône, on présume qu’elle les possédait à un autre titre. J'avoue que je ne comprends pas bien clairement la nature de cette partie de sa succession. Ces principautés avaient d’abord été de grands fiefs du royaume d'Italie. Mais, si je ne me trompe, elles avaient tacitement cessé de dépendre des empereurs, quelques années avant que Godefroi de Lorraine, époux de la mère et père de l'époux de Mathilde, s’en fut emparé. Elles passèrent entre les mains de Mathilde après la mort de son époux. On les considère ordinairement comme étant à son égard une propriété allodiale ou patrimoniale ; cependant il n’est pas facile de voir comment la comtesse, étant elle-même sujette de l'empire, pouvait lui soustraire la souveraineté de ses biens, même allodiaux. Il paraît d'ailleurs absurde de prétendre qu'elle fait souveraine légitime de ces principautés, qui, peu de temps avant, avaient été fiefs de l'empire, et qui n’avaient jamais été affranchies de cette suzeraineté par use renonciation expresse. Le titre primitif du saint-siége ne paraît donc pas incontestable, même en ce qui concerne cette partie de la donation de Mathilde. Ce n’est cependant pas sans hésitation que j'expose une difficulté à laquelle ne se sont point arrétés les auteurs que j'ai consultés 1. Il n’est pas douteux toutefois que lesempereurs

__4 On ne peut guère espérer de trouver une explication claire des droits et des prétenlions du siége de Rome dans les écrivains italiens, même dans ceux du

restèrent pendant le douzième siècle en possession de toutes les priacipautés comprises dans la donation, et qu'ils considérérent Spolette et Ancône comme parties de l'empire, malgré les remontrances continuelles des pontifes romains. Frédéric Barberousse, à l'époque desnégociations de Yenise, en 1177, promit derestituer le patrimoine de Mathilde dansquinzeans; mais, à l'expiration de ce terme, Henri VI ne se trouva pas disposé à exécuter cette convention, et il donna le comté en fief à quelques-uns de ses officiers allemands. A sa mort, les circonstances deviorent favorables pour Innocent III. Constance lui avait confié la tutelle du roi de Sicile, encore enfant. Les princes d'Allemagne, qui avaient entièrement oublié les droits du jeune Frédéric, se trouvaient engagés dans une guerre civile, par suite de la double élection de Philippe, frère de Henri VI, et d'Othon, dec de Brunswick. Aucun des deux concurrents n'était en état d’estrer en Italie, et la dignité impériale resta vacante pendant plusieurs aunées; mais Philippe, l'up des compétiteurs, étant venu à mourir, Othon IV, quele pape avait constamment favorisé, fut courennéenpereur. Pendant cet intervalle, les Italiens n’eurent point de maitre ; et Innocent III profita de cette circonstance pour soutenir les prétentions du saint-siége. Il produisit à leur appuiun acte assez suspect, le testament de Henri VI, qu’ondisait avoir été trouvé dans le bagage de Marquard, |’un desofficiers allemands qui avaient reçu des fieés du dernier empereur. Les cités comprises dans le territoire que neusappelons maintenant l'État de l'Église avaient, au douzième siècle, leur gouvernement municipal particulier, comme celles de la Lomberdie; mais elles étaient bien moins capables de maintenir leur entière indeépendance. Aussi se mirent-elles volontiers sous la protection du saintsiège, qui leur offrait l'espoir de les défendre contre la rapacité de Marquard et des autres partisans, sans déranger leur administration intérieure. Le duché de Spolette et la Marche d’Ancéne se sourairest à Innocent IIIs; mais ce pontife n'était pas assez fort pour se mois tenir en possession de territoires aussi étendus, et il prit, quelques

dix-huili¢me siècle. Muratori, le plus savant et le plus sincère de tous, ne se hasarde sur ce terrain qu'avec beaucoup de circonspection, excepté dans les cas où les prétentions de Rome se trouvent en opposition avec celles de la maison d Este. Saint-Marc, écrivain presque aussi savant que Muratori, el qui, placé dans use position plus favorable, avait aussi plus de penchant à s'expliquer librement ser ce sujet, n'a laissé, dans son Abrégé chronologique de l'histoire d'Ilakie, t. IV, que quelques dissertations sèches et enguyeuses, qui ne peuvent salisfaire l'esprit.

années après, le sage parti de concéder en fief la principauté d’Anetre au marquis d’Este. Il ne négligea pas, comme on peut bien le penser, d’affermir son autorité dans sa capitale. Il restreignit les priviléges des habitants de Rome, et mit fin à la suprématie régulière de l’empire sur cette ville : le préfet fut désormais forcé de prêter serment de fidélité au pape. C’est de cette époque que date réellement la souveraineté temporelle des évêques de Rome sur cette cité; mais près de trois siècles devaient s’écouler encore avant que cette souveraineté fut parfaitement reconnue et illimitée.

La politique de Rome fut alors plus clairement tracée que jamais. Pour parvenir à conserver ce qu'elle avait si soudainement acquis, moins par la force qu'à la faveur des circonstances, il était de son intérdt d'affaiblir le pouvoir impérial, et conséquemment de soutenir la liberté des républiques italiennes. La Toscane avait été jusqu’alors gouvernée par un marquis à la nomination de l’empereur ; cependant ses villes étaient florissantes, et avaient une administration intérieure indépendante. A l’instigation d’Innocent III, elles formèrent alors (à l'exception de Pise, qui resta toujours fortement attaché à l'empire) une confédération semblable à celle des villes lomberdes, et dans lé même but de maintenir leurs droits. L'influence du pape fut bien plus sensible dans cette ligue que dans celle de la Lombardie. Cette dernière, il est vrai, avait eu lieu de concert avec Alexandre III, et s'était formée à l’époque où la querelle de ce pape avec l’empereur était dans toute sa violence; mais ces démélés avaient si peu de rapport avec la lutte que les Lombards allaient soutenir pour leur liberté, qu’il n’en est fait aucune mention dans l'acte de leur confédération. Au contraire, l’union des villes de la Toscane fut expressément formée pour l'honneur et l'agrandissement du siége apostolique. Les membres s’obligèrent à défendre les possessions et les droits de l’Église, et à ne reconnaître aucun roi ou empereur sans l'approbation du souverain pontife 4. Les Toscans étaient donc plus dévoués au parti de l'Église que les Lombards, dont le principal mobile était la haine qu’ils portaient à la maison de Souabe. Aussi, lorsqu’ Innocent III, quelques années après, soutint Frédéric IE contre |’ empereur Othon IV, les Milanais et leurs

1 Qudd posscasiones et jura sacrosancl@ Ecclesiae bond fide defenderent; et

nullum in regem aut imperalorem reciperent, nisi quem romanus ponK-

ez approbarel. Muralori, Dissert. 48 (latin, t. IV, p. 590; italien, t. mip 419).

alliés se rangèrent du côté de l’empereur, tandis que les Toseans restèrent unis au pape.

Dans les guerres de Frédéric Barberousse contre Milan et ses alliés, nous avons vu les willes de Lombardie divisées, et un grand nombre d’entre elles fermement attachées aux intérêts de l'empire. Je ne crois point, bien que le fait en lui-même ne soit pas invraisemblable, qu’il résulte de l'histoire que les citoyens fussent, à une époque si reculée, divisés entre eux sur la conduite à tenir dans leur politique extérieure, et que l'alliance d’une ville à l'empereur, ou à la ligue lombarde, dépendit alors uniquement, ainsi qu'on le vit par la suite, de l’influence que telle ou telle faction acquérait dans ses conseils. Mais les jalousies qui existaient depuis longtemps entre les différentes classes et qui n'avaient été que suspendues par la grande lutte nationale qui se termina à Constance, déterminèrent de nouvelles combinaisons d'intérêts, et de nouveaux rapports avec l'empire. Deux factions principales divisèrent les villes de Lombardie : leur haine mutuelle, n'ayant point d'objet général sur lequel elle put s'exercer, réclamait l'association d'un nom qui servit à diriger et à fortifier ses préjugés. Ce fut vers l’an 1200, ou peutêtre un peu plus tard, qu'elles furent distinguées par les fameuses dénominations de Guelfes et de Gibelins : les Gibelins étaient partisans de l’empereur, les Guelfes du pape. Ces dénominationsétaient originaires de f’ Allemagne, où elles avaient été le mot de reHiesmeat des factions de ce pays plus d’un demi-sièele avant d'être transportées sur un sol encore plus favorable. Les Guelfes tiraient leur nos d’une famille illustre qui avait donné plusieurs ducs à la Bavière aux dixième et onzième siècles. L’héritiére du dernier de ces dues épousa un cadet de la maison d’Este, famille noble établie dans le voisinage de Padoue et possédant des biens considérables sur les deux rives du Bas-Pé. De cette union sortit une seconde branche de Guelfes, dont la maison royale de Brunswick est descendue. Le nom de Gibelins vient d’un village de Franconie où naquit Couradle-Salique, auteur, par les femmes, de la dynastie des empereurs de la maison de Souabe. L'élection de Lothaire en 1125 écarta la famille de Souabe d'un trône qu’elle considérait presque comme use propriété héréditaire ; et c'est à cette époque qu’on peut fixer l'origine des haines qui s'élevèrent entre cette famille et la maison de Guelfe, à laquelle Lothaire était allié de près. Henri-le-Saperbe

WPALIR. ° (99

et Henri-le-Lion,' son Bls, représentants de cette dernière familte, furent souvent persécutés par les empereurs de ta maison de Stuabe; mais ces événements appartiennent à l’histoire d'Allemagne *. Cepeadant la branche aînée de fa maison d’Este, sans être réservée à d'aussi glorieuses destinées que les Guelfes, continua de fleurir en Halie. Les marquis d'Este étaient, sans contredit, les seigneurs les plus puissants de la Lombardie orientale, et commencèrent à être considérés, vers la fin du douzième siècle, comme les chefs du parti de l'Église dans leur voisinage. Ils étaient souvent appelés par les villes de la Romagne aux fonctions de podestat, ou principal magistrat ; et les habitants de Ferrare donnèrent, en 1208, le fatal exemple de sacrifier leur indépendance à leur tranquilité, en choisissant Azzo VI, marquis d’Este, pour leur seigneur ou souverain 3. Othon IV était fils de Henri-le-Lion, et conséquemment chef des Guelfes. Son avénement a la couronne impériale donna une direction différente aux préjugés des factions italiennes. Ce prince se trouva bientôt engagé dans une querelle avec le pape, ennemi inévitable de l'empire, en quelques mains qu’il tombât. Cependant à Milan, et en général dans les villes qui avaient fait partie de la eenfédération lombarde contre Frédéric 1*", la haine contre la maison de Souabe l'emportait sur la jalousie des prérogativesimpériales; on s’attachait plus aux noms qu'aux principes, et l’on soutenait un empereur guelfe, même contre le pape. Ces sortes de dénominations, qui n’ont aucun rapport déterminé à des principes qu'il pourrait être ennuyeux d'apprendre et difficile de soutenir, plaisent toujours aux hommes, et elles ont cet avantage particulier qu'elles excluent entièrement cet esprit de médiation, ces termes d’accommodement, à l’aide desquels on cherche quelquefois à affaiblir leur tendance à se hair et à se nuire mutuellement. Dès lors. chaque ville, et, pour ainsi dire, chaque citoyen, se fit gloire d'adopter l’une de ces dénominations barbares. Dans plusieurs villes, on s’attacha au parti impérial en haine des ‘cités voisines qui avaient embrassé la cause de PEgtise. C’est ainsi que les vieilles rivalités qui existaient entre

4 L'origine germanique de ces fameuses factions est clairement prouvée par us. pagsag d'Olhon de Freisingen, qui vivait un demi-siècle avant l'époque où pous voyons ces mêmes dénominations transportées en Italie. Struvius, Corpus Hist. Germ., p. 578; et Muratori, A. D. 1452

2 Sismondi, t. II, p. 520.

Pise et Florence, Modéne et Bologne, Crémone et Milan, jetérent ces villes dans des factions opposées. Mais, dans chacune d'elles, le parti dominant avait à lutter contre une opposition formidable, et une ville guelfe devenait souvent gibeline, et réciproquement, suivant le cours changeant des événements 1.

Le changement que nous avons observé dans la politique des Goelfes cessa avec le règne d’Othon IV. Quand l'héritier de la maison de Souabe fut parvenu à sa majorité, Innocent, son tuteur, qui avait. négligé les intérêts de son pupille tant qu'il s'était flatté de l'espoir de trouver un empereur guelfe docile à ses volontés, mit le jeune Frédéric à la tête d’une opposition composée de villes qui avaient toujours éLé attachées à sa famille, et de celles qui suivaient aveuglément l'impulsion de Rome. Frédéric remporta de grands succès en Italie et en Allemagne, et reçut la couronne impériale à la mort d'Othon; mais il ne devait plus compter sur l'assistance du pape qui avait mis cette couronne sur sa tête. Innocent n’était plus, et Honorius III, son successeur, ne pouvait voir sans crainte l'immense pouvoir de Frédéric, soutenu en Lombardie par une faction qui balançait celle de l'Église, et menaçant de l’autre côté les États ecclésiastiques par la possession de Naples et de la Sicile. Ce dernier royaume, fief de Rome, et longtemps son plus ferme allié, setrou-

‘4 Pour ce qui a rapport à ces deux factions, on doit consulter, indépendamment des historiens, la 31° Dissertation de Muratori. Le langage de cet auteur est, jusqu'à un certain point, inexact, lorsqu'il parle de l'extinction de ces divisiops au commencement du quinzième siècle. Quel secolo, à vero, abbondd anch’ esso di molle guerre, ma nulla si operd sotto nome o preteslo delle fazioni suddelle. Solamente ritennero esse piede in alcune private famiglie. Antichità Ital,, t. HI, p. 448. On voit, au contraire, pendant tout le quinzième siècle, les déno- ‘mépations de Guelfes et Gibelèns subsister comme signes distinctifs de partis. La première -de ces factions se init en évidence lors de l'insurrection des villes dépendantes de Milan, en 4404, à la mort de Jean-Galéas Visconti. Elle reparul en 4447, dans la tentative que firent les Milanais pour rétablir leur gouvernement . républicain. Sismondi, t. IX, p. 354. En 1477, Ludovic Sforce se servit des préjugés gibelius pour exclure la régenle Bonne de Savoie comme guelfe ; Sismondi, t. XI, p. 79. Ces. mêmes dislinctions paraissent avoir subsisté encore plus tard dans les Etats de l'Église. Étienne Infessura , qu'il écrivait en 1487, en parie comme d'une chose familière. Script. Rer. Ial., t. HI, p. 4221. A l'époque mème , dela conquête de Milan par Louis XII, en 1500, on représente les Guelfes de cette ville comme atlachés au parti francais , tandis que les Gibelins soutenaient Ledovic Sforce et Maximilien. Guichardio, p. 399. On voit par d'autres passages du même historien que ces factions subsistaient encore en plusieurs parties de Vitalie.

vait alors, par suite d’une fatale union qu’elle n'avait pu empêcher, au pouvoir de son plus formidable ennemi. La domination tempo relle qu’Innocent III avait pris tant de peine à établir, n’était plus qu'une possession précaire, exposée de chaque côté aux attaques d'une puissance qui avait des droits légitimes sur la plupart des provinces dont elle se composait. Frédéric II consuma sa vie à lütter avec l’Église et avec ses sujets italiens, qu’elle soulevait contre lui. Sans nous livrer, comme les papistes, à de violentes déclamations contre un prince qui protégea les lettres, et qui possédait d’ailleurs beaucoup de belles qualités, il nous est permis de l'accuser de duplicité; je n’ajouterai pas d’ambition, parce que je ne pourrais citer aucune époque de son règne où il ne fut obligé de repousser les attéques de ses ennemis. Mais, lors même qu’il eût été un modèle de vertus, des hommes tels qu'Honorius III, Grégoire IX et Innocent IV, qu'il eut successivement à combattre, ne lui auraient pas laissé de repostant qu'il aurait été maître de Naples et de l'empire.

Les papes étaient dans l’usage d’exciter les princes à une croisade, entreprise que l’état de la Palestine rendait indispensable, ou plutôt désespérée. Mais on ne leur avait point encore prescrit ce grand œuvre d'une piété surérogatoire Comme un devoir absolu de leur condition; on n'avait même jamais contraint de simples particuliers à prendre la croix. Cependant Honorius III, avant de donner a.:Frédéric la couronne impériale, exigea qu’il fit vœu d’entreprendre une croisade pour la délivrance de Jérusalem. Frédéric prit en engagement qu’il avait peut-être l'intention de ne famais rempiir, ou que du moins il chercha par la suite à éluder. Quoiqu'il fût devene par mariage souverain titulaire de Jérusalem 2, cette expédi-

1 Le ressentiment des ultrà-catholiques centre Frédérte est à peîne eximé. Tiræboschi, t. 1V, p. 7, avait fait l'éloge de ce prince ew ternies très-mresurés : mais l'éditeur romain crut devoir réfuter ce passage. Et bien que Muratori ait fait preuve de passablement de prévention contre Frédéric, un fanatique romain, dont les observations critiques se trouvent dans le dix-septième volume de ses Annales (¢dil. in-8), entre dans des aceës de fareur toutes les fois qu'il rencontre un mot un peu modéré. Quoique Rome ait montré depuis longlemps dans sa potilique extérieure l’esprit pacifique de la faiblesse, chacun sait que les préjugés ecctésiasliques y sent presque aussi ardents qu'au treizième siècle. Gianone, qui avait peint Frédéric If sous des couleurs très-faverables, peut-étre méme trop favorables , ‘dans les seiztéme et dix-seplième livres de l'fstorta civile di Napoli, eut à se repentir de sa hardiesse.

2 Frédéric épousa en secondes noces lolante ou Violante, fille de Jean, cuite

tien Ini.-présentait une-perspective trop iagrate:pour séduire son esprit judicieux ; et sa lenteur à accomplir son. vœu irrita enGa Grégoire 1X, qui fulmina contre lui une sentence d’excommunication. Uo pareil anathème n’était point à mépriser, et Frédéric sem barqua dès l'année suivante pour la Palestine. Mais il avait dédaigné de solliciter l’absolution d'une conduite qu’il ne considérait pas comme criminelle, et cette profanation de la eroisade par un souverain excommmunié ae fit que redoubler contre lui la fureur et l'indigneation de la cour de Rome. En arrivant en Palestine, Frédéric apprit que lestroupes du papeavaient envahi le territoire de Naples. Personne u’aurait eule droit de le blâmer, s'il avait quitté la: Terre- Sainte dans le même état où il l'avait trouvée ; mais il coaclut avec les Sarrasins un traité qui, bien queloin d’être aussi désavantagenx qua: les circonstances de sa position eussent pu le faire craiadre, servit de prétexte à de nouvelles calomnies qu'on répandit contre lui-en Europe. Accusé d'irréligion, il repoussa cette accusation, propagée par ses ennemis avec autant de succès que de zèle, en perséoutant les bérétiques par des édits qui font pew d'honneur à sa mémoire, et qui firent alors peu de bien à sa cause. El traita ses États napolitains avec une rigueur justifiée peut-dtre. par la légèrsté et l'esprit. d'insubordination qui caractérisent les habitants de cœscontrées; mais Honorius gt Grégoire surent, à l’aide d'adroîtes iatioustions, profiter de cette conduite pour effrayer les républiques italiennes et les détacher de son parti, :

- Depuis la paix de Constance, une nouvelle sévit s'était iii en Lombardie, et les prérogatives que ce traité réservait à

ie Brienne, et de Maria, fille aînée et hérilière HE épouse de Conrad,

marquis.de Montferrat. Cette Isabelle était fille cadett> d’Almaric ou Amaury, roi de Jérusalem ; et, par la mort de son frère Baudouin IV, de Sibilla, sa sœur atnée, épouse de Guy de Lusignan, et de Beudouin V, enfant de cette scar, elle hériia de leurs droits à la seuveraineté de Jérusalem, droits que les vistoives de Saladin avaient rendus presque illuspires. Qn prélend que les rois de Naples font dériver de ce mariage leur litre à ce pompeux hérilage (Giannone, 1. 16, c. 2): mais J’estinction de la postérité de Frédéric dut, à ta rigueur, anéantir tous les dreils qui pouvaient venir de ce prince; el Giannone lui-même: nous fadique ue meilleur titre, la cesaion faite en 1272 à Charles d'Anjou, par Maria, princesse d'Antioche, et légitime bérilière de Jérusalem. J'ignore jusqu'à quel point on peut dire que ces droits aient été régulièrement transmis au roi actuel de Naples, et la solution de cette question ne vaudrait certainement pas les recherches

gu'clle exigerail, .

l'ampire étaient si rarement exercées, quepeude villes se seutuient disposées à s'an rappeler l'existence. On adoptait les dénominations de Guelfe et de Gibelin plutôt par habitude et par suite d'oppesilion matuedle, que pour exprimer ses sentiments à l'égard de l'empire. Les villes guelfes cependant, et Milan es particalier, conservaient leur antipathie contre la maison de Souabe. Quoique Frédéric II eût à la souveraineté de l'Italie tous les droits que peut conférer un usage établi, les Milanais ne voulurent jemuis te reconnaître, ni permettre que, suivant l'ancier cérémonial, H fût couropaé à Monza avec la couronne de fer des rois lomberds. Le pape entretenait de tout son pouvoir ces dispositions hostiles, et excitait’ les villes de Lombardie à renouveler leur ancienne ligue. Cette mesure, bien qu'antorisée par un article du traité de Constance, était évidemment un acte d’hostilité envers Frédéric, ‘et peut êtra considérée comme le prineipe d’une seconde lutte entre l'empire et les villes républicaines de la Lombardie. Mais cette dernière ligue était bien différente de celle qui s'était formée contre Frédéric Barberousse. En 1167, la plupart des villes, oubliant lours haines perticulières, s'étaient unies pour la grande cause de ka défense des priviléges nationaux, et avaient contribué, chacune selon ses forces, a soutenir cette lutte périlleuse : unanimité passagère à la vérité, mais qui, chez un peuple aussi déchiré par les factions que l'étaient les Lombards, est le plus sùr garant de la justice de. leur cause. La guerre qu’ils frent soixante ans après à Frédéric If n'était pas justifiée par des provocations aussi directes, et ils n’y déployéreat pas le mème esprit pablic. Ce n'était en effet qu’une latte de parti eatre des villes guelfes et gibelines, lutte à laquelle les noms de l'Église et de l'empire ne faisaient que donner plus de consistance et de dignité. | |

Les républiques d'Italie étaient au treizième siècle si nombreuses, si indépendantes, et leurs révolutions si fréquentes, qu'il est difficile d'en suivre l’histoire sans confusion. Pour mettre plus d'ordre dans nos idées, et faire connaître en même temps les changements qui eurent lieu dans ces petits États, nous les considérerons comme divisées en quatre groupes ou systèmes, qui, tout en conservant certains rapports entre eux, avaient néanmoins chacun leur centre de rotation distinct et leurs limites particulières. Nous pouvons supposer le premier formé des villes de la Lombardie centrale, et

borné par la Sesia et l’Adige, les Alpes et tes montagnes de la Ligurie ; il comprendra Milan, Crémone, Pavie, Brescia, Bergame, ‘Parme, Plaisance, Mantoue, Lodi, Alexandrie, et phasieurs autres moins considérables. Ces villes avaient été le siège primitif des libertés de l'Italie, et efles jouèrent le principal rôle dans les guerres du premier Frédéric. Milan était à leur tête, et son inflwence y faisait dominer le parti des Guelfes. Depuis le traité de Constance, elle avait rédait à un état de dépendance Lodi et Pavie, et contracté ‘une étroite union avec Brescia et Plaisance; mais Parme et Crémone restaient fermement attachées à l'empire. Nous placerons dans la seconde classe les villes de la Marche de Vérone, entre VAdige et les frontières de l'Allemagne. Quatre d'entre elles seulement méritent d'être nommées : c'étaient Vérone, Vicence, Padoue et Trévise. Les habitants de ces quatre viltes penchaient ‘pour le parti guelfe : mais un corps puissant de nobles ruraux qui n'avaient jamais été forcés, comme ceux du Pé supérieur, d'abandonner Îes forteresses qu’ils occupaient dans les montagnes, ou de ‘ge fixer dans les villes, s’attacha au parti opposé *. Quelques—ans d'entre eux acquirent un grand pouvoir au milieu des discordes civiles de ces quatre républiques; nous citerons particulièrement deux frères, Eccelin et Albéric da Romano, issus d'une famille rithe, considérable, et connue pour son dévouement à l'empire. Fécelin da Romano, doué d’une fermeté et d’une vigueur extraordinaires de caractère, parvint, à force de dissimulation, de perferes, et d'actes effrayants d'une cruauté presque sans exemple, à'serendre en peu d'années maître absolu de Padoue, de Vérone at ‘de Vicence ; et, tant que dura sa tyrannie, le parti guelfe fut écrasé dans les pays au delà de l’Adige 2. Le troisième groupe se compe-

+ Sismondi, t. IE, p. 222.

> 4 Les cruautés d’Eccelin excitérent une horreur uaiverselle dans un siècle où ie crainte et la vengeance rendaientsi communs les exemples d'inkumanité envers bes ennemis. Dans toute l'Italie, les mendiants, pour exciter la compassion, feiguaient d’avoir été privés de la vue au muti'és par le tyran de Vérone. L'histoire de l’Europe offre à peine un second exemple d'un gouvernement aussi sanguisxire "qi se soit soutenu pendaut plus de vingt ans. Les crimes d'Eccelin seat ciairement prouvés par le témoignage de plusieurs écrivains contemporains gai entrent ‘dans de grands détails à ce sujet. On en trouvera la plupart dans le septième -volume des Scriptores Rerum Italicaruem. Sismondi So Hil, p. 35, 311, 202) est r auteur moderne qui cite le plus de fits. : :

. HALIE. . à ,, 405

sait des villes de la Ramagne : Bologne, Imala, Faesza, Ferraxe, et plusieurs autres. Bologne était la plus puissante ; et comme ske s'était aoastamment distinguée par son attachgment aux:intérâts de l'Église, les Guelfes dominaient ordinairement dans cette troisième classe, où ils se trouvaient fortement soutenus par .l’induence da.la maison d'Este. Quoique Modène n'entre pas dans.les limites géographiques de cette division, on peut cependant |’y. comprendre, :à cause de ses guerres continuelles avec Bologne. Le quatrième sys~ tème se composera de toute la Toscane, doat les intérêts politiques étaient presque entièrement séparés de ceux de la Lombardie et de la Romagne. Dans cette province, Florence dirigeait les vibles guelfes, et Pise les villes gibelines. La ligue. de Toscane, formée per Innocent III, comme nous l'avons dit plus hant, était fermement attachée aux papes : mais lp parti gibalin soe. fortifia insensiblement: et Sienne, Arezzo et Lucques changèrent. de. politigee suivent l'impulsion des cireonstances extérieures et la flactuatian de leurs factions intestines. Les petitps villes de la région.de Spolette.et d’Ancône méritent à peine le titre de républiques ; et je ne vois pas dens laquelle de nos quatre divisions nous pourrions cams prendre Gênes, à moins qu'on.ne L considère come se rattachant à le Toscaue par ses guerres avec Pise 1.

Après plusieurs années d'hostilités passagères:et de trêves à incertaines, les villes guelfes de la Lombardie se trouvèrent engagées dams une guerre longue et régulière contre Frédéric LL, ou phatôt eontre les villes du parti gibelin. Cette lutte offpa peu d'événements remarquables. Aucun des deux partis n'obtiat de.ces succès déoisifs qu'avaieat eus tour à tour Frédéric Barberousse.etda ligue lambarde dans ja guerre du siècle précédent. L'empereur €éfit lea Milenais. à

t Je n’ai point compris le Piémont dans celle classification; l’histoire de cette province n'a pas été aussi soigneusement traitée par les écrivains aneiens ou modernes que celle des autres parties de l'Halie. Elle était partagée entre ies comtes de Savoie et ies marquis de Montéersat. Mais Asti, Chiari of Tatin , dés deux premières surtout, paraissent avoir eu une espèce de gouxernement répubiicain : ces villes n'élaient cependant pas entièrement indépendantes, La seule witte du Piémont, que l'on puisse proprement considérer comme formant un Etat séparé au treiriäme siècle, cst Vereeil; encore puralt-il que l'évêque y possédait zane sorte de souveraineté temporelle, Denina, auteur es Rivolyzioui d hala, ouvrage qui parut pour la première fois en 1760, publia dans sa wicillesse nae histoire de ITlalie occidentale ou Piémont, dont j'ai liré queues mit sors dell Itakia occidentale. Torino, 1889, 6 vol. in 8".

Corte-Nuova , en 1237, mais il échoua l’année suivante dans son eotreprise contre Brescia. Il remporta, avec l’aide des Pisans, une grande victoire navale sur la flotte génoise, en 1244 ; mais il se vit forcé de lever le blocus de Pavie, qui avait abandonné le parti gibelin en 1248. Une lutte aussi fatigante finit cependant par épuiser les forces de la maison de Souabe. Les Gibelins d'Italie eurent leurs vicissitudes de succès ; mais l'Italie, et les Gibelins eux-mêmes, se détachaient insensiblement de leur ancienne alliance avec l'Alleragne.

Dans cette guerre contre Frédéric 1], les Lombards furent puissamment secondés per Grégoire IX, et par Innocent IV, san sucoesseur ; parti guelfe et parti de l'Église étaient deveuus termes sysonÿmes.Ces pontifes avaient vouéune haine implacable à la maison de Souabe. Aucune concession ne pouvait ralentir leur animosité; am eure réconciliation n'était sincère. Quelques fautes que l’on puisse imputer à Frédéric, il faudrait être l’avengle esclave de la cour de Rene pour ne pas convenir qu'il fut injustement proscrit par l’ambitien effrénée des papes. Son véritable crime était d'être l'héritier deses ancêtres et le représentant de la maison de Souabe. Il fut axcommanié, en 1239, par Grégoire IX : c'était un traitement auquel il était däjà accoutumé ; mais cette sentence déliait les sujets de leur serment de fidélité, et prononçait formellement la déposition du prince. (es anathémes produisaient peu d'effet sur les hommes d'une trempe forte, ou sur ceux que les passions attachaient à leur cause; wats ils influaient puissamment sur.les esprits vulgaires qui redeuteiont les menaces du clergé, et sur tous ceux qui moatraient déjà quelque hésitation dans leur conduite politique. Dans l'état incertain:ow se trouvait la Lombardie, l’excommunication de Frédérie mina sourdement son influence dans les villes mêmes qui, comme Parme, lui avaient été attachées, et parut identifier la cause de ses eggermis avec celle de la religion. On entretenait ce préjugé à l'aide dé calomnies habilement répandues contre lui; et la conduite de quelques Gibelins marquants, tels qu’Eccelin, qui bravait avec une audacieuse impiété Dieu et les hommes, ne contribuait nullemeat à l'adaiblir. En 1240, Grégoire publia une croisade contre Frédéric, comme s'il eût été l'ennemi déclaré de la religion: Frédéric se vengea en faisant mettre à mort tous les croisés qui tombaient entre ses mains. I] ne manquait qu’une formalité pour l’expulser entièræ

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ITALIE. on 107

‘ment deta société chrétienne. Grégoire IX projets done ja-convecation d'un concile général , projét qu'änsocent EV mit à exécution Le concilé se tint à Lyon, ville impériale, mais où l’empereur né conservait plus d'autorité (1245). Dens cette assemblée, où parurent cent cinquante prélats, on agita solennellenvent la question de savoir si Frédéric devait être déposé. Ce prince s'abeissd: jusqu'à y faire présenter sa défense; et le pape, en présence de l'assemblée, mais sans avoir régulièrement recueilli les votes, prononga une sentence qui renouvelait l'excommunication de Frédéric, lui ôteñt Yempire et tous ses royaumes, et déHait tous ses sujets de leur ser. ment de fidélité. C’est là l’acte d’asurpation le plas pompeusx dame les annales de l'Église de Rome; et l'approbation tacite d'an eencile général parut incorporer aux dogmes reçus dans la chrétienté ee droit de déposer les rois, qu’on pouvait regarder comme uae extra. vagante prétention de Grégoire VII et de ses successears. Frédéric IT, mourant en 1250, légua à son fils Conrad une oceronne disputée, et des guerres à soutenir pour chaque lambeau de son héritage. Mais la maison de Souabe avait perdu sa force ; Con: rad fut réduit à défendre contre les treupes d’Innocert EV son royaume de Naples, la seule portion de sa suceession qu'il pit es pérer de conserver. Ce pontife, dont la haine implacable poursuivait toujours la famille de Frédéric, réclamait ce royaume, comme dévolu par droit de confiscation au saint-siége , qui en avait la sure raineté. Conrad, enlevé en 1254 par une mort prématarée, laissa le trône à Mainfroi, son frère naturel, qui, per son courage et sas talents, parvint à s'y maintenir malgré les papes, jusqu'à l'époque ea œux-ci se virent forcés d’invoquer le secours d'un bras pluspuissant, La mort de Conrad termine eette période de l'histoire d'Italie que nous avons indiquée comme correspondant à peu près, par sa durée, à la grandeur de la maison de Souabe. Prise dass son ensemble, c'est peut-être l’époque qui fait le plus d'honneur à FItalie; c'est celle où elle déploya le plus d'énergie nationale et de patrio~ tisme. Un Florentin ou un Vénitien peuvent s'arrêter avec pisisir sur l’histoire de temps plus modernes ; mais un Lomberd reporters ees regards à travers le désert des siècles, pour les reposer sur les trophées de Legnano. De grands changements ne tardérent pas à s’introduire dans la politique intérieure et extérieure de l'Italie, dans son caractère moral et dans sen esprit militaire. Mais, avant

de passer à la période suivante, il convient de faire remarquer plusieurs circonstances importantes dans celle que nous venons d'examiner. v

La résistance victorieuse des villes de Lombardie à des prinees tels que les deux Frédérics, Gtonnera sans doute ceux qui apportent à l'étude du moyen âge des idées formées sur l'histoire des temps modernes. Mais si l'on considère, d'une part, combien était dificile à contenir une armée féodale, qui ne devait qu'un service dont la durée était très-limitée, et qui, obligée de s'entretenir à ses frais, ne restait on campagne qu'avec répugnance ; de l’attre, la méfiance toute particulière et l'éloignement qu'un grand nombre de princes d'Allemagne témoignaient pour la maison de Souabe, on aura moins de raison d'être surpris. Le royaume de Naples, presque toujours agité, ne pouvait offrir de grands secours au second Frédéric. Mais la Lombardie triompha surtout par l’énergie naturelle à des gonvernements libres. A partir du onzième siècle, les villes devenues républiques déployèrent une vigueur dont la liberté seale est eapahis. Leurs divisions intestines, leurs guerres mutuelles, les formidables attaques de leurs eanemis nationaux ne purent arrêter le développpment de leur force, de leur opalence, de leur population : semblebles aux membres du corps qu'endurcissent le travail et la fatigue, les républiques italiennes sentirent croître leur énergie et leur courage au milieu des rudes épreuves qu'elles eurent à soetenic. Il su@ra de rappeler à notre esprit la licence et la barbarie des siècles qui précédèrent leur établissement, les rapines des brigands de profession et celles des nobles féodaux, qui ne différaient guère des brigands, le mépris de tous les arts qu’enfante l’industrie, l’iasuffisance des lois pénales et l'impossibilité de les mettre à ezécution; il swffira, dis-je, de se rappeler ces circonstances pour se faire une idée de la révolution qu’opérait en Italie la grandeur naissante de ces villes. Les désordres qui purent troubler un moment ie noure ordre de choses, peraitront bien légers lorsqu'on les compare avec les bienfaits d'un régime qui protégeait l'industrie, réprimait l'injustice et éveillait l’'émulation. Je n’entends parler ici que du premier période de l'indépendance de ces républiques, et principalement du dousième siècle, avant que ces dissensions civiles, qui devaient trop tôt détruire la gloire et la prospérité de la Lombardie, eassent éclaté dans toute leur violence. ,

' PFALMRD ‘it tos

Nous possédons peu du.térsoigniages authentiques de la prospérité intérieure des villes libres de l'Italie, lorsqu'eNes mérituient encore ce nom. Mais nous voyons par l’histoire que leur puissance et leur population étaient presque incroyables relativement à l'étondue de teur territoire. Galvaneus Flamma, écrivain mitamais ; nous a laissé un tableau statistique fort curieux de cette ville ert 1288. Quoiqu'il soit d'une date postérieure d'environ trente ans à l'époque où l’usurpation vint anéantir les libertés de Milan, it fali lait que cette ville ft déjà parvenue à un haut degré de splendeur, lors même qu'on devrait supposer, comme il est assez raisonnable de le faire, que l'historien a exagéré les faits. H compte deux cent mille habitants et treize mille maisons : la noblesse seute occupait soixante rues; l’État pouvait disposer de huit mille gontfishommes ou cavaliers (milites), et de deux cent quarante mille homines capables de porter les armes; force suffisante, observe l'auteur, pour écraser tous les Sarrasins. I] yavait à Milan six cents notairés, deux cents médecins, quatre-vingts institateurs, et cinquante copistes de manuscrits. Le territoirerenfermait cent ciaquante chètoaux avec des villages adjacents. « Tel était l’état de Milan en 1288, dit Flamma en » terminant. I] ne m’appartient pas de dire si elle a gagné ou perdu » depuis cette époque. » Le territoire de Milan n'était peut-être pas alors plus étendu que le comté de Surrey * ; il était borné presque de tous côtés par des villes peu distantes : Lodi, Pavie, Bergame et Côme. Il est possible que Flamma ait regardé quelques-unes de cep villes comme des dépendances de l’État de Milan, quoiqu'à le rigueur elles n’en fissent pas partie. Combien l'agriculture devait être

+ Muratori, Script , Rer. Ilalic., t. XI. Cette expression de Fiamma semblerait indiquer que de soo temps, c'est-à-dire vers l'an 1540, Milan n'était plus ca qu'elle avait été Cependant cumme sa puissance avait toujours été croissant, et qu’elle n'avait encore eu à souffrir d'aucun gouvernement lyrannique, je crois que cette interprétation ne serait pas joste; d'autant mieux que ce même Flamma, grand fiatteur des Visconti, afirme, dans un ourrage qu'il a epmposé à la houange d’Azzo, que ce dernier avait singulièrement embelli la ville et pouryu à la commodilé de ses habitants, quoique Brescia, Crémone et d’autres villes eussent perdu. Azarius, qui écrivait à fa même époque, s'exprime dans le même sens. Script. Rer. Ital , t. XVI, p. 514 et 317. Il dit, en parlaot de Luchiuo Visconti: Statum Mediolani reintegravit in lantum, quid non civilas, sed-provingia videbalur. |

* Le comté de Surrey a environ douze lieues de long sur huit de large; la partie de Londres sur la rive droite de La Tanrise s'y trouve comprise (A. du T.)

florissante dans cet Etat, qui non-seulement suffienit à ss consemmation, mais encore exportait une partie des produits. de son sol. Ce fut à l’époque la plus heureuse de leur liberté, immédiatement après la bataille de Legaano, que les Milanais commencèrent le grand canal qui amène à leur capitale les eaux du Tésin, ouvrage extracedinaire pour ce temps. Il nous reste encore des preuves de la solidité et de la magnificence des constructions qui signalérent à cette même époque la prospérité intérieure des villes italiennes. Les 6difices religieux avaient peut-être plus de splendeur en France et en Angleterre: mais l'Angleterre et la France n’offraient rien qu'on pt comparer aux palais et aux monuments publics, aux rues pavées en dalles, aux ponts de pierre, ou à la commodité de maisons particulières d’Italie 1.

Quelquefois ees villes prenaient un ton Ser et arrogant, enhardies par la confiance que leur inspiraient leurs moyens de défense. Depuis les Romains jusqu’à l’époque où l'usage de la poudre à cason devint général, il s’opéra peu de changements (peut-être ne peuvait-il s'en opérer davantage) dans la partie de l’art militaire quis rapport à l'attaque et à la défense des places fortes. Nous trouvons les mémes machines de siége, les pesantes tours d'où l’on faisait pleuvoir des flèches sur les assiégés, les catapulies qui lançaieet des pierres, les béliers pour enfoncer les murailles, et le mautelet (la tinaa où tesiudo des anciens, et le gaitus ou chatchatel du moyés âge). sous lequel les hommes qui manœuvyraient le béker se trouvaient à couvert. D'un autre côté, la ville était fortifiée d une épaisse maille de brique ou de marbre, flanquée de tours placées de distance en distance et entourée d’un fossé profond. On y sjoutait quelquefois un ouvrage extérieur, la barbacane; c'était ua rempart moins élevé que l’on eonstruisait en avant du fossé, pour empécher l'approche des machines de l’ennemi. Le portes étarent garnies de herses: c'était, ainsi que la barbacane, une invention empruntée aus Sarrasins 2. Avec des moyens de défense aussi fermidables, an corps nombreux d'intrépides bourgeois pouvait sans doute braver une puissante armée ; et comme les conséquences de la prise d’une ville

4 Sismondi, t. IV, p. 176; Tiraboschi L IV, p.436. Voir aussi les observations de Denina sur l’élel de la population et de l’agriculture en Italie, J. 44, c. 9, 5% id est vrai qu’elles s'appliquent en général à une époque un peu Serres

2 Muratori, Anliguil. Mal., Dissert. 28..

étaient terribles, tañdis que le résistance offrait presque toujours des ressources, il n’est pas élonnan: que tant de villes assiégées aient déployé le courage du désespoir. 11 était rare qu’une grande ville fût prise, si ce n'est par famine ou per trahison. Tortone ne se rendit à Frédéric Barberousse que lorsque les assiégeants eurent corrompu avec du soufre la seule source qui fowrnissait de l'eau aux habitants; et Crème ne céda que lorsque les machines de l'ennemi s'élevèrent au-dessus de ses murailles. Aneéne supporta avec un héroisme exemplaire les horreurs d'une affreuse famine. Brescia oppose au second Frédéric toutes les ressources d’un habile iagénieur, et resta inébranlable alors que ce prince, renenvelant un acte d’atrocité dont son ateul s'était souillé au siége de Créme, fit exposer ses prisonniers, attachés sur les machines, aux pierres que lançaient leurs concitoyens du haut de leurs remparts !.

ll est impossible de tracer un tableau exact du gouvernement des villes italiennes aux douzième et treirième siècles. Les chroniqueurs de cette époque sont en petit nombre et peu instructifs ; et, comme il est ordinaire à ceux qui écrivent des événements contemperoins, ils indiquent plutôt qu’ils ne développent tes institutions civiles de leurs pays respectifs. Et lors même que nous posséderions les domnées nécessaires, ce serait eneore ure tâche pénible que celle d'exposer les constitutions de trente à quarante pétits Etats qui étaient dens use fluctuation perpétuelle. Les magistrats qui furent élus dans la plupart de ces États lorsqu'ils commencèrent à s'affranchir de la juridiction de leur comte ou de leur évêque, prireat le titre de consuls ; terme très-expressif pour une oreille italienne, puisque, dans les âges mème les plus barbares, la tradition devait avoir conservé quelques souvenirs du gouvernement républi cain de Rome 2. Les.consuls se renouvelaient tous les ans : ils étaient chargés du commandement de la milice nationale en teinps de guerre, de l'administration de la justice, et du maintien de l’or~ dre public: mais leur nombre veriait: ils étaient deux, quatre,

a Voir le récit de ces siéges dans les second et troisième volumes de Sismondi” Celdi d'Anne, en particulier, t. I, p. 145-206, est raconté avec une heureuse élégance et une foule de détails ialéressants.

@ Landulf le jeune, dont l'histoire de Mian embrasse l'intervalle de 4094 à 4433, se qualifie de publicorum officiorum partliceps, el consu.um epistolarum dictator. Script. Rer. Halic., t. V, p. 486. C'est, je crois , la première fois qu'il est parlé de ces magistrats. Muratori, Annalé d'Italia, A. BL 1607.

six, 6t même doure. Dans leurs assemblées législatives et détibérantes, les Lombards copiérent encore la constitution romaine, ne peut-être l’adoptèrent-ils naturellement, comme la forme la pius propre à conbiaer les avantages de la sagesse avec l'exercice de la souveraineté du peuple. Ils avaient un conseil de coaflance et de secret (della credenza), composé d’un petit nombre de citoyens chargés de l’administretion des affaires publiques, et qu'on pourrait appeler les miaistres. d’État. Mais les affaires importantes, telles que les traités d'alliance, les déelarations de guerre, la nemimatien des consuls et des ambassadeurs, étaient soumises à la décision d’un conseil général. Ce dernier cerps paraît n'avoir pas 6t6 organisé de la même manière dans toutes les villes ; et, suivant le mode de s composition, le gouvernement était plus ou moins démocratique. La souveraineté suprême était réservée à la masse du peuple: et le parlement ou assemblée générale de la nation devait être réusi toutes les fois qu'il s'agissait de délibérer sur quelque changement à faire dans les formes de la constitution 1.

Vers la fin du douzième siècle, une nouvelle magistrature toute particuli¢re s’introduisit dansles villes de Lombardie. Frédéric I™ avait, pendent sa tyrennie, remplacé les consuls électifs par des podestats à sa nomination. Il est étonnant que ce souvenir de despotisme n'ait pas.excité dans les républiques libres un sentiment iasurmoutable d'inquiétude etd'aversion. Au contraire, après la paix de-Gonstanos, elles rétablireat presque toutes cette charge qu'elles avaient à f'époque où elles avaient secoaé le joug de Frédéric. L'expérience de la partiatité avec laquelle les factions domestiques administraient la justice introduisit sans doute l'usage général d'ébire, sous le nom de podestat, un citoyen de quelque Etat voisin, pour remplir les fonctions de général, de juge criminel, et de conservateur de à paix. Cette dernière partie de ses attributions était souvent diffcile, et exigeait un homme aussi ferme qu'intègre. Au moyenêge, les infractions aux lois et les attentats à la tranquillité publique étaient aussi communs, peut-être même plus communs, parmi les hommes puissants par leur crédit ou par leurs richesses que dans les basses classes de la société. Des mœurs grossières et licencieuses, des querelles de famille et des vengeances particulières ou même

1 Muratori, Dissert. 48 el 93; Sismondi, . L, p. 36%

ITALTS. 113

la seule insolence de la force, rendaient l'exécution de La justice criminelle, dans la pratique et dans l'expérience journalière, ce qu'elle est aujourd’hui en théorie, la protection nécessaire du faible contre l'oppression. Un magistrat ne pouvait condamser un puissant coupable sans courir le risque d'exciter des troubles; et il était rare qu'on pdt exécuter la sentence sans employer la force. Un.criminel, après sa condamnation, n'était pas, comme aujourd'hui, un objet d'horreur pour la société, un être dégradé, dont les parents craignent de partager ja disgrâce et qu'ils s'efforcent de bannir de leur mémoire. Accusant l'iniquité de sa sentence, ou se faisant &loire d’une action réprouvée par les lois de son pays, mais conforme aux sentiments de ses concitoyens, il voyait ses amis se presser putoar de lui pour le défendre. El fallait que la force vint soutenir l'autorité de la loi, je ne dirai pas contre un individu, contre une famille, contre une faction locale, mais quelquefois contre tout ce qui portait le nom de Guelfe ou de Gibelin ; car le parti tout eatier pouvait se trouver intéressé dans la querelle. Le podestat était farçé d’armer la république contre un citoyen rebelle ; il fallait l’asaiéger chez lui, raser sa maison, et soumettre ses amis par la force des armes. {] en résultait que le peuple, familiarisé avee la violence et le meurtre commis sous les ordres de ses magistrats, se trouvait disposé à renouveler ces scènes de désordre toutes les. fois. qu'il. y était excité par ses passions {.

Le podestat était quelquefois élu par une assemblée générale, quelquefois seulement par les notables de l'État. La durée de sa charge était d’un an ; mais on prolongeait ce.terme en certaines circonstances. Il était indispensable qu'il fat d’une famille aoble, dans les États même où la noblesse du pays était exclue de toute participation au gouvernement. Il recevait un traitement fixe, et il était contraint de rester dans la ville après l’expiration de sa charge, pour répondre aux accusations auxquelles sa conduite aurait pu donner lieu. Il ne lui était permis ni d’épouser une femme du pays, ni d'avoir aucun parent domicilié sar le territoire de l'État, ni même ( telle était leur jalouse défiance) de boire ou de manger dans ka

1 Sismondi, t. 3, p. 288. C'est à lui qué j'ai emprunté le fond de ces observations. Si l'on veut de nombreux faits à l'appui, on peut consulter l'Histoire de Florence, par Villani, et les Annales de Génes, par Stella.

maison d'aucun citoyen. Ces magistrats étrangers ne jouissaient pas partout du même pouvoir. Ils paraissent, dans quelques villes, avoir exercé les fonctions des consuls, et commandé les armées en temps de guerre. Dans d'autres, telles que Milan et Florence, ils n'avatent qu'une autorité purement judiciaire. Les noms des podestats servent dans quelques vieilles annales à indiquer les années, comme ceux des consuls dans l'histoire romaine !.

Les effets de ce fatal esprit de discorde qai avait soufflé sur les républiques de la Lombardie n'étaient point restreints à des intéréts nationaux, ou à la grande distinction de Guelfes et Gibelins. Chaque ville était en proie à des dissensions intestines, qui redoublaient de violence à mesure que s’éloignait le danger d'une guerre étrangère. Le système féodal avait été établi sur le principe de la puissance territoriale ; il favorisait l'influence, entretenait l’orgueil du rang. Aussi, lorsque la noblesse des campagnes fut forcée de se fixer dans tes villes, elle y porta avec elle l’ascendant de la naissance et des richesses. Le respect qui s’attache naturellement à ces avantages lui fit accorder toutes les charges qui supposent la confiance ou confèrent le pouvoir; il importe peu que ce fat en vertu d’un droit positif, ou seulement d'un usage continu. Une aristocratie ainsi limitée, qui permet aux classes inférieures de choisir librement leurs magistrats dans un nombreux corps de nobles, ne saurait être considérée comme une mauvaise forme de gouvernement, et présente d'assez bonnes garanties contre l'oppression et contre l'anarchie. Telle’ paraît avoir été la constitution de la plupart des villes de Lombardie aux onziéme et douzième siècles: mais, privés, comme nous le sommes, de documents authentiques, il serait téméraire d'avancer ce fait comme une vérité incontestable. On trouve dès l’an 1041 un exemple d'une guerre civile qui s’éleva à Milan entre les capitanet, ou vassaux de l'empire, et les bourgeois plébéiens; il fallut que Henri IIT intervint pour rétablir l’ordre. On attribue cette guerre aux mauvais procédés des nobles à l'égard de leurs concitoyens, mal assez commun à cette époque dans tous les Etats de l’Europe; mais partout ailleurs Je peuple le supportait avec une docilité forcée. La guerre dura trois ans : les nobles furent obligés de sortir de Milan, et de soutenir leur querelle dans les plaines voisines. L'un d'eux, nommé Lanzoo,

4 Muratori, Dissert. 46.

poussé par l'ambition ou par uae vertueuse indignation contre la tyraunie, se mit à la tête du peuple 1.

Depuis cette époque jusqu'après la paix de Constance, il est rarement parlé de dissensions entre les deux ordres ; ce qui prouve, quelque défectueuses que soient les annales du temps, que ces troubles n'étaient ni graves ni fréquents. En 1185, une scission eut lieu entre la noblesse et le peuple de Faenza. Une guerre civile éclata aussi entre eux à Brescia en 1200, et dura quelque temps. Dès lors des jalousies mutuelles commencèrent à troubler la tranquillité des autres villes; mais c'est vers l’an 1220 qu'elles paraissent avoir prisle caractére bien prononcé de guerres civiles; dans l’espace d’un petit nombre d'années, la question de la souveraineté de l’aristocratie ou du peuple avait êté déjà débattue par les armes à Milan, à Plaisance, à Modéne, à Crémone et à Bologne 2.

Hl serait inutile d'entrer dans la discussion de çes querelles, s sur lesquelles la sécheresse des historiens du tempsjetterarement quelque lumière, et qu'ils n’ont d’ailleurs envisagées qu'à travers leurs préventions personnelles. || ferait preuve d'un esprit peu philosophique, l'écrivain moderne qui irait, pour ainsi dire, réchauffer ses passions au feu de ces haines oubliées, et aggraver, avec la partialité d’un contemporain, les torts de l’une ou de l’autre faction. Nous n'avons pas besoin de témoignages positifs pour nous faire une idée générale de ces temps de dissensions. On sait qu’un corps de nobles est toujours insolent, une populace toujours immodérée ; et l'on peut hardiment présumer que ceux-là commençaient comme celle-ci finissait, par des actes d'injustice et par l’abus du pouvair. Tantôt J'aristocratie, non contente de voir les magistrats annuels pris dans son sein, cherchait à usurper le droit exclusif de suffrage au détriment de Ja masse des citoyens ; tantôt la classe commerçante, enorgueillie par son opulence et par le sentiment de ses forces, aspirait aux dignités de l'État réservées à la noblesse. Tel est le résultat inévitable de la richesse commerciale, je pourrais même dire de la liberté et de l’ordre social, qui sont les sources de la richesse. Il est, dans les progrès de la civilisation, un terme où les priviléges exclusifs doivent subir des modifications, ou bien entrainer les privilégiés

1 Landulfus, Hist. Médiolan., dans Script. Rer. Italic., t. IV, p. 86; Muratori, Dissert. 82, Annali d'Italia, A. D. 4041; Saint-Mare, t. III, p. 94.

3 Sismondi, t. Il, p. 444; Muratori, Annali d'Italia, A. D. 448, ete.

dans leur chute. Dans une ou deux villes, les partis se soumirent, par l'intervention du pape, à une convention temporaire, d'après laquelle les charges publiques, depuis la plus humble jusqu'à la plus élevée, furent réparties également, ou dans une proportion quelconque, entre les nobles et les plébéiens. C’est encore un expédient assez heureux, et l'on sait qu'il contribua puissamment à apaiser les troubles de l’ancienne Rome.

Cependant le peuple, dans la lutte naturelle des pouvoirs, finit toujours par l'emporter sur la classe moins nombreuse. Les artisans, qui composaient la masse de la population, s'organisaient en compagaies, suivant la nature de leurs occupations. Quelquefois ils formaient, comme à Milan, des associations distinctes et soumises à des règlements particuliers !. Ces réunions, connues à Milan sous les noms de la Motta et de la Credenza, exerçaient une influence qui ne paraît pas extraordinaire, lorsque l’on considère l'esprit de corps et les sentiments d'affection qui caractérisent ces sortes de confréries : nous en verrons bientôt un exemple plus frappant dans la république de Florence. A une démocratie formidable et si bien organisée, les nobles opposaient leurs famillesnombreuses, cet esprit généreux qui appartient à une haute naissance, l'influence de leurs richesses et de leur nom. Il parait que les membres de chaque grande famille habitaient la même rue ; leurs maisons, flanguées de grosses tours carrées d’une hauteur imposante, ressemblaient à des châteaux-forts dans l’intérieur d’une ville. Brancaléon, le fameux sénateur de Rome, détruisit cent quarante de ces habitations fortifiées, qui ne servaient qu’à favoriser les troubles et la licence. Souvent expulsés de la ville, les nobles profitaient de leur supériorité dans l'arme de la cavalerie, et rayageaient la campagne, jusqu'à ce que les citoyens, fatigués d’une lutte désavantageuse, en vinssent à un accommodement : mais quand tous ces moyens échousient, séduits par un vain espoir, ou contraints par la nécessité, ils sacrifiaient la liberté publique à leur propre intérêt, et prètaient l'appui de leurs armes à un maître étranger ou à un usurpateur domestique.

Dans toutes ces scènes de désordre, soit que les nobles fussent aux prises avec le peuple, ou les Guelfes avec les Gibelins, les vainqueurs étaient sans pitié. Chassés de leurs foyers, dépouillés de

4 Muratori, Dissert. 52; Sismondi, t. LII, p. 262.

leurs biens, les vaincus se retiraïent dans d’autres villes attachées à leur parti, et attendaient l'heure de la vengeance. Dans une émeute populaire, les maisons des vaiacus étaient souvent rasées; non pas peut-être par un mouvement de cette espèce de fureur brutale que Muratori reproche aux classes inférieures ; mais plutôt à cause du dommage que leur occasionnaient ces maisons fortifiées. Il n’est pas de haine plus terrible que celle que vouent à leur patrie des hommes qui ont vu leurs biens confisqués et leur tête proscrite ; et l’acharnement avec lequel on poursuivait jusque dans lexil une faction qu'avait trahie la fortune, explique assez les malheurs de l'Italie. Lorsque les Gibelins rentrèrent à Florence, après la défaite du parti dominant en 1260, ils agitèrent la question de savoir s’ils ne démoliraient pas cette ville qui les avait rejetés de son sein; et sans Féloquence d'un seul homme, de Farinata degl’ Uberti, la soif de la vengeance eût étouffé dans leur cœur tout patriotisme 1. C’est à cette passion qu'il faut attribuer leur empressement à chercher des secours de tous côtés, à appeler même toute espèce de servitude, pour goûter le plaisir d'exercer des représailles contreleurs adversaires. Le simple amour de la liberté publique est en général une passion bien abstraite pour enflammer vivement le cœur de l'homme; ces haines, ces affections personnelles qui souvent le déterminent et le fortifient, servent aussi souvent à l’éteindre.

Indépendamment des deux grandes causes qui divisaient les citoyens d’une république italienne, la forme de leur gouvernement et leurs rapports avec l’empire, il en était d’aatres moins graves, mais non moins funestes. Dans chaque ville, des querelles de familles particulières enfantaient la discorde, la sédition, les proscriptions. Quelquefois ces querelles se confondaient dansles grandes distinctions de Guelfes et de Gibelins ; quelquefois elle se montraient plus à nu. Deux ou trois exemples mémorables en fourniront la preuve. Imilda de’ Lambertazzi, issue d'une famille noble de Bologne, fut surprise par ses frères dans une entrevue secrète avec Boniface Gieremei, dont la famille était depuis longtemps divisée de la sienne par l’inimitié la plus profonde. Elle n’eut que le temps

+ G. VHieni, |. 6. c. 82; Sismondi. Je ne pardonne pas au Dante d'avoir placé ce généreux patriote, (rd l'anime più nere, dans une des plus hideuses régions de son enfer. La conversation du poële avec Farinata, chant 10, est un morceau magaifique, et jette du jour sur l’histoire de Florence.

de s'échapper, tandis que les Lambertazzi plongeafent dansle cœur de son amant leurs poignards empoisonnés. Imilda revient, trouve son corps gisant encore chaud, et l'espoir de te rappeler à la vie lui inspire l’idée de sucer ses plaies : mais elle ne parvient qu’dip troduire le poison dans ses propres veines, et tous deux furent trouvés étendus sans vie l’un à côté de l'autre. Un aussi cruel outrage alluma toute la fureur des Gieremei; ils s’allièrent avec quelques Etats voisins; les Lambertazzi firent de méme ; et, aprés quarante jours de combat dans les rues de Bologne, ces derniers furent chassés de la ville avec tous les Gibelins, dont ils pertageaient Ses opinions politiques. Douze mille citoyens furent condamnés à l'exil, leurs maisons démolies, et leurs propriétés confisquées !. Florence fut tranquille jusqu'en 1215 , époque où l’assassinat d'an individa suscita entre les Buondelmonti et les Uberti une guerre à mort, à laquelle toute la ville prit part. Une insulte commise à Pistoia, en 1300, divisa les habitants de cette ville en deux partis, les Bianchi et les Neri; ils portérent jusqu’à Florence le germe de lears inimitiés, et y occasionnèrent une des plus funestes scissions qui aient affligé cette république. Dans une des révolutions prodaites par cette ramification de factions, Florence bannit de ses murs un jeune citoyen qui avait exercé des charges de magistrature et em brassé la cause des Bianchi. Dante Alighieri chercha un asile deus les cours de quelques princes gibelins, et 14, dans la mélancolie de l'exil, son génie sublime et créateur acheva cet ouvrage extraordinaire où les conceptions les plus vastes et les plus bizarres s’allient avec toute la verve de la satire politique, cet ouvrage qui a immortalisé son nom, et jeté de l'éclat jusque sur les petites querelles de son temps 2.

Dans l’origine des républiques de la Lombardie, leurs différends mutuels et domestiques avaient été souvent terminés par la médistion des empereurs; et la perte de cette salutaire influence peut être considérée comme un des grands inconvénients de cette émancipetion absolue à laquelle parvint PItalie dans le cours du treiziéme

1 Sismondi, t. IH, p. 442. Cette aventure rappelle celle de Roméo et Juliette, tirée elte-même d'une Nouvelle ilalienne, et qui offre un tableau asses vrai des

mœurs du temps.

@ Dino Compagni, dans nié à Rer Ialic., t. IX; Villani, Ist. Feorent., L 8;

Dante, passtm.

siècle. Les papes essayèrent quelquefois d’interposer leur autorité, qui, sans être aussi directe, était mieux soutenue par la vénération des peuples ; et s’ils avaient toujours su se garantir eux-mêmes des passions intéressées et vindicatives des hommes sur lesquels ils exercaient leur influence, ils auraient pu obtenir des résultats dont Jes avantages eussent été plus généraux et plus durables. Mais ils considéraient les Gibelins comme leurs ennemis particuliers, et le triomphe de la faction contraire comme le salut de l'Église. Grégoire X et Nicolas III, soit qu’ils fussent poussés par des sentiments généreux, soit que la jalousie que leur inspirait Charles d’Anjou, alors à la tête des Guelfes, leur fit imaginer que le plus sûr moyen de contrebalancer son pouvoir était de faire renaitre le parti Gibelin, distinguérent leur pontificat par les efforts qu'ils firent pour ramener l'union dans toutes les villes de l'Italie : mais leurs successeurs revinrent à l’ancienne politique et aux vieux préjugés de Rome.

L'histoire singulière d'un individu d’un rang bien inférieur à celui des papes ou des empereurs, de fra Giovanni di Vicenza, appartient à cette époque et au sujet qui nous occupe en ce moment. Ce moine dominicain commença sa carrière en 1233, à Bologne, où il préchait la paix et le pardon des offenses. De là, il se rendit à Padoue, à Vérone, et dans les villes voisines. A sa voix, les citoyens déposaient leurs armes, et embrassaient leurs ennemis. Plusieurs républiques, entratnées par un de ces mouvements passagers d'enthousiasme, naturels aux gouvernements populaires, le supplièrent de corriger leurs lois et d’arranger leurs différends. Une assemblée générale fut convoquée dans la plaine de Paquara, sur les bords de l’Adige. Les Lombardss’y portérent en foule de la Romagne et des villes de la Marche; Guelfes et Gibelins, nobles et bourgeois, citoyens libres et vassaux des seigneurs féodaux, rangés autour de leurs carroccios, reçurent de la bouche du saint homme la promesse illusoire d'une paix universelle. On se soumit aux conditions imposées par fra Giovanni: elles se bornent à peu près à l’injonction d’un pardon mutuel, soit que ces querelles fussent réellement sans objet, soit qu’il edt adroitement évité de prononcer sur leurs véritables causes. Maisle pouvoir et la réputation trop rapidement acquis n'ont qu'un éclat éphémère. Non content d’être le législateur et l'arbitre des villes italiennes, fra Giovanni voulut en devenir le maître, et

abusa de l'enthousiasme qu'il avait excité à Vicence et à Vérone pour se faire accorder une souveraineté absolue. Passant du rôle d’apôtre à celui d’usurpateur, son sort était facile à prévoir : il céda bientôt la place à des hommes qui firent un bien plus funeste usage du pouvoir, mais qui avaient aux yeux des peuples des droits plus naturels {.

1 Tiraboschi, Storia del Lilteratura, 1. IV, p. 214 (ce mercesu est très-bien écrit); Sismondi, t. U, p. 484.

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