PREMIÈRE PARTIE
Chute de l'empire romain. — Invasion de Clovis. — Rois francs de la première race. — Avénement de Pépin. — Etat de l'Italie. — Règne de Charlemagne ; — Son portrait. — Louis-le-Débonnaire; — Ses successeurs, — Etat dé plor: ble de l'empire aux neuvième et dixième siècles, — Avénement de Hugues Capet; — Ses premiers successeurs. — Louis VII. — Philippe-Auguste. — Conquête de la Normandie. — Guerre du Languedoc. — Louis IX ; — Son portrait, — Digression au sujet des croisades. — Philippe II. — Philippe 1V ; — Agrandissement de la monarchie française sous son règne; — Ses enfants. — Question relative à la loi salique. — Prétentions d Edouard III.
Avant la fin du cinquième siècle, l’immenseédifice de cet empire dont la valeur et la politique avaient assis les fondements sur les sept collines de Rome, avait été renversé, dans toute la partie occidentale de l’Europe, par les Barbares du Nord, dont les masses belliqueuses présentaient une force irrésistible. Des races d'hommes, jadis inconnues ou méprisées, avaient non-seulement démembré cette fière puissance,. mais s'étaient établies en permanence dans ses plus belles provinces, après avoir imposé leur joug aux anciens possesseurs. Les Vandäles étaient maîtres de l’Afrique; les Suèves, d'une partie de l'Espagne; les Visigoths en. possédaient le reste, avec une
portion considérable de la Gaule ; les Bourguignons occupaient les provinces arrosées par le Rhône et la Saône; les Ostrogoths, presque toute l'Italie. Quelques écrivains ont peuplé d'une république Armorique 1 le nord-ouest de la Gaule, entre la Seine et la Loire; le reste, engsre soumis de nom à Fempire romain, était gouverné par un Certain: Syagrite, qui a une autorité pluie indépendante que délégnée. - -
(A. D. 486) Ce fut soe que Clovis, roi és rites aliens: peuplade de Germains longtemps attachée à Rome, et qui, de la rive droite du Rhin où elle était originairement établie, avait pénétré depuis peu jusqu’à Tournai et Cambrai 3, envahit la Gaule, et défit Syagrius à Soissons : cette victoire entraîna la soumission de ces provinces qui jusqu'alors avaient été considérées comme romaines. Leur obéissance avait toujours été douteuse, et leur perte en fut moins sensible ; aussi las empereurs de Constantinople ne crurent pas s’abaisser en conférant à Clovis les titres de consul et de patrice, et Clovis avait trop de prudence. pour les refuser 3.
1 On ne peut parler qu’avec défiance de cette république, ou plutôt de cette confédération de cités indépendantes, sous l'administration de leurs évêques respec- Lifs, que Dubos a échafaudée avec heaucoup @art sur des données historiques trèslégères, et malgré le silence de Grégotre de Tours, dont le diocèse était contigu à leur prétendu territoire. Il serait cependant injuste de rejeter entièrement cette hypothèse; elle n'est pas en elle-même dépourvue de probabilités; et d’ailleurs Grégoire est succinct et négligé dans Ja première partie de son histoire. Dubos, Histoire critique de l'Élablissement des Francais dans les Gaules, t. L p. 253. Gibbon, €. 58, après avoir suivi Dubos dans son texte, insinue, suivant son usage, ses soupçons dans une note.
2 Le système du père Daniel, qui prétend que les Francs n’avaient formé, avant Clovis, aucun établissement permanent sur la rive gauche du Rhin, me paraît insoutenable. Il est difficile de résister à la présomption qui résulte de la découverte faite à Tournai, en 1633, de la. tombe et du squelette de Childérie, père de Clovis, Voir Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. I,p. 10.
5 La théorie de Dubos, qui considère Clovis comme une espèce de lieutenant des empereurs, ne gouvernant qu'à ce titre ses sujets romains, a justement paru extravagante à des écrivains qui se sont livrés, après lui , à l'examen critique de J'histoine de France. Il est cependaat possible que les relations établies entre Clovis ct l'empire, et les insignes de la magistrature romaine dont il était revêtu, aient contribué à réconcilier les vaincus avec leurs nouveaux maitres : telle est du moins l’opinion judicieuse du duc de Nivernois. Mém. de FAcad. des Ingcript., t. XX, p. 474. H parait toutéefois qu'au sixième siècle Les Grecs connaissaient à peine les compatriotes de Clovis, On ne peut rien entendre à un passage dans le- quel Procope semble désigner les peuples de l'Armorique sous le nom d’Aéépvyec; ‘et Agathias nous fait one description aussi étrange que romanesque des Franes,
Quelques années après, Clovis défit les Allemands, ou peuples de la Souabe, dans une grande bataille livrée à Zulpich, près de Cologne. On assure qu'un vœu, fait au fort de l’action 1, et les instances de son épouse Clothilde, princesse de Bourgogne, le déterminèrent à embrasser le christianisme (496). Il serait inutile aujourd’hui d'examiner si sa conversion fut sincère ; mais il est certain qu'aucun acte de politique ne pouvait avoir de résultats plus heureux. L’arianisme, introduit de bonne heure chez les nations barbares , dominait, toutefois sans intolérance apparente 2, à la cour de Bourgogne, et dans celle des rois visigoths ; mais le clergé des Gaules, fortement attaché au parti catholique, avait soutenu les armes de Clovis, même avant sa conversion. Depuis, il se déclara hautement en sa faveur : le monarque récompensa son zèle, ainsi que l’exigeait une adroite politique, et ses descendants le traitèrent à leur tour avec une munificence prodigue. Clovis, couvrant ses desseins du masque de la religion, attaqua Alaric, roi des Visigoths, et, par une éclatante victoire remportée aaprès de Poitiers (507 ), renversa leur empire dans les Gaules, et les rejeta dans la province
qu’il célèbre pour la conformité de leurs coutumes avec les lois romaines , rolcrecx de Ta ola xpoyrar Poualxn xae vouocs tors auroiç. x. +. À. Il fail aussi l'éloge de leur esprit d'uniou, et observe surtout que, dans les partages fréquents du royaume , ils n'avaient jamais pris les armes les uns contre les autres , ni ensanglanté la terre de leurs discordes civiles. On serait tenté d'interpréter cela dans un sens ironique.
4 Grégoire de Tours fait une histoire très-pompeuse au sujet de ce fameux œu, L. 2, c. 30. Dans l'impossibilité de réfuter les faits, qu'il nous soit au moins permis d'en suspecter l'authenticité.
2 Hist. du Languedoc, par D. Vich et D. Vaissete, t. I, p. 238 ; Gibbon, c. 37. L'histoire des monarchies gothiques de l’ilalie, de la Gaule et de l'Espagne, pourrait offrir une objection spécieuse aux grands principes de la tolérance reli- » gieuse. Ces souverains ariens traitaient avec assez de douceur leurs sujets calhoiques ; ils leurs laissaient la jouissance de tous les priviléges civils, et ils en étaient récompensés par leur défection ou par leurs révoltes. On peut répondre à cela : 4° que lesystème de persécution adopté en Afrique par les Vandales ne réussissait pas mieux: les catholiques de cette province se soulevèrent à l’arrivée de Bélisaire , 2° malgré la tolérance libérale qui distingua l'administration d’Alaric et de Théodoric, nous ignorons les insultes et les sujets de mécontentement auxquels les cathdliques de Gaule et d'Italie pouvaient être exposés, surtout de la part des évêques ariens, dans ces temps de superstition ; 3° la distinction d'arien et de catholique était intimement Hée à celle de Goth et de Romain, de conquérant et de conquis ; de sorte qu’il est difficile de distinguer les effets des haines nationales de ceux de la rivalité des sectes.
maritime de Septimanie, étroite lisière de côtes resserrée entre le Rhône et les Pyrénées. Ses derniers exploits consistèrent à soumettre certains chefs indépendants de sa tribu et de sa propre famille, qui s'étaient établis vers les bords du Rhin ‘; il les fit tous périr par violence ou par trahison : car ce monarque avait été jeté au vrai moule des conquérants, parmi lesquels l'éclat et les crimes de son ambition lui assignent un rang distingué 2.
Clovis laissa quatre fils, dont un illégitime, né avant sa conversion, et trois de son épouse Clothilde (511). Ces quatre enfants firent, dit-on, un partage égal d’un héritage qui embrassait non seulement la France, mais les provinces occidentales et centrales del’ Allemagne, sans parler de la Bavière, et peut-être de la Souabe, gouvernées par des chefs dépendants, quoique héréditaires. La partie germanique, autrement dite Austrasie, échut à Thierry, l’ainé, qui choisit Metz pour sa capitale ; Clodomir fixa son séjour à Orléans, Childebert à Paris, et Clotaire à Soissons 3. Sous leurs régnes, la conquète de la Bourgogne agrandit la mowarchie. Clotaire, le plus jeune des frères, réunit enfin tousees royaumes (558) : divisés une seconde fois à sa mort entre ses quatre enfants, ils furent réunis de nouveau par un autre Clotaire, son petit-fils (613). C'est un travail inutile et fastidieux que de suivre le fil de ces
‘# Les historiens modernes, dans l’énumération de ces roftelets, en qualifient us du titre de roi du Mans. Il est difficile de concevoir qu'un chef indépendant de Clovis pat être fixé dans cette partie de la France. Grégoire de Tours, la seule autorité que nous ayons , ne dit pas que Rignomer fat roi du Mans, mais seulement qu’il fut assassiné dans cette ville : Apud Cenomannis civitatem jussu Chlodevechi interfeclus est.
a Le lecteur peut consulter, dans le vingtième volume de l'Acad. des Inseript., un admirable mémoire du duc de Nivernois, sur la politique de Clovis.
3 Quatuor filii regnum accipiunt, et inter se aqud lance dividunt. Grég. Tur., 1. S,c. 4. Un géographe serait assez embarrassé pour diviser l’empire de Clovis en quatre portions égales, dont Paris, Orléans, Metz et Soissons seraient les capitates respectives. Je crains donc que l'expression de Grégoire ne soit pas très-correcte. Il parattrait que le royaume de Soissons était le moins considérable, et celui d'Austrasie le plus étendu des quatre. Mais les partages faits par ces princes étaient extrémement compliqués : des enclaves isolées, et jusqu'à des portions de villes, avabent été détachées des plus grands royaumes, pour compenser l'inégalité des antres. Il serait trée-difficile de déterminer la circonscription de ces petites monarchies. Mais l'empire français fut toujours considéré comme un, quel que fat le nombre de ses héritiers; et le cours des événements en réunit assez souvent les fragments, pour entretenir et justifier cette idée.
PRANCE. | 15
révolutions à travers des seènos de confusion et-de sang, où Phisterien n'aperçoit aucun rayon de tumiére, ne découvreuucan tableau istéressant sur lequel il puisse reposer son œil fatigué; il seraig difficile, comme l’observe justement Gibbon, de rencontrer dans les annales d’azicun peuple plus de vices et moins de vertus. Deux reines se sont rendues célèbres par l’énormité de leurs crimes dans cosiècis barbare : Frédégonde, épouse. de Chilpéric, et Brunehaut, reine d’Anstrasie. On n’a jamais osé révoquer en doute les atrotités de la première ; et si la seconde a, de nos jours, trouvé quelques dé fenseurs, ils furent peut-être moins convaincus de son innocente, qu’émus de compassion par le-spectacle de sa fin tragique : : Après Dagobert, fils de Clotaire II, les rois de Franeetombérent dans un état de nullité personnelle, qui leur 4 valu, de Ia part de historiens postérieurs à leur époque, le titre d'insensat{ on imbés ciles 3. L'autorité royale tout entière fut dévolue aux maires da palais, dans le principe simples officiers de la couronne chargés de mettre sous les yeux du roi les pétitions ou représentations de ses sujets. La faiblesse des souverains donna de Vimportance à cette charge ; une faiblesse plus grande encore la laissa s’ériger en dignité élective : des hommes énergiques, pleins de talents et d'ambitiun, y réunirent le commandement des armées; et l'histoire de France, pendant l’espace d’un demi-siècle, n'offre pas de noms plus illustres que ceux d’Ebroin et de Grimoald, maires de Neustrie ot d’Austratie, divisions occidentale et orientale de le mosarchie
4 On trouvera dans toutes ies histoires un abrégé suffisant de la dynastic mére. vingienns. Les événements de ce temps ne sont guète importants, qu'en ce qu'ils donnent une juste idée de. la scélératesse frofande de la plupart des personnages qu'on y voit figurer, et conséquemment de l'état d’abrutissoment où la société était alors réduite. Mais à quoi bon se charger la mémoire d'une foule d'assassinats et de gustres barbares? Pour ce qui regarde Brunehaut, quia eu des partisans presque aussi enthousiastes que ceux de Marie, reine d'Écosse, le lecteur: poet consulter, d’une part, Pasquier, Recherches de la France, 1. 8, ou Velly, Hist. de France, t. 1; et de l’autre, une dissertation de Gaillard, dans le tome trentièse des Mémoires de l'Académie des Inscriptions; co dernier n’est pas favorable. à Brunchant, et son opinion est, à mon avis, parfaitement raisonnée,
8 L'abbé Vertot, Mémoires de l'Académie, t. VI, a fait une tentative ingéniense pour justifier ces monarques d'une imputation qui date de loin; mais le dit
- principal est irrésistible : l'autorité royale fut nulle pendant leurs règnes, La
meilleure excuse qu'on puisse alléguer nous parait être qu'après les vietoires : de Pépin d'Héristal, les rois mérovingiens étant en effet vaincus; lour ——— ee un maître devenait la conséquence nécessaire de tear impuissance.
française 1; ile périrent cependant de mort violente. Usurpateur plus heureux de l’autorité royale, Pépin d'Héristal, d'abord maire, puis duc d’Austrasie, réunit à une souveraineté presque reconaue dans cette contrée, le gouvernement suprème des provinces de la Neustrie, où l’on laissait encore végéter les fantômes de rois de la famille mérovingienne. Il transmit sa puissance à un héros plus - Célèbre, son fils Charles Martel, qui, après quelques exploits moins éclatants, fut appelé à combattre un ennemi nouveau et formidable. Les Sarrasins, après avoir subjugué l’Espague, avaient pénétré jusqu’au cœur de la France (732). Entre Tours et Poitiers 2, Charles Martel remporta sur eux une victoire décisive. On a poussé Vexagération jusqu’à évaluer la perte des Mahométans, dans cette journée, à trois cent mille hommes. Le prix de la victoire fut le province de Septimanie, que les ne avaient ane sar Îles Visigoths 8,
à Les royaumes primitifs de Soissons, de Paris et d'Orléans, réunis eusembèe, formèrent la Neustrie, à laquelle était ordinairement annexée la Bourgogne, qui avait cependant son gouvernement distinct, et un maire de son choix. Mais l'Aquitaine, dont j'ignore les limites précises, fut, dès le règne de Dagobert I, séparée du reste de In monarchie, et passa sous une dynastie dueale issue de Caribert, frère de ce prince.
2 Tours est à plus de soixante-dix miNes (vingt-cinq lieues) de Poitiers; je ne crois cependant pas qu'aucan antiquafre francais ait pu déterminer d'une mamière plus précise la position de ce fameux champ de bataille : circonstance d'autant plus singulière, qu'après un aussi épouvantabie carnage, on deyrait s'attendre à retrouver Grandia effossis ossa sepulchris. La victoire de Charles Martel a immottalisé son nom ; on peut avec justice ranger cette bataille au petit nombre de colles dont une issue contraire eût essentiellement changé la face de l'avenir, ét émprimé au drame du monde un mouvement différent : telles furent les journées de Marathon, d’Arbelles, du Métaure, de Châlons et de Leipsick. Cependant ne sommes-Bous pas ici, comme en général, un peu trop prompts à former notre opinion sur l'événement, et à suivre le cours de la fortune? Une expérience plas fréquente n’a-t-olle pas condamné coux qui commettent le sert des empires à le chance d’un moment, en risquant une action générale contre une armée d'invasion, qui n'a pas de plus dangereux ennemi que le temps ? N’était-ce pas à cette fatale erreur que Roderic devait imputer la perte de son royaume ? Les Sarrasins pouvaient-ils se mettre en possession permanente de la France, autrement. que par une victoire? Et ua esgagement dans les vastes plaines du Poitou ne leur présentait-fl pas une brillante chance de succès, qu'une politique plus prudente se fût gardée de leur offrir?
8 Pépin acheva cette conquête en 759. Les habitants s'assurèrent par un trallé la jouissance de lours libertés : c'est à cette garantie solennelle que D. Vaissete fait remonter l'origine des priviléges du Languedoc. Hist. du Lang. t. I, p. 412.
|!‘ (RAND. ‘. 47 J1 n'était pas vraisetrhiisbié que des sujets -si puissants he conten biseont ‘idugtomps du second rang; niais las circonstences qui ac goinpagnèrent: le changement de ‘la dyntstié royale se -rattechent h une des sévolutéens les plas intpertentes que présente l'hishoire de l'Europe (752). Le maire Pépia, héritier des talents et de l'ambition de Charles Marte] son père, ft, au nom et du tonsentement de la netidn, uh appel solennel ae pape Zachürie, relativement à la déposition de Chilitéric LH, sous l'autorité pominale:duqnel 4 régnait lui-même. La décision du pontife fat favorable : elle portait, qu'à celui qui cxercait la puissance royale, spparténait amsai le eotroans. Le malheureux prince fut relégué dans un couvent; et les Fréncs, d’eme voix unanime, <lerèroht au trône Pépin, chef d’une dynastie plus ilimsire. Afin: d'apprééier l'importance de cette rôvokation pour le siége de Rome, comme pour ln France, fiestnécossaire de porter un instant nos regards sur les affaires de l'Ltake. La puissauce des Ostrogoths fuit agéeatic au sixième sièele par Jes armes de Béklistire:et de Norsès, et cette nation ne reperaît pies dans l'histoire ; mais peu après, les Lombards, fixés depuis quelque iemgs om Panaonie, sommirônt la partie septésirionale de l'Italie qui'a conservé leur nom,:et s'étendant am sud, y formérent les puissante duchés de Spolette et de Bénéveat. Pavie était le séjour de leurs rois: mais les vassaux héréditaires qui régissaieat. ces . deux duchies, pouvaiont Être éonsidérés en: quelque sorte comme des sosverains indépendants $. Le reste de l'Italie était gouvertié par des exarques nommés par les empereurs grecs, et siégeant à Raveand. À Rome même, nile. poupic, ni les. évèques, qui déjà araisnt eongm en partic leurs projets ambitieux; n'étaient fart disposés à apporter patiemment la domination de Constantinople : cependant leur jalousie et leur haine invétérée contre les Lombards les avaient forcés 4 dévorer jour mécontentement; mais une persécution impolitique et violente dirigée par deux ou trois empereurs grecs contre une superstition favorite, le culte des images, excita des troubles dans toute l'Italie. Les Lombards saisirent l’occasion, et l’exarchat de Ravenne fut facilement arraché à l'empire d'Orient (752). H n’en- 1 L'histoire, le caraetère et ta politique des Lombards sent bien truités das Gibbon, € 45. Voir dusai le quatriènie et le einquième livre de Giahuore, et
doareesineroues db Callie, duns les Bie de l'acide tuatetption, t. 52, 36, 45. |
trait pas dans les desseins des papes de voir leurs plus proches ennemis s’agrandir aussi rapidement; et si l'empereur Constantin Copronyme eût youlu donner à Rome le moindre secours réel; Rome serait restée fidèle. Mais n'ayant rien à espérer de ses armes, et fatigués de son opiniâtre intolérance, les pontifes eurent recours à la France 1, et le service qu’ils avaient rendu à Pépin imposait à ce prince des obligations réciproques et illimitées. A la prière d'Étienne IF, le nouveau roi de France franchit les Alpes, chasea les Lombards de leur récente conquête, eten transféra au pape la souveraineté. Cette donation mémorable comprenait, à peu de chose près, ‘Jes provinces modernes de la Romagne et de la Marche d’Ancône 2. (768) L'Italie, qui depuis près de deux siècles n'avait éprouvé aucun changement, marchait à grands pas vers une révelution totale: À l'ombre d’un grand nom, l’empire grec avait longtemps eaché les progrès de sa décadence; mais ce charme était rompu. Le royaume des Lombards, jusqu'alors le seul coneutrent qui eét paru dans la carrière, avait consumé sa vigueur avantle jour du combat. La France était une rivale trop puissante pour les forces de l'Italie, lors même qu'elle n’eût pas été animée -par l'ambition gigantesque -et fa bouillante activité du fils de Pépin (772). Un des premiers exploits de Charlemagne, après que la mort de son frère Carlomen eat réuni l'empire des Francs sous sa domination 3, fut la conquête du royaume de Lombardie (774). Pavie et Vérone, sesprincipales vies, arrêtèrent à peine le cours triémphänt dé‘ses armes < Ja ptus vive résistance qu'il éprouva fut de la part des ducs de Friowl et de Bénévent; ce dernier ne fut mème jamais entièrement soumis. Cependant l'Italie, quelle qu'en soit la cause, parait ‘avoir eu “bien moiss d’attraits pour Charlemagne que les noires forêts de la 1 On avait déjà fait des propositions à Charles Martel, ainsi qu'à Pépin lufmême; Les évêques de Rome vbserwaient, avec leur pénétration ordinaire, l'élévation d'un nouvel empire d'Occident, qui devait être, par sa foi comme par ses armes, leur plus ferme appui. Muraton, Ann. d'Ilal., A.D. 74. 2-Giannone, 1. 5, ce. 2.
- 8 Catloman, frère putné de Charlemagne, prit possession des provinces ge®maniques de l’empire. La coutume des partages était si bien établie, que Charles Martel, Pépin et Charlemagne lui-méme, princes sages et ambitieux, n’esèrent pes heurter l'opinion publique en ‘introduisant le droit de primogéniture. Car
foman n’aurait pu résister losigtemps à son frère : ce dernier usurpe, à sa mort, l'héritage de deux enfants qu’il laissait en bas âge.
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Germanie; car il était impossible que les provinces méridionales, et même la Sicile, pussent résister à sa puissance, si ses efforts eussent été fermement dirigés contre elles. L'Espagne elle-même ne fixa point son attention autant que l'éclat d'une telle conquête semblait le promettre. Il en détacha cependant une portion très-importante pour son empire, le pays situé entre l’Ébre et les Pyrénées, qu'il enleva aux Sarrasins. Cette province forma la Marche d'Espegne , gouvernée par les comtes de Barcelonne, et dont une partie au moins deit être considérée comme appartenant à la France jusqu’au douzième siècle !. :
Mais de toutes les entreprises militaires de Charlemagne, la plus tongue et la plus difficile fut la soumission des Saxons : ses guerres contre ces peuples, qui occupaient à peu près les cercles modernes de la Westphalie et de la Basse-Saxe, durèrent trente ans. Chaque fois que le conquérant rappelait ses armées, ou se retirait
lui-même, les Saxons se révoltaient de nouveau ; mais Chariemagne, par l'étonnante rapidité de ses mouvements, manquait rarement d’écraser aussitôt les rebelles. Une lutte soutenue de part et d'autre avec un tel acharnement ne pouvait se terminer que par la destruction du plus faible. Une colonie nombreuse de, Saxpes fut enfa transplantée dans la Flandre et le Brabant, provinces jusqu’alors mal peuplées, où leurs descendants conservèrent leur caraetére indomptable et leur haine pour l'oppression, Un grand nombre se réfugièrent dans les royaumes de la Scandinavie, et s'unissant aux hommes du nord, qui se préparaient alors à commencer leur mémerable carrière, vengèrent sur les enfants et les sujets de Charlemagne le dévastation de la Saxe. Le reste embrassa le christianisme, qui avait été l'objet de leur aversion et la principale cause de leurs révoltes, et reconnut la souveraineté de Charlemagne. Witikind luimême, cet autre Arminius de la Germanie, convaincu da sort inévitable de son pays, ne dédaigna pas de se soumettre. Les Saxons
1 Les comtes de Barcelonne reconnurent la supériorité féodale des rois de France, quelque temps même après que leur titre eut disparu dans eelui de rois d'Aragon. En 1180 seulement, les actes légaux faits en Catalogne cessèrent d'être datés de l’année du roi de France; et comme il ne resta plus aucune autre marque de dépendanee, c'est à cette époque qu’on peut fixer la séparation de cette prihélpauté. Louis IX fit, en 1258, un abandon définitif des droits que eonservait En ‘couronne de France. ea alas ait ge p. 314; Art séntueia Dates, t. IL p. 201.
conservèrent en grande partie l’asage de leurs lois ; ils furent gouvernés par un duc de leur nation, peut-être mème de leur choix; ‘et pendant plusieurs siècles ils se distmguèrent des autres peuples de la Germanie par les traits primitifs de leur caractère national.
Les succès que Charlemagne remporta sur la frontière oriéntaie de son empire contre les Esclavons de Bohème et les Huns ou Avares de la Pannonie, sans avoir été si chèremeat achetés, ne furent guère moins éclatants. Danstoutes ces guerres, les peuples nouvellement conquis, ou ceux dont la crainte avait fait des ailiés soumis, étaient à leur tour employés 4 subjuguer leurs voisins; et les pertes continueldes occasionnées par le fer et par la fatigue, étaient réporées par une population nouvelle qui s'accroissait sans cesse avec le cercle de seb Etats. Je ne crois pas que les limites du nouvel empire d'Occident aient été déterminées d'une manière bien exacte par les auteurs contemporains, ui qu'il soit facile de préciser le degré d’assajettissement des tribus esclavonnes. Considérés comme une masse organisée de provinces régulièrement gouvernées par des officiers impériaux, les Etats de Charlemagne étaient à pen près bomés, en Germanie, par!’ Elbe, la Saale, les montagnes de Bohème, et une isgne tirée de À, coupant le Danube au-dessus de Vienne, et se proïongeant jusqu’ au golfe d'Istrie ; une partie de la Dalmatie était comprise dans le duché de Frioul. En Italie, l'empire ne s'étendait guère ‘au delà de la frontière actuelle de Naples, en n’y comprenant pas ‘le duché de Bénévent, dont la soumission n'était en effet que nomi- -nale ; l'Ébre était, comme on l’a dit plas haut, la limite du côté de ‘YEspagne {.
(800) Léon III, en plaçant, au nom du peuple ue. la cou-
ronne impérisle sur la tête de Charlemagne, mit le sceau à la gloire de ce monarque. Pépin, son père, await porté le titre de patrice, et lui-même avait, à ce même titre, exercé légKimement dans Rome un pouvoir souverain 2; on y battait monnaie en son nom ;
4 J'ai suivi la carte de Koch, dans son Tableau des révolutions de l'Europe,
t. L; ealle de Vaugomdy, Paris, 1752, comprend les tribus esclavonues, et recule
hes limétes de l'empire jusqu’à l'Oder et aux confas de la Pologne. Les auteurs de
- l'Art de vérifier les Dates les étendent jusqu'au Raab. Une indiention précise esigerait de longue recherches.
3 Les patrices du Bas-Empire étaient des gouverneurs envoyés de Constanti-
nople dans les provinces : Rome était depuis longtemps accoutumés à lenr nom
FRANK. Ft:
le clergé et le pestle lui araïent prété sement de-Rdétité. Mois le titre d'empereur semblait imprimer à sa puissance on nouveau caractère ; il renfermait une foule de prétentions vastes et iHimitées, ot, en rattachant à Auguste la prétendue généalogie de Charlemagee, il tendait à faire oublier l'élection libre des Francs. Charlemagne exigea, comme. empereur, un nouveau serment de la part de ses sujets. Son bon sens l’empécha cependant d'affecter ces prérogatives plus despotiques que le titre imperial semblait encore comporter.
Lorsqu'on vient à analyser le caractère des béros, il est presque impossible de séparer entièrement la part de la fortune de ce qui n'appartient qu'à eux. L'époque que fait Charlemagne dans l'histoire du monde, les famiiles ilestres qui se sont enorgueillies de le compter au raïig de leurs aseux, ef jusqu'aux légendés romanesques , pleines de ses fabuleux exploits, tout a conspiré A jeter sut sa téte une ayréole de gloire, ef à attester la grandeur qui s'est incorporée à son nom. Aucune des expéditions guertières de Charlemagne ne peut, il est vrai, se comparer à la victoire de Charles Martol sur les Sarrasins; mais Charles. Martel combattait pour la liberté , Charlemagne peur faire des conquêtes ; et in partiale renommée. célèbre plujôt le conquérant heureux que le héres qui défendit sa patrie. Sous be rapport des lettres, il est à présumer que ses connaissances ne s’étendasent guère. au delà de celles de son malheureux fils; et sous plusieurs autres points de vue, un et à leur autorité. La soumission du clergé et du peuple- romain à Charlemagne, avant et après qu’il eut reçu le titre d'empereur, paraît un fait constant. Voir une
historique de Leblane, imprimée ever san Traité dea Monnoyes de France, P- 48; et Saint-Mare, Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie, t. I, Le premier de ces écritains.ne veut pas convenir que Pépin ait exened aucune autosité à Rome. Le gourermement iniérieur, de celia villes pendant près de cimquante ans, est enveloppé d’obscurité; mais nous avons quelque raïsan pour croire que la souveraineié nominale des empereurs grees n'y était pas enlièremeat abolie. Muratori, Anna d'Italia, ad ann, 772; Saint-Mave, t. I, p. 356, 372. Une mossiquequ'on peut enœere veirdanale palsis.de Latraa, représemte nolrg Senyeur donnant d'une main les clefs à saint Picrge, at de l'autre ua étendard à un prince couronné, avec celte inscription : Constantin V. Mais Constantin V ne moata sut le trône qu'en 780; et si co morceau fut exéouté sous Le pontificat de Léon ILI, coreme le supposes les auteurs de l'Art de vérifier les Dates, il ne peut pas étrp antérieur à l'anméea 794, t. L p, 262; Muratori, ad ann. 798. Quoi qu'il eu soit, om ne peut deuter que les papes n'xient réellement exercé pendant cette période une partion considérable de l'autorité. Vulr Muralori, ad ann, 789,
rigoureux examen pourrait diminuer à nos yeux la gloire de Cisarlemagne 1, Mais rejetant une critique également isfaste et trompeuse, nous reconnaftrons qu'il possédait en tout cette grandeur de conception qui distingue les hommes extraordiaaires. Comme Alexandre, il semblait né pour tout rencuveler : dans le cours d'une vie prodigieusement active, on le voit réformer les monnaies.et en donner un tarif régulier, rassembler autour de lui les satants de tous les pays, fonder des écoles et former des bibliothèques, prendre part aux disputes religieuses, mais en roi; faire des efforts, à Ja vérité prématurés, pour créer une force maritime; concevoir dans l'intérêt du commerce, la superbe entreprise dela jonction, du Rhin avec le Danabe 2, et se préparer à fondre dans un système uniforme les codes discordants des lois romaines et barbares.
- Les grandes qualités de Charlemagne étaient ternies per les vices d’an barbare et d’un conquérant. Neuf femmes, qu'il répudia sens beaucoup de formalités, attestent la licence de sa vie privée, licence que sa frugalité et sa tempérance peuvent à peine faire pardonuer $. Prodigne de sang, quoiqu'il ne fût pas naturellement cruel, employant indifféremment tous les moyens qui pouvaient servir son ambition, il fit décapiter en un jour quatre mille Saxons : boucherie éponvantable, après laquelle ses édits persécuteurs, portant peine de mort contre ceux qui refusaient ke baptème , ou même qui mangeaient de la viande en caréme, méritent à peine d'être remarqués. Cette alliance d’une férocité sauvage à de grandes vues d'utilité nationale, peut rappeler à l'esprit le nom de Pierre-le-
4 Eginhard assure qu'il avait une élocution facile, qu'il possédait à fond la langue latine, qu'il pouvait lire le grec, et qu'il avait des connaissances en legique, en grammaire, en rhétorique et en astronomie. Mais l’auteur anonyme de ta Vie de Louis-le-Débonnaire aitribue la plupart de ces talents à ce prince infortuné.
2 Voir un essai sur ce projet, dansles Mémotres del Académie des Inscriptions, t, XVIII. Les rivières qui devaient servir à cette ligne de communication, étaient VAltmuhl, le Regnitz et le Mein; mais leur peu de profondeur et la nature spongieuse du terrain, semblent présenter des. obstacles insurmontables à l'exéewtion de ce plan.
3 Je soupçonne que l'accusation d'une passion mcestususe pour ses filles, passion que Voltaire traite de faiblesse, est sans fondement. Celte errecr paraît avoir pris naissance dens un passage mol interprété d'Éginhard. Al.est vrai que ces princesses étaient loin d’être des modèles de vertu, car le déréglement de leurs mœurs avait attiré le seandale jusque sur le palais impériel.
.. FRANCE. 28 Grand ; mais les habitudes igacbles et la violence brutale du Moscovite le laissent à une immense distance du restaurateur de l'empire.
Une noble sympathie pour toute supériorité intellectuelle -étaitle trait saillant du caractère de Charlemagne, et l’entraîna sans doute dans la principale erreur de sa politique, celle de favoriser Je pouvoir et d'encourager les prétentions de l'ordre ecclésiastique. Beut-étre, après tont, trouvera-t-on son plas bel élege écrit dans l'histoire des malheurs de l'Europe, et dans les calamités qui suivirent son règne. Seul, il s'élève comme un fanal sur une plage déselée , comme un roc au sein du vaste Océan ; son sceptre était Faro d'Ulysse, qu'un bras plus faible ne pouvait tendre. Au milieu des ténèbres amoncelées sur l’histoire de ces siècles, le règne de Charlemagne présente un point de repos entre deux longues périodes de troubles ‘et d’ignominie, et brille d'un nouvel éclat par le contraste de la dynastie qui le précède, et d’une postérité pour laquelle il avait créé un empire qu’elle était également indigne et incapable de conserver 1.
(810) Pépin, fils afné de Charlemagne, était mort avant lui, laissant un fils naturel, nommé Bernard ?. Lors même que celui-ci eft été Kgitime, le droit de représentation n’était nullement établi à cette époque; le préjugé général semblait au contraire le repousser. Bernard ne conserva donc que le royaume d'Italie, qui avait été twensmis à.son père, tandis que Louis, fils puiné de Charlemagne, béritait de l’empire (844). Mais peu de temps après (817), Bernard, ayant voulu.se révolter contre son oncle, fut condamné à perdre la vue, supplice cruel qui causa sa mort, et dont la barbarie s'accorde mieux avec les mœurs dominantes du temps, qu’avec le caractère de Louis, qui se reprocha amèrement cet acte de rigueur arraché à sa faïblesse.
Sous ce prince, auquel les Italiens donnent le surnom de Pieux, et les-Françeis colui de Débonnaires, l'édifice evlossal qu'avait élevé
+ La vie de Charlemagne, par Gaillard, sans être quasi intéressante qu'on eût pu la rendre, présente un tableau satisfaisant de ses actions et de son caractèse. Schmidt, Histoire des Allemands, t. II, me parait supérieur.
a Un.auteur contemporain, Thégan, ap. Muratori, A. D, 840, ue aaa Bab: nerd était né d’ane concubine. Je ne sais pourquoi les histoviens modernes dépaturent ce fait; .
3 Ces épithètes, comme l’observe un écrivain dsl: avaient la même sigai-
2k | L'EUROPE AU MOYEN AGE.
son père céchménces à laisser apesbovoir les symbhémais d'une tepid décadence. Je ne pense pas que Louis mérite tont le mépris duos à déversé sur bai; maisles historiens oat em gériéel plus d'induligesce pour les crimes brillsmts que pour des faiblesses de Ja viru. Louis ne rsanquait ni d'intelligence ni de conrage ; il eteit atcempli dons les exercices militaires et verié dans toutes les connaiisances. qu'une éducation excellente pour le temps pouvait procurer. Persoané n'eut jamais un plus vif désir de réformer les abus de |'admibistiation ; et quiconque cémpèrera ses Capitnlaires. à ceux de Charlemagne, verra qu'il était, comme législateur, supérieur à son.père môme, La fante était toute dens son cœur, et cette faute m'était qu'en ¢aractère trop dix , avee ume conscience trop séuère !. Ii n'eèt pes étonnant que l’erbpire ait 6té promptement dissous : une saendssidn d’hommes tels que Charles Martel, Pépin et Charlemagne, pousait seule maiatenir son unité ; mais ies malheurs de Louis ot de son peuple ne sont impalables qu'aux fautes de ce prince, que nous allons retracer.
. (817) Louis, peu de. temps après son ivévement, jagea convewalle d’associer son fils atné Lothaire à l'empire, et de conférer aux deux plus jeuries, Louis et Pépin , les provinces de Bavière et d’ Aquitaine, à titre de royaumes dépendants. Cette disposition était, en apperence , conforme à la politique de son père, qui avait agi de la mûrhe manière envers lui; mais de semblables mesures ne sturaient se soumestre à des régtes générales, ef elles cxipent une considération toute particulière des personnes êt des ciroomstances. Cependaat te principe qui détermina cette division était celui de Charlemagne ?, et le seul dont le maintien rigoureux pouvait donser
ficativn. Pius se prenait, même en bonne latinité, dans le sens de milis, qui revient à notre mot débonnatre. Synonymes de Roubaud, t.f, p. 287. :
« Schmidt, Hésloive des Ailemands, 1. li, a mdeux sania judice au cratère
de Louis que n'ont fait les autres historiens. Vaissete rend lémoignage de la bonté de son administration dans l’Aquitaine, qu’il gouvernait, du vivant de son père, à titre de: royagunie dépendent. Celle protince, qui s’élendait de la Loire jeequ’s l'Ébre, Sormait, comme J'on voit, un gouvernement considérahie, His. du Languedoc, t. I, p. #76. .
. 2 En 806, Charlemagne evait irsoé pour l'avenir ua plen-de parisge, dent jes dispesilioss sont à peu près les mêmes que celles de Louis: mais iz mont do see deux fils atnés, Charles et Pépin, en PAPA Este Balvus. Cepémieris, p. ath.
à Pempire de l’ensemble et de la stabilité. L’ainé des frères devait conserver la prééminence sur les autres, qui ne pouvaient faire ni guerre ni paix, ni même donner réponse à des ambassadeurs, sans son ‘consentement. La mort de l’un d'eux ne devait pas occasionner un nouveau partage: mais celui des enfants du défunt qui aurait été choisi par le suffrage du peuple, héritait seul de son royaume, sous la même dépendance du chef de la famille. Cet arrangement déplut, dès le principe, aux frères puinés, et un événement qui ne parait pas être entré dans les calculs de Louis, ne tarda pas à indisposer son collègue Lothaire. Judith de Bavière, seconde femme de l'empereur, princesse ambitieuse, lui donna us fils nommé Charles : il était naturel que les parents du jeune prince désirassent le mettre en possession des mémes avantages que ses frères; mais ce projet ne pouvait se réaliser qu'aux dépens de Lothaire, peu disposé à souffrir un nouveau démembrement de son empire pour cet enfant d’un second lit. Louis passa sa vie à lutter contre trois fils ingrats, qui insultaient, par des révoltes continuelles, à sa bonté paternelle.
Ces révoltes prenaient un caractère plus formidable par le concours d'une autre espèce d’ennemis que l'empereur avait encore eu l'imprudence d'irriter. Charlemagne avait pris un empire absolu sur le clergé. Son fils se montra, s’il est possible, encore plus vigilant à réprimer les désordres des ecclésiastiques et à réformer leurs règles de discipline ; mais il ne lui fut pas également facile d'obtenir d'eux cette soumission à laquelle le premier les avait forcés. Louis s’attira donc la haine d’une classe d'hommes qui joignaient à la turbulence de nobles belliqueux l’art d'employer ces armes dangereuses qui n’appartiennent qu’à leur ordre, et auxquelles l’aveugle dévotion du monarque ne donnait que trop de prise.
(840) Cependant, après de nombreuses vicissitudes de fortune, et des jours souillés d’ignominie, les vœux de Louis furent accomplis. Charles, surnommé le Chauve, son plus jeune fils, hérita à sa mort de la majeure partie de la France; la Germanie échut à Louis; et à Lothaire l’aîné, le titre d'empereur, avec le reste des Etats impériaux. Ce partage fut le résultat d’une lutte courte, mais sanglante, et porta un coup fatal à l'empire des Francs. Le traité fait à Mersen, en 847, anéantit la souveraineté qui, dans les partages précédents,
4 Balusti Capitularia, t. I, p. 575.
avait été attachée à l’ainé des frères et au titre impérial, et l'on y stipula, pour chacua des royaumes, une entière indépendance f. . Les partages suivants faits entre les enfants de ces frères se succédèrent trop rapidement pour qu’il soit possible de les rapporter ici, Après un laps d'environ quarante ans ( 881 ), l'empire fut à peu près réuni sous Charles-le-Gros, fils de Louis-le-Germanique : la déposition de ce prince mit fin à un règne obscur et éphémère. A partir de cette époque, la possession de l'Italie fut disputée entre les princes du pays. La Germanie tomba d’abord entre les mains d'un descendant illégitime de Charlemagne, et bientôt fut entièrement perdue pour sa famille. La Bourgogne, qui comprenait alors les provinces situées entre le Rhône et les Alpes, avec la Franche- Comté et une grande partie de la Suisse, forma, sous des usurpateurs, deux royaumes qui furent ensuite réunis 3. En France, fa dynastie carlovingienne se maintint encore pendant un siècle ; mais la suite de ses rois fut deux ou trois fois interrompue par l'élection ou les usarpations d’une famille puissante, les comtes de Paris et d'Orléans, qui finirent, comme avaient fait les maires du palais, par renverser. les fantômes de rois qu’ils avaient prétendu servir 3. Hugues Capet, représentant de cette maison, se plaça sur le trône à la mort de Louis V, et fut ainsi le fondateur d’une troisième race, dont le règne devait être plus durable que ne l’avait été celui des
« Balusii Capilularia, t. II, p. 42; Velly, t. IL p. 75. Les termes de ce traité peuvent étre équivuques; mais la conduite subséquente des frères et de leur famille justifie l'interprétation de Velly, que j'ai adoptée.
‘Ces royaumes prirent les noms de Provence et de Bourgogne transjurane : ce dernier était fort petit, ne comprenant qu'une partie de la Suisse ; mais Rodolphe IT, son second souverain, acquit par traité la presque totalité de l’autre, et les deux Etats réunis formérent le royaume d'Arles. Cette monarchie subsista depuis l’année 930 jusqu’en 1032, et à cette époque passa à l'empereur Conrad IL par le testament de Rodolphe III. Art de vérifier les Dates, t. II, p. 427-452.
3 La famille des Capets est généralement reconnue pour avoir la plus ancienne généalogie de toulcs les maisons souveraines de l'Europe. Sa succession bien éiablie, de mâle en male, remonte à Robert-le-Fort, fait gouverneur d'Anjou en 864, père d'Eudes, roi de France, et de Robert, qui fut élu par un parti en 922, mais qu'il n'est pas certain qu'on doive compter au nombre des rois, puisque Charles-le-Simple était encore reconnu dans quelques provinces. Ii est, de plus, très-probable que Rubert-le-Fort descendait, aussi par les mâles, de saint Ar-
noul, mort -en 640, et qu'il était par conséquent allié de près à la famille carloviagienne, qui faisait remonter son origine au même personnage. Voir Prewves de la Généalogie de Hugues Capet, dans l'Art de vérifier les Dates, t, L p. 566.
deux premières. Avant cette révolution, la postérité de Charlemagne était tombée dans la nullité, et ne conservait plus guère de la France que la ville de Laon. Le reste du royaume était devenu la proie des vasseux puissants qui, sous les vains dehors de la sebordtnation féodale, y maintenaient l'indépendance réelle et l'esprit turbulent de ce système.
A cette époque, la plus déplorable peut-être qui ait jamais affligé l'Europe, la misère publique fut portée à son comble : sous Charlemagne lui-même, des preuves multipliées nous attestent les souffrances du peuple. L’éclat qui l'entourait était l'éclat d’un feu qui dévore. Les propriétaires libres, qui ne s'étaient crus appelés qwa repousser les invasions de l'étranger, se virent harassés par des expéditions continuelles, traînés aux bords de la Baltique ou aux rives
de la Drave. Ses Capitulaires nous apprennent qu’il était commun de se faire ecclésiastique pour se soustraire au service militaire f. Mais la condition du peuple dut être bien plus déplorable sous la faiblesse des règnes suivants, où les ducset les comtes, n'étant plus contenus par l’administration vigoureuse de Charlemagne, purent s'ériger en petits tyrans dans leurs différentes provinces, dont ils devinrent alors presque souverains. Les petits propriétaires furent forcés de plier seus le joug ; et la violence ou l'espoir d’une protection plus efficace soumirent à la tenure féodale leurs patrimoines jadis indépendants.
Mais des maux encore plus terribles que ces abus politiques furent le partage des nations qui avaient été soumises à Charlemagne. Nous pourrions presque les considérer comme plongées dans un état de barbarie féroce, si elles n'avaient eu à lutter contre des hordes auprès desquelles ellËs doivent nous paraître humaines et policécs. Toutes les frontières de l'empire se trouvèrent attaquées
à Capitularia, À. D. 808. Le possesseur de trois manoirs en propriété allodiale, était teau de servir en personneou de fournir un remplaçant. Nigellus, auteur d'une Vie de Louis I en vers, paraît attribuer à Charlemagne lui-même quelquesunes des oppressions de son règne. Louis s’empressa de réparer les injustices com— mises sous son père. Recueil des Historiens, t. VI. N. B. C'est sous ce titre que je cite la grande collection des historiens, chartes et autres documents francais, destinée à jeter du jour sur le moyen âge, et généralement connue sous le nom du premier éditeur, le bénédictin Bouquet; mais plusieurs savants du même ordre ayant travaillé successivement à cet ouvrage, dont on n'a pas encore publié la moitié, nous avons cru devoir lui conserver son véritable titre.
en même temps. Les côtes d’Italte étaient continuellement inquéétées par les Sarrasins d'Afrique, qui s'emparèrent de la Sicile et de la Sardaigne, et se rendirent maîtres de la Méditerranée !. Quoique les possessions grecques du midi de l'Italie fussent surtout exposées à leurs incursions , ils insultèrent et ravagèrent deux fois le territoire de Rome (846-849); il n’y eut pas même de sûreté dans le voisinage des Alpes maritimes, où ils jeterent une colonie de pirates, au commencement du dixième siècle 2.
L’ Allemagne était assaillie par des ennemis bien plus formidables encore. Les Esclavons, peuple répanduans loin , et dont le langues’est conservée dansia moitié de l’Europe, avaient occupé le Bohème, la Pologne et la Pannonie 3, situées sur la limite orientale de l'empire, dont ils reconnaissaient la supériorité depuis le règne de Chariemagne. Mais à la fin du neuvième siècle, les Hongrois, horde tartare, inondant le pays qui depuis a porté leur nom, et s’avascant comme une vague immense, bouleversérent la face de l'Allemagne. lis étaient nombreux, féroces, indomptés. Couverts d'ans légère armure, montés sur de légers coursiers, ils mettaient leur confisace danseurs flèches, contre lesquelles les épées et les lances des armées européennes se trouvaient inutiles. Le souvenir d’Attila fut renouvelé dans les ravages de ces barbares, qui étaient peut-être ses compatriotes, et leur ressemblaient du moins par leurs traits comme par leurs mœurs. Toute l’Italie, toute l'Allemagne et le midi de la Frances farent affligés de ce fléau #, jusqu'à l'époque où Henril'Oi-
1 Ces Sarrasins d'Afrique dépendaient des Aglabiles, dynastie qui régna à Tunis pendant tout le neuvième siècle, après avoir secoué le joug des califes Abhassides. Ils furent eur-mémes renversés dans le siècle suivant par les Fatiniites La Sicile fut cnvahie dès l'an 827; mais Sywucuse ne fat soumise qu'en 878.
2 Muratori, Annali d'Italia, ad ann. 906, ct alibi. Cette colonie de Sarrasins de Frassineto, qu'on suppose être entre Nice et Monaco, ful extirpée, en 972, par un comte de Provence.
3 Je séns l'inconvénient d'employer ce mot, qui appartient à une géographie plus ancienne ; mais il m’évite une circonlocution trop longue. Le mot Autriebe ne présenterait qu'une idée imparfaile , et nous ne pouvons nemmer les États autrichiens sans un terrible anachronisme.
4 En 924, ils envahirent le Languedoe : Raymond-Pons, comte de Toulouse , jes Tia en pièces ; mais ils avaient auparavant commis de tels’ exeès, que les étéques de cette province affirment, dans une lettre écrite peu de temps après aw pape Jean X, que, sur up grand nombre d'ecclésiastiques de distinetion , fl enr restait à peine queïques uns. Hist. du Languedoc, t. I, p. 60. Us pénétrèrent en Guienne en 951. Flodoardi Chronicon, dans le Recueil des His-
selear et Othon-le-Grand, par des victoires réitérées , refaulèrent jes Hongrois dans leurs limites, où ils se formèrent bientôt aux arts de la paix, et adoptèrent la religion avec les usages politiques de la chrétienté.
Si quelque ennemi pouvait dtre plus terrible que ces Hongrois, c'étaient les pirates du nord, généralement connus sous le nom de Normands. L'amour d’une vie de brigandage avait, à ce qu’il paraît, attiré des aventuriers de différentes nations aux mers de la Scandinavie, d'où ils infestaient , non-seulement par leurs courses maritimes, mais par des descentes continuelles, les côtes septentrionales de la France et de l'Allemagne. Leur soudaine apparition est inexplicahle, ou du moins on ne peut en rechercher les causes que dans les anciennes traditions de la Scandinavie. Car les côtes de France et d'Angleterre n'étaient certainement pas plus à l'abri de leurs ravages sous les Mérovingiens et sous les rois de l’heptarchie que dans jes temps postérieurs : on n’en trouve cependant qu’un seul exemple avant Charlemagne, et cet exemple date de la première partie du sixième siècle 1. Ce fut en 787 que les Danois, ( c’est ainsi que nous pommons ces brigands du nord ) commencèrent à infester l’Angleterre, dont la proximité offrait l'accès le plus facile à leurs incursions. Ils ravagèrent bientôt après les côtes de France. Repoussés par les flottes de Charlemagne, ils pilkérent cependant quelques places pendant son règne. On rapporte qu’un jour, apercevant, de la Méditerranée quelques vaisseaux normands qui avaient pénétré jusque dans cette mer, ce monarque versa des larmes, dans la prévision des calamités qui allaient fondre sur son empire ?. Sous le règne de Louis, leurs déprédations sur le littoral furent bien plus fréquentes 3; mais ils ne pénétrérent dans l'intérieur du pays que sous Charles-le-Chauve. Les guerres de ce prince avec sa famille,
toriens, |. VAIL. lis inspiréreat une telle terreur en Italie , qu'on y composa une messe exprès pour détourner cette calamit¢: 4b Ungarorum nos defendas jaculis ! En 937, ils ravagérent le pays jusqu’à Bénéveot et Capoue. Muratori, Ann. @ Italia.
à Grég. Turon., 1.3,¢.35. .
2 Au neuvième siècle , les pirates normands ravagérent non-seulement les iles Baléares et les côtes de la Médilerranée qui nous avoisinent, mais la Grèce même. De Marca, Marca Hispanica, p. 327.
3 Niegellus, le poëte biograpbe de Louis, nous fail la description suivante des Normands :
guerres qui épuisérentla France deson plus noble sang, l‘ingabordination des gouverneurs de provinoes, les invitations même de quelques ennemis de Charles, aplanirent tous les chemins devant eux. Ïls adoptèrent, en France et en Angleterre, un système de guerre uniforme ; sur de légers bâtiments, ils remontaient à la voile les rivières navigables, et fortifiant les îles qu'ils rencontaient dans leur cours; ils en faisaient un asile pour leers femmes et leurs enfants, un lieu de dépôt pour leur butin, et de retraite contre une force majeure. Quand ils avaient piHé une ville, ils se retiraient-à l'abri de ces retranchements ou sur leurs vaisseaux. Ce ne fut qu’en 872 qu’its osèrent se maintenir dans Angers; mais is furent forcés dé l’évacuer. Seize ans après, ils mirent le siége devant Paris, et saccagèrent impitoyablement tous les environs. Leurs cœurs étaient inaccessibles aux terreurs de la religion ; et les riches monastères qui avaient contemplé dans une paix profonde toutes les horreurs des guerres chrétiennes, furent envéloppés dans cet ouragan : ils éprouvérent peut-être alors des pertes irréperables en littérature ancienne ; mais des monuments défigurés, les ossements des saints et deg rois dispersés, des trésors enlevés, forment l'unique thème des lamentations des moines. Saint-Denis paya six cent quetre-vingt-cinq livres d’or pour la rançon de son abbé. Vers le même temps, toutes les principales abbayes furent dépouillées, soit par l'ennemi, soit pour subvenir aux besoins publics. Le royaume fut tellement appauvri, qu’en 860 Charles-le-Chauve ent beaucoup de peine à rassembler trois mille livres d'argent pour soudoyer un corps de Normands contre leurs compatriotes. Les rois de France, trop faibles pour prévenir ou pour repousser ces brigands, eurent recours à un moyen forcé, celui d'acheter d'eux la paix, ou plutôt des armistices précaires, que la soif renaissante du pillage faisait bientôt oublier. Enfin, Charles-le-Simple leur abandonua, en 911, une vaste province qu'ils occupaient en partie, et qu'ils avaient en partie dévastée ; elle prit d'eux le nom de Normandie.
Noar quoque francisco dicuntur nomine manni, Veloces , agiles, armigerique nimis :
Ipse quidem populus laté pernotus habelur, Lintre dapes quærit, incolitatque mare.
Pulcher adest facie, vulluque statuque decorus. L. 4. : Il nous apprend ensuite qu'ils adoraient Neptune. Fut-il induit en erreur par une ressemblance de noms ou d’attributs ?
L'événement prouva que.tette démarche, toute déshanerante qu'elle paisse paraître, n’était pas impolitique. Rollon, chef des Normands, et tous ses sujets, devinrent chrétiens et Français; et le royaume se trouva à la fois délivré d’un ennemi terrible, et fortifié bey une race de braves colons }.
(987) L’avénement de Hugues Capet n’eut pas pour effet immediat de rétablir l’autorité royale en France. Son vaste fief fut, à la vérité, réuni à la couronne ; mais un petit nombre de grands vassaux étaient en possession du reste du royaume. Par la suite, six d'entre eux obtinrent exclusivement lé titre de pairs de France: le comte de Flandres, dont le fief s’étendait de l’Escaut à la Somme ; le comte de Champagne; le duc de Normandie, à qui la Bretagne faisait bommage ; le duc de Bourgogne, dont le comte de Nivernois parait avoir: relevé ; le duc d'Aquitaine, dont le territoire, moins étendu que l'ancien royaume du même nom, comprenait toutefois le Poitou, le Limousin, et la majeure partie de la Guienne, avec upe sapériorité féodale sur l’Angoumois et quelques autres parties du centre; et enfin le comte de Toulouse, qui possédait le Languedor, avec les petits pays du Quercy et du Rouergue, et la supériorité sur l'Auvergne 2. Indépendamment de ces six grands vassaux, le duc de Gascogne, province bientôt après réunie à l’Aquitaine ; les comtes d'Anjou, de Ponthien et de Vermandois; le vicomte de Bourges, les seigneurs de Bourbon et de Coucy, avec un ou deux autres, relevaient immédiatement des derniers rois carlovingiens $. Telle était l'aristocratie dont Hugues Capet usurpa la suzeraineté ; car son titre ne reçut la sanction d'aucune assemblée générale. A la mort de Louis V, il profita de l'absence de Charles, duc de Lor-
1 On peut avoir une etcellente description des courses des Normands, et de la stuation politique de la France à cette époque, dans deux Mémoires de Booamy , Hém. del Académie des Inscriptions, t. XV et XVII. C'est lui que j'ai principalement suivi dans mon texte. .
2 L’Auvergne changea deux fois de seigneur sazerain; elle avait été dépendante du duc d'Aquitaine jusque vers le milieu du dixième siècle : alors les comtes de Toulouse s'en emparérent ; mais au commencement du douzième siècle, les comtes d'Auvergne firent encore hommage à la Guienne. Il est très-difficile de suivre l'histoire de ces fiefs.
3 Cette relevance immédiate des vassaux à une époque aussi reculée, est un grand point de controverse. Je me suis conformé à l'autorité des laborieux Bénédictins, éditeurs de l'Art de vérifier les Dates.
raine, qui, en qualité d’oncle du feu roi, était le plus proche béritier de la couronne, et se fit sacrer à Reims. I] ne fut d'abord nullement reconnu dans le royaume; mais, ayant abtenu l'avantage sur Charles, les principaux vassaux finirent par donner une sorte d'adhésion tacite à son usurpation, et laissérent le titre royal descendre tranquillement à sa postérité 1.
Mais c'était presque le seul attribut de souveraineté que possédassent les” premiers rois de la troisième race. Pendant un temps considérable avant et depuis l'avénement de cette dynastie, la France n’a pas, à proprement parler, d'histoire nationale. Le caractère ou la fortune de ceux qu'on appelait ses rois n’intéressait guère plusla majorité de la nation que la fortune ou le caractère des princes étrangers. Le degré d'influence qu'ils exerçaient sur les vassaux de la couronne variait sans doute selon la force et la proximité de chacun d’eux. Les quatre premiers Capets eurent très-peu d’autorité sur la Guienne et Toulouse ; ils ne paraissent en avoir reçu aucun secours dans les guerres civiles ou nationales 2. Ils se trou-
« Non-seulement les habitants du midi de la France ne prirent aucune part à l'élévation de Hugues, mais ils refuserent longtemps de lui obéir , ou plutôt de reconnaître son titre; car il n’y avait pas d'obéissance à attendre d'eux. Les chartes, au lieu de porter le nom du roi, étaient alnsi conçues : Deo regnante , rege expeclante, ou absente rege lerreno. Hugues força la Guienne à se soumettre vers l’an 990; mais le Limousin continua à reconnaître les fils de Charles de Lorraine jusqu'en 1009. D. Vaissele, Histoire du Languedoc, t. II, p. 120- 150. Toulouse avait déjà refusé de reconnaître Eudes et Raeul, deux rois de France qui n'étaient pas de Ja race carlovingienne; elle avait même hésité à re gard de Louis IV et de Lothaire , qui avaient un droit héréditaire. Idem.
Ces preuves de l’usurpation de Hugues Capet ne me paraissent pas détruites par une dissertation publiée dans le cinquantième volume des Hém. de 0 Académie des Inscriplions, p. 553. On ne peut sans doute nier que les provinces septentrionales de la France aient acquiescé à son usurpation du titre royal, si elles n’y donnèrent pas leur consentement formel.
2 Je n'ai trouvé aucune autorité pour supposer que les provinces au midi de la Loire aient contribué à assister le roi en temps de guerre, à moins qu’on ne considère le passage suivant de Guillaume de Poitou comme un récit véritable, et non comme une figure de rhétorique. Il nous dit que Henri I= assembla une nombreuse armée pour marcher contre le duc de Normandie : Burgundiam, Arverniam, atque Vasconiam properare videres horribiles ferro; immd vires tanti regni quantam in climala qualunr mundi patent cunctas. Recueil des Historiens, t. XI, p. 83. Mais nous avons les rôles de l'armée que Louis VI fit marcher contre l'empereur Henri V, dans une guerre nationale. A. D. 1190. Elle se composait entièrement de troupes de la Champagne, de l’Isie-de-France, de l’Or- Jléapais et d'autres provinces au nord de la Loire. Velly, t. III, p. 62. C'était ce-
vaieat souvent engagés dans des traités d’alliauce ou des actes d’hostilité avec les provinces plus rapprochées de leurs propres de-
meings, comme ia Normandie et la Flandre; mais ces éraités-et ces ‘
guerres sernblaient plutôt inspirés par la politique d’ Etats indépeudents que surgir des rapports qui peuvent exister entre un monarque et ses sujets.
En rappelant que les fiefs de Paris et d'Orléans furent réunis à la couroane par Hugues Capet, nous n'avons guère entendu par là que l'acquisition d'une supériorité féodale sur les vassaux de ces provinces. Le royaume des descendants de Charlemagne était divisé en grands fiefs, et chacun de ces fiefs contenait un grand nombre de barons qui possédaient des priviléges exclusifs dans l'étendue de leur territoire, faisaient la guerre selon leur bon plaisir, admiaistraient la justice à leurs tenants mäitaires et autres sujets, et ne cunsissaient d'autre loi que les conditions du pacte féodal 1. A j'avénement de Louis VI, en 1108, les villes de Paris, d’Oriéeus. et de Bourges, avec le territoire immédiatement adjacent, ceustituaisnt la majeure partie da domaine royal. Une multitude de petits barons, fortifiés dans leurs chAteaux, interceptaient les communications de ces villes, et venaient défier le roi presque aux portes de sa capitale. Louis eut beaucoup de peine à soumettre les seigneurs de Montlhéri, et de divers autres endroits dans un rayon de quelques lieues de Paris. Ce prince, cependant, plus actif que ses prédécesseurs, contribua puissamment à relever l'autorité royale. C'est à son règne que l’on peut fixer l’origine de la rivalité systématique de la France et de l'Angleterre. On avait vu des hostilités entre Philippe I* et les deux Guillaume; maisles guerres qui commencérent sous Louis VI durèrent pendant trois siècles et demi presque sens interruption, et forment le trait le plus saillant de l’histoire de
pendant une espèce de convocation du ban. Rex ut eum lola Francia sequalur , invilat. Sous le règne même de Philippe-Auguste, dans une lisle des chevaliers bannerets de France, où sont énumérés ceux de Bretagne, de Flandre, de Cham pagne, de Bourgogne, indépendamment de ceux des domaines royaux, il n'est point fait mention des provinces au delà de la Loire. Duchesne, Script, rerum Gallicarum, t. V, p. 262.
à Dans le chapitre suivant, je développerai beaucoup plus au long la situation de la monarchje francaise sous le régime féodal. Il y aurait de la confusion à entamer ici une dissertation qui appartient pluldl à L'histoire des lois qu'à celle des
événements.
France pendant le moyen âge 1. De tousles vasseux de la couronne, les ducs de Normandie étaient les plus fers et les plus puissants. Malgré l'homtiiage auquel ils s'étaient soumis, ils ne pouvaient oublier qu’its devaient leur titre à lear épée, et que leur force réelle égalait au moins celle de leur souverain. La conquête de l’Angleterre ne tendait point à diminuer leurs prétentions 2.
Louis Vil monta sur le trône avec une perspective plus brillante que son père (1137). Hl avait épousé Etéonore, héritière du grandduché de Guienne. Mais cette union, qui promettait d'accroître immensément les forces de sa couronne, fut troublée par la légèreté de cette princesse. Répudiée par Louis, qui dans cette circonstance agit plutôt en époux qu'en roi, Eléonore s'unit aussitôt à Henri II d'Angleterre : ce prince héritant déjà de la Normandie du chef de sa rhère, et de l’Anjou par son père, se trouva alors en possession de plus de la moitié de la France, et devint un rival trop puissant pour Louis, lors même que les grands vassaux de la couroane eussent été toujours prêts à en soutenir la saprématie. Il est permis de roajecturer que le cours des événements eût pu transférer le sceptre de France des mains des Capets à celles des Plantagenets , si une querelle importune avec Becket, et plus tard les révoltes successives fomentées par Louis, n’eussent entravé les grands talents et l’ambition de Henri.
Mais la scène chaftgea quand Philippe-Auguste, fils de Louis VII, parut sur le théâtre (1180). Aucun prince qui lui fat comparable par son génie militaire et la tactique savante de son ambition, n’avait régné en France depuis Charlemagne. C’est sous lui qae la monarchie française recouvra sa splendeur. Il arracha au comte de Flandre e Vermandois ( cette partie de la Picardie qui borde I’ Ile-de-France et la Champagne) 3, et ensuite le comté d’Artois. Mais les con-
1 Velly, t. IIT, p. 40.
a Les historiens normands prétendent que leurs ducs n'étaient tenus à aucun service envers le roi de France, mais seulement à l'hommage simple, qu'on appelait per paragium. Recueil des Hisloriens, t. XI, préf. p. 161. Ils se conduisirent certainement d'après ce principe, et les circonstances de leur entrée dans le pays ne s'eccordent guère avec les idées de dépendance.
3 Les premiers comtes de Vermandois descendaient de Bernard, roi d'Italie, petit-fils de Charlemagne; mais la donation d'Isabelle, dernière comtesse, décédée en 1183, fit passer le fief, après sa mort, au comle de Flandre, son époux. Saint- Quentin et Péronne sont les principales villes du Vermandois. Art de vérifier les Dates, t. II, p. 700. |
FRANCE. | 35 quêtes les plus importantes de Philippe furent :faites sur les rpis d' Angleterre. Richard I*' lui-même, malgré toute sa valeur, fut contraint de reculer devant un rival aussi actif et plus adroit: que lui (1203). Mais lorsque Jean-sans-Terre , non content de s'être -emparé des Etats de son frère, eut, suivant l'opinion la plus probable, scellé son usurpation par le meurtre de l’héritier légitime, Philippe, profitant habilement de l’indignation générale, cita son vassal à comparaître devant la cour de ses pairs. Jean demanda un saufconduit. Volontiers, dit Philippe; +l peut venir en aûreté. — Et retourner ? reprit l’envoyé anglais. — Si la sentence de ses pairs le permet, répliqua le roi; et pressé de donner une réponse plus positive: Par tous les seints de France! s'écria-t-il, il ne s’en retournera pas, s'il n’est acquié. L'évèque d’Ely représenta encore. que le duc de Normandie ne pouvait venir sans le roi d’Angieterre, et que les barons de ce royaume ne pouvaient permettre à leur souverain de s’exposer à la captivité ou à la mort. Eh! qu'importe ? s’écria Philippe ; on sait bien que le duc de Normandie, mon vassal, s'est emparé de UV Angleterre par violence. Mais, parce qu'un sujet s'est agrandi, son seigneur suzerain doit-il perdre ses droits 1 ?
On peut mettre en doute si le roi de France, en citant jé à sa cour, ne dépassa pas les bornes reconnues de sa souvergineté féodale. Arthur n’était certainement pas vassal immédiat de la couronne pour la province de Bretagne; et quoiqu'il eût fait hommage à Philippe pour l’Anjou et le Maine, un traité postérieur avait annulé son investiture et confirmé son oncle dans la possession de ces États 2. Mais la vigueur de Philippe et la bassesse de son adversaire jetèrent un voile sur tout ce qu’une pareille procédure pouvait avoir de nouveau ou d'irrégulier. Jean n’ayant pas comparu à la sommation qui lui en avait été faite, fut déclaré coupable de félonie , et ses fiefs confisqués. L’exécution de cette sentence ne fut pas. confiée à un bras inactif. Philippe inonda la Normandie de ses troupes, et prit ville sur ville, tandis que le roi d'Angleterre, aveuglé par son crime et sa lâcheté, faisait à peine quelques efforts pour sa défense. Dans le cours de deux ans la Normandie, le Maine et l’Anjou furent perdus sans ressource. Le Poitou et la Guienne
4 Mat. Paris, p. 238, édit. 1684.
s L’illégalité de cette procédure est clairement démontrée par ua Obeerrations sur l'histoire de France, 1. 3, c. 6.
firent plus de résistance : la conquête du Poitou était- réservée à Louis VIII, successeur de Philippe, et la soumission de la Guienne semblait inévitable, lorsque les armes de Louis furent SL à d’autres exploits non moins importants.
Le Languedoc, soumis aux comtes de Toulouse, avait eu bien
moins de relations qu’awcune autre partie de la France avec les rois de la dynastie capétienne. Louis VII ayant marié sa fille au comte régnant, et voyagé lui-même dans le pays, commença à y exercer quelque autorité, surtout en confirmant les droits des corps ecclésiastiques, qui furent peut-être flattés de cette nouvelle sanction des priviléges dont ils étaient déjà en possession 1. Mais l'éloignement du pays, la différence du langage et des lois et coutumes, élevaient encore une barrière entre les peuples de cette province et ceux du nord de la France.
Vers le milieu du douzième siècle, certaines opinions religieuses qu’il n’est ni facile ni important à notre sujet actuel de définir, mais qui en tout cas étaient extrêmement opposées aux dogmes de l’Église 2, commencèrent à se répandre dans le Languedoc. On a donné à ceux qui adoptèrent ces opinions le nom d’Albigeois, bien qu’ils n’habitassent pas exclusivement le territoire d’Albi. Le zèle des prédicateurs et la terreur de quelques persécutions n'ayant pu arrêter le progrès de ces erreurs, Innocent III envoya, en 1198, des commissaires avec plein pouvoir d'examiner et de punir : ce fut 1a le germe de l'inquisition. Raymond VI, comte de Toulouse, soit qu’il edt du penchant pour les opinions nouvelles, comme on lui en faisait le reproche, soit, comme il est plus probable, qu'il
¢ Suivant les historiens bénédictins, D. Vic ef D. Vaissete, il ne reste de traces d'aucun acte de souveraineté exercée en Languedoc par les rois de France, depuis l'an 958, où Lothaire confirma une charte de son prédécesseur Raoul en faveur de l'évêque du Puy, jusqu’au règne de Louis VIT. Hist. du Languedoc, 1. 11, p. 88. Ils ont cependant publié un acte de Louis VI en faveur de la même égiise, qui confirme les dispositions des princes antérieurs. Appendiz, p. 473. On ne voit ni le comLe de Toulouse, ni même aucun seigneur de la province, à une grande assemblée nationale qui eut lieu à l'occasion du couronnement de Philippe I+. Idem, p. 200. Je ne me rappelle pas d'avoir jamais vu le nom du comte de Toulouse figurer parmi les témoins signataires des charles des premiers rois capétiens, qui se trouvent en assez grand nombre dans le Recueil des Hisloriens ; on y rencontre cependant quelquefois celui du duc de Guienne.
2 Pour les dogmes réels des schismatiques du Languedoc, je renvoie le lecteur au dernier chapitre de cet ouvrage, où je reprendrai ce sujet.
fat irrité par la conduite insolemte du pape et de ses envoyés, parut favoriser les novateurs, et attira sur sa tête les foudres de l’eycommusication. Bientôt absous, il n'en resta pas moins suspect: et l'assassinat d’un des inquisiteurs, crime auquel il n'avait nullement participé, feurnit à Innocent le prétexte de publier une croisade contre le comte et ses sujets, et d'inviter le roi de France et la noblesse du royaume à prendre la croix, en leur promettant toutes ces indulgences qui ont de tout temps joué un rôle acjif dans les guerres religieuses. Philippe resta neutre ; mais un nombre prodigieux de chevaliers s’engagérent dans cette expédition conduite par des prêtres et par quelques-uns des premiers barons de France. Cette guerre fut signalée par toutes les atrocités que pouvait inspirer la superstition, mère des crimes. Le Languedoc, pays florissant et civilisé pour cette époque, fut ravagé; ses villes furent brdlées, ses habitants exterminés par le fer et la flamme : et toutes ces horreurs, pour punir un fanatisme mille fois moins coupable que celai de ces dévastateurs, et des erreurs qu’on n’a jamais pu accuser d’avoir violé les lois de l’humanité, ou troublé la paix de la société 1.
Les croisés étaient commandés par Simon de Montfort. Semblable à Cromwell, son intrépidité, son hypocrisie et son ambition l'avaient marqué pour être le héros d’une guerre religieuse. L'énergie d’un tel homme, à la tête d’une armée de guerriers enthousiastes, suffit pour expliquer des succès qui parurent alors tenir du prodige. Montfort périt avant d’avoir pu réaliser le projet qu'il avait conçu de se rendre maître d’une principauté indépendonte, et Raymond put léguer à son fils l'héritage de ses pères (1222). Mais Rome n’était pas apaisée : elle saisit quelque nouveau prétexte pour susciter au jeune Raymond un ennemi encore plus formidable. Louis VIII suspendit la conquête de la Guienne pour prendre ia croix contre le prétendu patron de l’hérésie. A près une courte guerre, dans laquelle le succès couronna ses armes, Louis, enlevé par une mort prématurée, laissa le trône à un fils Agé seulement de doure
a La guerre des Albigeois commenya par le sac de Béziers, et un massacre dans lequel quinze mille individus, ou, suivant quelques historiens, soixante mille, furent égorgés. Des témoins oculaires nous assurent que pas une âme n'échappa. C’est là qu'un moine de Citeaux, qui conduisait Jes croisés à l'assaut, et à qui on demandait comment on pourrait distinguer les catholiques des héréliques, répondit : Tuez tout! Dieu connatira les siens. Voir D. Vaissele, et aussi Sismondi, Liltéralure du Midi, t. 1, p. 201.
ans. Le comte de Toulouse, toujours poursuivi, et redouteut l'issue d’ane lutte aussi inégale, se soumit aux conditions d’un traëté rigoureux (1229) : il abandonna la plus grande partie du Languedoc, et donna sa fille en mariage à Alphonse, frère de Louis IX, en assurant aux époux, et au roi, dans le cas où ils mourraient sans postérité, la survivance à perpétuité du reste de ses États, à l'exclusion de tous autres enfants qu’il pourrait avoir. Ainsi tomba l’ancienne maison de Toulouse, par une de ces étranges combinaisons de la fortune qui traversent le cours des prospérités humaines, et déjouent les plans d’une sage politique et d’un gouvernement bienfaisant 1. |
(1226) Les rapides progrès de la puissance royale sous Philippe- Auguste et son fils avaient à peine laissé le temps aux grands vassaux de réfléchir sur les changements qui s’opéraient dans leur condition. Naguère quelques-uns d'entre eux auraient pu seuls mesurer leurs forces avec celles de la couronne; elle était maintenant un contre-poids pour leur masse réunie. Il était d’ailleurs difficile qu’une pareille coalition se format entre des hommes souvent bornés dans leurs vues politiques, et divisés par des intérêts différents et des animosités personnelles. Ils ne furent cependant pas insensibles au péril de leurs libertés féodales; et la minorité de Louis IX, qui n’avait pour guide et pour appui que la régente Blanche de Castille, sa mère, semblait leur offrir une occasion favorable pour reprendre leur ancienne attitude. Quelques-uns des principaux barons, les comtes de Bretagne, de Champagne et de la Marche, avaient, sous le règne de Louis VIII, manifesté de la répugnance à pousser trop loin le comte de Toulouse, et peut-être même entretenu avec lui des intelligences secrètes. Cette fois, ils levèrent l’étendard de la révolte: mais l'adresse de Blanche en détacha quelques-uns de la ligue, et sa fermeté fit rentrer le reste dans l'obéissance. Pendant les quinze premières années du règne de Louis, la lutte se renouvela souvent ; et il fallut des humiliations réitérées pour apprendre aux rebelles que le trône était désormais affermi sur sa base. Un prince aussi faible que l'était Henri III ne
1 La meilleure relation de cette croisade contre les Albigeois se trouve dans le troisième volume de l'Histoire du Languedoc, par D. Vaissete. L'esprit de doucœur et de véracité du Bénédictin conlrebalance assez bien les préjugés orthodoxes. Velly, Hist. de France, t. IL donne un précis de celte relation.
FRANCE. | 39 peuvait leur procurer les secours dé l’ Angleterre, qui, seus le règne de son aïeul ou de son fils, eussent sans doute prolongé ces guerres oiviles.
Mais Louis IX avait, pour conserver sa supériorité, des moyens bien différents de la force des armes. De tous ceux qui ont jamais porté le sceptre dans aucun pays, cet excellent prince fut peut-être le plus parfait modèle d’une probité irréprochable et d’une pureté de conscience vraiment chrétienne. Le règne de saint Louis offre un charme tout particulier, en ce qu’il montre les avantages inestimables qu’un roi vertueux peut procurer à son peuple, sans avoir besoin d’un génie extraordinaire. Pendant près d’un demi-siècle qu'il gouverna la France, on ne trouve pas dans sa conduite le moindre oubli des principes de la modération et du désintéressement ; et cependant il étendit l'influence de la couronne bién plus loin que n’avait fait le plus ambitieux de ses prédécesseurs. Au grand étonnement de ses contemporains et de la postérité, il rendit une grande partie de ses conquêtes à Henri III, qu'il pouvait naturellement espérer chasser de France (1259). Il edt été difficile, il est vrai, de soumettre la Guienne, hérissée de places fortes; et la conquête de cette province eût pu jeter l'alarme parmi les autres vassaux de la couronne. Mais il n'appartient qu'aux âmes vertueuses de discerner la sagesse qui réside dans les conseils modérés. Quel souverain égoiste et ambitieux a jamais eu le bon esprit de savoir renoncer aux appas du pouvoir immédiat ? Dans la position où se trouvait la monarchie française, un roi vulgaire eût fomenté avec art, ou du moins vu avec plaisir les dissensions qui s’élevaient entre les principaux vassaux ; Louis se fit constamment un devoir de les réconcilier, et en cela sa bienveillance eut encore tous les effets d’une politique profonde. Ses trois derniers prédécesseurs avaient pris l’habitude de se constituer comme médiateurs en faveur des classes moins puissantes, le clergé, la petite noblesse et les habitants des villes privilégiées. Ainsi on se familiarisa avec l’idée de la suprématie de la couronne; mais l'intégrité parfaite de Louis IX dissipa tous les soupçons, et accoutuma les feudataires, même les plus jaloux, à le regarder comme leur juge et leur législateur ; et comme l’autorité royale n'avait été jusque-là déployée que dans ses plus douces prérogatives, la dispensation des grâces et la réparation des torts, il y eut peu d'observateurs assez attentifs pour remer-
quer dans la constitution française le passage d’une ligue féodnie à une monarchie absolue.
Ce fut peut-être une circonstance heureuse pour le développement des vertus de Louis IX, que le trône eût été déjà corisolidé par leseffortsmoins scrupuleux de Philippe-Auguste et de Louis VIIT. Un siècle plus tôt, son caractère doux et modéré, n'étant pas soutenu par un grand pouvoir réel, n’eût peut-être pas assez commandé le respect : mais la couronne était devenue si formidable, et Louis s'était distingué tellement par sa bravoure et sa fermeté, qualités sans lesquelles toutes les autres vertus eussent été inutiles, que personne ne conçut l’idée téméraire d’une révolte sous un gouvernement dont la justice n’en offrait aucun prétexte. Aussi la dernière partie de son règne fut-elle parfaitement calme : il l’employa à veiller au maintien de la tranquillité publique et à la sûreté des voyageurs; à administrer la justice en personne, ou par l'organe des metlleurs conseillers, et à rédiger ce code de coutumes féodales qu'on appelle les Établissements de saint Louis, le premier monument de législation depuis l’avénement de Hugues Capet. Non content que la justice eût présidé à toutes ses actions, Louis voulut encore pratiquer cet acte de vertu, si rare parmi les particuliers, peut-être sans exemple alors parmi les rois, la restitution. On nomma des commissaires pour rechercher les biens qui avaient été injustement réunis aux domaines de la couronne sous les deux derniers règnes. His furent restitués à ceux qui farent reconnus y avoir droit, et on distribaa aux pauvres la valeur de ceux de ces biens dont on ne put découvrir les propriétaires légitimes ‘.
Nous avons déjà donné à entendre que ces belles qualités qui distinguaient le cœur de Louis IX, n'étaient pas soutenues par cette force d'intelligence indispensable pour former un souverain accompli. Pendant sa minorité, Blanche de Castille, sa mère, avait rempli les devoirs de la régence avec courage et fermeté ; mais, lorsqu'il fut parvena à un Age plus avancé, l'influence de cette princesse paraît avoir dépassé les limites que la reconnaissance et la piété fi-
1 Velly, t. V, p. 480. Cet historien a consacré, avec beaucoup de raison, un vo- Jume presque entier à faire connaître l'administration de saint Louis: c'est ua des morceaux les plus précieux de son ouvrage. Joinville était ua témoin oculaire : on ne peut le lire sans être forcé de le croire. Collestion des Mémoires relatifs à l'histoire de France, t. Il, p. 140-156.
FRANCE. : 4i
liale auraient da lui assigner, et son caractère fier et hautain exposa le roi à quelques mépris. Il se laissa même priver de la société de son épouse Marguerite, fille de Raymond, comte de Provence, princesse distinguée par sa vertu et sa tendresse conjugale. Joinville rapporte, à ce sujet, une anecdote singulière, qui caractérise bien la conduite despotique de Blanche, et qui fait assez peu d’honneur à Louis 1. | Mais la plus grande faiblesse de ce prince, faiblesse qui effaçait presque tous les heureux effets de ses vertus, c’était la superstition: Nous sommes loin de vouloir lui reprocher ici ces pratiques d’abstinence et de mortification qui faisaient partie de la religion de son siècle, et qui n'étaient nuisibles qu’à sa santé : il eut d'autres préjugés qu'on peut pardonner, mais jamais défendre. Personne ne fut jamais plus profondément pénétré que Louis IX de la nécessité d’exterminer tous les ennemis de sa foi. Il pensait que le devoir de tout laïque, au lieu de s'engager avec eux dans des raisonnements dangereux, était de répondre de son épée aussi vigoureusement qu’un bras robuste et un zèle ardent pouvaient faire valoir cet argument ?. Quoique la persécution des Albigeois, qui avait déshonoré
+ Nous croyons faire plaisir au lecteur en donnant cette petite scène de famille lelle qu'elle est rapportée dans le second volume de la Collection des Mémoires, p. 244 : « Et quant le roy chevauchoit aucune fois par son royaume, et qu’il avoit Ja royne Blanche sa mère, et la royne Marguerite sa femme, communement la reyne Blanche les faisoit séparer l’un de l'autre , et n’estoient jamais logez ensemblement. Et advint un jour qu’eus estans à Pontoise, le roy estoit logé audessus du logis de la royne sa femme, et avoit instruit ses huissiers de sale, en telle façon que quant fl vouloit aller coucher avec la royne, et que la royne { Blauche) vouleit venir ea la chambre du roy ou de la royne, ils battoient les chiens afin de les fairg crier : et quant le roy l'entendoit, il se mussoit de sa mère. Si trouva celuy jour la royne Blanche ea la chambre de la royne, le roy son mary, qui l'estoit vente voir, pour ce qu'elle estoit en grant péril de mort, à cause qu'elle s'estoit blessée d’un enfant qu'elle avait eu, et le trouva caché derrière la royne, de peur qu'elle ne le vit; mais la royne Blanche sa mère, l'apperçut bien, et le vint prendre par la main, lui disant : Venez-vous-en, car vous ne failes rien icy, et le sortit hors de la chambre. Quant la royne vit que la royne Blanche séparoil son mary de sa compagnie, elle s’escria à haute voix : Hélas! ne me laisserez-vous voir mon seigneur nien la vie, nia la mort! et ce disant, elle se pâma, et cuidoit-on qu'elle fut morte, et le roy qui aiasy le eroioit. y retourna la voir subitement, et la fit revenir de pAmeson. » N. du Tr.
a Aussi vous dy-je, me fist le rot, que nul, si n'est grant clerc el théologien parfail, ne doit disputer aux juifz; mais doi l'omme lay, quand il ott mesdire de la foy chrestienne, desfendre la chose, non pas seulement des parolles, mats
le règne passager de son père, fût, heureusement pour lui, terminée avant qu'il eût atteint l’âge viril, il souffrit qu’un moine hypocrite établit dans Paris un tribunal pour l’extirpation de l’hérésie, et qu'un grand nombre d’inffocents y fussent condamnés à mort. Les événements les plus mémorables du règne de Louis furent ses deux croisades. Hi est nécessaire de nous reporter à une époque plus reculée pour examiner la nature et les circonstances du phénomène le plus extraordinaire de l’histoire de l’Europe. Les croisades mirent en mouvement toutes les nations occidentales du continent européen, sansappartenir à aucune d'elles en particulier; cependant, comme la France se distingua des autres dans la plupart de ces expéditions, j’en ferai le sujet d'une espèce d’épisode de son histoire. Avant même que la Palestine eût été profanée par les armes des Sarrasins, les chrétiens d'Europe étaient dans l'habitude de visiter une contrée sur laquelle la religion répandait tant d’intérèt : les uns, excités par le charme qu'ils trouvaient dans les idées que faisait naitre la vue de ces lieux ; les autres, pour satisfaire aux préjugés ou aux ordres de la superstition. Ces pèlerinages se multiplièrent avec le temps, malgré les périls et les fatigues du voyage, peut-être même par suite de ces obstacles. Les mahométans, maitres de Jérusalem, tolérèrent pendant quelque temps, encouragèrent même une dévotion qui leur était lucrative; maisle privilége était suspenda toutes les fois que leur rapacité cédait au mépris féroce dans lequel ils confondaient tous ceux qui ne partageaient pas leur croyance. Pendant le onzième siècle, au moment où un redoublement de superstition et des circonstances particulières avaient plus que jamais grossi la foule des pèlerins, une révolation s’opéra dans le gouvernement de la Palestine; elle fut envahie par les hordes turques descendues du nord. Ces barbares traitèrent d’une manière encore plus insultante les étrangers qui visitaient Jérusalem : ils unissaient au fanatisme mahométan la conscience de leur force et de leur cou-
d bonne espée tranchant, et en frapper les mesdisans et mescréans à travers le corps, tant qu'elle y pourra entrer. Joinville, dans la Collection des Mémoires, t. L, p. 25. Ce passage, qui indique passablement de superstition, n'avait pas besoin d'être encore amplifié par Mosheim, t. ILE, p. 273 (édit. 4803). Je ferai observer, en passant, que eet écrivain, qui ne voit dans Louis IX que l'intelérance, n'aurait pas dû l’accuser d'avoir rendu ua édit en faveur de l'inquisition en 1228, puisqu’à cetle époque il n'avait pas encore pris les rênes du gouvernement.
rage, et le mépris des chrétiens, qu'ils ne connaissaient que par les natifs dégénérés de la Grèce et de la Syrie, ou par ces pèlerins humbles et sans défense. Quand la connaissance de ces outrages se fut répandue dans l’Europe, elle y excita un sentiment profond d’indignation parmi des peuples dont le courage égalait la piété. Cette indignation n'avait pas encore de moyens bien déterminés pour se satisfaire ; mais elle attendait la première occasion favorable que le hasard ferait naître.
Vingt ans avant la première croisade, Grégoire VII avait conçu le projet d’armer l’Europe en masse contre l’Asie ; projet digne de son génie hardi, et qui ne fut peut-être jamais perdu de vue par Urbain II qui aimait à imiter en tout son illustre prédécesseur 1. Ce dessein de Grégoire avait été formé par suite des prières de l'empereur grec Michel : elles furent renouvelées par Alexis Comrène auprès d’Urbain avec une importunité encore plus pressante. Les Turcs avaient pris Nicée, et menaçaient, du rivage opposé, les remparts de Constantinople. On sait d’où partit la première étincelle de ce feu qui embrasa bientôt toute l'Europe. Inspiré par les maux dont il avait été le témoin, et par les visions d’une imagination exaltée, l’ermite de Picardie voyagea de pays en pays, prêchant la guerre sainte. Le zèle apostolique de Pierre fut puissamment secondé par Urbain (1095). Dans les conciles de Plaisance et de Clermont, la délivrance de Jérusalem fut proposée avec éloquence, et entreprise avec enthousiasme. Dieu le veut! fut le cri tumultueux qui partit de tous les cœurs et de toutes les bouches, et ces mots donnent à la fois l’explication la plus naturelle et la plus certaine de la principale cause des croisades. Des écrivains modernes, incapables de sympathiser avec l’aveugle ferveur de ce zèle, ou bien empressés d'en attribuer les effets à une cause plus analogue à l'esprit de leur siècle, ont cherché des motifs politiques à un éyénement qui ne fut que le résultat des idées dominantes. On n'en trouvera, je crois, aucun indice dans les historiens du temps. Sauver l'empire grec d’un péril imminent, et par la mettre
+ Grégoire adressa, en 1074, une espèce de circulaire à tous ceux qui voudraient défendre la religion chrétienne, leur représentant la nécessité de prendre les armes contre les Sarrasins, qui avaient pénétré presque jusqu'aux portes de Constantineple. Ll n'y est pas question de la Palestine. Labbé, Concilia, t. X, p. 44; Saint-Marc, Abrégé chronologique de l'histoire d'Itakie, t. ILI, p. 614,
Ad L'EUROPE AU MOYEN AGE.
la chrétienté à l’abri d’un ennemi qui lui avait voué une baine éternelle, c'était un motif légitime et magnanime qu'on pouvait alléguer ; mais il agit bien faiblement, ou n’agit même pas du tout, sur ceux qui prirent la croix. C’est en vérité faire preuve d’une étrange ignorance du onzième siècle, que d'attribuer, même aux princes de cet âge, les idées raffinées d’une époque plus moderne. Les croisés repoussèrent , il est vrai, les Turcs du voisinage de Constantinople ; mais ce fut un des effets indirects de leur expédition ; ils étaient peu disposés à servir l'intérêt des Grecs qui, par d’imprudentes provocations, s'attirèrent bientôt une haîne presque égale à celle que l’on portait aux musulmans.
La remise des pénitences, la dispense de ces pratiques d’abstinence que la superstition imposait ou suspendait à son gré, l’absolution de tous les péchés, l'assurance d’une félicité éternelle, tout fut mis en usage pour propager cette sainte épidémie. Personne ne doutait que ceux qui périssaient dans la guerre ne reçussent aussitôt la palme du martyre 4. De faux miracles et des prophéties fanatiques plus nombreuses que jamais portèrent l'enthousiasme à son comble; et ces sentiments de dévotion, ordinairement traversés et modifiés par d’autres passions, se trouvèrent concourir avec tous les motifs qui pouvaient influer sur les hommes d’alors ; la curiosité, un esprit inquiet, l'émulation, l’amour de la licence, la soif de la guerre, l'ambition. Il est probable que parmi les princes qui prirent la croix, quelques-uns spéculèrent dès le principe sur la possibilité de former dans l'Orient des États indépendants. Plus tard, les avantages temporels des croisades se mêlèrent, sans aucun doute, à des considérations moins intéressées. On fit le voyage de la Palese tine, comme on a fait depuis celui des colonies, pour racheter son honneur ou relever sa fortune. C’est ainsi que Guy de Lusignan, souillé d’un meurtre et fuyant son pays, se vit ensuite élevé au trône de Jérusalem. D'autres appâts furent offerts aux classes inferieures; le fanatisme dominant lors de la première croisade les avait à peine laissé remarquer ; mais ils purent produire un grand effet lorsque ce fanatisme commença à s’affaiblir. Pendant tout le temps qu’un croisé portait la croix, il ne pouvait être poursuivi par
4 Nam qui pro Chrisli nomine decertantes, in acie Rdelium et christiand
mililid dicuntur occumbere, non solum infamiæ, verèm el peccaminum et de- Liclorum omnimodam credimus abolitionem promereri. Gul. Tyr., I. 10, c. 20.
ses créanciers, et l'intérêt de ses dettes cessait de courir; il était exempt de taxes, du moins en certains cas, et mis sous la protection de l’Église, de sorte qu'il ne pouvait être traduit devant aucune cour civile, excepté en matière criminelle, ou dansles procès relatifs à la propriété foncière !.
Aucun des souverains de l’Europe ne prit part à la première croisade ; mais on y vit leurs principaux vassaux, une grande partie de la petite noblesse, et une foule innombrable de gens des classes inférieures. Les prêtres abandonnèrent leurs paroisses, les moines leurs cellules; et quoique le peuple des campagnes fit en général attaché au sol, nous ne voyons pas que ce motif ait arrêté son émigration. Une multitude de femmes et d'enfants grossirent la foule ; on aurait cru commettre une espèce de sacrilége en empêchent quelqu'un de participer à une œuvre que l’on regardait comme la volonté manifeste du ciel. Mais s'il était permis d'interpréter par les événements les desseins de la Providence, peu d'entreprises auraient été marquées d’une réprobation aussi éclatante que les croisades. On a rarement vu tant de crimes et tant de calamités accumulés dans un espace aussi court que les trois années de la première expédition. Nous trouverions des autorités dans les auteurs contemporains pour évaluer la perte des chrétiens seuls, pendant cette époque fatale, à près d’un million d'hommes; suivant les calculs les plus modérés, elle doit avoir excédé la moitié de ce nombre 1. S'engager dans la croisade, et y périr, étaient presque synonymes. De tant de milliers d'hommes qui se rassemblèrent dans les plaines de Nicée, il en fut peu qui revinrent en Europe réjouir leurs amis du récit de leur entrée triomphante à Jérusalem. Tour à tour assiégeants et assiégés dans Antioche, ils épuisèrent la coupe du malheur : trois cent mille croisés commencèrent le-siége de cette
sOthon de Fris., c. 35, a rapporté une bulle d’Eugéne III, de l'an 1146, qui renferme quelques-uns de ces priviléges ; d'autres furent accordés par Philippe- Auguste en 1914. Ordonnances des rois de France, t. 1; voir aussi Du Cange, Voc. Crucis Privilegia.
2 Guillaume de Tyr rapporte qu'il se trouva, à la revue qu'on fit devant Nicée, six cent mille personnes des deux sexes, sans y comprendre cent mille hommes de cavalerie, revêlus de cottes de mailles, L 2, c. 23; mais Foulques de Chartres donne le même nombre, sans compter les femmes, les enfants et les prêtres, On avait déjà fait en Hongrie un épouvantable carnage de la canaille qui marchait sous la conduite de Gaultier-sans-Avoir.
place ; l’année suivante il n’en restait qu'un sixième pour continuer les opérations. Mais leurs pertes étaient moins considérables sur le champ de bataille : c’est là que fut constamment déployée la supériorité réelle des troupes européennes. L’ange de |’ Asie, pour me servir des expressions hardies du poéte, superbe et invincible partout où son rival n’était pas, commença à trembler ; et les lances chrétiennes, dans leur choc terrible, renversèrent tout devant elles, de Nicée jusqu’à Antioche, Édesse et Jérusalem. Cette dernière ville, qui vit consommer le triomphe des chrétiens, le vit aussi souiller par le massacre le plus affreux, qui ne finit pas avec la résistance de l'ennemi, mais qui fut recommencé de sang-froid, même après la fameuse procession expiatoire au saint sépulcre ; cérémonie qui pouvait calmer la violence de leurs passions, si, par l'effet d'un aveugle enthousiasme, elle n’edt plutôt contribué à redoubler leur fanatisme 1.
Ces conquêtes de la première croisade, qui codtaient si cher, étaient en grande partie restreintes au littoral de la Syrie. A l'exception du gouvernement d’Edesse, situé au delà de l’Euphrate 2, et qui dans ses béaux jours embrassa une grande partie de la Mésopotamie, les possessions des Latins ne s’étendirent jamais qu’à quelques lieues de la mer. Leurs armes pouvaient être redoutées en deçà de la barrière du Liban; mais leur puissance n’y fut jamais entiérement établie, et le prophète ne cessa d’être invoqué dans les mosquées d’Alep et de Damas. La principauté d’Antioche au nord, le royaume de Jérusalem avec ses dépendances féodales de Tripoli et de Tibériade au sud, furent assignés, la première à Boémond, frère de Robert Guiscard, comte d’Apulie; l'autre à Godefroi de Bouillon 3, à qui un mérite extraordinaire donnait sur les chefs des croisés
4 L'ouvrage de Mailly, intitulé l'Esprit des Croisades, mérite des éloges tout — particuliers pour son exactitude et son impartialité. Cette histoire ne va cependant pas au delà de la première expédition. Les deux chapitres de Gibbon sur les croisades forment, malgré quelques négligences, une partie brillante de son grand ouvrage. La plupart des écrivains originaux ont été recueillis en deux volumes in-folio, intitulés : Gesta Dei per Francos. Hanover, 1611.
2 Edesse était un petit État chrétien tributaire des Tures, dont il était env ronné. Les habitants appelèrent Baudouin lors de ses succès dans la première croisade, et il se fit peu de scrupule de détrôner le prince régnant, qu’on représente, il est vrai, comme un usurpateur et un tyran. Esprit des Croisades, t. IV, p. 62; de Guignes, Hist. des Huns, t. Il, p. 133-162.
3 Godefroi ne prit jamais le titre de roi de Jérusalem ; il ne voulait pas, disaft-
une influence que l'on a quelquefois confondue avec une autorité légitime 1. Dans le cours de quelques années, Tyr, Ascalon, et les autres villes de la côte, furent soumises par les successeurs de Godefroiau trône de Jérusalem. Mais la tempête de l'Occident n’avait fait qu'étourdir leurs ennemis, et les Latins furent continuellement harcelés par les mahométans d'Égypte et de Syrie; ils étaient exposés, comme les avant-postes de la chrétienté, sans relâche, et presque sans ressource (1147). Une seconde croisade, dans laquelle l’empereur Conrad III et Louis VII de France s’engagèrent, chacun à la tête de soixante-dix mille hommes de cavalerie, put à peine opérer
une diversion, et cette vaste armée se consuma dans le passage de la Natolie 2.
Guillaume de Tyr attribue la décadence des établissements des chrétiens dans l'Orient, à la corruption extraordinaire de leurs mœurs, à l'adoption des armes européennes par les Orientaux, et à la réunion des Etats mahométans sous un seul chef$. Sans prétendre révoquer en doute l'influence de ces causes, et surtout de la
il, porter une couronne d'or dans cette même ville où son Sauveur avait été couronné d'épines. Baudouin, son frère, qui lui succéda deux ans après, prend le titre de Rex Hierusalem, Latinorum primus. Gul. Tyr., 1. 2, c. 19.
4 Les héros de la croisade sont absolument comme ceux des romans. Godefroi est pon-seulement le guerrier le plus sage, mais aussi le plus vigoureux de l'armée. Peut-être le Tasse a-t-il sacrifié une partie de celte supériorité physique, pour faire ressortir Renaud, le héros de son imagination. Godefroi pourfend un Turc en deux, de l'épaule à la hanche. Après la prise de Jérusalem, un noble arabe le prie de faire l'essai de son épée sur un chameau, et Godefroi abal la tête de l'animal avec la plus grande facilité; l'Arabe, soupçonnant quelque chose d’extraordinaire dans la lame, lui offre son épée pour répéter la même expérience, et le héros lui fait le plaisir de décapiter un second chameau. Gal. Tyr., 1. 9, c. 23.
2 Vertot évalue les pertes de la seconde croisade à deux cent mille hommes. Histoire de Malle, p. 429; et le langage de Guillaume de Tyr ne peut pas nous porter à regarder ceci comme une exagération. L. 16, c. 19.
3 L. 21, c. 7. Jean de Vitry rapporte aussi que les Sarrasins changèrent leurs armes, et prirent, à l’imitation des Latins, la lance et la cotte de mailles, au licu d’arcs et de flèches, c. 92; mais, suivant un écrivain plus ancien, une partie de l'armée de Soliman (le kilidge Arslan de De Guignes), dans la première croisade, était en armure, Loricis el galeis et clypeis aurcis valdè armati. Albertus Aquensis, 1. 2, c. 27. Je puis fortifier ce témoignage d'une preuve d'un autre genre, mais qui n’est pas moins décisive. Il existait dans l'abbaye de Saint-Denis (dum fuit Iliwm ) dix peintures sur verre, représentant des siéges et des batailles de la première croisade : elles furent exécutées par ordre de Suger, ministre de Louis VI, et par conséquent au commencement du douzième siècle. Les Turcs sont représentés, dansplusieurs, revêtus de cottes de mailles, quelquefois même de cuirasses
dermière, oa peut en trouver une plus directe dans l'insuffisance de leurs moyens de défense. Les seuls que le royaume de Jérusalem efit à sa disposition, non compris toutefois les volontaires d'Europe, étaient le service féodal de huit cent soixante-six chevaliers, aceompagnés chacun de quatre archers à cheval , une milice de cinq mike soixante-quinze bourgeois, et, dans les cas extraordinaires, une levée en masse du reste de la population 4. Guillaume de Tyr parle d’une armée de treize cents chevaux et de quinze millehommes de pied, comme de la plus considérable qui ait jamais été rassemblée, et lui prédit les plus brillants succès, si elle est conduite sagement 2. C'était peu de temps avant l'invasion de Saladin. Dans la dernière bataille, si fatale aux chrétiens, Lusignan paraît avoir eu des forces un peu plus considérables $. Rien ne démontre d'une manière plus frappante la supériorité de l’Europe, que la conservation de ces conquêtes des Francs en Syrie pendant près de deux cents ans. Les chrétiens remportèrent plusieurs victoires sur les Sarrasins, avec ane telle infériorité numérique, qu’on peut comparer ces exploits à tout ce que l’histoire ou la fable offrent de plus célèbre 4. L’honneur de ces victoires appartient peut-être moins aux descendants des premiers croisés, établis dans la Terre-Sainte 5, qu'aux volontaires d'Europe, qu’une ardeur belliqueuse et un zèle religieux engageaient dans cette entreprise. La pénitence qu'on imposait le plus ordinairement aux personnes d’un certain rang pour les crimes
dans d'autres, ils sont entièrement désarmés, et en robes flotlantes Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. L pl. 50.
1 Gibbon, c. 98, note 125. Jérusalem elle-même était trés-mal peuplée; car tous les paiens, dit Guillaume de Tyr, périrent dans le massacre qui eut lieu à la prise de la ville; ou, s’il eu échappa quelques-uns, il ne leur fut pas permis d'y rentrer : aucun pajen n'était digne d'habiter la cité sainte. Baudouin invita ea ques chrétiens d'Arabie à s'y établir.
3 A primo inéroitu Latinorum in Terram Sanclam, dit Jean de Vilry , nostri tot mililes in uno pralio congregare nequiverunt. Erant enim mille ducenti milites loricati; peditum autem cum armis, arcubus et balistis circiter viginti millia, infauste expeditioni inlerfuisse dicuntur. Gesta Dei per Francos, .p. 1118.
4 On en trouvera un exposé sommaire dans Jean de Vitry, c. 93.
5 Beaucoup étaient d'extraction mixte, issus d’un Franc et d'une Syrienne, ou vice versd. On les appelait poulains ( pullant ),eton les regardait comme une race igaoble et dégénérée. Du Cange, Gloss. v. Pullani, et Observations sur Joisvilie, dans Ja Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, t. LL, p. 190.
les plus monstrueux , était de servir pendant us certain nombre d'années sous la bannière de la croix. Ainsi l'Europe fourniseit à l'Asie des recrues continueles : et l’on peut dire dans ce sens que les craisades se prolopgéxent sans interruption pendant toute la durée des établissements latins en Orient. Parmi les défenseurs de ceux-ci, les plus célèbres furent les ordres militaires des chevaliers du Temple et des hospitaliers de Saint-Jean ‘, institués, l'an en 1194, l'autre en 1118, uniquement pemr la défense de la Terre- Sainte. L'ordre teutonique, établi en 1190, lorsque le royaume de Jérusalems écroulait, dirigea bientôt vers uneautre partie da monde ses saintes entreprises. De vastes propriétés, disséminées en Palestine et dans toutes les contrées de l’Europe, earichirent les deux premiers ordres ; mais l’orgueil, la rapacité et la mauvaise conduite de l’un et de l’autre, et surtout des Templiers, paraissent avoir contrebalancé les avantages qu'on dut à leur valeur À. Enfin le fameux Saladin,.wsurpant le trône d’une faible dynastie qui avait régné en Egypte, fondit sur les chrétiens de Jérusalem ; le royaume et le roi tombèrent entre ses mains; il ne resta plus aux croisés que-quelques places fortes de la côte.
(1189) Ces malhears réveillèrent encore une fois le rèle des princes de l'Europe , et la troïsième croisade s’ouvrit sous les auspices des treis souverains alors les plusillustres par leur rang comme per leur mérite personnel, Frédéric Barberousse, Phitippe-Auguste etRichard-Cœur-de-Lion. Mais cette expédition, comme la précédente, n'eut point de résultats solides ; et ces exploits romanesques qui rendirent le nom de Richard si célèbre en Europe et en Asie 3, ae servirent qu’à prouver que tous les efforts devaient échouer dans une pareille entreprise. La Palestine ne fut plusle théâtre des croisades. Une nombreuse armée fut employée au siége de Constanti-
à Ce seint ‘Joan de Jorusslom n'état ni l'évangéliste, ne le-baptiste, mais un certain Cypriete, surnommé le Charitable, qui avait été patriarche d'Alexandrie,
a On peut voir un exemple remarquable de la mauvaise conduite et de l'insolence des Tenrpliers, dans GutHaume de Tyr, 1. 20, c. 32 Les Templiers possédaient en Europe neuf mille manoirs, et les chevaliers de Saint-Jean dix-neuf mille. On reprochait à ceux-ci presque autant d'orgueil et d'avarice qu'aux Templiers. 4.48,¢4@ -
& Quand le chevat dun ‘Tare {ressaiflait à la vue d’un buisson, son maitre Ie gourmaudait, dit Joinville, en s’écriant : Cuides-lu qu'y soit le roy Richard ? Les mères, pour faire taire leurs enfants , les menacaient de faire venir Richard.
neple, et une autre se consuma en vains efforts contre l'Égypte. L’empereur Frédéric IE obtint plus tard des Sarrasinsla restitution de: Jévusalem ; mais les princes chrétiens de Syrie ne purent la défendre,et virent leurs Etats insensiblement réduits aux villes maritimes: Acre, la dernière qui leur restât, fut emportée d'assaut en: 1191 ; et la prise de cette ville termine l’histoire des établissements latins, que l’Europe avait déjà cessé de protéger. : … (4248) Saint Louis entreprit les deux dernières croisades. Il était accompagné, dans la première, de deux mille huit cents chevaliers et de cinquante mille soldats 1. Il débarqua à Damiette en Egypte, pays qu'on regardait alors comme la clef de la Terre-Sainte, et il ge rendit facilement maître de la ville. Mais, en avancant dans le pays, il trouva des obstacles naturels à surmonter, et des ennemis à combattre. Les Turcs l’attaquérent avec leur feu grégeois, agent de destruction presque aussi étonnant et aussi terrible que la poudre 4 eanon. Il perdit le comte d'Artois son frère, et une foule de chevaliérs, à la bataille de Massoure, près du Caire, et il commença trop ‘tard sa retraite sur Damiette. C’est alors que cette malheureuse armée fut accablée de ces calamités dont on trouve à peine an autre exemple dans l’histoire. Une peste effroyable vint aggraver Jes horreurs de la famine et des privations de toute espèce. Le roi fué fait prisonnier, et peu de ses soldats échappèrent au cimeterre des infidéles sur le champ de bataille ou dans les fers. On exigea 490,000 livres pour la rançon de Louis. Il revint en France et y passa près de vingt années dans l'exercice de ces vertus qui forment son plus beau titre aux honneurs de la canonisation. Cependant il nourrissait toujours dans son cœur les illusions fatales de la superstition; et ses sujets remarquérent avec peine qu'il conservait la croix sur ses vêtements. (1270) Sa dernière expédition était destinée, dans le principe, pour Jérusalem. Mais on lui avait fait entendre que le roi de Tunis désirait embrasser le christianisme. Empressé de voir ces heureuses dispositions se réaliser, Louis changea son plan, fit voile vers l'Afrique et mit le siége devant
4 Les historiens arabes lui donnent neuf mille cing cents chevaliers et cssit trente mille soldats. Mais je préfère l’autorilé de Joiaville, qui a rapporté deux fois le nombre des chevaliers dans sop texte. J'ai évalué, d'après Gibbon , le gros de l'armée à cinquante mille bommes; si Jeinville ea a parlé, le passage m'ù échappé. La flotte était composée de dix-huit cenls voiles,
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Tunis. C’est là qu’une fièvre termina sa vie, sacrifiée à cette: passion dominante qui ne l’aurait jamais abandonné. Mais il avait survécu à l'esprit des croisades; la funeste expédition d'Égypte, qui n'avait pu le corriger, avait guéri ses sujets de leur folie 4; son fils, après avoir conclu un traité avec Tunis, revint en France; on laissa perdre aux chrétiens ce qu’ils conservaient encore dansla Terre-Sainte. Plusieurs princes, dans les siècles suivants, parlèrent hautement de renouveler la guerre : mais si leurs projets étaient sincères, on n’en vit jamais l’accomplissement.
(1270) Louis IX avait agrandi le domaine royal, en y annexant plusieurs comtés et d’autres fiefs moins importants ; mais peu de temps après l’ayénement de Philippe III, surnommé le Hardi, le domaine reçut un accroissement bien plus considérable. Alphonse, frère de Louis IX, avait reçu l'investiture du comté de Poitou, cédé par Henri III, avec une partie de l'Auvergne et de la Saintonge ; il jouissait aussi, comme nous l'avons dit précédemment, des restes du grand fief de Toulouse, du chef de Jeanne, son épouse, héritière de Raymond VII. Après la mort de ce prince et celle de la comtesse, qui survint vers le même temps, le roi entra en possession de toutes ces provinces. Cet événement mit les rois de France en contact avec de nouveaux voisins, les rois d'Aragon et les puissancesde l'Italie. La première guerre longue et importante qu’ils entreprirent, fut celle de Philippe III et de Philippe IV contre l’Aragon , guerre excitée par l'insurrection de la Sicile. Sans avoir produit aucun
4 Le refus que fit Joinville d'accompagner le roi dans cette seconde croisade, sét'très-remarquable, et nous indique les mauvais effets des deux expéditions. Re apy de France el le roy de Navarre me pressoient fort de me croiser, ef enireprendre le chemin du pèlerinage de la croix; mais je Leur respondi que tandis que j avoie eslé oullre mer au service de Dieu, que les gens et officiers du roy de ‘Franet avoient trop grévé et fouillé mes subjects, tant qu'ils en estoient apovris; tement que james al ne seroit, que eulx et moy ne nous en sorlissons ; et veote clerement, si je me mecioie au pelerinage de la croix, que ce serott la totale destruction de mesdiz povres subjects. Depuis ouy-je dire à plusieurs, que coup “qué lay conseillerent UVentreprinse de la croix, firent un très grant mal, et pe- Jeberens mortellement; car tandis qu'il fut au royaume de France, tout son royaume vivoil en paiz, et regnoit justice; el incontinent qu "il en fut ors, tout commença a décliner et à empirer. T. H, p. #58. :"@n trouve, dans les Fabliaux de Le Grand d'Aussy, un potme élégant de Ra- ÆAnhoœnf, écaivain du siècle de saint Louis: c'est un dialogue entre un croisé et un npn-xoisé. Quoique j'auieur y doæne la dernière réplique au croisé, it est facie d'apercevoir qu'il met l'avantage de l'autre clé. T. If, p: 165.
chengemont dans les limites de ces différents États, elle fait cependant époque dans l’histoire de France et d'Espagne, et dans cele d'Italie, à laquelle elle appartient pins spécialement, ,
(1285) Cinq grands et anciens fiefs de la couronne ‘de France Sabsistaient encore; la Champagne, la Guienne, la Flandre, la Bourgogne -et la Bretagne. Mais Philippe IV, ordinairement surnommé ie Bel, épousa, quelque temps avant la mort de son père, l'héritière de la Champagne ; et quoiqu'il gouvernât cette province au nom de son épouse , sans prétendre la réunir au domaine royal, on pouvait dire que, sous le rapport politique, elle ne faisait plus partie du corps féodal. Avec quelques-uns de ses autres vassaux, Philippe employa des mesures plus violentes. On pourrait établir un parallèle entre ce prince et Philippe- Auguste : ils se ressemblérent par leur-ambition, par la violence de deur caractère, par leur rapacité effrénée, et pur le succès de leurs efforts pour rendre leur autorité absolue; mais on peut remarquer entre eux cette différence, que Philippe-le-Bel, dépourvu de talents militaires, obtint par la dissimulation ce que son prédécesseur avait emporté par la force.
Le daché de Guiemne, moins étendu qu'il ne l'avait été das l'origine , était encore, indépendamment même de ses rapports diver l'Angleterre 1, le plus considérable de tous les fiefs de France. À force de perfidie, et par l’insigne incapacité d’Edmond , frère Edouard i, Philippe parvint à obtenir et à conserver, pendent plusieurs années, la possession de cette grande province. (1292) Une querelle survenue entre quelques matelots français et anglais ayant donné lieu à des représailles qui entrainérent quelques hostilités maritimes entre les deux peuples, Édouard fut cité, comme due de Guaienne , à comparaître devant la cour du roi, pour répondre des dommages causés par ses sujets. Sur cette sommation, Édouard
« Philippe s'était vivement offensé de ce que les actes passés en Guiense pertaient la date de l’année du règne d'Édouard, et non pas la sienne. Cette marque de souveraineté avait été presque la seule que {es rois de France eussent oonservée pendant tout le règne de la féodalité. Ce point donna lieu à une coentestation qu'on retrouve dans une lettre assez curieuse de Jean de Greilli à Edouard. La cour de France consentit en@n A ce que les dates fussent ainsi énoncées : Actum fuit, regnanie P. rege Francie, E. rege Angliæ tenente ducalum Aquitama. Les Anglais avaient preduit plusieurs antécédents, où les contes de Tou-
se employé la formule, Regnante À. comtle Tolosæ. Rymer, t. Hl, ; :
envoya son frère pour conclure un accommodement , lui donnant des pouxoirs plus étendus qu'il n'es devait confier à un négoeiateur aussi crédule. Phippe, à l’aide d'un faux traité, joua si bien oe prince, qu'il se fit remettre par Mi toutes les forteresses de la Guienne. Il jeta alors le masque, et, après avoir de nouveau sommé Edouard de comparaître, il prosonça la confiscation de sea fief 1. Cette affaire forme la plus grande tache de l'histoire politique d'Édouard ; mais son impatience de se rendre maitre de l'Écosse, l’'empêchait de sentir assez vivement le danger qui menaçait une province bien plus impertante sous plusieurs rapports ; et l'esprit de résistance de la noblesse anglaise, qu’il avait irrité par ses mesures arbitraires, éclata fort à propos pour Philippe, et entrava tous les efforts que fit le roi d'Angleterre pour recouvrer la Guienne par le voie des armes. (1303) Après des armistices réitérés, on finit par conclure un traité, par lequel Philippe abandonna cette province, à condition que sa fille Isabelle épouserait l'héritier du trône d'Angleterre.
Ceite restitution était due en grande partie au mauvais succès qu'ävaient eu les armes de Philippe en Flandre : c'était encore on des grands fiefs. que ce monarque ambitieux avait voulu confisquer. Nous. n'avons peut-être pas de preuves aussi claires de l'injustice de sa conduite envers le comte de Flandre , que dans l'affaire de la Guienne : mais il est constant qu’il le retint deux fois prisonnéer ; d'abord, après avoir attiré à sa cour sous un feux prétexte, et, la seconde fois, au mépris de la promesse faite par ses généraux. Les Flamands firent cependant une résistance si vigoureuse, que Philippe ne put soumettre cette petite province ; et, dans la fameuse bataille de Courtrai, ils défisent sa puissante armée, et la mirent dans une déroute complèteet ignominieuse (1302). La noblesse française, qui s'était laissé emporter par son ardeur indisciplinée , paya les désastres de cette journée 2.
& Buns l'exposé de estte affaire, j'ai saivi plusigers pièces rapportées par Rymer, et qui ne laissent aucun doute dans mon esprit. Velly, comme on peut s'y attendre , la représente sous un jour plus favorable à Philippe.
2 Les Flamands recueiMirent à Courtrai quatre mille paires d’éperous dorés, que les chevaliers avaient seuls le droit de porter. Velly les compare assez ingénjeasement aux trois boisseaux d’anveaux d'or présentés à Annibal, après la bataille de Cannes.
Philippe fit deux autres acquisitions qui méritent d'être remarquées : celle des comtés d’Angouléme et de la Marche, confisqués au comte régnant, par une sentence qui paraît trés-rigoureuse ; et celle de la ville de Lyon et du territoire adjacent, qui, depuis ptus de trois cents ans, n’avaient pas même été sous la dépendance féodale de la couronne de France. Lyon avait été donné en dot à Mathilde, fille de Louis IV, lorsqu'elle épousa Conrad, roi de Bourgogne, et, en 1032, fut légué à l'empire, avec le reste de ce royaume, par le testament de Rodolphe. Frédéric Barberousse aceorda à l’archevèque de Lyon le titre de vicaire impérial, avec tous les droits de la souveraineté dans cette ville. La France paraît avoir été étrangère à son administration, jusqu'à l’époque où Louis ‘IX, appelé comme médiateur dans un différend survenu entre le chapitre et la ville pendant la vacance du siége, se chargea par intérim de l'exercice de la juridiction. Philippe III, choisi pour arbitre en pareille circonstance , exigea, avant de rétablir la juridiction, un serment de fidélité du nouvel achevéque. Ce serment, auquel il paraît n'avoir eu d'autre droit que la force, fut régulièrement prêté jusqu’en 1310. À cette époque, un archevêque ayant résisté à ce qu'il considérait comme une usurpation, Phi- Hppe IV assiégea la ville ; et les habitants n’ayant pas de répugnance à'se soumettre, Lyon fut enfin réuni à la couronne de France 1.
* (1314) Phifippe-le-Bel laissa trois fils, qui régnèrent successivément en France ; Louis, surnommé le Hutin, Philippe-le-Long et Charles-le-Bel ; et une fille, Isabelle, mariée à Edouard II d’Angleterre. Louis, l’ainé, ne survécat guère qu’une année à son père, et laissa en mourant une fille, et la reine enceinte (1316). Les circonstances qui suivirent cet événement méritent d’être exposées avec soin. Louis avait possédé, du chef de sa mère, le royaume de Navarre, avec les comtés de Champagne et de Brie. A sa mort, Philippe, le second des fréres, prit la régence de France et de Navarre, et peu aprés conclut avec Eudes, duc de Bourgogne, oncle de la princesse Jeanne, fille de Louis, un traité qui devait régler les droits éventuels de cette princesse dans la succession. Il fut arrêté qu’au cas où la reine accoucherait d'une fille, les deux
4 Velly, t. VII, p. 404. On trouvera un exposé plus précis de la dépendance poli-
tique de la ville et du canton de Lyon, dans l'Art de vérifier les Dates, t. I, p. 469. 7
jeunes princesses, ou la survivante, le décès d’une d’elles arrivant, recevraient la Navarre et la Champagne, héritage de leur aïeule, en renonçaut à toute prétention au trône de France. Mais cet arrangement ne devait avoir lieu que lorsqu'elles seraient en âge de consentir, et si elles refusaient alors d’y accéder, leurs prétentions restaient intactes, et il devait y étre fait droit; mais aussi la cession faite par Philippe, de la Navarre et dela Champagne, devenait nulle. En attendant, ce prince devait avoir le gouvernement de la Frapce, de la Navarre et de la Champagne, et recevoir l"hommage. des vassaux de tous ces pays, en qualité de gouverneur. On avait préxu la naissance et réservé les droits d’un héritier mâle du feu roi, .et, dans ce cas, le traité ne devait pas recevoir son exécution 1. .… ,
Ces conventions furent signées le 17 juillet 1316 ; et le15. no! vembre la reine accoucha d’un fils, qu’on a nommé Jean I°', et mourut au bout de quatre jours. Le traité conditionnel devint alors absolu ; on s’en pouvait du moins méconnaitre l'esprit, si la lettre offrait matière à quelque chicane; et Philippe, suivant ses engager ments, ne pouvait prendre que le titre de régent ou de gouverne, jusqu’à ce que la princesse Jeanne fut en âge d'approuver ou de rer jeter le contrat provisoire de son oncle. Cependant, au lieu. d'en agir ainsi, Philippe se fit sacrer à Reims; mais craignant l'oppost+ tion manifeste du duc de Bourgogne, et même de son propre frère Charles, il jugea prudent de disposer des gardes dans la ville et de faire fermer les portes de l’église pendant la cérémonie. A son res tour à Paris (1317), on convoqua une assemblée composée de pré- Jats, de barons et de bourgeois de cette ville, qui le reconnurent pour souverain légitime, et, si nous en croyons un historien, déclarèrent expressément qu’une femme ne pouvait succéder à la cow ronne de France 2. Le duc de Bourgogne parut d’abord disposé. à soutenir les intérêts de sa nièce ; mais, séduit par l’appât d'unanariage avec la fille de Philippe, il trahitlâchement la cause de Jeanne,
1 Hist. de Charles-le-Mauvais, par Sécousse, t. LE, p. 2.
2 Tunc eliam declaratum fuit quid in regno Francie mulier non succedit. Contin. Gul. Nangis, in Spicilegio d’Acheri, t. ILI. Ce moine, sans talents, et probablement sans renseignements particuliers, est le seul historien contemporain de cette époque importante. Il décrit ainsi l'assemblée qui confirma à Philippe la possession de la couronne : Quamplures proceres et regni nobiles ac magnates und cum plerisque pralalis et burgensibus Parisiensis civilatis.
et abandonna en son nom, moyennant une modique indemnité, non-seulement ses prétentions à la monarchie entière, mais encore ses droits incontestables sur la Navarre et sur la Chamypegne t, Je sais entré dans ces détails minutieux, parce que cette transaction a été défigurée par tous les historiens, sans en excepter ceux qui ont écrit depuis la publication des pièees qui servent à la faire connaître 2.
Ce fat dans’ cette querelle, mémorable à tous. égards, et sartout par ses résultats, que l'exclusion des femmes du trône de France fut pour ba première fois l’objet d’une discussion publique. Les écrivains français s'accordent à affirmer, presque à l'unanimité, que cette exchusien était basée sur une maxime fondamentale de leur gouvernement. On n'a, à ma connaissance, produit aucane loi écrite ni même le témoignage direct d'aucun ancien écrivain, à l'appui de cette assertion; car ce n'est qu’à l’aide d'une mterprétation douteuse, d’une analogie imperceptible, que le texte de la loi salique qu'on a souvent cité, et qui a même donné son nom à cette exclusion des femmes, peut être considéré comme ayant quel. que rapport à la succession au trône. Il est certain néanmoins que depuis Clovis aucune femme n'avait régné en France ; et, bien qu’il ne se soit pas trouvé auparavant d'exemple d’une héritière unique, quelques-uns des rois mérovingiens avaient cependant laissé des Giles qui eussent pu, si leur sexe ne les en eût rendues incapables, avoir part concurremment avec leurs frères aux partages qui s’opéraient alors dans les successions royales >, Mais, d’un autre côté, ces temps étaient entièrement oubliés, et les usages alors existants en France pouvaient réconeilier la nation avecie règne d’une femme. La couronne était comme un grand fief, et les grands fiefs étaient en général susceptibles de passer aux femmes par succession. Au sacze même de Philippe, Mabault, comtesse d'Artois, fgurant parmi les autres pairs, tint la couronne sar la tête du rei 4 ; et i} existait
1 Histoire de Charles-le-Mauvais, t. Il, p. 6. Jeanne et son époux, le comte d'Evreux, recouvrèrent la Navarre après la mort de Charles-le-Bet.
2 Velly, qai a montré un peu de nrauvaise foi dans cette partie de som histoire, matile le traité du 47 jailtet 4316, pour pallier la conduite perfide de Philippe-le-Long envers sa nièce.
3 Le traité dAndely, en 587, donne tout Heu de croire que tes femmes étaient à cétle époque exclues de la couronne de France. Grég. Turon, t. 9.
4 Il est vrai que le continuateur de Nangis observe à ce sujet : De quo aligui
peut-être encore quelques personnes qui pouvaient se rappeler que Blanche avait été régente légitime de France pendant la minorité de saint-Louis.
Ces raisons, et plus encore le traité conditionnel conclu entre Philippe et le duc de Bourgogne, nous portent à eroire que Fexelusion des fenvmes par la loi salique n’était pas alors un principe aussi bien établi qu'on la prétendu. Quoi qu’il en soit, Favénement de Philfppe-le-Long lai donna une sanction que les événements postérieurs achevèrent de confirmer. (1322) Ce monarque n'ayant lui-même laissé que trois filles, son frère Charles monta sur le trône ; et dla mort de celui-ci, le principe était établi d’une manière si positive, que sa fille unique fut écartée par le comte de Valois, petit-6k de Philippe-le-Hardi. Ce prince prit d’abord la régence pendant la grossesse de la reine douairière ; elle accoucha d’une fille et il fut roi (1328). Aucun compétiteur, aucun adversaire ne se montrait en France ; mais un rival plusformidable que tous ceux que la France pouvait produire, attendait le moment de soutenir ses droits imaginaires avec toutes les ressources de la valeur et du génie, et de promener la désolation sur ce vaste royaume avec aussi peu de scrupule que s’il edt poursuivi une action devant un tribunal civil. | ee ce
Dès que Charles IV: fut mort, Edouard III d’Angleterre s’imegina qu’il avait un titre à la couronne de France, du chef de sa mère Esabelle, sœur des trois derniers rois. Nous ne pouvons hésiter un moment à reconnaître l'injustice de cette prétention. Que la loi salique fût valide ou non, Édouard n’en pouvait tirer aucun avantage. Lors même que nous pourrions oublier la décision formelle on tacite de la France entière, il avait avant lui Jeanne, fille de Louis X,
indignali fuerunt. Mais ces mécontents élaient sans doule les partisans de Robert, neveu de la comtesse, qui avait été exclu par une sentence judiciaire de Philippe IV , fondée sur ce que le droit de représentalion n'exislail pas en Artois : beaucoup de gens regardaient cette décision comme injuste. Robert renouvela son appel devant Ia cour de Philippe de Valois; mais, malheureusement pour lui, il eut Ia faiblesse de fabriquer de faux titres pour appuyer des prélentions qui paraissaient être au moins plausibles sans le secours d ‘un pareil arlifice. Cette coupable imprudence, qui n’est pas sans exemple dans des causes moins éclatantes, anéantit non-seulement toutes ses prétentions au comlé d'Arlois, mais entraina un arrêt de confiscation et même une sentence de mort contre lui. Velly rapporte assez bien te procès de Robert, t. VIF, p. 262. à.
les trois filles de Philippe-le-Long et celle de Charles-le-Bel. Édouard, pour prévenir cette difficulté, établit une distinction, et prétendit que le principe qui excluait les femmes de la succession n'était pas applicable à leur postérité masculine ; et qu’ainsi, bien que sa mère Isabelle ne pit elle-même devenir reine de France, eile pouvait lui transmettre un droit à la couronne. Ce raisosnement était contraire aux premiers éléments de la jurisprudence des successions ; et, en supposant même que l’on dût y avoir quelque égard, Jeanne avait un fils, qui fut ensuite le fameux roi de Navarre, et qui était plus près du trône d’un degré.
Quelques auteurs français affirment qu’Édouard éleva des prétentions à la régence aussitôt après la mort de Charles-le-Bel, et que les états généraux, ou du moins les pairs de France, conférérent cette dignité à Philippe de Valois. Que cette assertion soit vraie ou non, il est évident qu'à cette époque Édouard avait déjà conçu le projet de revendiquer ses droits, quoique sa jeunesse et l'embarras de ses affaires missent des obstacles insurmontables à l’exécution de ses plans 4. Il fit donc hommage lige à Philippe pour la Guienne,
¢ Des lettres d'Édonard IIT, adressées à certains nobles et à différentes villes du midi de la France, sous la date du 28 mars 1338, quatre jours avant la naissance de la fille posthume de Charles IV, annoncent cette résolution. Rymer, t. IV, p- 544, et seq. Mais une pièce datée de Northampton 16 mai, est décisive : c'est un pouvoir aux évêques de Worcester et de Litchfield , « ‘de, pour nous et en notre nom, demander et prendre possession du royaume de France, lequel royaume nous est dévolu et nous appartient comme en étant l'héritier légitime, » p. 354. L’archevéque Stratford parle de cette mission dans sa justification de l'accusation de trahison intentée contre lui par Edouard, en 1340; il nous apprend que les deux évêques se rendirent effectivement en France, mais il n’entre pas dans d'autres détails. Novit enim qui nihil tgnoral, quod cam questio de regno Francie post mortem regis Caroli, fratris serenissimæ Matris vestræ, in par- Kamento func apud Northampton celebrato, tractala discussaque fuissel; idem regnum Francie ad vos hæreditario jure extiterat legitime devolutum ; et super hoc fuil ordinatum, quod duo episcopi, Wigorniensis func, nunc aulem Wintoniensis, ac Coventriensis et Lichfeldensis in Franciam dirigerent gressus suos, nomineque vestro regnum Francie vindicarent et prædicti Phi- Uppi de Valesio coronalionem pro viribus impedirent; qui juxià ordinationem predictam legulionem tis injunclam lunc assumentes, gressus suos versus Franciam direcerunt ; que quidem legatio mazimam guerre presentis materiam ministravit. Wilkins, Concilia t. I, p. 664. Ii n'existe dans les Fædera de Rymer aucune preuve qui confirme la prétendue demande faite par Edouard de la régence de France, à la mort de Charles IV ; et ilest sans doute étrange qu'en ne trouve, daus une cullection de pièces aussi com-
et pendant plusieurs années, entièrement absorbé par les affaires d'Écosse, il ne donna aucun signe qui pit faire croire qu'il méditait une plus vaste entreprise. Mais parvenu à la vigueur de l'âge, et fier du sentiment de ses forces, les desseins de sa jeunesse éclatèrent enfin, et produisirent sur les destins de la France une série de révolutions de la plus haute importance et du plus vif intérêt. Ces événements formeront le sujet de la seconde partie de ce chapitre.
plète , aucune nomination d’ambassadeurs ou de fondés de pouvoirs pour traiter de cette affaire. Les historiens français en général affirment ce fait sur l'autorité du continuateur de Guillaume de Nangis, écrivain presque contemporain, mais qui n'est pas toujours bien instruit. Il est curieux de comparer les quatre princtpaux historiens de l’Angleterre. Rapin affirme qu'Édouard éleva des prétentions à La régence lors de la mort de Charles IV; et au trône, après la naissance de 4a fille. Carte, l'historien le plus exact que nous ayons, rapporte cette dernière prétention, et garde le silence sur la première. Hume ne parle ni de l’une ni de l’autre, et donne à entendre qu'Édouard ne fit en 1328 aucune démarche pour soutenir ses droits. Henry dunne tout au long la prétendue délibération en présence des élats généraux sur la prétention d'Edouard à la régence , et ne dit pas un mot de l’autre, qui se trouve constatée dans Rymer d'une manière si authentique. Il me semble très-probable que les deux évêques ne firent jamais la demande formelle du trône, comme leurs instructions le portaient. Les expressions de Stratford paraissent venir à l'appui de cette conjecture. “