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DEUXIÈME PARTIE

M S «ÉVOLUTIONS DE L’EUROPE

(Voir la carte n° 6.)

47. L’antiquité. — Après avoir étudié la formation du sol et 1 état actuel des lieux qui sont le théâtre de Pactisé européenne, il convient de savoir quelles sont les populations qui y déploient leur activité, comment elles se sont formées et par quelles révolutions elles se sont groupées de manière à constituer les États modernes.

Dans l’antiquité, c’est surtout autour du bassin de la Méditerranée que s est développée la civilisation dont nous sommes les héritiers. Cette civilisation a commencé a 1 orient de ce bassin, avec les Égyptiens, peuple d’Afiique, les Phéniciens et les Assyriens, peuples d’Asie, et enfin par un peuple européen, les Grecs, qui ont défendu 1 Eui ope contre la domination asiatique, peuplé de colonies une partie des côtes méditerranéennes et brillé pendant plus de cinq siècles par les arts et par le commerce. Les Romains, peuple guerrier et administrateur, qui, au second siècle avant Père chrétienne, avaient conquis l’Italie, étendirent bientôt leur empire sur tout le bassin de la Méditerranée, en Europe, en Asie, en Afrique, et eurent pour limite septentrionale en Europe le Rhin et le Danube ; au nord-est de cette limite, étaient des pays alors entièrement barbares, habités par les tribus des Germains, celles des Sarmates , des Slaves, etc. L’empire romain, constitué avec cette vaste étendue, environ 50 ans avant 1 ère chrétienne, subsista à peu près dans les mêmes

limites jusqu’au commencement du vc siècle de notre ère (406 ap. J. -G.).

48. Le moyen-âge. — Le moyen-âge commence avec le cinquième siècle, au moment où les Germains et quelques autres barbares, forçant les barrières du Danube et du Rhin, ravagent l’Empire romain, le détruisent et s’établissent dans plusieurs de ses provinces ; puis, convertis au christianisme, ces barbares reportent la civilisation nouvelle, grossière encore, mais féconde, jusque dans la Germanie et dans l’Europe orientale. Les Huns , peuple de race ougrienne, ne firent que ravager sans rien fonder. Les Francs et les Burgondes se fixèrent en Gaule vers le commencement du cinquième siècle ; les 1 Visigoths en France et bientôt en Espagne, aussi bien que les Suèves ; les Saxons et les Angles dans la grande Bretagne.

Venus un peu plus tard par le sud (711), les Arabes et puis les Maures dominèrent pendant plusieurs siècles sur l’Espagne, où leur dernière ville, Grenade, ne leur fut enlevée qu’en 1492.

Une grande partie des royaumes barbares de l’Europe occidentale furent soumis par les Francs et surtout par le plus illustre de Leurs- prince s, Charlemagne, qui fonda (800) un nouvel empire d Occident, s’étendant de l’Ebre à 1 Oder et de la mer du Nord au Garigliano.

Moins de trente ans après sa mort, son empire, trop vaste pour durer, se disloqua (848, traité de Verdun) ; mais les nations qu’il avait tenues sous son sceptre appartinrent désormais â la civilisation chrétienne et formèrent le groupe de France, le groupe d’iTALiE et le groupe de I’Empire germanique, qui s’étendit peu à peu vers l’orient aux dépens des tribus slaves (Bohème, Lusace, Prusse, etc. et de peuples finnois (les Hongrois), soumis ou convertis. Durant cette période, qui s’étend du milieu du ixc siècle à la fin du moyen-âge, la féodalité règne dans toute l’Europe centrale et occidentale et, avec elle, le mor-

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celle ment territorial, chaque seigneur étant à la fois propriétaire et souverain dans ses domaines. L’autorité pontificale constituait seule une unité morale.

Pendant ce temps, plusieurs royaumes chrétiens s’organisent dans la péninsule ibérique aux dépens des musulmans ; les Normands, après avoir été la terreur de l’Europe occidentale, s’établissent en France et de là vont conquérir V Angleterre, et plus tard l'Irlande ; la France acquiert son unité par le progrès du domaine et de 1 autorité des rois ; au sud, 1 Italie est morcelée et agitée, ainsi que l Allemagne, par des guerres intestines; au nord, les trois Etats Scandinaves sont constitués, réunis quelque temps en un meme État, puis séparés en royaume de Danemark et royaume de Suède . La Norvège appartint au roi de Danemark jusqu’en 1814, qu’elle fut adjugée au roi de Suède.

A l’orient, le royaume de Pologne, qui s’étendait alors jusqu’à la vallée du Don, servait de rempart à l’Europe chrétienne contre les Mongols , qui, des plateaux de l’Asie, avaient étendu leurs incursions et leur barbare domination sur presque toute la vaste plaine de l’Europe orientale, et subjugué les Moscovites; le royaume de Hongrie , qui s’étendait jusqu’aux Carpathes, servait, avec les petits États slaves du Danube, de rempart contre les Turcs qui avaient envahi 1 Europe par le détroit des Dardanelles et s’étaient établis dans la péninsule hellénique sur les ruines de 1 Empire grec, faible reste de l’ancien empire romain ; en 1453, les Turcs mettent entièrement fin à cet empire par la prise de Constantinople, et cet événement clôt les grandes invasions et la période du moyen âge.

49. Les temps modernes. — Dans les temps modernes, aucun peuple nouveau ne s’ajoute aux peuples déjà fixés sur le sol européen ; mais la guerre, la religion et la politique changent fréquemment les limites , le nombre et l’importance relative des États.

A l’orient, les Turcs, victorieux jusque vers le milieu du dix-septième siècle, régnent sur toute la péninsule hellénique, sur les bords de la mer Noire et sur la vallée du Danube jusqu’au Raab; la Pologne reste prépondérante au centre ; la Russie, qui a refoulé les Mongols sur la frontière asiatique, est encore barbare ; au nord, la rive orientale de la mer Baltique jusqu’au golfe de Riga dépend de la Suède; à l’occident, la maison d' Autriche, qui, dans la première moitié du seizième siècle, avait réuni la couronne d’Espagne et la couronne impériale de l’Allemagne, décline au dix-septième siècle ; le protestantisme, prêché par Luther et Calvin au seizième siècle, a détaché là Basse- Allemagne, les Pays-Bas, la Scandinavie et la Grande- Bretagne de l'Église catholique, et la paix de Westphalie (1618) constitue pour la première fois, par un traité, l’équilibre européen, en détruisant les prétentions de la maison d’Autriche à la suprématie dans l’Europe occidentale, en agrandissant la France, en reconnaissant l’indépendance de la Suisse et de la Hollande , et en faisant de l’Empire germanique une sorte de confédération d’Etats indépendants.

Dans la seconde moitié du dix-septième siècle et au dix-huitième, les conquêtes de la France sous Louis XIY menacèrent de nouveau l’équilibre européen ; le traité d’Utrecht (1713) marqua le triomphe de la coalition formée contre elle, et, en donnant à un prince français la couronne d’Espagne, enleva à cette puissance ses possessions en Italie et dans les Pays-Bas, d’où s’étaient déjà détachées les provinces du Nord ; une d’elle, la Hollande, a donné son nom à tout le groupe. Environ trois siècles auparavant, en 1307, un autre soulèvement contre la maison d’Autriche, avait formé le noyau de la Suisse. L’An-

gleterre, devenue par la réunion de l’Ecosse, le royaume de Grande-Bretagne , domina sur les mers et exerça une influence prépondérante sur la politique continentale

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au dix-huitième siècle; la Prusse devint un royaume qu fît équilibre à l’Autriche, demeurée en possession de la couronne impériale.

A l’orient, les Turcs furent refoulés derrière le Danube; la Russie , agrandie aux dépens de la Suède et de la Turquie, devint un État véritablement européen par l’acquisition de côtes sur la Baltique et sur la mer Noire et avança sa frontière vers l’Europe centrale par le partage de la Pologne.

Depuis le seizième siècle, l’unité religieuse de l’Europe occidentale était brisée : TÉglise catholique conservait l’Italie, la Hongrie, l’Allemagne du Sud, la France, les Pays-Bas autrichiens, la péninsule Ibérique, l’Irlande ; mais Y Allemagne clu Nord , les États Scandinaves , la Hollande, la Grande-Bretagne , une partie de la Suisse et de V Allemagne du Sud appartenaient aux églises protestantes. L "Europe orientale (péninsule hellénique et Russie), depuis le schisme de Photius, formait I’Église grecque, et l’invasion ottomane avait implanté Y Islamisme dans la péninsule hellénique.

Les guerres de la Révolution française et de l’Empire bouleversèrent l’équilibre européen tel que l’avait fait le traité d’Utrecht. En 1812, Y Empire français s’étendait par ses possessions directes, des Pyrénées et de la vallée du Tibre jusqu’à la mer Baltique ; par ses alliés ou ses vassaux, du Guadalquivir à la Vistule. Les traités de 1814 et de 1815 contraignirent la France à se resserrer dans les limites de 1789 et constituèrent un nouvel équilibre européen, fondé en partie sur l’état de choses antérieur à 1789, en partie sur des combinaisons nouvelles : formation du royaume des Pays-Bas et de la Confédération germanique , amoindrissement du Danemark, agrandissement de la Russie, déjà maîtresse de la Finlande et de la Bessarabie et dotée, en 1815, du royaume de Pologne.

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