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L’ADMINISTRATION ET LA POPULATION

105. L’administration des paroisses, bourgs, cités et comtés. — il n’y a pas en Angleterre, comme en

France, une hiérarchie régulièrement organisée de circonscriptions administratives. La paroisse , le bourg ou la cité représentant le groupe municipal, constituent la principale, et, pour ainsi dire, la seule unité politique au-dessous de l’État. Tous les contribuables payant la taxe des pauvres font partie de la « vestry », assemblée qui administre les affaires paroissiales (église, cimetières, routes, pauvres, police, éclairage, etc.), et qui nomme les fonctionnaires, «gardiens de l’église» et autres ; quelques-uns d’entre eux, parle fait de leurs charges, ont deux ou plusieurs voix. Certains services, comme celui des égouts et des eaux, dépendent de commissions de district ou de commissions spéciales qui procèdent également de l’élection. Sont dites bourgs ou bien cités, les communes érigées en corporations par charte royale, et composées de bourgeois s’administrant eux-mêmes et nommant un conseil, qui à son tour nomme le maire et les aldermen ; un bourg, ou une cité, peut comprendre plusieurs paroisses. La cité de Londres en compte 108 ; et son premier magistrat porte le titre de lord-maire.

Le Comté a pour principaux officiers le lorcl-lieutenant , commandant militaire de la province, dont les fonctions sont surtout honorifiques, et le shérif , premier magistrat civil, nommé chaque année par la couronne et chargé du maintien delà paix publique. Mais l’administration est principalement aux mains des juges de paix, formant un corps très-important qui, dans ses grandes et scs petites sessions, exerce l’autorité judiciaire et une partie de l’autorité civile.

L’Angleterre, au point de vue judiciaire, est divisée en sept circuits, sans compter le Middlesex ; pour chaque circuit, deux juges de la cour suprême sont délégués afin de tenir successivement dans chaque comté les grandes assises de concert avec les juges de paix.

1 06 . Le gouvernement. — Le gouvernement es t partagé

entre: 1» le souverain , roi ou reine, qui exerce le pouvoir exécutif, nomme les fonctionnaires, et administre à l’aide des ministres (au nombre de 15) choisis par lui parmi les hommes investis de la confiance du parlement ; le titre de premier ministre appartient d’ordinaire au premier lord de la trésorerie.

2° La Chambre des lords ou chambre haute, composée de tous les lords ou pairs laïques et spirituels (archevêques et évêques) d’Angleterre, de 27 pairs laïques d’Irlande nommés à vie par la pairie d’Irlande, d’un des quatre pairs spirituels d’Irlande, et de IG pairs laïques d’Ecosse

nommés, à chaque législature, par la pairie d’Ecosse (en tout -478 membres environ;.

3° La Chambre des comm unes ou chambre basse, qui compte environ 658 membres, élus pour sept ans dans les bourgs et comtés, par les citoyens payant une certaine contribution.

Le Parlement, comprenant les deux chambres, vote les subsides, les lois et peut réformer la constitution, laquelle consiste beaucoup moins dans des actes écrits que dans l’usage et la pratique de la vie politique. Les bills (c’est-àdire les projets de loi) relatifs aux subsides sont présentés d’abord à la chambre des communes. Aucun acte ne peut être accompli par la couronne, que sous la responsabilité du ministre qui le conseille et des fonctionnaires qui 1 exécutent.

L’Angleterre n’a pas de codes, et sa législation se compose des anciennes coutumes ou ordonnances et des actes du Parlement ; dans aucune affaire criminelle, les juges (excepté la Chambre des lords) ne peuvent rendre d’arrêt qu’avec le concours du jury. Nous devons ajouter qu’il y a peu de pays en Europe où la centralisation administrative soit moindre et la liberté individuelle plus entière.

107. Le budget. — Les dépenses des paroisses, des bourgs ou cités, les taxes locales ne figurent en aucune

façon dans le budget de l’État qui est présenté par le gouvernement, discuté et voté par les chambres et qui s’élève à environ 1,800 millions.

Les principales sources du revenu sont les douanes , portant presque uniquement sur le sucre, le tabac, le thé, le vin et l’alcool, le café ; Yexcise (ou droits de consommation), frappant surtout les boissons *, Yincome-tax ou impôt sur le revenu , les droits de timbre , les postes.

Parmi les dépenses, les principales sont l’intérêt de la dette, qui coûte de 650 à 700 millions ( le capital de la dette fondée ou flottante s'élève à 19 milliards 1/2), et les forces militaires (armée et marine) qui coûtent 660 millions.

108. L’armée et la flotte. — L 'armée active est forte d’environ 200,000 hommes ; le recrutement se fait par enrôlements volontaires ; les officiers sont nommés après examen ; la faculté de remplacer un titulaire en lui achetant son grade n’existe plus. La milice , à pied et à cheval, et les corps de volontaires sont les auxiliaires de l’armée active.

La marine de guerre, destinée à protéger une marine marchande d’environ 40,000 bâtiments et un vaste empire colonial, se compose d’environ 570 navires portant 13,000 canons , et servis par 74,000 individus.

109. Le culte. — L’exercice des cultes est entièrement libre dans les îles Britanniques. La grande majorité de la pojmlation appar tient au protestantisme.

Il y a deux religions d’Etat:

lo En Angleterre, « l’église établie » ou église anglicane date de Henri VIII, qui, quoique séparé du pape, s’opposait absolument à toute modification du catholicisme. Aussi, bien que la réforme s’y soit plus tard introduite, elle a conservé la hiérarchie catholique ; elle compte deux archevêchés ( Çanlerbury et York) et 25 évêchés. Ses mi-

nistres sont nommés par lo souverain, avec une apparence cV élection par les chapitres; elle possède les cathédrales, les bénéfices ecclésiastiques de tout genre et pourvoit aux dépenses du culte par un impôt, dit taxe d’église, prélevé sur tous les habitants, conformistes ou dissidents.

2° En Ecosse, Yéglise presbytérienne , qui est organisée par paroisses et administrée par l’assemblée générale ; elle date du temps môme de la réforme et s’est constituée sous l'influence des idées calvinistes.

On compte environ 16 millions d’anglicans et 2 millions 1/2 de presbytériens. En Irlande , bien que l’église établie ait des archevêchés (au nombre de deux : Armagh et Dublin)et plusieurs évêchés, la très-grande majorité des habitants est catholique . On compte environ 8 millions de catholiques dans les îles Britanniques. Le reste des dissidents appartient à diverses sectes : wesleiens, méthodistes, indépendants, quakers, etc.

110. La population. — Les îles Britanniques ont aujourd’hui une population de 32 millions d’ames, dont 22 millions 3/4 pour l’Angleterre, 3 millions 1/3 pour l’Écosse et 5 millions 1/2 pour l’Irlande. C’est presque une population de i habitant pah hectare, autrement dit de 101 habitants par kilomètre carré , plus dense, par conséquent, que celle de la France, oh l’on ne compte que 69 habitants par kilomètre carré.

L’Angleterre a d’immenses possessions coloniales. L’ Empire britannique , métropole et colonies réunies , a une superficie cle plus de 20 millions de kilomètres carrés et une population de plus de 200 millions d’individus.

C’est dans les comtés manufacturiers de Middlesex, Lancastre, Surrey, Stafford, Warwick, Durham, en Angle-

terre, Renrrew, Edimbourg, Lanark, en Ecosse, qu’elle est le plus dense; elle y dépasse 200 habitants par kilomètre carré, tandis que, dans le Westmoreland, dans la moitié du

pays de Galles et dans le nord de l’Écosse, elle n’atteint pas 50 habitants par kilomètre carré.

Elle s’accroît rapidement : elle a doublé depuis le commencement du siècle ; c’est dans l’Angleterre proprement dite que cet accroissement a été le plus marqué. L’Irlande, après avoir vu, durant les 40 premières années du siècle, la misère s’étendre avec le nombre de ses habitants et sévir cruellement par suite d’une mauvaise organisation sociale, a subi une forte diminution par la mort ou l’émigration ; elle est retombée à peu près au chiffre de

Aujourd’hui, dans les trois royaumes, le nombre annuel des décès est de beaucoup inférieur à celui des naissances. L’accroissement se produit dans les agglomérations urbaines, et d’autant plus que ces agglomérations sont déjà plus considérables.

Sur 400 Anglais gagnant leur vie par leur travail, on en compte en moyenne 243 employés dans l’industrie, 100 dans l’agriculture, 32 dans le commerce , 24 dans les professions libérales.

Non-seulement cette population augmente sur le sol natal, mais elle envoie chaque année, dans ses nombreuses colonies, surtout en Australie et aux États-Unis, des émigrants qui y portent son industrie, sa langue, ses mœurs et qui contribuent à accroître l’influence de la race anglosaxonne dans le monde. L ’cmigration, dont le chiffre, par l’effet de diverses circonstances, varie d’une année à l’autre, est en moyenne, depuis quinze années, de plus de 200,000 individus par an.

111. L’instruction. — L’instruction est moyennement répandue dans la Grande-Bretagne (bien moins pourtant qu’en Allemagne, en Hollande, etc.). Il y a un siècle, la moitié à peine des individus pouvaient signer leur nom en se mariant; aujourd’hui les trois quarts savent lire et écrire.

Il reste cependant encore de grandes améliorations à apporter dans l’organisation de l’enseignement primaire en Angleterre. On y compte dans les écoles de tout genre, écoles primaires des diverses communions religieuses,écoles despauvres, dites « Ragged-Scliools» , (écoles en haillons), écoles de fabrique pour le degré inférieur et pourle degré intermédiaire, écoles de grammaire, écoles privées, etc., environ 2 millions et demi d’élèves. L’instruction supérieure est donnée dans les universités :

les principales sont celles d 'Oxford, de Cambridge , d’Edimbourg, de Glascow et de Dublin.

L’instruction primaire est moins avancée en Irlande qu’en Angleterre, et beaucotip moins en Angleterre qu’en Ecosse, où il est très-rare de rencontrer un homme ne sachant pas lire et écrire.

Le progrès de l’instruction est secondé par de nom-

breuses sociétés et par les encouragements de l’Etat.

L’Angleterre est le pays le plus riche de l’Europe, par son agriculture, son industrie et son commerce ; aussi dans aucun pays d’Europe, l’usage des assurances n’estil aussi répandu : assurances maritimes, assurances terrestres, de biens immobiliers ou mobiliers, assurances sur la vie humaine ; et, comme la richesse se répartit assez largement par le travail jusque dans les rangs inférieurs, nulle part les caisses d' épargne n’ont autant de dépôts (environ i milliard). Néanmoins l’Angleterre est affligée d’un grand nombre de pauvres, ù. l’entretien desquels les paroisses sont tenues de pourvoir à l’aide d’une taxe spéciale.

C’est en partie à son sol, riche en minéraux et surtout en houille et en fer, ouvert de toutes parts à la mer qui met le pays à l’abri des invasions et qui sollicite le commerce, que V Angleterre doit sa puissance economique. Mais elle la doit beaucoup plus encore aux qualités de sa population , qualités dues surtout aux conditions phy-

siques et politiques au milieu desquelles cette population s’est développée, et qui se manifestent par des institutions libres, par l’esprit d’entreprise, par la sécurité de la propriété, par un grand sens pratique, par une accumulation considérable de capitaux.

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