Retour sur la géographie physique
L’empire d’Allemagne (544,450 kilomètres carrés) est une aggrégation politique de plusieurs É tats, repartis entre deux grandes régions physiques et ethnographiques : I’Allemagne du Nord et I’Allemagne du Sud.
L’Allemagne du Nord (411,500 kilomètres carrés) comprend elle-même deux parlies très-distinctes au point de vue politique : le royaume de Prusse et un certain nombre d’ÉTATS secondaires.
1° Le royaume de Prusse est situé entre 3° 30' et 20° 30' de longitude occidentale et entre 49° 20' et 55° 30' de latitude ; il est borné, à l’ouest, par les Pays-Bas et la Belgique ; au sud par la France, les États de l’Allemagne du Sud, les États saxons et FAutriciie ; à l’est, par I’empire Russe; au nord, par la mer Baltique (que les Allemands nomment mer orientale), par le Mecklembourg, par le Danemark dont le sépare la rivière Konge, par la mer du Nord et par le grand-duché d’Oldenbourg; il enveloppe plusieurs États de l’empire d’Allemagne enclavés dans son territoire, et il possède lui-même, enclavée dans le Wurtemberg, la principauté de Hohenzollern ; il a une superficie de 352,000 kilomètres carrés.
2° Les 21 états ou territoires dépendant de l’empire d’Allemagne forment trois groupes :
Le Groupe septentrional ou groupe maritime , com-
posé des deux grands-duchés de Mecklembourg à l’est (17 kilomètres carrés), du grand-duché d’Oldenbourg à l’ouest (6,400 kilomètres), et du territoire des trois villes libres.
Le Groupe central, composé d’États enclavés dans le territoire prussien, Lippe (1,500 kilomètres carrés), Brunswick (3,700 kilomètres carrés), Anhalt (2,300 kilomètres carrés), Waldeck (1,100 kilomètres carrés).
Le G roupe méridional appartenant à la région m on tueuse, et composé des duchés et principautés de la Thuringe (duchés de Saxe 9,200 kilomètres carrés, etc.), du royaume de Saxe (15,000 kilomètres carrés) et d’une partie de la Hesse (voir 2e Section).
Le climat du nord de l’Allemagne est humide et tempéré du côté de la mer du Nord ; extrême avec des hivers rigoureux du côté de l’est où il appartient essentiellement aux climats continentaux. C’est un pays de plaines basses dans toute la région septentrionale, de montagnes sur la lisière méridionale. Il est formé de terrains modernes au nord, de terrains primitifs ou secondaires au sud. Il est bordé, au sud, par les monts Sudètes , les monts Métalliques■, la forêt de Franconie , le Rhœn et le Taunus , et il renferme la forêt de Thuringe et le Harz. Il est arrosé par le Niémen et la Vistule à son extrémité orientale, par Y Oder , YElbe et le Weser dans sa partie centrale, par YEms, le Rhin et la Moselle à son extrémité occidentale.
155. La formation politique. — Toute l’Allemagne du Nord était, au temps des Romains, qui ne la soumirent jamais, occupée par les Germains : c’est de là que partirent les invasions de barbares qui détruisirent l’Empire. Les plus redoutables étaient les Francs qui fondèrent une puissance s’étendant sur la Gaule et sur une notable partie de l’Allemagne et qui laissèrent leur nom à la province de Franconie ; et les Saxons, confédération qui s’étendait sur toute la région du Nord, entre le Rhin et l’Elbe, et que Charlemagne soumit au Christianisme.
Depuis Fan 800, la Germanie fit partie de Y Empire ci’ Occident ; elle forma, après le traité de Verdun (843), un Etat séparé, dont les rois reprirent, un siècle après, à Rome (962), avec Otlion le Grand, la couronne de Charlemagne et qui devint ainsi le Saint-Empire germanique. C’était un ensemble de principautés féodales, dont les seigneurs obéissaient faiblement aux empereurs, et qui subirent de nombreuses révolutions. Le vaste duché de Saxe fut démembré au xie siècle. Le Mecklembourg remonte, comme principauté presque indépendante, aux premiers temps de l’Empire et fut érigé en duché au milieu du xive siècle; l’Oldenbourg, le Brunswick datent du démembrement du duché de Saxe ; le royaume de Saxe actuel portait, dès le xv3 siècle, le titre d 'Électorat.
Presque toute l’Allemagne du Nord adopta, au xvie siècle, la reforme luthérienne , et le traité de Westphalie (1648), en reconnaissant les droits des États protestants, annula les prétentions des empereurs tendant à l’établissement d une monarchie absolue. Les guerres du commencement du xixe siècle mirent fin à l’Empire d’Allemagne, créèrent, sous l’autorité de Napoléon, la Confédération du Rhin, firent de la Westphalie un royaume éphémère, et érigèrent l’électorat de Saxe en royaume.
Les traités de 1815 organisèrent l’Allemagne en Confédération germanique , sous la présidence de l’Autriche : le royaume de Saxe et le royaume de Hanovre furent, dans Je nord , les plus importants parmi les États secondaires de la Confédération.
Le Brandebourg, une des anciennes principautés de l’Allemagne, fut le berceau de la monarchie prussienne. Les Germains, qui primitivement l’habitaient (Suèves, Lombards), 1 ayant quitté pour envahir l’Empire romain, des S laves ivendes prirent leur place; vaincus par Charlemagne, ces Slaves ne furent réellement soumis et convertis que lorsque les empereurs saxons eurent établi, dans leur pays,
une marche (950) qui, détachée de la Saxe, prit le nom de Marche de Brandebourg (1142). Des colons allemands se répandirent alors dans le pays. Le Brandebourg, érigé en Electorat (1324), passa à la famille de Hohenzollern (1411) et s’agrandit.
Cependant, à l’est, les Polonais avaient lutté pendant plusieurs siècles contre les Prussiens, barbares idolâtres. Conrad de Mazovie appela de Palestine les chevaliers Leutoniques qui finirent par conquérir le pays (1283), fondèrent Marienbourg (1309) et appelèrent des colons allemands. Ils furent presque continuellement en guerre avec la Pologne dont ils étaient les vassaux. Le grand maître Albert de Brandebourg embrassa le protestantisme (1525) et sécularisa la Prusse. Son fils étant mort sans enfants, la Prusse orientale passa par héritage à l’électeur de Brandebourg 1018;. La Réforme et la guerre de Trente ans agrandirent considérablement les domaines de l’électeur de Brandebourg (Poméranie ultérieure, archevêché de Magdebourg, évêchés d’Halberstadt, de Minden, de Gamin); un traité affranchit le duché de Prusse de foute vassalité (1650). En 1701, les États de l’électeur furent érigés en royaume de Prusse. Frédéric II conquit la Silésie (1742) sur l’Autriche, provoqua le démembrement de la Pologne à laquelle il enleva la Prusse occidentale (1772) ; deux autres partages de la Pologne portèrent la frontière prussienne jusqu’au Niémen et au Bug. Mais les guerres de la République et de l’Empire et surtout le traité de Tilsitt (1807) amoindrirent la Prusse et lui enlevèrent ses domaines des bords du Rhin et ses possessions polonaises. Les traités de 1815 ne lui rendirent qu’une partie de la Pologne (Danzig et le duché de Posen), mais l’agrandirent en Allemagne aux dépens de la Saxe, en Poméranie et sur les bords du Rhin, et en firent un des deux grands États de la Confédération germanique.
La guerre de 18G0, contre l’Autriche, en mettant fin à
cette Confédération, changea les destinées de l’Allemagne, donna à la Prusse victorieuse le Hanovre, le Holstein et le Slesvig, la Hesse électorale, Nassau et Francfort, et réunit les États de l’Allemagne du Nord, séparés des États du Sud, en une confédération dite Confédération de V Allemagne du\Nord , placée sous l’autorité de la Prusse.
Yint en dernier lieu la guerre de 1870-71, si funeste h la France.
Les États prussiens proprement dits n’éprouvèrent pas de modifications de frontières ; mais leur importance se trouva prodigieusement accrue par le rétablissement de l’empire d’Allemagne, dont la souveraineté a été conférée à titre héréditaire à la maison royale de Prusse. C’est le 18 janvier 1871 que le roi de Prusse Guillaume Ier a été proclamé empereur. Tous les États germaniques se trouvent ainsi placés sous la haute autorité du roi de Prusse, qui est surtout leur chef militaire ; mais chacun d’eux a conservé son administration intérieure.
156. Les divisions politiques. — La Prusse (2 1,000,000 habitants), dont la capitale est Berlin, comprend :
1° Les 8 anciennes provinces , divisées en 26 gouvernements subdivisés eux-mêmes en cercles, à savoir:
Brandebourg , capitale Berlin (gouvts de Berlin, Potsdam, Francfort-s u r-1’ Oder) ;
Poméranie , cap. Stettin (gouv de Stettin, Kœslin, Stralsund) ;
Saxe , cap. Magdebourg (gouvu de Magdebourg, Mersebourg, Erfurt) ;
Silésie , cap. Breslau gouvu de Breslau, Oppeln, Liegnitz) ;
Posnanie , cap. Posen (gouvts de Posen, Bromberg) ;
Prusse , cap. Kœnigsberg (gouvts de Kœnigsberg, Cumbinnen, Dantzig, Marienwerder) ;
Westphalie , cap. Munster (gouv 15 de Munster, Minden, Arnsberg) ;
Province du Rhin , cap. Cologne (gouvu de Cologne, Dusseldorf, Coblenz, Trêves, Aix-la-Chapelle) ;
Plus le Hohenzollern et le territoire de Jade.
2° Les pays conquis ou réunis en 1866 :
Duché de Lauenbourg ;
Holstein et Slesvig , cap. Slesvig ;
Hesse -Nassau , cap. Cassel et Wiesbaden, avec la ville, autrefois libre, de Francfort et l’ancienne principauté de Hesse-H omb o ur g .
Hanovre , cap. Hanovre, comprenant les provinces de Hanovre, Hildesheim, Lunebourg, Stade, Osnabrück, A u ri cli.
Les 22 autres Etats ou territoires du nord de l’Allemagne sont :
Le royaume de Saxe ou Saxe Albertine (2,400,000 habitants), cap. Dresde, divisé en 4 gouvernements subdivisés eux-mêmes en grands bailliages et portant les noms de leurs- chefs-lieux, Dresde, Zwickau, Leipsig, Bauizen.
Les deux grands duchés de Mecklembourg :
Mecklembourg - Schwèrin (560,000 habitants), cap.
Schwérin ;
Mecklembourg^ S trélitz (100,000 hab.), cap. Neu- Strélitz.
Le grand-duché d’Oldenbourg (316,000 hab.), cap. Oldenbourg, avec ses trois provinces d’Oldenbourg, de Lubeck, de Birkenfeld.
La portion du grand-duché de Hesse-Darmstadt située au nord du Mein [Voir la 2e section).
Le groupe des Etats enclavés dans le centre de la Prusse :
Duché de Brunswick (303,000 hab.), cap. Brunswick;
Duché d’Anhalt (197,000 hab.), cap. Dessau ;
Principautés de Lippe :
Lippe-Detmuld (111,000 hab.), cap. Detmold ; '
Scliaumbourg-Lippe (31,000 hab.), cap. Buckebourg ;
Principauté de Waldcck (%7,000 hab.), cap. Arolsen. Le groupe des Etats de la Tiiuringe, comprenant :
1° La Saxe Ernestine , à savoir :
.. Grand-duché cle Saxe-Weimar (283,000 hab.), divisé en 3 cercles : Weimar, Eisenacb, Neustadt ;
Duché de Saxe-Cobourg-ct-Gotha (169,000 hab.) ; Duché de Saxe-Meiningen (180,000 hab.);
Duché de Saxc-Altenbourg (141,000 hab.).
2° Les principautés :
P r in ci pci u t és de Re u s s , br an che aîn é e, (44 , 000 h ab . ) , cap. Greitz; branche cadette (88,000 liab.), cap. Schleitz.
Principautés de Schwartzbourg :
Schiuartzbourg - Ruclolstadt (73,000 hab. ), cap. Rudolstadt.
Schwartz1 mur g - Sondershausen ( 68,000 hab. ), cap. Sondershausen.
Le territoire des trois villes libres :
Brême (110,000 hab.) ;
Hambourg (303,000 hab.) ;
Lubeck (-49,000 hab.).
(Voir la carte n° 13.)
157. X,es réglons agricoles. - — Au point de vue agricole, l'Allemagne du Nord se divise en deux parties bien distinctes : l°la plaine de la Basse-Allemagne faisant elle-même partie de cette longue et basse plaine de terrains modernes qui s’étend de la Flandre à la Courlande, dans le bassin de la mer du Nord et de la mer Baltique, et comprenant 4 régions ; 2° la zone montagneuse qui s’étend des terrains de transition de l’Ardenne jusqu’à l’extrémité des Sudètes : elle est couverte par les ramifications du Hundsruck, du Taunus, du Spessart, du Frankenwald, du Harz, du Thuringerwald, du Fichtelgebirge, del’Erz-gebirge et du Riesen-gebirge, et comprend 3 régions ; en tout 7 régions :
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1° La région Hànovrienne, à l’ouest, s’étend de la frontière de la Hollande à la vallée de l’Elbe ; elle est bornée au sud par les collines à travers lesquelles le Weser s’ouvre le passage dit Porte Westphalique ; elle comprend à l’ouest une vaste contrée basse, marécageuse, renfermant les plus grandes tourbières de l’Allemagne, celles de Bourtange, etc.; c’est un paysage désolé, n’offrant aux regards que de rares villages construits en sapin au milieu d’immenses pâturages humides, sans arbres, avec quelques collines de sable aride indiquant la présence de la geest ; cependant, derrière les dunes qui bordent la mer, le sol est fertile et bien cultivé ; à l’est du Weser, des marécages dominent encore dans la contrée voisine de la Baltique; mais, entre Brème et Stade, le sol s’élève et se couvre de bouleaux et de hêtres : c’est le pays boisé de Lunebourg , au sud duquel on retrouve les landes et les sables de la bruyère (licide) de Lunebourg. Cependant la vallée du Weser nourrit beaucoup de bœufs, et le sable de la geest est favorable à la culture de la pomme de terre.
c2° La région de l’Elbe et du IIolstein , s’étend de Magdebourg â la frontière du Jutland : c’est une région éminemment fertile, qui donne les céréales, le houblon légumes, les fruits et nourrit un nombreux bétail ; la Vieille-Marche est en général une bonne terre de labour; le Holstein et surtout la portion désignée sous le nom de N or cl- Albin g te est la partie de la basse Allemagne la plus riche en grains, en fourrages, en bestiaux ; la partie située sur le bord de la mer du Nord et désignée sous le nom de Dithmarsch ne lui cède en rien et rappelle les belles prairies de la Hollande.
3° La région des provinces Baltiques s’étend du Holstein à la frontière russe, le long de la Baltique ; elle se compose de plateaux bas et si uniformes que les eaux s’y accumulent et forment des lacs et des lagunes d’une grande étendue ; elle présente de longues plaines sablon-
neuses, «la geest », où ne poussent que la bruyère et le pin sylvestre. En général, sur ses landes et dans ses pâturages, elle élève beaucoup de mérinos ; sur ses terres légères, elle donne la pomme de terre, le seigle, et produit assez pour exporter des grains, des graines oléagineuses, des pois, de la laine, de l’alcool. Elle comprend le Mecklembourg , renommé pour ses moutons et surtout pour ses beaux chevaux ; la Poméranie , fertile, où n’apparaît pas la geest et où la surface du sol n’est pas formée de galets ; les îles qui dressent leurs falaises au dessus de la côte basse de Poméranie, et surtout le « paradis » de l’île de Rugen sont particulièrement fertiles en grains ; la Prusse , proprement dite, que l’on désigne quelquefois sous le nom de « plaine des lacs » , parce que son sol bas, tout alluvial, est en partie couvert de marécages et de lacs entourés de vastes prairies. Elle est aussi en grande partie occupée par la geest infertile et par les bruyères et les pins qui en accusent la présence ; excepté sur quelques points privilégiés, comme les environs d’Elbing, le pays de Fetry, etc., la Prusse est une terre médiocrement propre à la culture.
La région du Brandebourg et de la Posnanie, dans laquelle on peut réunir les deux dernières provinces de la partie des plaines : le Brandebourg , province manufacturière et populeuse, où la culture tire, par conséquent, autant que possible, parti du sol, produit des céréales, des racines, des légumes et nourrit des moutons ; mais le sol est en général très-médiocre ; les petites collines et les plateaux appartiennent la plupart à la geest, et ne présentent à l’œil que des sables nus, des bruyères et des pins ; les vallées forment des plaines basses et presque sans pente, semées de marais tourbeux ; le bassin du Havel, « Havelland », bordé de forêts de pins au sud, de forêts de hêtres au nord, et tout moucheté de lacs, est la plus fertile de ces vallées ; au sud de la province sont le
Planning, large et longue crête de sable orientée de l’est au sud-ouest, que couvrent en partie des forêts de pins, et la Basse-Lusacc , marécageuse dans la forêt de la Sprée, sablonneuse sur les plateaux qui font suite au Flœming et que traversent la Neisse et la Bober. La Posnanie est plus favorisée ; c’est une grande plaine ondulée, dont le sol, formé de limon et d’argile, donne abondamment les céréales, les graines oléagineuses, le houblon, etc., et nourrit une grande quantité de bétail, gros et petit.
5° La région Silésiknne comprend deux parties distinctes : au nord et dans la plaine de Breslau renommée pour son blé, son tabac, ses légumes et son lin, elle rappelle la Posnanie, quoiqu’elle en soit séparée par une série de plateaux et de collines boisées ; au sud et à l’ouest, elle est formée par d’étroites et profondes vallées, séparées par les ramifications des Riesen-gebirge, où les forêts alternent avec les pâturages et les tourbières.
6° La région Saxonne, comprenant, en premier lieu, le royaume de Saxe , qui a lui-même trois parties distinctes: la Haute- Lus a ce, sur la rive droite de l’Elbe, remarquable surtout dans sa partie occidentale, dite « Suisse Saxonne » à cause de ses paysages pittoresques, est un vaste plateau de grès appuyé sur la Bohême, présentant sur ses hauteurs de grandes forêts et de maigres collines, dans ses étroites et capricieuses vallées de belles prairies; la vallée de l'Elbe , fertile en grains et en fruits; le Voigtland et toutes les pentes de l’Erzgebirge, qui descendent doucement jusque dans la belle plaine de Leipsig, portion plus fertile que la Suisse Saxonne, mais en partie déboisée ; en second lieu, la Thuringc , bornée au sud par les hauteurs et les forêts du Fichtel-gebirge, du Franken-wald et du Thuringer-wald, d’où descendent V3i\s le nord un grand nombre de petites vallées, entrecoupées de plusieurs séries de collines appartenant â plusieurs formations géologiques; Erfurth, avec la belle et
fertile plaine de l’Unstrutt, renommée pour ses fruits, est en quelque sorte le centre des vallées Thuringiennes qui nourrissent dans leurs pâturages de nombreux troupeaux ; en troisième lieu, la contrée du Hartz qui forme lui-même un grand plateau, incliné au sud-est, surmonté çà et là de sommets mamelonnés, couvert surtout au nord-ouest de pâturages et de forêts et profondément découpé par d’étroits vallons ; tout autour sont des collines, des plaines et des vallées pittoresques où l’on élève, surtout dans le Brunswick, beaucoup de chevaux, de bœufs, de moutons et de porcs ; à l’est, s’étend la riche plaine de Mersebourg.
7° La région Rhénane s’étend à l’ouest du Harz jusque sur le bassin supérieur du Wéser et comprend des contrées très-diverses généralement montagneuses : le massif, en partie stérile, en partie boisé et propre à l’élevage des porcs, du Rhoen et du Vogelsberg au pied duquel est la plaine de Hanau ; la Westphalie, dont le sud est également montueux, boisé, peu fertile, mais au nord-ouest de laquelle s’ouvre, comme un golfe, la plaine de Munster ; la province du Rhin et le Nassau , provinces également montueuses, quelquefois boisées et quelquefois arides dans le Wester-wald, toutes semées de rochers dans le Taunus, sur le plateau de l'Ardenne, sur l’Eifel volcanique, dans le Hundsruck aux murailles de schiste, mais cependant renfermant les riches vignobles du Rheingau, au pied du Taunus, les coteaux de la Moselle et la plaine bien cultivée du Rhin qui s’ouvre à Goblentz, puis se rétrécit et s’ouvre de nouveau à Bonn.
158. Les cultures alimentaires. — On évalue la production des céréales dans V Allemagne du Nord à 185 millions d'hectolitres dont environ 135 pour le royaume de Prusse et 50 pour les autres États de la Confédération. Cette production, abondante relativement à la superficie, surtout dans les Etats de la Thuringe et
dans le royaume de Saoee, consiste en seigle (70 millions d’hectolitres) qui est la principale céréale des terres froides et maigres du Brandebourg , de la Poméranie , de la Prusse proprement dite, de la Silésie , de la Westphalie , du Holstein-S lesvig ; en avoine (GO millions d’hectolitres) que l’on cultive partout, et principalement, comme le seigle, dans les terres sablonneuses et froides de V Allemagne orientale ; en froment , en méteil, en épeautre (40 millions d’hect. en tout), récoltés surtout dans la Saxe et dans la province du Rhin ; en orge (15 millions d’hectolitres) qu’on cultive un peu partout, principalement en vue de la fabrication de la hicre. On fait beaucoup de sarrasin dans la haute Silésie , le Brandebourg , la Westphalie, la province du Rhin, etc.
Le pain de seigle est le fond principal de la nourriture végétale dans les campagnes ; dans quelques districts pauvres, c’est le pain d’avoine.
Dans toutes les régions et surtout dans celles qui sont trop sablonneuses pour permettre la culture des céréales [Brandebourg .Poméranie, P osen, Prusse proprement dite, Westphalie , etc.), on trouve une ressource dans la pomme de terre, qui rend annuellement 200 millions d’hectolitres et entre dans l’alimentation pour une part considérable.
Il faut citer aussi les lupins des provinces de l’est, les pois de la Prusse orientale, de la Westphalie et de la province du Rhin, etc., les fèves de la Saxe (Erfurth, Magdebourg, etc.) et des bords du Rhin, les lentilles de la Thuringe, etc., le cumin de Saxe, de Silésie, Y unis des environs d’Erfurth et de Danzig, Y angélique, la chicorée des environs de Magdebourg, etc., les légumes qu’en Allemagne, comme dans les autres pays, on cultive surtout dans le voisinage des grandes villes (Berlin, Postdam, Breslau, Erfurth, Magdebourg, etc.).
159. Les cultures industrielles. — Les principales plantes industrielles sont :
1° Le tabac que l’on cultive clans toute FAlleinagne du Nord et qui vient très-bien dans les plaines sablonneuses du Brandebourg y la plus productive des provinces en ce genre, de la Poméranie , des environs de Breslau, de la vallée de la Werra, de Nassau, de la Hesse, etc. ; la récolte, évaluée à 11,000 tonnes, ne suffit pas à la consommation des habitants ;
2° La betterave , dont les fabriques de sucre consomment plus de 1 million et demi de tonnes, et que produisent surtout les provinces de Saxe , de Prusse, de Silésie, de Brandebourg, le royaume de Saxe et le Brunswick ;
3° Le lin et le chanvre ; le lin surtout que toutes les provinces cultivent pour leur usage particulier, mais qui offre des produits assez abondants pour l’exportation dans la Westphalie, la Silésie , la Prusse orientale (lins estimés de Memel, de Marienbourg), le Hanovre, le Brunswick et l’Oldenbourg ; la culture du chanvre ne se rencontre guère que dans la Westphalie (Tecklenbourg, Ravensbourg), dans la Saxe (Unstrutt, etc.) et la Silésie;
4° Le colza, le pavot, le sénevé, la cameline, plantes oléagineuses, qui viennent dans les bonnes terres de la région des plaines ;
5° La garance de Saxe et de Silésie ;
6° Le houblon, très-cultivé aussi dans un jjavs où le raisin ne mûrit qu’en quelques lieux privilégiés et où la bière est la boisson ordinaire de la population ; moins cependant dans l’Allemagne du Nord que dans l’Allemagne du Sud ; la plaine de Posen, la Vieille Marche, le Brunswick sont particulièrement renommés.
160. Les prairies. — Les prairies artificielles (trèfle, vesce, luzerne) se trouvent dans les cantons dont la culture est avancée; les prairies naturelles sur le bord des cours d’eau et dans les vallées des régions montagneuses; les pâturages et pâtis dans les landes incultes, dans les
clairières des forets, et sur les flancs des montagnes. C’est la provh\ce de Prusse (surtout l’arrondissement de Gumbinen)qui, grâce à sa vaste étendue, à ses nombreux cours d’eau et à ses étangs, possède la plus grande superficie de prairies; la Poméranie, le Brandebourg, principalement dans la vallée de la Wartha, dont les prairies sont plantureuses, le Hanovre dans la région du Harz et dans les terres marécageuses de l'Ost-Frise, l’arrondissement de Munster en possèdent aussi de vastes étendues ; mais elles sont loin de rendre en moyenne autant de foin à l’hectare que les prairies de la Sacre, de la Thuringe et du Brunswick qui sont par excellence les pays d’herbages dans l’Allemagne du Nord. On évalue à 18 millions d hectares les prairies et pâturages de l’Allemagne du Nord.
161. Les cultures arborescentes. — Certaines parties de l’Allemagne cultivent avec succès les arbres fruitiers , particulièrement le prunier et le pommier : Postdam, Guben, Zullichau dans le Brandebourg, toute la vallée de la Saale et de Y Unstrutt , où se trouve la fertile «plaine d’or», la Ilaute-Lusace, les pentes de la Silésie exposées au soleil levant, les bords de la Moselle, la liesse, etc. Les noix de la vallée du Rhin sont renommées.
La vigne ne prospère que dans la vallée du Rhin et de la Moselle ; elle est cependant un des plus riches produits de la culture arborescente (un demi-million d’hectolitres de vin par an). Sur la rive droite du Rhin, dans le Nassau, en face de la Hesse-Rhénane, s’étend, de Hochheim à Lorch, la suile ininterrompue des coteaux du Iiheingau coteaux pierreux qui donnent le fameux vin du Rhin et qui renferment les crus si renommés de Johannisbcrg , Steinberg, Raucnthal, Rudesheim (crû d’Hinterhauser, etc.), Mareobrunner, etc. Les vins blancs de la Moselle, qui ont un goût caractéristique de pierre à fusil et dont une grande partie est transformée en vins mousseux, proviennent des vignobles qui s’étendent de la frontière
luxembourgeoise à Coblentz. L’Allemagne orientale ne fournit que quelques vins médiocres, à Meissen (Saxe), à Guben (Brandebourg), à Gruneberg (Silésie).
162. Les forêts. — Les forêts occupent, dans l’Allemagne du Nord, une surface de 9 raillions et demi d? hectaresy c’est-à-dire le quart du territoire ; elles sont la plupart sur les pentes montagneuses de la frontière méridionale et sur les vastes étendues de sable semées dans la grande plaine septentrionale. Dans le royaume de Saxe , et dans les États de la Thuringe, qui renferment l’Erzgebirge et le Thuringer-wald, dans le Brandebourg (surtout l’arrondissement de Francfort), où la geest sablonneuse est cachée sous d’immenses massifs de pins sylvestres s’étendant jusqu’au delà des confins de la Prusse, de la Poméranie, de la Posnanie et de la Silésie (surtout l’arrondissement de Liegnitz), dans la 'province du Rhin (surtout l’arrondissement de Coblentz (1), où les hautes terres de l’Eifel, du Hundsruck, du Wester-wald, de la Sarre, sont boisées, elles couvrent le tiers du territoire. C’est ensuite dans la région du Iiarz et sur le versant occidental de la Silésie que l’on trouve le plus de forêts.
Les forêts fournissent, en grande quantité, du bois à brûler, du charbon, des mâts, des bois de construction, des planches, des douves, de la résine, du goudron, de la potasse (potasse de Danzig), etc.
163. Les animaux. — L’Allemagne du Nord, possédant de vastes herbages, soit dans les plaines septentrionales, soit dans les vallées accidentées du sud, possède un nombreux bétail :
1° Environ 2 millions et demi de chevaux, nombreux surtout dans la région septentrionale, dans la province de Prusse et de Posen, dans toute la vallée de l'Elbe, sur-
1. Dans cet arrondissement, ainsi que dans l’arrondissement d’Arnsberg (Westphalie), la surface boisée occupe plus des quatre dixièmes du territoire.
tout dans la vallée inférieure, dans les pâturages du Harz et surtout du Brunswick , dans le Slesvig-Iiolstein et dans le Mecklembourg ; là fleurit la race de ces grands et beaux chevaux de carrosse ou de cavalerie, d’où sont sortis la plupart des chevaux élevés dans le reste de la Basse- Allemagne.
Pays froid et pays de plaine, l’Allemagne a peu d’ânes et de mulets.
2° Environ 11 millions de bêtes a cornes, peu nombreuses dans les provinces de l’est (1), abondantes dans l’ouest ( Westphalie , surtout aux environs de Cologne et de Dusseldorf, 'province du Rhin , Hesse , vallée du Weser). Là domine la vache hollandaise plus ou moins transformée par le mélange avec les races locales, races du Westerwald, de l’Odeh-wald, du Yogels-berg, race de la geest. La région du centre (Saxe royale et Thuringe) nourrit dans la montagne les bœufs du Yoigtland et de la Lusace, aj)tes au travail et fournissant de bonne viande, pendant que la vache hollandaise leur dispute les étables de la plaine. Dans la vallée de l’Elbe et dans le Ilolstein vivent diverses races renommées, la race de boucherie de Dithmarsch, petite race laitière d’Angeln, etc., qui se sont . répandues dans une partie de l’Allemagne du Nord.
3° Environ 27 à 28 millions de moutons, assez rares dans les provinces de l’ouest, quoique des moutons à laine grossière paissent en assez grand nombre dans les landes du Hanovre, surtout dans les vastes bruyères de la forêt de Lunebourg (petite race dite Heideschnucke) ; mais nombreux dans le centre, sur les polders clu Ilolstein , dans les plaines du Mecklembourg, surtout dans les pâturages montagneux du Brunswick et d’Anhalt, dans la Saxe où l’on élève, quoiqu en moindre quantité qu autre-
1. Excepté toutefois les plaines de Francfort- sur-l’Oder, de Posen et de Breslau,
fois, le mouton de l'Électorat» variété du mérinos trèsrenommée pour la finesse de sa laine ; nombreux aussi dans l’est, dans la Poméranie et la province de Prusse qui élèvent des mérinos, principalement des negretti, et qui sont avec la Silésie (surtout le district de Breslau où domine le mérinos de l’Électorat importé de Saxe), les contrées de l’Allemagne produisant le plus de laines fines; dans la Posnanie , où la majorité des bôtes appartient h la race polonaise de Zaekel, race à laine commune. Aussi les plus grands marchés de la laine sont-ils situés dans l’est : Berlin , Breslau , Posen , Stettin , et à un degré intérieur : Stralsund et Landsberg.
4° Près de 6 millions de porcs, appartenant soit à la grande et forte race allemande, soit ù. la race de Podolie répandue surtout dans les provinces orientales, soit a la race du Holstein, soit aux races d’importation anglaise , ils sont élevés dans toutes les provinces, principalement dans celles où les forêts de chênes et de hêtres leur procurent une nourriture abondante, dans la Thuringe , dans la Saxe (le royaume et la province prussienne, particulièrement le district de Mersebourg), dans le Brunswick , la Hesse ducale, la Westphalie et le district de Dusseldorf.
5° Environ 1 million et demi de crièvres, rares dans un pays où les montagnes sont rares, et concentrées pour la plupart dans la Thuringe , la Saxe, le Brunswick , la Hesse et les parties les plus accidentées de la Westphalie et de la province du Rhin.
Les Allemands consomment beaucoup de miel et élèvent, par conséquent, beaucoup d ’ abeilles. On compte 1,80,0000 ruches ; c’est dans la Saxe, dans les États de la Thuringe (principautés de Reuss, de Schwarzbourg, etc.), dans les environs de Dusseldorf , d’Aix-la-Chapelle, dans le Lunebourg, qu’on en rencontre le plus.