LE COMMERCE DE L’EMPIRE D'ALLEMAGNE
(Voir les cartes n°* 14 et 15.)
183. Le résumé de la production agricole et industrielle de l’Allemagne. — L’Allemagne, Allemagne du Nord et du Sud, est une vaste contrée qui mesure 544,000 kilomètres carrés, c’est-à-dire une superficie un peu supérieure à celle de la France. Elle a une agriculture florissante, mais dont la production est loin d’être la même dans toutes les provinces ; elle donne en tout 230 à 260 millions d’ hectolitres de céréales de toute espèce, parmi lesquelles dominent 1’ avoine et le seigle, culture des terres froides et légères et que produisent en abondance la Saxe , la Thuringe , la Nordalbingie , le Wurtemberg , etc.; puis l’épeautre dans les États du Sud ; l’orge partout où l’on boit de la bière ; plus de 250 millions d’hectolitres de pommes de terre qui poussent surtout dans les terres sablonneuses du Nord , et dont une partie sert à la nourriture des habitants, et l’autre partie est convertie en alcool et en eau-de-vie; des légumes, surtout dans le voisinage des villes et dans les vallées de l’Elbe et du Necker ; du houblon qu’on cultive partout, parce que partout on boit de la bière, mais dont les qualités les plus renommées sont en Bavière ; du tabac, trèscultivé dans un pays où l’on fume beaucoup et pour la récolte duquel le Palatinat et le Brandebourg sont au premier rang ; des betteraves, cultivées surtout dans le Nord (Saxe, Prusse, etc.), en vue de la fabrication du
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sucre; du lin qui dans la Westphalie , la Silésie, le Hanovre, etc., a donné naissance à la fabrication de la toile; des graines oléagineuses , etc.
Elle a peu de vignobles ; mais la plupart, situés sur les bords du Rhin , du Necker et de la Moselle, produisent des vins d’un grand prix.
Les forêts sont nombreuses et très -étendues dans l’Allemagne, soit dans les sables du nord où poussent le pinet le sapin (Brandebourg), soit dans les montagnes du centre (Ilarz, Saxe, Thuringe, Silésie) et du sud (Forêt noire, Bavière) où le hêtre et le chêne se mêlent aux conifères ; elles couvren t le quart de la superficie de F Allemagne du Nord , le tiers de l’Allemagne du Sud, fournissent du bois à brûler , du bois de construction , de la résine , et donnent lieu à diverses fabrications d’ouvrages en bois.
Le nord de VA llemagne élève beaucoup de chevaux dans ses plaines (Mecklembourg, etc.); le sud (Wurtemberg, Bavière, Bade), la Saxe et les provinces rhénanes, beaucoup de bêtes a cornes dans leurs pâturages montagneux ; le nord-est (Prusse, Poméranie, etc.), dans ses landes et ses bruyères, et quelques régions montagneuses du centre ( Brunswick , Silésie, etc.) élèvent beaucoup de moutons , surtout de mérinos qui fournissent en abondance de la laine à l’industrie nationale et à l’exportation. Les porcs sont nombreux là où se trouvent des forêts pour les nourrir. En somme, l’Allemagne compte environ 18 millions 1/2 de têtes de gros bétail (3 millions de chevaux et 15 millions 1/2 de bêtes à cornes), et 39 millions de têtes de petit bétail (plus de 30 millions 1/2 de moutons, 7 millions 1/2 de porcs, et près de 2 millions de chèvres).
La plaine de l’Allemagne du Nord et
l’Allemagne
du
Sud (celle-ci, à l’exception du sel) ont peu de minéraux, mais la partie montagneuse de l’Allemagne du Nord est
taux (argent, plomb, zinc) surtout dans la haute Silésie, la Saxe et Thuringe, le Harz, les provinces Rhénanes et particulièrement dans le bassin de la lluhr. Aussi les forges, et généralement toutes les industries mécaniques sont-elles concentrées sur ces points, et dans quelques grandes villes manufacturières, comme Berlin; c’est aussi à peu lires dans les memes régions que sont exercées en grand la plupart des industries chimiques .
Les industries textiles, lainages, soieries, cotonnades , toiles , ont pris de très-grands développements dans certaines parties de l’Allemagne, en Silésie ( Schmeidnitz , Hirschberg , etc.), et en Saxe ( Chemnitz , Saut zen, Planen, Zwickau , etc.) où l’on tisse le coton, le lin, la laine et la soie ; dans le Brandebourg ( Berlin , Kottbus, etc.) où l’on tisse surtout la laine ; dans la province du Rhin et le bassin de la Ruhr. ( Elberfeld , Barmen, Crefeld , Gladbacli, A ix-la-Chapelle. Dortmund , Cologne , etc.), et, au delà, en Westphalie ( Bielefelcl , etc.) où l’on tisse le coton, la soie, le lin et la laine; dans le Wurtemberg où l’industrie cotonnière est assez avancée; dans I’Alsace, où cette industrie occupe presque autant de métiers que dans le reste de l’Allemagne ( Mulhouse , Thcinn , Guebiviller , etc.) et qui fabrique également des toiles peintes et des étoffes de laine et de soie.
On peut donc diviser l’Empire d’Allemagne en trois grandes régions économiques correspondant aux régions physiques :
1° La région de la plaine du nord , s’étendant de la frontière de la Hollande à celle de la Prusse, région tout agricole et maritime.
2° La région métallurgique et manufacturière du centre, qui s’étend aussi de l’ouest à l’est en une longue bande de terrains accidentés depuis la frontière de Belgique jusqu’à la Pologne ; le travail industriel y est particulièrement actif dans les provinces rhénanes , surtout
dans le bassin de Saarbruck possédant la houille et les industries qu’elle suscite ; dans les vallées de la Lalm et de la Sieg, où l’on travaille les métaux ; dans le bassin de la Ruhr où se trouvent rassemblés la houille, le fer, le coton, la laine, la soie et oii les fabriques et les usines se pressent à côté les unes des autres ; à l’extrémité septentrionale de la Westphalie, où se trouve un des sièges principaux de l’industrie linière ; dans le Harz, qui possède des mines et travaille le bois ; dans la Saxe et Thuringe oîi sont la houille, les métaux, les tissages et les travaux • à la main exécutés dans la chaumière, tels quela bonneterie, la dentelle et la broderie ; dans le Brandebourg, qui possède le grand centre de Berlin et fabrique surtout des draps; dans la Silésie qui, à l’occident, possède, comme la Saxe et la Bohème ses voisines, les tissus, le verre et les poteries et, à l’orient, la houille et les industries mécaniques.
3° La région de l’Allemagne du sud, plus agricole que manufacturière, possède cependant dans ses montagnes certaines industries pratiquées dans la chaumière, les ouvrages en bois, l’horlogerie, la dentelle et le tissage; et, grâce surtout à ses cours d’eau et à ses forêts, d’importantes manufactures dans ses vallées et dans ses villes, telles que l’industrie cotonnière de l’Alsace et du Wurtemberg, les fabriques de Nuremberg, d Augsbourg, de Munich, etc.
184. La constitution du Zollverein. — Le morcellement de l’Allemagne en petits É tats ayant autrefois chacun leurs lignes de douanes et leurs tarifs particuliers était un grand obstacle au développement du commerce. Les Allemands le comprirent, et la Prusse donna l’exemple (1819- 1828) en faisant avec la Hesse-Darmstadt et quelques autres principautés des traités pour la suppression des barrières qui les séparaient. Une association du meme genre se forma entre le Wurtemberg et la Bavière, et
L’EUPiOPE CENTRALE. 237
cette association s’étant, en 1833, réunie à l’association prussienne, le Zollverein (douanes-association) se trouva constitué ; la plupart des États allemands y entrèrent successivement (1). Après les événements de 1866,1e Zollverein fut agrandi et reconstitué par le traité du 8 juillet 1867. Tous les États cle T Allemagne du Nord et du Sud (moins Brême, Hambourg , Altona, et quelques autres ports francs, formant en tout une superficie de 400 kilomètres carrés) et le grand-ducliê du Luxembourg en faisaient partie et ne formaient, par conséquent, sous le rapport commercial, qu’un seul Etat, entouré d’une ligne de douanes à l’intérieur de laquelle la circulation des marchandises était entièrement libre. Le Zollverein était administré par le conseil fédéral (Bundesrath) composé de 58 membres représentant les intérêts des 25 États associés, et les lois qui le régissaient, votées par le 'parlement douanier (Zoll parlement) composé de 382 députés. Aujourd’hui le parlement douanier est remplacé par le conseil fédéral lui-même ; et les affaires de l’ancien comité central du Zollverein sont gérées par les comités formés au sein de ce conseil pour les douanes et la circulation, pour le commerce et les communications, pour les chemins de fer, postes et télégraphes, et pour la comptabilité.
185. Les voies cle communication. — L’Allemagne :lu Nord compte plus de 40,000 kilomètres de routes, sans compter les chemins, et l’Allemagne du Sud, dont la viabilité est, malgré les accidents du terrain, dans une bonne situation, environ 35,000 kil. de routes et de chemins.
Mais l’Allemagne du Sud est pauvre en canaux (Y. la
1. Saxe et Thurînge en 1833 ; Nassau, Francfort, Brunswick, [fesse électorale, etc., en 1836 ; Bade en 1841 ; le Luxembourg en 1842 ; le Steuerverein (association du Hanovre et Oldenbourg) en 185 4.-
carte n° 15) ; le canal Louis qui par l’Altmuhl et le ltegnitz unit, à travers le Jura franconien, le Danube et le Mein et, par conséquent, la mer Noire et la mer du Nord, est le seul qu’elle possède et il est peu fréquenté. Les plaines de r Allemagne du Nord sont plus favorisées ; la canalisation y était facile et les lleuves de la région orientale, qui sont des voies commerciales généralement trèsfréquentées, sont tous unis entre eux, l’Elbe et l’Oder par le canal Finow qui de l’Oder débouche dans le Havel, par le canal Frédéric-Guillaume qui de l’Oder débouche dans la Sprée, et par le canal' de Plaue qui abrège la navigation du bas Havel à l’Elbe ; l’Oder et la Vistule par le canal de Bromberg qui delà Vistule débouche dans la Netze et par le canal de l’Obra qui unit la Wartha à l’Oder en amont de Posen ; dans la Prusse orientale, plusieurs canaux ont été tracés, entre autres celui qui unit la Prégel au Kurische Haff ; le Sleswig-Holstein est uni à la mer Baltique par le canal de VEider qui débouche dans la baie de Kiel.
Le réseau des chemins de fer allemands est en grande partie achevé. Il comprend 19,600 kilomètres (V. la carte n0 14) dont o, 200 pour l’Allemagne du Sud, 13,600 pour l’Allemagne du Nord, et 800 pour l’ Alsace-Lorraine. Toutes les grandes villes communiquent entre elles. Au milieu du réseau complexe, on peut distinguer quatre grandes directions de l’ouest à l’est. Deux se trouvent dans l’Allemagne du Nord : l’une presque au pied de la région montagneuse va à3 Aix-la-Chapelle par le district manufacturier de la Ruhr et par Magdebourg à Berlin et, de lù., h Kœnigsberg ou à Thorn ; l’autre serpente à travers le district montagneux par Aix-la-Chapelle , Cologne^ la Thuringc (Gotha, Weimar), Leipsigf Dresde et la Silésie (Gœrlitz, Breslau). Deux se remarquent également dans l’Allemagne du Sud : l’une, par le Palatinat , Mannheim, Nuremberg , rejoint la Bohème ; l’autre, par Strasbourg, Carlsrulie , Stuttgard , MuHich , rejoint Salzbourg
et l’Autriche. Cinq grandes directions existent du sud au nord : Tune, celle du Rhin, part de Constance , relie Bâle, s’y bifurque pour côtoyer les deux rives du fleuve, d’un côté par Mulhouse , Colmar , Strasbourg, Mayence et Coblenz ; de l’autre par Carlsruhe, Heidelberg , Darmstadt , Wiesbaden, Coblenz, Cologne, Crefeld , et se prolonge, au delà du bassin de la Ruhr, le long de l’Ems jusqu’à Emden ; une autre, partant du lac de Constance (Lindau) ou de Munich, par Augsbourg, Nuremberg , la Thuringe et le flanc occidental du Ilarz, conduit à Hambourg et Lubeck et se prolonge jusque dans le Jutland ; une troisième venant du Tvrol et de Munich, conduit, par le nœud du Fichtel-gebirge, à Leipzig , puis, de là, à Berlin et Stettin d’une part, d’autre part par la vallée de l’Elbe à Magdebourg et Hambourg ; une quatrième venant de Bohême se dirige par Berlin jusqu’à Stettin et Slralsund ; une cinquième est la double ligne de Silésie, allant, de la frontière et de Breslau , d’une part, à Berlin par Francfort et, d’autre part, à Colberg par Posen.
Par ses chemins de fer l’Allemagne communique avecla Hollande, la Belgique, la France, la Suisse, l’Autriche et la Russie.
186. Les monnaies et mesures. — Les monnaies sont dans l’Allemagne du Nord le thaler qui vaut 3 fr. 64, et le silbergroschen (gros d’argent) qui vaut 1/30 du thaler ou 0 fr. 12; dans l’Allemagne du Sud, le florin qui vaut 2 fr. 12, et le kreutzer qui vaut 1/6)^ de florin ou 0 fr. 35.
Les États du Zollverein avaient adopté en principe une livre commune, qui, pesant 500 grammes, est en rapport simple avec les mesures du système métrique ; mais diverses mesures locales sont encore en usage dans chaque pays.
187. La marine. — L’Allemagne du Sud, n’ayant pas de côtes, n’a pas de marine, et la navigation se borne aux fleuves (Danube depuis Ulm, Rhin, Mein et canal) et au
lac de Constance où chacun des trois États riverains, Bade, le Wurtemberg et la Bavière a son port (Constance, Friedrichshafen, Lindau) .
L’Allemagne du Nord a des ports très-importants placés la plupart près de l’embouchure de ses grands fleuves :
Emden , sur la rive droite del’Ems, qui sert de débouché à l’Ost-Frise et fait un certain commerce avec la Hollande, l’Angleterre et la Belgique.
Brême, le second port de l’Allemagne, sur le Weser, à 80 kilom. de l’embouchure, sert de débouché à tout le bassin de ce fleuve ; le Weser ayant peu d’eau, les gros bâtiments s’arrêtent à Bremerhafen, possession de la ville libre de Brême, ou à Geestmunde, possession prussienne; ces deux stations, ainsi que Brême, sont des ports francs. Cette ville, siège du Lloyd de l’Allemagne septentrionale, exporte des tissus, des grains, du bétail, etc., transporte des émigrants en Amérique et entretient un commerce considérable avec New-York, avec les autres ports des États-Unis et avec l’Angleterre ; ces deux pays figurent pour près des trois quarts dans les 1,800,000 tonneaux du mouvement général de son port.
Hambourg, la première place de commerce de l’Allemagne du Nord, est un des plus importants marchés de grains du monde; son port, qui s’étend le long de l’Elbe et se divise en port fluvial et port maritime, a un mouvement annuel de plus de 2 millions de tonneaux ; c’est avec l’Angleterre que Hambourg fait son principal commerce ; mais ses relations et ses services de navigation s’étendent sur presque toute la surface du globe, en Amérique, au fond de la Méditerranée et sur les côtes de l’Asie orientale ; c’est un port franc, aussi bien qu ’Altona, situé sur le territoire prussien, et qui peut être considéré presque comme un faubourg de Hambourg. Cuxhaven , à l'embouchure môme du fleuve dont le lit, est embarrassé de bancs de sable mouvants, est l’avant-port de Hambourg.
Kiel, port naguère danois, échange les bois du Nord contre les produits des fermes du Holstein ; c’est aujourd’hui l’arsenal maritime de la Prusse.
Lubeck , autrefois la reine des villes Hanséatiques, mais aujourd’hui déchue, fait encore un assez grand commerce avec la Russie et la Suède.
Wismar et Rostock , marché important pour les grains, sont les deux ports du Mecklembourg : Stralsund et Greifswald sont dans la Poméranie occidentale.
Stettin, le principal port de la Prusse et le grand débouché du bassin de l’Oder, se trouve à 70 kilomètres de l’embouchure du fleuve ; avec Sicinemunde son avantport, il exporte surtout des bois et des grains pour l’Angleterre et la Hollande.
Colberg est le port de la Poméranie orientale.
- Danzig , le port de la Yistule et, par conséquent, de la Prusse occidentale et de la Pologne, est muni d’une large rade qu’abrite une longue bande de terre sablonneuse ; ses exportations, qui se font principalement pour l’Angleterre, consistent en céréales (froment et seigle), bois, etc.
Pillau, avant-port de Kœnigsberg et d’Elbing et Memel sont les ports de la Prusse orientale et les débouchés de la Prégel et du Niémen ; ils exportent des céréales (seigle, avoine), du bois, des pois, du lin, etc.
L’ensemble de la marine marchande de l’Allemagne du Nord est évalué à 1,350,000 tonneaux \ mais on ne sait pas exactement le mouvement général de la navigation ; ses ports ayant été jusqu’à présent soumis à des régimes différents.
Des services réguliers établissent des communications entre les ports de la Baltique, Saint-Pétersbourg et la Suède, et entre les ports de la mer du Nord et ceux de la Hollande, de la Belgique, de l’Angleterre, de la France et de l'Amérique.
l’europe.