POPULATION ET GOUVERNEMENT DE L’ALLEMAGNE
191. La population de l’Allemagne. — La population de l’Allemagne est de 40 millions d’habitants, soit un peu moins de 4/5 d’hab. par hectare ou 74 hab. 'par kil. carré ; sur ce total 29,550,000 appartiennent à Y Allemagne du Nord et 10,450,000 à Y Allemagne du Sud. C’est dans l’Alsace, dans le royaume de Saxe, et particulièrement dans le cercle de Zwickau, dans une partie de la Thuringe, sur les bords du Necker et du Rliin, particulièrement dans le dis trict de Dusseldorf où Ton atteint le chiffre de 227 hab. au kilom. carré, que la population est le plus dense, dépassant partout 125 hab. au kil. carré ; c’est dans la plaine du nord, Prusse, Poméranie, Mecklcmbourg, Slesvig , Hanovre et Oldenbourg, surtout dans le district de Lunebourg, qu’elle est le plus rare, n’atteignant pas 50 hab. au kil. carré.
Cette population s’accroît rapidement ; au commencement du siècle, elle n’était guère que de vingt millions pour l’Allemagne entière. Ce supplément de population se porte surtout vers les . districts manufacturiers; il se déverse aussi en partie a l’étranger, dans les autres pays d’Europe et aux États-Unis.
Tous les adultes, presque sans exception, possèdent l’instruction primaire ; l’instruction secondaire et l’instruction supérieure sont largement développées.
Le protestantisme domine en Allemagne, Dans l’Allemagne du Nord, les 7/10 de la population appartiennent à l’Eglise évangélique ; les Israélites sont assez nombreux dans l’est, surtout en Posnanie : leur nombre total est de 500,000 pour toute l’Allemagne ; les catholiques, composent la majeure partie de la population dans la Posnanie, les provinces rhénanes (surtout [dans la province du Rhin). Dans l’Allemagne du Sud, les protestants l’emportent en Wurtemberg (7 sur 3), mais ils sont en minorité dans la Bavière, dans le duché de Bade et dans l’ Alsace-Lorraine (3 sur 7).
Indépendamment des Allemands qui forment le fonds principal de la population (plus des 0/10), il y a plus de 2 millions de Polonais dans la Posnanie, la Prusse et la Silésie, des Tchèques en Silésie, des Wendes en Lusace, des Lithuaniens à l’est de la Prusse orientale, des Danois dans le Slesvig, etc. La langue allemande est partout la langue officielle ; mais chacune de ces familles a sa langue particulière.
192. Les grandes villes de l’Allemagne. — L’Allemagne compte 45 villes ayant une 'population de plus de 30,000 âmes (32 dans l’Allemagne du Nord, et 13 dans l’Allemagne du Sud), dont 7 ont plus de 100,000 âmes, à savoir :
Kcenigsberg (106,000 hab.), capitale de la Prusse orientale, vieille ville fortifiée, située près de l’embouchure de la Prégel qui lui amène les produits agricoles des contrées voisines ; célèbre par son université,.
Cologne (125,000 hab.), situé-e sur la rive gauche du Rhin, cité antique, ornée de nombreuses églises et d’une magnifique cathédrale,, a été de tout temps le principal entrepôt de la région rhénane ; en communication avec Francfort, la Iran te Allemagne et les Pays-Bas, trafiquant des produits du pays, céréales, graines oléagineuses, peaux, .vins, denrées coloniales et drogueries, métaux,
tissus, et possédant de nombreuses manufactures, raffineries de sucre, filatures et tissages, fabriques de produits chimiques, etc.
Dresde (150,000 hab.), capitale du royaume de Saxe, traversée par l’Elbe qui la met en communication avec la Bohême, d’une part, avec Magdebourg et Hambourg, de l’autre; unie à Leipzig, à Berlin, à la Silésie par des chemins de fer ; place importante par son commerce et par les nombreuses industries exercées dans ses murs ou dans sa banlieue; plus remarquable encore par ses palais et ses musées.
Munich (170,000 hab.), la seule ville de l’Allemagne du Sud qui ait plus de 100,000 .âmes; capitale du royaume de Bavière, située sur la rive gauche de l’Isar ; grande et belle ville, non moins célèbre que Dresde pour ses palais et ses musées ; centre du commerce des céréales dans la haute Bavière; possédant des manufactures nombreuses, et surtout des brasseries renommées.
Breslau ( 172,000 hab. ), sur l’Oder, capitale de la Silésie, et le principal marché de cette riche province qui y envoie ses laines, ses céréales, ses bestiaux, ses métaux et ses tissus ; depuis vingt ans, les chemins de fer ont donné une nouvelle et grande activité au commerce de cette ville qu’avait ralenti la difficulté des échanges avec la Russie, à peu près isolée par un tarif prohibitif.
Hambourg (225,000 hab.), bâtie sur la rive droite de l’Elbe, dont cette ville est le port (v. § 187); formant, depuis le moyen âge, une puissante et riche république de marchands ; place dont le commerce s’étend aujourd’hui dans les cinq parties du monde, et qui, quoique rattachée à l’Empire d’Allemagne, conserve encore son indépendance municipale et sa situation de port franc; les denrées coloniales, les drogueries, les céréales, les tissus, les métaux précieux, sont les princi-
paux objets de son trafic; Hambourg possède la seule grande banque de dépôt qui existe encore en Europe.
Berlin (702,000 hab.), capitale du royaume de Prusse, grande et belle ville (voir la fig. n° 13), régulièrement bâtie, en communication par des canaux avec les deux fleuves qui l’avoisinent, l’Elbe et l’Oder ; par des chemins de fer avec toute l’Allemagne ; la rivale de Leipzig pour le commerce, et le plus important marché de laines qu’il y ait en Europe; réunissant dans ses murs ou dans sa banlieue toutes les grandes fabrications, machines, produits chimiques, tissus (soieries et draps), et toutes les industries
Fig. 13. — Vue de Berlin.
d’une ville de luxe et d’une ville d’étude ; possédant une université qui est aujourd’hui la première de l’Allemagne.
193. Le gouvernement. — L’administration des communes dans l’Allemagne du Nord diffère non-seulement suivant les États, mais, dans la Prusse meme, suivant les provinces. En général, on distingue petites communes
rurales qu’administre un maire (Schulze, Vorsteher, etc.) nommé par l’autorité locale, et qui sont, sur certains points (Westphalie), groupées en bailliages ou cantons, avec un bailli nommé par le gouvernement; 2° les villes (au-dessus de 2,500 hab.) qui s’administrent elles-mêmes, nommant pour 12 ans leur magistrat ou conseil exécutif, présidé par un bourgmestre et pour 6 ans leur Conseil municipal ; l’élection du magistrat doit être ratifiée par l’autorité supérieure, qui exerce sur les communes certains droits de In tel le administrative .
En Prusse, les cercles sont administrés par une sorte de sous-préfet ( landrath ) que nomme le souverain sur une liste de candidats dressée par les états du cercle , qui rappellent le Conseil d’arrondissement français. Le cercle est une subdivision du gouvernement , administré par un comité de fonctionnaires, dont chacun a, sous sa responsabilité ijersonnelle, un service particulier ^police, instruction, finances, etc.). Plusieurs gouvernements forment une 'province , ancienne division, qu’administrent un président supérieur , personnage politique nommé par le souverain , et des Etats provinciaux composés de seigneurs, de propriétaires de biens équestres, de députés des villes et de députés des campagnes et nommant leur président, dit « maréchal de la diète » .
Le gouvernement spécial du royaume de Prusse est partagé entre 1° Y Empereur-Roi, qui possède le pouvoir exécutif et qui l’exerce avec l’aide de ses ministres (au nombre de 10) lesquels peuvent être mis en accusation par les deux chambres ; 2° le Parlement qui a, comme le roi, l’initiative des lois et qui comprend la Chambre des seigneurs composée de membres héréditaires appartenant à la haute noblesse et de membres à vie nommés par le souverain, et la Chambre des députés , élue par un suffrage universel fonctionnant à deux degrés et organisé de ma-
nière à proportionner l’influence du vote au cens des habitants.
A F exception des trois villes libres de Lubeck, Brême
et Hambourg, qui sont des républiques, les autres Etats de F Allemagne forment également des monarchies ou des principautés constitutionnelles. Dans le royaume de Saxe, dans la Bavière, le Wurtemberg, Bade et la Hesse, le système des deux chambres est en vigueur comme en Prusse. Les autres Etats possèdent une diète ou chambre représentative unique. Dans les deux Mecklembourg seulement, la diète a un caractère féodal et se compose presque exclusivement de membres de l’ordre équestre.
L’ensemble des divers États forme un Empire fédératif proclamé le 18 janvier 1871 et constitué le 4 mai de la même année. Les actes gouvernementaux, enlevés au libre arbitre de chaque État particulier et ressortissant au gouvernement impérial, sont le droit de législation sur les affaires militaires et la marine militaire, les relations extérieures, les finances de l’Empire, le commerce allemand, les postes et télégraphes et les chemins de fer en tant qu’ils sont jugés nécessaires à la défense du pays, les modifications et les développements successifs de la constitution de l’Empire. Le pouvoir exécutif, avec le titre d’Amperenr , est conféré héréditairement à la couronne de Prusse. L’Empereur est assisté d’un chancelier de V Empire et d’une chancellerie fédérale. Pour certaines fonctions administratives et législatives, le pouvoir impérial est astreint à l’assentiment l°du conseil fédéra l qui comprend 58 voix représentant les divers Etats (17 pour la Prusse, 6 pour la Bavière, 4 pour la Saxe et le Wurtemberg, 3 pour la Hesse et Bade, 2 pour Mecklembourg- Schwerin et Brunswick, une pour chacun des autres Etats), et est divisé, pour l’expédition des affaires, en plusieurs comités ; 2° du parlement ( Reichstag ) élu pour 3 ans par le suffrage direct de tous les citoyens de la
Confédération. L’Alsace-Lorraine seule n’est pas représentée au Reichstag ni au conseil fédéral ; elle est soumise jusqu’au ler janvier 1873 au régime dictatorial exercé par Fempereur-roi.
Le budget fédéral est de 78 millions de thalers, ou environ 290 millions de francs et se compose des revenus indirects (les douanes, le sucre de betterave, le sel, l’eaude-vie, la bière, le tabac), du produit des postes et télégraphes, et d’une quote-part payée par chaque Etat sur son revenu propre. Les dépenses de l’armée et delà marine absorbent presque toutes les recettes.
Le budget particulier de la Prusse est d’environ 530 millions ; ceux des autres Etats forment un total d’environ 530 millions ; ce qui, ajouté aux dépenses fédérales (déduction faite de la quote-part) (1), donne pour les dépenses d’Etat de V Allemagne du Nord une somme d’environ 1280 millions de francs.
U armée est, en temps de paix, de 384,000 hommes dont 05,000 appartiennent à la cavalerie et 51,000 à l’artillerie et au génie. Elle se compose de 17 corps d’armée, répartis en autant de districts militaires, dont 10 pour la Prusse seule ; la réserve et la landwehr sont d’environ 900,000 hommes ; le roi de Prusse commande l’armée fédérale ; le service militaire est dû par tout Allemand ; il est fourni à raison de 1 an pour les volontaires qui s’équipent eux-mêmes, de 3 ans pour ceux qui tirent et qui sont désignés par le sort ; le service actif terminé, on passe dans la réserve pour 4 ans, puis on appartient pendant 3 ans à la landwehr : c’est donc en tout 12 ans pendant lesquels l’Allemand peut être réclamé pour porter les armes.
La marine militaire compte 48 navires de guerre, un personnel d’environ 4,000 hommes et 500 canons.
L’organisation judiciaire varie selon les États : celle de la Prusse ressemble beaucoup à celle de la France ; mais l’avancement des juges a lieu à l’ancienneté et non au choix.
L'exercice des cultes est libre; l’Eglise évangélique, qui est la religion d’État de la Prusse, est administrée par un conseil supérieur et par des consistoires provinciaux ; l’Eglise catholique ne domine que dans la Bavière, Bade et l’Alsace-Lorraine ; elle compte 20 évêchés et 5 archevêchés (Posen, Cologne, Munich, Fribourg et Bamberg) .
L’instruction primaire est obligatoire; elle est donnée dans les nombreuses écoles qu’entretiennent les communes. L’instruction secondaire est donnée dans les realschule et les burgenschule pour l’enseignement industriel, dans les gymnases pour renseignement classique ; l’enseignement supérieur, dans les écoles spéciales et dans les universités , dont les principales sont celles de Berlin de Kœnigsberg , de Gœltingue , de Leipzig , d’Jèna, d’Heidelberg, de T-ubingen , de Munich , de Wurzbourg , de Halle , de Breslau , de Bonn et la nouvelle université de Strasbourg.
La nature a très-inégalement réparti ses bienfaits entre les diverses parties de l’Allemagne ; on y voit quelques vallées fertiles, de beaux lleuves, des montagnes renfermant des minéraux utiles ; mais aussi des plateaux froids
au sud, stériles à l’ouest, de vastes plaines de sable et des marécages au nord. L’énergie de l’homme a profité des avantages et réagi avec persévérance contre les obstacles ; une population instruite, économe, laborieuse, a multiplié les fabriques sur certains points ; elle a fertilisé les champs et étendu de jour en jour le domaine de l’agriculture. L’Allemagne, surtout l’Allemagne du Nord, qui, il y a dix siècles, n’était pour ainsi dire qu’une suite de marécages, de landes et de forêts, est un exemple de ce que peut le
l'euro PE. I
travail pour rendre un pays riche. Cependant F Allemagne a beaucoup à faire encore : bien que la population y soit moins dense qu’en Belgique, la vie moyenne y est plus courte ; si le nombre des naissances est grand, la mortalité est grande aussi parmi les enfants ; l’émigration })our cause de pauvreté enlève une partie des adultes au pays, et des fièvres intermittentes régnent dans les paines basses.